Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur la hausse des prix du pétrole et la maîtrise de notre propre consommation, sur le développement des énergies renouvelables dont les biocarburants, sur les défis de l'exploitation pétrolière, sur le soutien de l'État au secteur pétrolier, Paris le 12 octobre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur la hausse des prix du pétrole et la maîtrise de notre propre consommation, sur le développement des énergies renouvelables dont les biocarburants, sur les défis de l'exploitation pétrolière, sur le soutien de l'État au secteur pétrolier, Paris le 12 octobre 2005.

Personnalité, fonction : LOOS François.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

Circonstances : "Journées annuelles du pétrole 2005" à Paris le 12 octobre 2005

ti : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,


Comme vous le savez, le pétrole occupe en 2005 une place importante dans le programme d'actions du gouvernement. Je suis donc très heureux de participer à ces "Journées du pétrole" et d'avoir l'occasion de m'exprimer devant cette assemblée regroupant les acteurs essentiels de l'industrie et de la recherche, associés ensemble pour apporter des solutions aux défis posés par l'exploitation des hydrocarbures.

1. Un environnement énergétique contraint par les difficultés d'approvisionnement et les nécessités environnementales :

La demande énergétique mondiale et en particulier la demande en hydrocarbures ont fortement augmenté depuis deux ans ; elles vont sans aucun doute continuer à croître dans les prochaines décennies, du fait notamment des besoins des pays émergents. L'offre, elle, peine à suivre le même rythme. Il en résulte, depuis 2004, un niveau élevé des cours du baril et des prix des carburants.

Malgré le net renforcement de notre indépendance énergétique depuis les années soixante-dix, l'économie française souffre elle aussi de cette augmentation du coût des approvisionnements en hydrocarbures. La facture de carburant et de chauffage de chaque foyer français s'en ressent.

Mais l'utilisation des hydrocarbures ne pose pas que des problèmes de nature financière; elle suscite un défi de nature environnementale. Vous le savez : la consommation de pétrole et de gaz sur notre territoire conduit à l'émission dans l'atmosphère de quantités importantes de gaz carbonique et contribue au changement climatique mondial.

2. Une politique énergétique qui doit apporter à ces défis une réponse multiple :

La réponse que le gouvernement apporte à ces deux défis-économique et écologique - est multiple. Elle passe d'abord, aux plans européen et international, par une meilleure coopération entre pays producteurs et pays consommateurs.

Deux points, rappelés dans les conclusions de la dernière réunion des ministres de l'économie et des finances du G7, me paraissent particulièrement importants : la poursuite des investissements afin de développer de nouvelles capacités de production et l'amélioration de la qualité de l'information relative aux hydrocarbures, notamment en ce qui concerne les réserves et les stocks.

Concernant le premier point, j'appelle de mes v¿ux la conclusion d'accords de coopération de long terme entre les pays producteurs et nos entreprises afin de permettre à ces dernières d'explorer de nouvelles zones géographiques dans le cadre de partenariats " gagnant - gagnant ". Sur le second point, je crois qu'une plus grande clarté dans les données relatives aux hydrocarbures doit permettre de réduire la volatilité des cours et de relancer les investissements.

Un autre aspect majeur de la réponse que la France se doit d'apporter aux évolutions du contexte énergétique est celui de la maîtrise de notre propre consommation et du développement de sources d'énergies alternatives, en particulier de sources d'énergie renouvelables. Ces orientations, assorties d'objectifs ambitieux, figurent en bonne place dans la loi de programme fixant les orientations de la politique énergétique dont notre pays vient de se doter (loi du 13 juillet 2005).

