Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur les enjeux de l'industrie des équipements de l'automobile face à la mutation des marchés et des technologies, Paris le 13 octobre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur les enjeux de l'industrie des équipements de l'automobile face à la mutation des marchés et des technologies, Paris le 13 octobre 2005.

Personnalité, fonction : LOOS François.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

Circonstances : Inauguration du Salon Equip' Auto 2005 le 13 octobre 2005.

ti : Messieurs les Présidents de Fédérations
Mesdames, Messieurs


Soyez assurés que c'est un plaisir pour moi d'inaugurer ce salon Equip' auto 2005. J'ai tenu tout particulièrement à répondre présent à l'invitation de M. Halna du Fretay car il m'a semblé nécessaire de réparer ainsi une malencontreuse absence, de plusieurs années, de représentants du gouvernement à ce grand événement, important pour votre profession. C'est aujourd'hui l'inauguration de la trentième édition du salon, et je suis heureux de partager cet anniversaire avec vous. Avec 2000 exposants, 140 000 visiteurs professionnels, dont 40 000 étrangers, vous êtes le 1er salon européen des équipements automobiles ; c'est là un résultat que je souhaite saluer.

Ce salon est remarquable par la diversité des activités industrielles et des professions de services qu'il couvre. En effet, il rassemble en un même lieu, tout ce qui concourt à la recherche, à la conception et à la fabrication d'équipements pour l'automobile et les véhicules industriels, à l'entretien et à la maintenance des véhicules y compris les fabricants de systèmes de diagnostics et d'outillages de garages.

Rassembler dans un même salon tous les professionnels d'une filière industrielle, c'est un facteur clé pour réussir à attirer toujours plus d'acheteurs, français et étrangers, je le vois dans de nombreux secteurs d'activité, et je vous félicite d'adopter cette stratégie coopérative.

Tout ce qui concerne la naissance, la vie et la fin de vie des véhicules est présent à ce salon.

Je n'ignore pas qu'une part importante des progrès réalisés sur les voitures vous est dû, à vous équipementiers et que cette part est croissante: 75 % de la valeur d'un véhicule, 50 % de la R D du secteur provient des équipementiers. Vous êtes à l'origine de nombreuses innovations et vous êtes des acteurs actifs : c'est vous qui êtes bien souvent à l'origine des progrès. Le grand prix de l'innovation qui sera remis pendant le salon sera certainement une compétition très dure, tant les réalisations sont remarquables au vu des stands que j'ai pu visiter.

Je n'ignore pas non plus les difficultés et les inquiétudes de votre profession face à une mutation des marchés, des technologies et de l'environnement réglementaire qui ne cesse de s'accélérer.

Le marché est en effet mondial, et la concurrence l'est également. La répartition de la croissance entre les différentes zones mondiales a changé. La construction automobile européenne est confrontée à un ralentissement de la croissance en Europe; il faut donc aller plus loin, comme le font nos constructeurs, pour retrouver la croissance, là où elle se trouve aujourd'hui.

Le débat sur les délocalisations est à cet égard trop souvent simplificateur : l'investissement à l'étranger, leur travail en commun, lorsqu'il s'agit d'aller chercher la croissance et de nouvelles parts de marché est un phénomène positif. Il s'accompagne à l'inverse d'investissements étrangers importants en France : 3 000 en 2004 dans le secteur automobile.

Je ne veux pas pour autant diminuer l'ampleur du défi que vous affrontez, ni la réalité du phénomène de délocalisation, dans certains cas.

Bien souvent toutefois, je tiens à le souligner, les économies de court terme réalisées grâce au recours à la sous-traitance dans des pays en développement n'apportent pas tous les gains espérés : la perte d'un savoir faire proche de sa base de production, les problèmes de qualité, les coûts de la délocalisation sont sous-estimés par les fournisseurs comme par les donneurs d'ordre.

J'ai eu l'occasion récemment encore d'appeler à l'esprit de responsabilité les donneurs d'ordre, grands équipementiers ou constructeurs : la filière doit s'adapter à l'internationalisation des marchés tout en prenant garde aux excès. Il faut collectivement s'interroger sur les risques que l'on fait peser sur sa source d'approvisionnement lorsqu'on lui impose des conditions financières qui ne sont pas soutenables. Chacun doit comprendre que les intérêts de moyen et long terme du secteur en France sont de disposer d'un tissu national de fournisseurs, en bonne santé financière.

Face à cette évolution, il est nécessaire aussi de renforcer la structure de la filière ; toutes les entreprises n'ont pas la taille critique aujourd'hui pour affronter les mutations en cours. Par regroupements, coopérations, accords industriels ou capitalistiques, des dimensions suffisantes doivent être recherchées pour véritablement être en mesure d'affronter la concurrence étrangère tant en France qu'à l'exportation. La meilleure preuve du bien fondé de cette nécessité se trouve sur ce salon, où l'on trouve nombre d'entreprises familiales françaises qui ont atteint une dimension suffisante pour suivre avec succès nos constructeurs dans leur développement en dehors de l'hexagone.

