Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Le Parisien" du 24 octobre 2005, sur les dispositions du budget de 2006 allégeant l'impôt sur la fortune, notamment pour l'actionnariat salarié. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Le Parisien" du 24 octobre 2005, sur les dispositions du budget de 2006 allégeant l'impôt sur la fortune, notamment pour l'actionnariat salarié.

Personnalité, fonction : BAYROU François, HOUCHARD Beatrice.

FRANCE. UDF, président

ti : Q - L'Assemblée nationale achève la discussion de la première partie du budget. Êtes-vous toujours aussi critique ?

R - C'est un budget qui appelle un jugement sévère. Il n'est pas juste, ni fiable ni sincère. Les chiffres qui sont avancés sont rejetés par tous les spécialistes, tant sur la croissance surévaluée que sur les dépenses, qui sont très sous-estimées. Personne n'ignore que le budget est faux. C'est d'autant plus grave, à mes yeux, que le budget devrait être un contrat de confiance entre les gouvernants et les Français. Là, on a dépassé les limites. Pourtant, rien ne serait plus urgent que de dire la vérité des faits aux Français afin qu'ils ne soient pas abusés. Et faire discuter le Parlement sur des données chiffrées que tout le monde sait fausses, quel sens cela a-t-il ?

Q - Est-ce vraiment nouveau ?

R - Malheureusement non, mais c'est de plus en plus grave. J'ajoute que les décisions budgétaires plombent l'avenir. Nous allons dépasser les 1 150 milliards d'euros de dette ! Et le déficit sera très au-dessus des prévisions annoncées. Avec la privatisation des autoroutes, la France va se priver de revenus considérables et réguliers pendant un quart de siècle. Enfin et surtout, ce budget n'est pas juste. Il a été présenté comme un budget favorisant les classes moyennes. Or, on avantage de manière extrêmement forte les plus gros revenus et les plus gros patrimoines, tout en maintenant la pression sur les patrimoines et les revenus moyens.

Q - Vous faites allusion à l'exonération de 75 % de l'impôt de solidarité sur la fortune pour les actionnaires ?

R - C'est un exemple de plus : on crée une situation d'inégalité au bénéfice de gros actionnaires, alors que des situations moyennes n'en profiteront pas ! A force d'exonérations, l'ISF n'est plus un impôt, c'est une passoire ! Les seuls qui vont rester redevables de l'impôt sont ceux qui auront eu la naïveté de ne pas connaître les stratégies pour y échapper. L'effet est désastreux dans l'opinion, tant la distance est grande entre les affirmations du gouvernement, qui lui servent de vitrine, et la réalité des faits.

Q - Fallait-il exclure la résidence principale du calcul de l'ISF ?

R - En raison de la hausse considérable et très rapide du prix de l'immobilier, un grand nombre de foyers vont se retrouver assujettis à l'ISF alors qu'ils n'ont pas de véritable fortune et ne sont pas plus riches aujourd'hui qu'hier.


Q - Après un tel réquisitoire, vous allez donc voter contre ce budget ?

R - Je ne peux pas me prononcer avant d'en avoir discuté demain avec mes amis. Mais je serais vraiment surpris que cette discussion nous conduise à voter pour.


(Source http://www.udf.org, le 26 octobre 2005)

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