Je voudrais sur ce point insister plus particulièrement sur le développement des biocarburants qui constituent, je le constate avec plaisir, un des thèmes qui feront l'objet de vos sessions de travail demain. Je souhaite en effet que le secteur pétrolier prenne toute sa place dans la mise en ¿uvre du plan gouvernemental qui vise à accroître très sensiblement la production et l'incorporation de bioéthanol et de biodiesel. Je sais que de grands acteurs de votre profession sont déjà actifs sur ce thème. C'est notamment le cas de Total qui est présent sur les deux grandes filières de biocarburants de première génération et qui est le premier producteur français d'ETBE (éthyl tertio butyl éther), et de l'Institut Français du Pétrole (IFP), qui mène des recherches depuis plusieurs années sur les thèmes du biodiesel et des carburants synthétisés à partir de la biomasse. J'appelle l'ensemble des acteurs de votre secteur d'activité à capitaliser sur ces actions et à participer pleinement aux côtés de la filière agricole à la traduction concrète du plan gouvernemental. Je tiendrai d'ailleurs en novembre avec Dominique Bussereau une table ronde sur ce sujet.

Enfin je tiens à souligner le rôle essentiel qu'est appelé à jouer le secteur privé dans la mise en ¿uvre de la politique énergétique. En effet, les décisions prises par le gouvernement ne pourront trouver leur pleine efficacité que dans la mesure où elles seront mises en ¿uvre avec détermination et relayées par des initiatives complémentaires. C'est tout l'esprit de la démarche qui a conduit, le 16 septembre dernier, à l'organisation de la table ronde entre les pétroliers et les pouvoirs publics, table ronde qui a permis d'apporter des premières réponses aux préoccupations exprimées par nos concitoyens. Je voudrais à cette occasion saluer les engagements qui ont été pris par la profession notamment pour ce qui concerne les investissements dans le raffinage et dans la R D, ainsi que les engagements pris par Total de lissage des répercutions des évolutions du prix du baril dans les prix à la pompe.

3. Les trois grands défis liés à l'exploitation pétrolière :

En complément des grandes orientations politiques que j'ai rappelées, la réponse aux défis énergétiques qui se présentent à nous impliquera aussi la mise en ¿uvre de technologies nouvelles dans le domaine de l'exploration et de la production d'hydrocarbures. De ce point de vue, votre industrie devra - me semble-t-il - s'attacher à apporter des réponses à trois problématiques principales :


1/ Il faudra tout d'abord prolonger l'exploitation des hydrocarbures conventionnels, notamment en mettant au point des technologies permettant d'améliorer la récupération du pétrole dans les champs matures et dans les champs satellites offshore. Je sais que de nombreux travaux de recherche sont menés sur ces sujets en France depuis de nombreuses années et que l'industrie française se signale au niveau international par son haut niveau de technicité concernant l'exploitation des champs sous-marins à des profondeurs toujours plus grandes. J'ai donc confiance en votre capacité à relever les défis posés par cette première problématique.

2/ Il s'agira ensuite d'accéder aux hydrocarbures non conventionnels qui permettront de diversifier l'offre et de constituer les réserves de demain. Dans ce domaine, la production des huiles lourdes représente un objectif majeur compte tenu de l'immensité des ressources potentielles et de leur localisation géographique plus favorable que celle du pétrole conventionnel. Il convient donc d'accorder à ce thème toute l'attention qu'il mérite, notamment en terme d'actions de recherche et développement.

3/ Il est enfin indispensable de mieux concilier l'exploitation des hydrocarbures et le développement durable, et en particulier de développer des technologies économiques de captage et de stockage géologique du CO2, un thème sur lequel notre pays a vocation à jouer un rôle de premier plan au niveau international. C'est pourquoi je souhaite qu'une unité pilote de captation et de stockage souterrain de CO2 voit rapidement le jour sur le sol français.

