Entretien de mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Cols bleus" du 1er octobre 2005, sur le projet "Défense deuxième chance" concernant la formation des jeunes en échec scolaire et en difficulté sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Cols bleus" du 1er octobre 2005, sur le projet "Défense deuxième chance" concernant la formation des jeunes en échec scolaire et en difficulté sociale.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Q. Le projet Défense deuxième chance s'adresse aux plus démunis, pourquoi ?

R. Il s'adresse à des jeunes qui sont en échec scolaire et en difficulté sociale. Nous savons bien que des jeunes sans aucun diplôme n'ont pratiquement aucune chance de s'en sortir sur le plan professionnel et social. Et parmi les 60 000 qui sont détectés lors des JAPD, nous en voyons qui sont vraiment en grande difficulté scolaire. D'où l'idée de récupérer au moins une partie d'entre eux.

Q. Quel est l'objectif à atteindre pour ces jeunes ?

R. Tout d'abord, nous allons leur faire une remise à niveau scolaire et comportementale. Quand jétais ministre de la Jeunesse et des Sports, j'ai souvent discuté avec des formateurs sportifs qui disaient : " La première chose qu'on leur apprend, c'est de dire bonjour ". Car ils ne le savent pas. Se lever, être assidu au cours, tout cela fait aussi partie du programme. Il y aura aussi une formation physique et sportive.

Q. Au cours de cette année, l'apprentissage de l'initiative est également prévu. C'est une chose que les Armées savent faire. Il y aura aussi de l'informatique, l'examen du permis de conduire. D'autres formations à côté de la formation professionnelle stricto sensu sont importantes pour avoir des jeunes qui soient à même de se débrouiller dans la vie.

R. À partir du sixième mois, ils suivront une formation à finalité professionnelle de type apprentissage. C'est-à-dire, à la fois de l'enseignement théorique mais aussi de la pratique à travers un certain nombre de stages en entreprise ou dans les collectivités territoriales.

Q. Et au terme de la première année, un emploi ?

R. Au terme de cette année, soit nous les gardons une année de plus, soit ils trouvent un travail en entreprise. Et pour cela, je vais mettre en route les relais des correspondants Défense et des réservistes, ainsi que des grosses entreprises qui nous ont fait part de leur souhait d'être partenaires de cette opération.

Q. Comment ces jeunes en grande difficulté vont-ils accepter les contraintes de la discipline militaire ?

R. Ils seront tous volontaires. Quand je discute avec certains d'entre eux dans nos régiments, beaucoup disent que c'est finalement grâce à l'armée et à la discipline qu'ils ont réussi à s'en sortir. C'est souvent pour eux une manière de retrouver des repères et de se sentir soutenus, parce que les jeunes en grande difficulté sont souvent complètement perdus, sans référence à des valeurs, et sans repères comportementaux. Et je pense que ce sera la même chose.

Q. Quelle sera exactement la contribution de la Défense sur ce projet ?

R. Nous allons apporter une contribution qui ne représentera pas une charge financière, ni même une charge de travail. Nous allons finalement très largement utiliser des éléments que nous mettons déjà en oeuvre.

Nous allons détecter les jeunes pour leur proposer cela aux JAPD. En ce qui concerne les sites dans lesquels nous allons accueillir ces jeunes, ce sont principalement des sites de la Défense que nous n'utilisons plus. Le personnel Défense qui sera "utilisé" à côté du personnel Éducation nationale, sera composé d'anciens militaires. C'est là la base de mon idée. En discutant notamment avec un certain nombre de sous-officiers sur deux bases militaires aériennes, je me suis aperçue qu'ils avaient un certain regret de quitter leurs activités et l'ambiance, pour partir dans le civil. Nous allons donc offrir plusieurs milliers de contrats qui leur permettront d'avoir immédiatement une occupation en sortant de leur activité militaire. J'ai le sentiment que c'est un plus que j'apporte aussi à la reconversion des militaires.

Q. Les coûts sont pris en charge essentiellement par le Plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo.

R. Le ministère ne payera rien, c'est une des conditions qui a été fixée.

Q. Les anciens militaires, comment comptez-vous les recruter ?

R. Ils sont recrutés sur la base du volontariat. Nous avons déjà reçu un bon nombre de manifestations d'intérêt et de candidatures que nous allons étudier. Ils recevront sans doute une formation de base car ils ont une connaissance, un savoir-faire. On précisera simplement par rapport aux jeunes qu'ils vont recevoir ce que l'on attend d'eux. Pour l'ouverture du centre de Montry, nous les avons tous identifiés, ainsi que le personnel de l'Éducation nationale. Un quart de ceux qui interviendront sur la deuxième opération, qui commencera début novembre, a déjà été repéré. Et nous allons lancer des appels d'offre pour la troisième, qui aura lieu début décembre. Nous avons prévu une montée en puissance progressive et régulière avec l'ouverture d'un premier centre puis d'un deuxième, et ce jusqu'à 50 centres qui nous permettront d'étendre un maillage sur tout le territoire national.

Q. Enseignants militaires et de l'Education nationale feront-ils bon ménage ?

R. D'abord, ce qu'il faut noter, c'est que les membres de l'Éducation nationale sont volontaires pour participer à cette action. Ils connaissent le contexte. Je ne sais pas si parmi eux il y a beaucoup de réservistes, mais ce qui me frappe, c'est de voir le nombre d'enseignants qui le sont... Je n'ai pas beaucoup de craintes sur ce qui se passera sur le terrain. La mission à remplir est suffisamment importante pour que l'on ait besoin des compétences de tout le monde.


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 12 octobre 2005)

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