Le financement de l'innovation est aussi, je le sais, un sujet de préoccupation pour vous, dans un contexte de pression sur les marges et sur les délais de paiement. Le Gouvernement a mis en place plusieurs outils destinés à vous accompagner dans ces recherches de financements. Oseo regroupe maintenant les services de la BDPME et de l'Anvar et verra ses moyens renforcés en 2006. D'autres dispositifs sont en cours de mise en oeuvre: le prêt participatif, assimilable à des fonds propres et un nouvel outil est aussi à l'étude pour vous permettre de mobiliser plus rapidement vos créances clients lorsqu'elles concernent des programmes sur longue durée.

Deux grands défis attendent la filière automobile: la fin programmée du tout pétrole et la nécessaire amélioration de la sécurité des transports.

En matière règlementaire, il s'agit bien entendu de concilier au mieux les demandes et aspirations de notre société avec la compétitivité de vos entreprises. Sur ce point en particulier j'attends beaucoup des résultats du groupe de haut niveau européen, CARS 21.

Du point de vue technique, il n'appartient pas à l'Etat de définir quelles technologies privilégier pour atteindre l'objectif de diminution de la consommation d'énergie. C'est à vous de les choisir¿avec vos clients. Mais je compte sur vous pour progresser sur les diverses solutions aujourd'hui mises en avant : motorisations hybrides, électriques à 100 %, adaptées à de nouveaux carburant, pour ne citer que quelques exemples.

Il en est de même pour l'amélioration de la sécurité des transports : vous êtes fournisseurs de solutions techniques, de services d'entretien des véhicules qui permettent et permettront de renforcer la sécurité des consommateurs. Là aussi des recherches s'avèrent nécessaires pour rendre plus sûrs les véhicules de demain et d'après-demain particulièrement en matière de sécurité active. La tâche est ardue car il faut intégrer dans vos réflexions, de plus en plus, l'Homme, avec son large spectre de capacité d'action, de réflexes et de comportement.

Pour vous soutenir dans ces travaux de R D le gouvernement a déployé et finance des structures et des dispositifs, pour certains, récemment mis en place.

Je rappellerai l'existence du Programme de Recherche, d'Expérimentation et D'Innovation Transports terrestres (PREDIT). La création cette année de l'Agence Nationale pour la Recherche (ANR) permettra de renforcer les moyens du PREDIT par de nouveaux appels à propositions - pour le compte de l'ANR - en particulier sur les deux thèmes économie d'énergie et sécurité. Ceci s'inscrit pleinement dans la logique de l'ANR qui est d'associer l'industrie et les laboratoires publics dans le montage et le déroulement de programmes de R D industrielle.

Au niveau régional, les pôles de compétitivité couvrent un spectre très large. De nombreuses entreprises de votre secteur, de tailles d'ailleurs très variées, notamment des PME/PMI cela mérite d'être salué, sont fortement impliquées dans différents pôles labellisés cette année ; par exemple :

- Normandy Motor Valley sur l'ensemble de la thématique moteur : combustion, électronique, mécanique,
- Le volet " automobile " de System@tic sur l'électronique automobile et notamment sa fiabilité ; l'électronique touche tous les produits : moteur, sécurité, sièges¿ (sa part augmentant dans la voiture, elle pourrait atteindre 20 % du coût de fabrication d'un véhicule en 2010)
- La réduction du bruit, notamment avec Lyon Urban Trucks, est un thème très intéressant qui répond à des aspirations fortes de la part de nos concitoyens et également à une nécessité du point de vue de la sécurité.

A cela s'ajoute la création récente, sous l'impulsion du Président de la République, de l'Agence de l'Innovation Industrielle (AII). Elle est dédiée à l'émergence et au soutien de grands programmes industriels à enjeu technologique et collectif majeur. Le Premier ministre a annoncé qu'un programme pour la construction d'un véhicule consommant moins de 3,5l/100 serait développé avec un soutien de l'Agence pour l'Innovation Industrielle à hauteur de 100 millions d'euros.

Nos constructeurs travaillent déjà sur ce sujet, mais je tiens à rappeler que ce soutien de l'agence ne bénéficiera pas qu'aux grands donneurs d'ordre. Comme l'a précisé le Premier ministre, au moins 25 % des crédits alloués à chacun des grands programmes qui seront financés par l'agence devront aller à des PME, associées aux programmes. Cela sera donc vrai aussi dans le domaine automobile, et je sais que vos compétences seront nécessaires pour développer ce véhicule propre du futur.

La semaine dernière, à Bercy, je clôturais le carrefour de la filière automobile, une journée de réflexion commune pour anticiper les mutations de la filière. Je suis très heureux de prolonger cette analyse par l'inauguration d'Equip'auto, car c'est l'occasion de passer des concepts maniés lors de la réunion au concret. L'innovation, ne l'oublions pas, est, dans l'industrie, un processus qui doit conduire à des produits, que l'on peut fabriquer, montrer et vendre à un client qui veut pouvoir les voir, par exemple, sur un salon.

Toutes les réalisations que vous m'avez montrées ce matin me confirment, sans sous-estimer les difficultés à venir, que vous êtes prêts à affronter l'avenir. Merci de m'avoir permis de les découvrir en avant-première sur ce salon, et sachez que je suis mobilisé pour vous accompagner dans vos efforts.


Je vous remercie.

(Source http://www.industrie.gouv.fr, le 18 octobre 2005)

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