4. La poursuite du soutien apporté par l'Etat au secteur pétrolier :

Pour vous aider à relever les défis posés à l'exploitation pétrolière et gazière par l'accroissement inéluctable de la demande et l'épuisement progressif des ressources, votre industrie peut compter depuis de nombreuses années sur le soutien des pouvoirs publics français. L'investissement de l'Etat dans la filière pétrolière et gazière est, comme vous le savez, ancien. En dépit de la faiblesse des ressources du sous-sol national en hydrocarbures, le soutien constant dont a bénéficié votre secteur d'activité et le talent de nombreux entrepreneurs permettent aujourd'hui à la France de compter parmi ses entreprises la cinquième compagnie pétrolière du monde et de posséder une industrie parapétrolière de dimension internationale employant directement 66 500 personnes et réalisant - en très grande majorité à l'export - un chiffre d'affaires qui devrait atteindre 19 milliards d'euros en 2005 soit +12 % par rapport à 2004.

Ces très bons chiffres doivent perdurer comme j'ai eu l'occasion de le dire à messieurs Michel, Brunck et Valot lors de notre récent entretien. Ils m'ont d'ailleurs remis à cette occasion le rapport sur l'avenir du secteur parapétrolier français demandé en 2004 par le Directeur des ressources énergétiques et minérales. Ce document analyse de façon approfondie l'état actuel de l'industrie parapétrolière dans notre pays : ses atouts en matière d'innovation technologique régulièrement entretenue au travers de programmes de recherche et développement, mais aussi ses faiblesses face à une concurrence de plus en plus intense qui oblige à réduire les coûts de main d'¿uvre. Le rapport présente un certain nombre de préconisations destinées à sécuriser l'avenir de l'activité parapétrolière et auxquelles je souscris pleinement.

J'ajouterai qu'aux côtés des entreprises parapétrolières françaises en très bonne santé nous disposons d'un centre de recherche et développement spécialisé de tout premier plan, l'Institut Français du Pétrole, créé par la puissance publique en 1944 et dont le savoir-faire est aujourd'hui reconnu internationalement. La qualité de la recherche conduite à l'IFP vient d'ailleurs d'être honorée de la plus belle manière qui soit par l'attribution à monsieur Yves Chauvin du Prix Nobel de chimie pour des travaux remarquables dans le domaine de la catalyse homogène réalisés lorsqu'il était Directeur de recherche à l'institut.

Enfin, je veux réaffirmer ici l'engagement du gouvernement à poursuivre son soutien historique. Celui-ci sera mené au travers des deux " outils " spécifiques à sa disposition : l'IFP bien sûr, mais aussi le Réseau de recherche sur les Technologies Pétrolières et Gazières (RTPG) dont je vous annonce le retour en gestion dans les services du ministère de l'Industrie à compter du 1er janvier 2006, ce qui devrait j'espère contribuer à résoudre une grande partie des difficultés rencontrées par le réseau depuis quelques années.

Le soutien du gouvernement passe également par l'intermédiaire des initiatives récentes lancées pour promouvoir la recherche et développement dans notre pays dans le cadre des objectifs de Lisbonne. La création de l'Agence Nationale de la Recherche et de l'Agence de l'Innovation Industrielle, ainsi que la mise en place des pôles de compétitivité génère des opportunités nouvelles pour le secteur pétrolier et gazier que je vous invite à utiliser, en particulier pour accélérer les travaux de recherche relatifs à certains sujets prioritaires (je pense ici notamment au captage et au stockage géologique du CO2).

Il ne me reste plus qu'à féliciter l'Association des Techniciens et Professionnels du Pétrole (AFTP), le Groupement des Entreprises Para-pétrolières et para-gazières (GEP) et le Comité des Etudes Pétrolières et Marines (CEPM) pour l'organisation et le succès mérité de ces " Journées du pétrole ", et à les remercier de m'avoir convié à intervenir en clôture de cette première journée. Je vous souhaite pour la seconde journée de cette manifestation qui aura lieu demain de fructueux échanges, et vous renouvelle ma confiance dans la capacité des entrepreneurs, ingénieurs et techniciens de votre industrie à répondre aux attentes que la collectivité place en eux.


Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.industrie.gouv.fr, le 18 octobre 2005)

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