Conférence de presse de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, sur les objectifs assignés au Club "Les Européens" pour relancer la dynamique de la construction européenne, Paris le 4 octobre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, sur les objectifs assignés au Club "Les Européens" pour relancer la dynamique de la construction européenne, Paris le 4 octobre 2005.

Personnalité, fonction : DOUSTE BLAZY Philippe.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Lancement du Club Les Européens à Paris le 4 octobre 2005

ti : Monsieur le Premier ministre,
Cher Wilfrid,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,


Avec Catherine Colonna, nous avons voulu vous inviter à ce point de presse, nous vous remercions donc de votre présence.

Je voudrais commencer cette conférence de presse en saluant la venue de M. Wilfrid Martins, président du Parti populaire européen, qui joue, tout le monde le sait depuis longtemps, un rôle central, incontournable dans la construction européenne.

Il a accepté d'être le parrain du lancement de ce Club des Européens et d'être, à ce titre, le premier invité d'honneur qui s'exprimera ce soir devant nos amis parlementaires.

Je veux le remercier du fond du c¿ur pour sa présence qui est un signe fort de notre volonté politique.

Merci également à Catherine Colonna qui a accepté d'être la vice-présidente de ce Club, bien sûr en tant que ministre des Affaires européennes mais également en tant qu'Européenne convaincue et dont la compétence en la matière est unanimement reconnue.

Merci enfin à Pierre Lequillet, secrétaire général du Club, dont chacun sait qu'il a l'Europe chevillée au corps et puis aux parlementaires que je salue et qui composent le Bureau, mes amis Yves Bur, Daniel Garrigue, Christian Philip, Françoise Grossetête qui regrette de n'avoir pas pu venir à temps ainsi que Michel Herbillon qui est ici, qui vient de remettre son rapport au Premier ministre. C'est un rapport très important parce que très concret, Michel, je te l'ai dit, avec Catherine, nous veillerons régulièrement à la mise en place de ce rapport.

Je n'oublie pas Jean Léonetti qui fait partie du Bureau et qui est excusé ainsi que Margie Sudre, retenue à Bruxelles pour cause de grève et de directive "services" semble-t-il.

Mes Chers Amis, nous n'avons pas encore mesuré, je crois, toutes les conséquences du 29 mai dernier. Cela constitue pour notre vie politique, comme pour la place de la France en Europe, un moment de référence, une date après laquelle rien n'est plus tout à fait comme avant. J'ai une conviction, le "non" au référendum ne signifie pas que les Français veuillent renoncer à l'Europe. Il faut donc que nous relancions le processus de construction de l'Europe politique dès maintenant et que nous y associons étroitement, activement, les parlementaires qui constituent, à mes yeux, le meilleur vecteur entre les décideurs à Paris et à Bruxelles et nos concitoyens.

Il faut aujourd'hui tirer toutes les conclusions des consultations populaires qui se sont déroulées dans les pays de l'Union au sujet du traité constitutionnel. Beaucoup de gens que l'on entend aujourd'hui étaient de ceux qui ont voté "non", qui ont fait croire qu'il y avait un plan B ; or, il n'y en a pas.

Nous sommes devant une urgence, il faut redonner une dynamique à la construction européenne et nous devons affronter une exigence, porter un projet clair pour l'avenir de l'Union. On ne peut pas laisser le monopole de la parole aux tenants du "non". C'est le sens du Club des Européens que je vous présente aujourd'hui. Il souhaite offrir une tribune ouverte et démocratique à ceux qui croient en une Europe forte, intégrée, garante des valeurs démocratiques et humanistes. Il souhaite bâtir un horizon de débats, une culture de gouvernement qui ne se limite pas aux horizons nationaux mais qui ouvre un champ d'expérimentations pour dessiner l'Europe du futur.

Quels sont les objectifs ? D'abord, tous les deux mois, une rencontre et un dîner-débat seront organisés, autour d'un grand témoin ; ils associeront les parlementaires et les élus de nombreux pays de l'Union et permettront de rassembler les acteurs de la construction européenne et surtout ils permettront de tisser de nombreux liens humains, si nécessaires à l'accompagnement des très grands projets. A force d'esquiver certaines questions qui fâchent, c'est aujourd'hui l'idée européenne que nous risquons de perdre de vue à terme.

Il s'agit donc d'échanger toutes les expériences sur les réformes qui sont menées dans chacun des pays de l'Union, en dehors du cadre des sommets et des lieux de pouvoirs européens. Ce club politique vise précisément à lever les ambiguïtés, à éviter des malentendus, à permettre l'enracinement d'une Europe des projets et des idées. Ce club se veut être un laboratoire d'idées et un espace de dialogues ouvert sur le monde, permettant d'anticiper les grands enjeux auxquels sont confrontés les pays de l'Union. Il importe pour nous que nous nous revendiquions les héritiers de ce que construit l'Europe et de porter les initiatives politiques à l'échelle de l'Union, en associant des élus, des parlementaires et l'ensemble de nos concitoyens.

