Déclaration de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie, sur les relations franco-gabonaises, la réforme de la politique de coopération et l'aide au développement, à Libreville le 7 octobre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie, sur les relations franco-gabonaises, la réforme de la politique de coopération et l'aide au développement, à Libreville le 7 octobre 2005.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte.

FRANCE. Ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie

Circonstances : Déplacement au Gabon du 6 au 8 octobre ; réception de la communauté française, à Libreville le 7 octobre 2005

ti : Monsieur l'Ambassadeur,
Madame et Monsieur les Conseillers des Français de l'étranger,
Mesdames, Messieurs,
Chers Compatriotes,


Je suis heureuse d'être parmi vous, ce soir, au Gabon, au terme de mon déplacement à Libreville et à Franceville, car c'est toujours avec un réel plaisir que je retrouve les représentants de nos communautés françaises établies à l'étranger.

Je connais les caractéristiques de votre communauté, je sais aussi son dynamisme, sa foi dans ce pays dont l'amitié pour la France ne s'est jamais démentie, et la part qu'elle ne cesse de prendre depuis plusieurs décennies à son développement. Vous êtes près de 10.000 établis parfois depuis de longues années à Libreville, à Port Gentil, à Franceville, sur les sites forestiers ou miniers, exerçant vos activités dans le commerce, l'industrie, les services, l'enseignement, et de nombreux secteurs de la coopération. Je n'oublie pas non plus les militaires des troupes françaises au Gabon, dont le rôle de soutien aux opérations de maintien de la paix mérite d'être souligné.

Quel que soit l'endroit où vous servez, vous êtes les représentants d'une France active et moderne, solidaire, qui ne renie rien de son attachement à l'Afrique.


Si je suis aujourd'hui parmi vous, c'est d'abord à la demande du président de la République, qui m'a chargé de transmettre au président Bongo un message d'amitié.

Mais au-delà, c'est la réaffirmation de notre engagement à contribuer au développement durable du Gabon que je suis venu exprimer et plus encore concrétiser, par la signature hier matin du "Document Cadre de Partenariat".

Ce DCP, le premier signé avec un pays africain, constitue en effet le nouvel instrument par lequel se met en oeuvre sur le terrain la réforme de notre politique de coopération, voulue par le gouvernement en 2004. A travers ce document, il s'agit de concevoir désormais pour chaque pays une programmation pluriannuelle sur la base de projets identifiés, répondant aux attentes des populations locales, négociés sur place avec les gouvernements locaux, et régulièrement évalués pour y apporter les corrections éventuellement nécessaires. En clair, nos DCP doivent être de véritables stratégies de développement sur cinq ans, et doivent pouvoir détailler les projets de coopération sur lesquels nos financements seront mobilisés, en privilégiant autant que possible la recherche de partenariats publics et privés pour mieux relayer et démultiplier nos efforts. Il s'agit donc d'insuffler à notre politique de coopération une logique de programmation et de contractualisation : en un mot, passer d'une logique d'assistance qui est aujourd'hui dépassée, à une logique de partenariat, moderne et efficace.

Concrètement, nos interventions seront recentrées dans un souci d'efficacité et de lisibilité sur trois secteurs qui concentreront 80 % de notre aide. Pour le Gabon, ces trois secteurs de concentration ont été définis en cohérence avec la stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté décidée par les autorités de ce pays, à savoir :

- l'éducation, afin de contribuer à la formation de la jeunesse et des futurs cadres du pays ;

- la forêt et la protection de la biodiversité, qui constituent des pistes prometteuses de développement durable ;

- et les infrastructures, afin d'aider à la diversification et à la croissance de l'économie, ainsi qu'à l'amélioration des conditions de vie des populations.


Cette réforme de notre politique de coopération s'inscrit plus généralement dans le cadre des initiatives résolues prises par notre pays, sous l'impulsion du président de la République, en faveur du développement, et plus particulièrement en faveur de l'Afrique.

Vous le savez, la communauté internationale s'est engagée à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici 2015, dans le cadre de ce qu'on appelle les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

J'étais à New York début septembre avec le Premier ministre pour participer au sommet de l'ONU qui a fait le point sur les actions menées pour y parvenir, et qui a réaffirmé la nécessité de donner la priorité à l'Afrique. Le constat est sans appel : nous ne pourrons atteindre ces objectifs sans une mobilisation supplémentaire de la communauté internationale en faveur du développement, d'au moins 50 milliards de dollars par an. Il faut donc rappeler que la France joue un rôle moteur dans cet effort de mobilisation accrue :

- d'abord en augmentant son aide publique au développement : le président de la République a ainsi pris l'engagement de porter notre effort, qui s'élève en 2005 à 0,44 % du RNB, à 0,5 % en 2007 puis à 0,7 % en 2012 ;

