Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur la sécurité routière, Paris le 20 octobre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur la sécurité routière, Paris le 20 octobre 2005.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

ti : Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


Je vous remercie tout d'abord de m'avoir invité à clôturer ces nouveaux états généraux de la sécurité routière. Ils constituent l'un des temps forts de la semaine de la sécurité routière. C'est l'occasion pour moi de venir à la rencontre de tous ceux qui s'engagent, jour après jour, pour lutter contre la violence sur les routes. Et le message que je veux vous adresser ce soir, c'est un message d'exigence et de détermination. Je le sais, quand on mène un combat, mois après mois, année après année, on peut avoir le sentiment d'avoir atteint son objectif. Eh bien, nous le savons, ce n'est pas le cas en ce qui concerne la sécurité routière. Nous avons progressé ; nous n'avons pas atteint notre objectif. Et cela, pour deux raisons. La première, c'est que chacun, ici, peut témoigner des drames, d'épreuves personnelles, familiales ou d'amis, de proches qui ont connu, à un moment ou à un autre la tragédie d'un accident de la route. Et chacun d'entre nous peut aussi témoigner du drame national qu'est pour notre pays l'insécurité routière, l'incivisme au volant. Combien de compatriotes, d'hommes, de femmes ou d'enfants croisent un jour une personne qui n'a pas respecté les règles de la route. Et leur vie, à cet instant, s'interrompt, et c'est un drame, pour eux et pour tous ceux qui les aiment.

La sécurité routière, ce n'est pas théorique, ce n'est pas un combat abstrait. Et vous le savez tous.

C'est un combat quotidien, sans relâche, pour sauver des vies, pour éviter des accidents, pour améliorer la sécurité sur nos routes. Et derrière cet effort, celui que vous engagez jour après jour, celui que nous engageons jour après jour, nous le savons, ce sont des vies sauvées.

C'est un enjeu majeur, c'est un sujet majeur auquel nos concitoyens sont particulièrement attachés. Tous les sondages d'opinion en témoignent : nous sommes tous concernés par ce fléau qui blesse, qui tue, qui plonge des familles entières dans le deuil.
Face à cette violence, nous avons su nous mobiliser, nous avons su nous rassembler, rassembler nos énergies pour montrer qu'il n'y avait pas de fatalité. Et c'est peut-être aujourd'hui le principal acquis. Oui, quand nous nous battons, oui, quand nous nous mobilisons nous obtenons des résultats.



I. Il y a plus de trois ans, le Président de la République a fait de la sécurité routière l'un des grands chantiers de son quinquennat, avec le handicap, avec le cancer.

En trois ans, son message a été entendu : nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux, et nous tenons le cap que nous nous sommes fixé.

En 2002 le constat était accablant : plus de 21 morts par jour sur les routes de France. Ces chiffres, je sais à quel point ils évoquent pour beaucoup d'entre vous la perte d'un proche, une souffrance irréparable qui vous a poussé à réagir et à vous engager.

Grâce à votre mobilisation, grâce à la mobilisation de tous, nous sommes parvenus à faire reculer l'insécurité sur les routes. Nous avons porté nos efforts dans trois directions :

D'abord, le renforcement de notre arsenal réglementaire et législatif.

Dès 2003, nous avons mis en ¿uvre des mesures indispensables. Qu'il s'agisse de l'aggravation des sanctions contre les infractions les plus graves, de la suppression du permis blanc, de la création du permis probatoire pour les jeunes conducteurs ou encore de l'incrimination spécifique de la conduite sous l'emprise de stupéfiants. Nous nous sommes donné les moyens de combattre avec plus de fermeté les comportements irresponsables sur la route.

Ensuite, nous avons mobilisé les services de l'État et modernisé leurs outils.

Les services de police et de gendarmerie ont effectué un effort sans précédent. Ils font un travail remarquable que je tiens à saluer.

Parallèlement, la mise en ¿uvre du contrôle sanction automatisé et l'installation de 1.000 radars en moins de trois ans, a permis de rationaliser l'action des forces de l'ordre et d'affirmer le principe fondamental d'égalité devant la sanction.

Enfin, nous avons commencé à changer les comportements. Grâce à tous ceux qui ont en charge la prévention de la violence sur les routes, nous avons réussi à instaurer de manière durable une véritable culture de la sécurité routière.

- Je pense aux associations de lutte contre l'insécurité et la violence routières, qui depuis des années, par leur inlassable travail de terrain et l'aide apportée aux victimes ou à leurs proches, portent un message d'espoir et de vie.
- Je pense aux acteurs de l'éducation et de la formation qui ont pour mission d'apprendre la route à nos enfants et de développer le sens de la responsabilité chez les futurs usagers.
- Je pense aussi aux élus, aux agents de l'État et des collectivités territoriales, aux responsables d'entreprises, aux bénévoles, à tous ceux qui s'impliquent au quotidien pour faire reculer la mortalité sur nos routes.

Aujourd'hui, les premiers résultats sont là :

Plus de 6.000 vies sauvées, près de 100.000 blessés épargnés : ceci montre le chemin parcouru depuis trois ans.

Au-delà des chiffres, c'est une dynamique que nous avons enclenchée ensemble : grâce aux médias, l'opinion publique a été sensibilisée à la politique de sécurité routière et à ses avancées. Les Français ont compris que sauver des vies, cela passe avant tout par une conduite responsable.

