Tribune de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie, dans "Le Figaro" du 21 octobre 2005, sur l'aide au développement, notamment de la France à l'Afrique, intitulée "Pour une autre politique de développement". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie, dans "Le Figaro" du 21 octobre 2005, sur l'aide au développement, notamment de la France à l'Afrique, intitulée "Pour une autre politique de développement".

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte.

FRANCE. Ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie

ti : Les images qui déferlent sur nos écrans de télévision, montrant ces hommes et ces femmes qui s'arrachent de leur terre natale pour fuir la misère et frapper aux portes de l'Europe à Ceuta et Melilla, doivent nous faire comprendre que l'urgence est de répondre à la souffrance de l'Afrique sub-saharienne. Il s'agit de prendre toute la mesure d'un drame qui affecte l'avenir de l'Europe autant que le sort de l'Afrique. La solution ne peut résider que dans une approche globale qui conjugue politique d'immigration et politique de développement.

L'Afrique est à bout de souffle. Ce continent de 900 millions d'habitants, dont 60 % ont moins de 25 ans, s'enfonce dans la pauvreté. Souvent ravagé par les conflits et les guerres civiles, il voit sa jeunesse et sa population en âge de participer à son développement décimées par la faim et les pandémies : au Niger, 30 % des enfants meurent de malnutrition avant l'âge de 5 ans ; en République centrafricaine, l'espérance de vie est tombée à 39 ans en raison du sida, de la tuberculose et du paludisme.

Cette situation humainement insupportable, moralement inacceptable, et politiquement dangereuse, ne fait que s'aggraver. Les transferts de population s'amplifient, l'intégrisme et le fanatisme se nourrissent de l'injustice et du désespoir. Le monde développé n'y apporte que des réponses insuffisantes : la lutte contre l'immigration clandestine devrait aller de pair avec la réduction de l'écart de niveau de vie entre le Nord et le Sud ; quand certains veulent libéraliser sans nuance l'ensemble du commerce international, ils omettent de préciser que cela ne profiterait qu'à des pays comme la Chine ou l'Australie ; d'autres attaquent la Politique agricole commune de l'Union européenne qui achète pourtant plus de 75 % des produits agricoles des pays les plus pauvres, alors qu'ils maintiennent leurs subventions à l'exportation, notamment pour le coton dont chacun sait qu'il est une ressource essentielle de l'Afrique, qui n'en reçoit pas un juste prix sur les marchés mondiaux.

Chacun s'accorde à penser que 50 milliards de dollars par an - soit un millième de la richesse mondiale - sont nécessaires pour vaincre le sous-développement dans le monde, dont 25 milliards pour l'Afrique. Encore faut-il être imaginatif pour trouver les moyens de dégager ces financements. Car les efforts budgétaires des pays développés n'y suffiront pas, même lorsqu'ils auront atteint l'objectif de 0,7 % du revenu national brut. Il en va de même pour les récentes mesures d'annulation de dettes des États africains les plus pauvres, qui ne leur procurent qu'1,5 milliard de dollars de ressources annuelles, et qui, dans les pays non producteurs de pétrole, ont déjà été absorbés par la hausse du prix du baril.

Il faut donc une autre politique de développement.

Elle implique tout d'abord la mise en place de mécanismes innovants de financement. Sur les 40 propositions qui lui ont été soumises, le président de la République a retenu celle qui est non seulement la plus simple à mettre en oeuvre dans des délais rapides mais qui apporte la garantie de disposer de ressources significatives, stables et prévisibles. Elle consiste à créer un prélèvement de solidarité de quelques euros sur les billets d'avion qui pourrait rapporter environ 10 milliards chaque année.

Mais il ne suffit pas d'augmenter le volume de l'aide, il faut aussi en améliorer l'efficacité. La logique d'assistance doit céder la place à un partenariat Nord-Sud responsable, fondé sur l'exigence de transparence, d'évaluation et de résultat qui inclut la lutte contre la corruption et le soutien à la bonne gouvernance. Là encore, la France revoit sa politique de coopération en la rendant plus lisible, mieux ciblée et davantage harmonisée avec celle des autres contributeurs. Nous concentrerons désormais 80 % de notre aide sur trois secteurs prioritaires définis d'un commun accord avec les autorités des pays bénéficiaires. Nous inscrirons nos actions dans la durée, à travers une programmation pluriannuelle. Nous chercherons aussi à démultiplier nos efforts en privilégiant les cofinancements, notamment avec les autres pays européens, les organisations internationales et non gouvernementales, ainsi qu'avec les collectivités locales dans le cadre de la coopération décentralisée.

Faire en sorte que nos actions et les projets que nous soutenons soient plus visibles sur le terrain, n'implique pas de les défendre derrière le seul drapeau français. L'ampleur des défis à relever nous impose, pour réussir, l'utilisation des canaux multilatéraux permettant de mutualiser nos efforts. La France est ainsi devenue le premier contributeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, mais aussi du Fonds africain de Développement et du Fonds européen de Développement. Nos partenaires africains connaissent le rôle moteur que nous jouons dans la mobilisation des différents bailleurs de fonds, notamment européens. Moins dispersée, plus prévisible et mieux coordonnée, notre aide gagnera en efficacité.

Enfin, la France est à l'origine d'une initiative nouvelle qui consiste à promouvoir avec certains pays africains sources d'immigration la notion de "codéveloppement". Il s'agit de faire participer la diaspora africaine au développement des pays d'origine. D'une part, en facilitant le retour des immigrés dans leur pays par une aide à la création d'activités. D'autre part, pour les immigrés installés légalement en France, en favorisant leurs projets d'investissements dans leur pays d'origine. C'est ainsi qu'au Mali et au Sénégal, nous mettons en place des projets portés par des ingénieurs, des enseignants, des médecins ou infirmiers de la diaspora. Ces expériences intéressent de plus en plus ceux de nos partenaires européens qui ont à faire face à une immigration importante.

Depuis dix ans, la France, sous l'impulsion du président de la République, plaide pour que le développement, et celui de l'Afrique en particulier, soit au c¿ur des préoccupations de la communauté internationale. Les Français partagent ce sentiment : ils mettent au 3ème rang de leurs préoccupations la lutte contre la pauvreté et la faim dans le monde, dont ils pensent qu'elles ne sont pas une fatalité et qu'elles peuvent être surmontées avec une forte volonté politique.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 octobre 2005)

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