Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'usage des nouvelles technologies de l'information dans l'enseignement et l'égalité d'accès à internet pour tous les élèves, Issy-les-Moulineaux le 28 septembre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'usage des nouvelles technologies de l'information dans l'enseignement et l'égalité d'accès à internet pour tous les élèves, Issy-les-Moulineaux le 28 septembre 2005.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : 6ème Forum mondial de la démocratie électronique à Issy-les-Moulineaux le 28 septembre 2005

ti : Monsieur le Ministre, Cher André Santini,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux de prendre aujourd'hui la parole devant vous, dans le cadre de ce 6 ème " Forum mondial de l'e-démocratie ".

Heureux d'abord de me trouver dans la ville de mon ami André SANTINI pour qui les nouvelles technologies ne sont pas simplement une idée à la mode mais une réalité quotidienne, au service de ses concitoyens !

Heureux aussi de saluer vos invités étrangers, qui nous font aujourd'hui l'honneur d'être là . Heureux également de retrouver ici Jean DIONIS DU SEJOUR ainsi que l'ensemble des parlementaires présents, français et étrangers, qui se passionnent pour le développement de la société de l'information.

Heureux surtout, Mesdames et Messieurs, d'aborder devant vous quelques-unes des questions que cette" Nouvelle Société " de l'information pose à notre système éducatif.

Ce n'est certes pas la première fois dans l'Histoire que l'avènement de nouveaux moyens de communication conduit les hommes à repenser les modes de transmission du savoir.

Mais alors que l'invention de l'imprimerie nous avait laissé quelques siècles pour assimiler la lecture, la radio puis la télévision quelques décennies pour maîtriser l'usage de l'image et du son à distance, c'est en quelques années que nous devons bâtir les infrastructures (les réseaux), les matériels (les ordinateurs) et les nouveaux usages (les logiciels et contenus) de la société de l'information.

Or, les systèmes éducatifs sont par nature attentifs à ne transmettre que des savoirs stabilisés. Mieux que quiconque, ils connaissent le long chemin de la recherche à l'innovation et de l'innovation à la généralisation ; plus que quiconque ils se méfient des modes, des emballements, des enthousiasmes qu'il faut ensuite brutalement corriger !

Ils savent surtout, et par expérience, toute la différence qu'il y a entre disposer d'une information brute et savoir la traiter, en tirer quelque chose, en nourrir l'esprit. L'énorme quantité d'informations rendue immédiatement disponible par l'Internet est à la fois une chance et un défi. Une chance parce qu'elle ouvre infiniment le champ des possibles ; un défi parce qu'il faut apprendre aux jeunes gens à ne pas se noyer dans un océan d'informations non traitées.

Plus encore qu'hier sans doute, il faut apprendre à trier, hiérarchiser, " digérer " l'information. Car, nous le savons tous, les fantasmes du " travail tout fait ", de l'exposé " clé en main ", de la " dissertation en ligne " sont des illusions toujours renaissantes dans l'esprit de nos chères têtes blondes !

L'impératif, pour nos systèmes éducatifs, est donc de profiter de la chance offerte par le numérique tout en relevant le défi de son bon usage ; ce qui suppose d'imaginer de nouvelles manières d'enseigner, comme de nouvelles manières d'apprendre.

Je vous dirai d'ailleurs que l'Education nationale n'a pas attendu la date d'aujourd'hui pour s'y mettre !

o Aujourd'hui, on n'enseigne déjà plus comme hier !

Depuis 1993, année de création du premier réseau inter-universitaire pour la recherche, (" RENATER ") - dont les enseignants- chercheurs ont rapidement tiré profit -, la " révolution numérique " s'est étendue à tous les niveaux de l'enseignement.

Si bien qu'aujourd'hui - souvent en partenariat avec les collectivités locales et les éditeurs de logiciels - des milliers d'enseignants imaginent comment faciliter l'apprentissage et rendre encore plus vivant leur cours en y intégrant le son, l'image ou l'interactivité.

J'ai vu récemment fonctionner dans l'Eure un tableau électronique qui permet au professeur, comme à l'élève qui passe au tableau, d'avoir en instantané le monde Internet à sa disposition pour illustrer son cours ou son exposé !

Je veux aussi évoquer le Centre National d'Enseignement à distance, le CNED, un des plus importants centres de ce type au monde, qui utilise de plus en plus les nouvelles technologies pour remplir ses missions.

Nous devons d'ailleurs réfléchir à l'extension de son rôle au profit des enfants malades et de tous ceux qui ont besoin de soutien scolaire. Car il faut que le service public, aux côtés des acteurs privés, soit, lui aussi, en mesure d'aider les élèves en dehors de l'école.

Cette question est capitale !

Je rappelle en effet que les trois quarts des foyers sont aujourd'hui équipés d'ordinateurs, ce qui facilite l'accès de ces familles à des aides privées. Mais il en résulte évidemment un handicap important pour les enfants issus de familles qui ne peuvent pas s'offrir ce genre de services en ligne !