Comme vous, je me réjouis de ces avancées. Mais comme vous, je sais aussi qu'il reste du chemin à parcourir. Car tous les jours, encore, sur nos routes, 14 personnes en moyenne trouvent la mort et près de 300 sont blessées.


2. Je veux donc vous dire aujourd'hui que nous ne relâcherons pas nos efforts et que nous tiendrons avec fermeté le cap que nous nous sommes fixés.

Nous maintiendrons nos exigences en matière de comportement sur la route, qu'il s'agisse de la vitesse, du port de la ceinture de sécurité ou de la consommation d'alcool ou de stupéfiants.

Nous élargirons le contrôle automatique : 500 nouveaux radars, fixes et mobiles, seront installés au cours de l'année 2006.

Surtout, nous allons amplifier notre action avec trois nouvelles priorités :

La première priorité, c'est sauver les vies des plus jeunes.

Les 15-24 ans sont les premières victimes de la route : ils représentent 13% de la population, mais ils constituent près de 28 % des personnes tuées dans les accidents de la circulation. Chaque année, 1500 jeunes trouvent la mort sur nos routes. C'est une violence inacceptable. Pour remédier à cette situation, je veux agir dans trois directions :

Nous devons d'abord offrir aux jeunes une meilleure formation. Pour cela nous avons choisi de faciliter leur accès au permis, tout en renforçant les exigences en termes de qualité de la formation. C'est le sens du permis à un euro par jour.

Nous devons ensuite sensibiliser tous ceux qui sont au contact des jeunes, et en particulier les patrons des établissements de nuit. Ils doivent notamment nous aider à rappeler aux jeunes que lors d'une soirée, celui qui conduit, c'est celui qui ne boit pas.

Enfin, les forces de l'ordre doivent poursuivre leur mobilisation. A travers le contrôle qu'elles exercent et leur action préventive dans les écoles, elles sont en première ligne pour combattre le sentiment d'impunité et d'invulnérabilité qu'éprouvent trop de jeunes conducteurs.

Ma deuxième priorité, c'est d'offrir plus de sécurité aux utilisateurs de deux roues.

Sur la route, plus d'un mort sur cinq est un conducteur de deux roues et cette part ne cesse d'augmenter. Nous ne pourrons sortir de cette situation dramatique qu'en conjuguant nos efforts.

Les conducteurs de deux roues doivent mieux respecter les règles du Code de la route, en particulier les limitations de vitesse.

Les autres usagers, notamment les automobilistes, doivent être plus attentifs à la présence des deux roues, qui sont particulièrement vulnérables.

Nous devons enfin garantir un entretien efficace de la voirie et mieux adapter nos infrastructures.

Ma troisième priorité, c'est de sauver plus de vies sur les routes secondaires.

Dans ce domaine, nous ne parvenons toujours pas à obtenir d'aussi bons résultats que sur les autoroutes et les nationales. C'est pourtant lors des déplacements de proximité, comme le trajet du domicile au travail, les courses ou les accompagnements d'enfant, que l'attention se relâche et que surviennent les accidents. Sur 14 personnes tuées chaque jour, 10 trouvent la mort à quelques kilomètres de chez elles. C'est la raison pour laquelle la semaine de la sécurité routière a choisi pour thème les petits trajets quotidiens.

Je souhaite enfin rendre nos routes plus sûres.

C'est une nécessité que nous devons prendre en compte, avec les collectivités locales, dans la construction et la réfection de nos routes.

Vous le savez, le réseau routier bénéficiera largement de la relance de l'investissement public que j'ai décidée : la nouvelle Agence de financement des infrastructures de transport verra donc ses moyens augmenter de 80 % l'an prochain.

Cela nous permettra de réaliser de nouveaux aménagements : qu'il s'agisse de contournements d'agglomérations sur des routes à forte circulation, de mises à deux fois deux voies ou de suppression des carrefours dangereux.

Je souhaite que ces opérations contribuent de manière décisive à améliorer la sécurité routière. La sécurité des usagers doit être le critère le plus important.


Mesdames, Messieurs, chers amis,

L'engagement pour la sécurité routière est l'un des plus difficiles et des plus exigeants qui soient. Car même si l'on progresse, même si l'on marque des points, ce n'est jamais suffisant. La satisfaction d'avoir sauvé des vies ne suffit pas lorsque chaque jour signifie de nouvelles victimes, de nouvelles blessures, de nouveaux deuils.

Nous ne sommes pas au bout du chemin ni au bout de nos peines, mais nous avons fait, peut-être, la partie du chemin la plus difficile : nous avons réussi à changer les comportements des usagers de la route. Nous avons montré que la volonté peut renverser la fatalité, que la mobilisation de tous peut faire bouger les lignes.

Les Français ont fait des efforts. Nos routes étaient considérées comme étant parmi les plus dangereuses d'Europe : elles ne le sont plus. Ces efforts, il nous faut les encourager pour aller plus loin, pour que la sécurité routière devienne véritablement un réflexe, une bonne habitude, un devoir pour l'ensemble des Français. Tel est le défi qui est le nôtre aujourd'hui : faire preuve de courage, de détermination, de constance dans l'effort qui a été engagé depuis trois ans. C'est le message que je voulais adresser ici, à travers vous, à l'ensemble de nos compatriotes


Je vous remercie.


(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 26 octobre 2005)

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