- ensuite, en agissant en faveur de l'allègement des dettes des pays africains : à cet égard, et même si le Gabon n'a pu bénéficier jusqu'à présent des efforts consentis en faveur des Pays pauvres très endettés, la France soutient au sein du G8 une extension de ces réductions de dettes à d'autres pays africains ;

- mais parce que nous considérons que ces efforts budgétaires, même collectifs, ne suffiront pas à lever les ressources suffisantes, nous sommes également à l'origine d'une proposition de mécanisme innovant de financement du développement, par l'instauration d'un prélèvement de solidarité sur les billets d'avion. Cette idée soutenue par le président de la République, nous la défendons dans les différentes enceintes internationales pour parvenir à sa mise en ¿uvre rapide. Début septembre à New York, nous étions déjà parvenus à rallier 66 pays à notre proposition, et nous allons naturellement continuer à nous mobiliser en ce sens.

Au total, il faut se réjouir de voir nos initiatives enfin progresser : nous qui plaidons depuis 45 ans pour l'aide à l'Afrique, nous sommes heureux de voir ce plaidoyer de plus en plus entendu et repris au sein de la communauté internationale.


Mais si nous sommes capables de jouer ce rôle du fait de l'engagement ancien de la France dans le domaine de l'aide au développement, c'est aussi grâce à l'expérience acquise par vous-même sur le terrain. Au terme de ma visite au Gabon, je tenais donc à vous rencontrer pour rendre hommage à votre action dans ce pays, dans des conditions difficiles, et dans un environnement contraignant que je ne sous-estime pas. Avec vous, je veux croire au rôle utile que la France peut avoir pour y contribuer à un développement économique durable. Ce que j'ai vu et entendu ici témoigne d'un réel attachement à la France. Le mérite vous en revient en tout premier lieu, vous qui animez des entreprises, des institutions et des projets au service de nos deux pays.

Je voudrais saluer particulièrement les assistants techniques, qui incarnent la solidarité de nos deux pays dans la voie du développement. Même si leurs effectifs ont diminué pour tenir compte de l'évolution de notre mode de coopération, leur présence et leur savoir-faire demeurent essentiels pour le développement du Gabon dans des secteurs de plus en plus ciblés et de plus en plus pointus.

Les membres du secteur privé ont aussi toute leur place dans les relations franco-gabonaises. Je salue leurs efforts, le contact étroit qu'ils entretiennent avec la réalité économique et sociale, leur participation à la création de richesses et aux progrès du secteur formel indispensable à la modernisation du pays. Ici comme ailleurs, l'amélioration de l'environnement des affaires peut avoir un effet considérable sur l'attractivité, et donc sur le développement du pays.

A l'ensemble de votre communauté, je veux aussi dire que votre qualité d'expatrié vous confère des droits, et d'abord celui à la protection de la France, mais que cette même qualité d'expatrié implique aussi en retour des devoirs vis-à-vis du pays qui vous accueille. Cela exige notamment une certaine réserve de votre part lorsqu'il traverse un temps fort de sa vie nationale comme une période électorale.

Aux plus défavorisés d'entre vous, je veux dire aussi que les aides apportées par nos consulats en matière de bourses scolaires et d'allocations de solidarité doivent répondre aux besoins des plus démunis, conformément à notre devoir de solidarité. C'est la volonté du gouvernement, et il en va de même, naturellement, à l'égard des retraités qui éprouvent parfois des difficultés à percevoir les pensions qui leur sont dues.

Je vous sais également sensible au sort de vos enfants, et je souhaite donc vous rassurer sur ce point. Là encore, notre coopération s'est modernisée en renonçant à la substitution, et en privilégiant désormais le partenariat. Cette politique nouvelle a trouvé son expression dans la nouvelle définition de notre appui aux écoles publiques conventionnées : ces écoles gabonaises resteront des établissements d'excellence, respectant les programmes français, et homologuées à ce titre par le ministère français de l'Education nationale. Au-delà de cet engagement, et pour pérenniser les acquis, la coopération française s'est également engagée à maintenir dans chacune des six écoles un encadrement pédagogique de qualité, sous la forme de personnels de direction et de maîtres de formation chargés d'épauler les autres enseignants recrutés selon des critères rigoureux, qu'ils soient vacataires français ou titulaires gabonais.


Pour conclure, je veux vous adresser mes remerciements pour votre action, et vous assurer de mon soutien.

A vous tous qui me faites l'amitié d'avoir répondu ce soir à mon invitation, je souhaite exprimer ma reconnaissance, et mes encouragements : vous donnez corps à l'amitié franco-gabonaise et, au-delà, à la relation profonde et historique de la France et de l'Afrique.

Soyez convaincus de me trouver à vos côtés pour contribuer au renforcement de la coopération française en Afrique, et au Gabon.


Vive la République, vive la France !


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 octobre 2005)

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