Or, comme le soulignait le Haut Conseil de l'évaluation de l'Ecole, dans un avis du mois de mai, " laisser les élèves et leur famille seuls face aux devoirs et leçons est source d'iniquités¿ ". Il appartient donc aux pouvoirs publics d'intervenir pour garantir l'égalité des chances entre les enfants. Des collectivités locales s'y engagent déjà.

J'ai demandé à l'Inspection Générale d'approfondir la question et les solutions envisageables. Les rapports qui ont déjà été remis ces dernières années montrent que les enjeux sont bien identifiés et qu'il faut aller plus loin.

Plus largement, l'avènement du net nous met devant quelques questions fondamentales :

Comment le temps long de l'éducation s'adaptera-t-il au temps immédiat de la " toile " ? Quels changements l'introduction des nouvelles technologies entraînera-t-elle dans les méthodes d'apprentissage ?

Ces questions ne sont pas de purs exercices théoriques !

Elles se posent très concrètement, non seulement parce que la révolution numérique offre de nouveaux outils dont il serait regrettable de ne pas profiter, mais aussi parce que les jeunes élèves, dans leur majorité, baignent dans l'immense océan du net.

Il importe donc que l'Ecole leur apprenne à s'en servir intelligemment, à s'y repérer, à ne pas en être seulement des consommateurs, mais des utilisateurs avisés. Autrement dit : des utilisateurs conscients de ce que l'ordinateur ne pourra jamais remplacer, conscients aussi des formidables richesses que l'internet pourra leur apporter !

Ce vent numérique modifiera certainement les manières d'apprendre.

o Demain, on n'apprendra plus comme hier!

Certes il y faudra toujours autant d'efforts, de volonté, de persévérance, et plus encore peut-être, car la nécessité de se former s'étendra tout au long de la vie professionnelle.

Mais une part du vieux rêve d'apprendre tout ce que l'on souhaite, quand on le souhaite et où on le souhaite deviendra moins utopique. A une condition cependant : que l'Ecole ait assuré en amont les savoirs de base, les méthodes d'acquisition et de validation des savoirs, les principes de traitement de l'information et les séquences logiques de l'apprentissage.

Comme la langue selon Esope, l'ordinateur peut apporter le meilleur et le pire et il appartient aussi à l'Education nationale d'en souligner les dangers dans le temps même où elle en encourage l'usage.

o Arrêtons nous un instant sur l'usage .

Lorsque le livre est apparu, il a fallu apprendre à lire à toute la population. Lorsque l'ordinateur s'est imposé dans la société, nous nous sommes organisés pour que le plus grand nombre en apprenne le fonctionnement.

Le ministère, les collectivités locales, la Caisse des Dépôts et Consignations avec les " cyber bases " et de nombreux partenaires se sont alliés dans cette vaste tâche. Elle n'est pas achevée, mais bien entamée.

La loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'Ecole a inclus la maîtrise des technologies de l'information et de la communication dans les 5 composantes du " socle commun " que chaque élève doit acquérir au cours de sa scolarité obligatoire.

Mais si apprendre à se servir de l'ordinateur est indispensable et peut se faire dans des lieux collectifs, son usage, comme celui du livre, nécessite une appropriation au moins momentanée.

On ne peut pas plus travailler avec Internet à plusieurs qu'on ne peut lire à plusieurs efficacement.

Cette évidence implique que nous inventions des modalités de prêts d'ordinateurs, comme on a su le faire pour les livres.

Je viens de lancer une réflexion sur ce point : il s'agirait de procéder, par le biais d'appels à projet, à une expérience de prêts d'ordinateurs avec liaison Internet et accompagnement scolaire.

On confierait ces matériels pour une année scolaire à des élèves de fin du primaire, en ZEP, sous le contrôle des académies et avec l'accord du professeur d'école volontaire.

Une évaluation serait faite pour mesurer les progrès accomplis ou les difficultés relevées.

C'est dans le même esprit que se sont mis en place depuis septembre 2003 les espaces numériques de travail (ENT), à destination des enseignants et des parents d'élèves.

Plus de 140 000 personnes les utilisent aujourd'hui. Ils accèdent en ligne, 7 jours sur 7, à l'ensemble des services numériques offerts par leur établissement scolaire.

Chaque membre d'une communauté éducative, y compris les parents, peut ainsi consulter dans un environnement sécurisé et simple d'accès, l'emploi du temps, les notes, le cahier de textes et les contenus pédagogiques.

Mon objectif est qu'à l'horizon 2007 ces espaces numériques de travail, chaque jour enrichis de nouvelles possibilités, soient généralisés à l'ensemble des écoles, collèges et lycées.

Avec une légitime prudence mais un nécessaire volontarisme, le ministère de l'Education nationale progresse vers cette nouvelle société dite " Société de l'information ".

" Les grandes révolutions, dit-on, arrivent sur des pattes de colombe " ; eh bien, je crois que la révolution numérique fait partie, y compris au sein de l'Ecole, de ces révolutions discrètes et efficaces, qui finissent par modifier en profondeur les manières de faire et les habitudes acquises.

L'Education nationale est bien déterminée à contribuer de manière essentielle à cette démocratie numérique qui nous réunit aujourd'hui.

Je vous remercie.

(Source http://www.education.gouv.fr, le 29 septembre 2005)

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