Je dirai globalement que nous sommes au lendemain d'une décision de l'Union européenne qui a été évidemment saluée comme très importante. Nous sommes tout à fait conscients que la France, M. le Premier ministre s'est rendu à deux rendez-vous, a souhaité être au rendez-vous de ses engagements. Le Conseil européen du mois de décembre 2004 avait dit très clairement, les Vingt-cinq avaient dit très clairement qu'ils ouvriraient éventuellement les négociations avec la Turquie et, de plus, nous nous sommes trouvés au rendez-vous des préoccupations des Français puisque nous avons souhaité mettre dans le texte, dans le cadre des négociations, une capacité d'absorption de l'Union européenne qui doit être prise en compte.

Que la Turquie ou d'autres pays soient prêts à venir dans l'Union est une chose, mais que l'Union européenne soit prête à avoir la capacité d'absorber ce pays, cela en est une autre. Ceci a été très clairement écrit.

Je crois qu'il y a, d'un côté, un projet géopolitique et de l'autre, un projet purement politique.

Le projet géopolitique, on le voit très bien, c'est un projet qui vise à établir un espace de paix, de stabilité, de démocratie, de respect des valeurs européennes, en particulier des Droits de l'Homme, le plus large possible. Dans ces conditions, on ne peut que souhaiter que des grands ensembles comme la Turquie rejoignent cet espace de paix, de sécurité, de stabilité et de démocratie.

Et puis, il y a au c¿ur de ce projet ce que le président de la République avait appelé dans son discours du Bundestag de l'an 2000, les groupes pionniers ; c'est-à-dire la possibilité d'aller plus loin, une sorte d'avant-garde, projet par projet, comme tu as l'habitude de le dire, Catherine ; ainsi on arrive à trouver un nombre de pays qui veulent aller plus vite et plus loin ensemble.

Je vais laisser la parole à Catherine et à Wilfrid Martins, mais je dois dire que je suis favorable à une Europe dotée d'institutions fortes, coordonnées et de politiques communes modifiant réellement le visage de l'Union.

Dans ce contexte actuel, pousser une avant-garde, un groupe pionnier, c'est, à mon avis, ce qu'il faut que nous fassions. Aucun pays ne doit être exclu de la marche en avant vers une intégration plus aboutie. Il ne s'agit pas de faire un directoire, il s'agit de faire une avant-garde exclusive. Il me paraît essentiel aujourd'hui de le dire, avant d'élargir à d'autres pays : définissons les conditions nécessaires, c'est-à-dire la capacité des candidats à adhérer et celles de l'Union à les admettre.

Je ne considère pas que les deux logiques d'approfondissement et d'élargissement soient opposées. Je crois en revanche que, pour poursuivre l'approfondissement, il convient de permettre à une avant-garde d'aller plus loin.

Si l'on veut poursuivre l'objectif d'une Europe politique, il faut permettre à ce groupe de constituer ce que certains ont appelé une fédération d'Etats-nations.

Je ne pense pas que les nations soient condamnées à disparaître ; ce n'est ni la force ni la contrainte qui a poussé les pays à déléguer une partie de leur souveraineté, c'est tout simplement leur volonté propre et leur désir de construire l'avenir du continent.

Mais cette fédération des Etats-nations que j'appelle de mes v¿ux doit s'appuyer sur des projets communs et des ambitions partagées. Jean Monnet et Robert Schuman ont commencé par l'acier, le charbon, puis ensuite il y a eu la Politique agricole commune.

Aujourd'hui, lorsque l'on voit que les Etats-Unis d'Amérique consacrent tant de milliards de dollars à la recherche sur les biotechnologies, 100 milliards de dollars dans la recherche sur les nanotechnologies ou sur les technologies de l'information, le fameux triangle d'or dans la recherche, il n'est pas normal que nous n'ayons pas, nous, à quelques pays formant un groupe pionnier, la même envie, la même ambition, une force comparable à celle des Etats-Unis, une force comparable à celle des grandes régions ou pays continents qui aujourd'hui émergent comme la Chine, l'Inde ou le Brésil. Je crois que nous ne ferons pas l'économie de cette nouvelle frontière dans l'action politique. La vraie question qui se pose, c'est la suivante : comment faire pour que l'Union européenne fasse 1,5 de croissance en plus ? Les Européens veulent-ils toujours jouer un rôle dans l'histoire ? A mes yeux, cela passe par une Europe plus intégrée, par une Union européenne qui soit un véritable acteur politique et cela passe donc par une révision profonde de notre manière de construire la maison commune.

Voilà ce que je voulais dire et, comme ce soir, vous allez parler, Cher Ami, de l'union politique, de l'Europe politique, de cette envie de vivre ensemble, je pense qu'après le début des négociations avec la Turquie, cela a du sens de voir comment l'on croit à cette union politique.

Je termine par là où j'ai commencé, je vous remercie encore, nous aurons une "newsletter", nous aurons des réunions, le dîner-débat, vous reviendrez et, petit à petit, vous verrez que ce club relancera la dynamique de la construction européenne.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 octobre 2005)

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