Interview de M. Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP de l'Assemblée nationale, à Europe 1 le 24 octobre 2005, sur la conclusion d'un contrat de service public entre l'État et EDF, la demande faite par GDF d'une hausse des tarifs du gaz, l'exonération de l'impôt sur la fortune pour l'actionnariat salarié, et la réforme de la loi de 1905 sur la séparation entre les églises et l'État. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP de l'Assemblée nationale, à Europe 1 le 24 octobre 2005, sur la conclusion d'un contrat de service public entre l'État et EDF, la demande faite par GDF d'une hausse des tarifs du gaz, l'exonération de l'impôt sur la fortune pour l'actionnariat salarié, et la réforme de la loi de 1905 sur la séparation entre les églises et l'État.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale;FRANCE. UMP, député

ti : J.-P. Elkabbach - Des Alpes, vous pensez d'abord, je pense, aux disparus de l'Himalaya ?

R - Oui, c'est un nouveau drame de la montagne, cette montagne extrême qui est toujours aussi fascinante par les défis qu'elle constitue pour les hommes, en raison de la beauté inimaginable des sites, de ses conquêtes formidables et également du prix terrible qu'elle fait payer à l'homme. C'est une grande émotion...

Q - Oui, le risque et drame font pourtant partie de l'aventure...

R - Oui, c'est vrai mais c'est toujours une très, très grande émotion, même s'il reste quelques tout petits espoirs, ici, il y a une réelle émotion.

Q - Le Premier ministre signe ce matin le contrat de service public avec le PDG de l'entreprise EDF. Le tandem Villepin - Breton va donc déclencher l'ouverture du capital tout de suite...

R - Et c'est une bonne chose, parce que nous avons avec EDF, une très grande entreprise du secteur de l'énergie. Il faut que cette entreprise reste à la pointe de la technologue, de la technique ; qu'elle continue de pouvoir offrir aux Français une électricité très bon marché par rapport aux autres pays, même si, en valeur absolue, elle commence à être chère. Cela passe par des investissements. Il est tout à fait heureux, et d'ailleurs, on ne peut pas faire autrement, que d'avoir recours à l'ouverture du capital en restant à un niveau minoritaire.

Q - Tout est près pour que cela se fasse dans les prochaines heures ?

R - Je ne sais pas si cela sera dans les prochaines heures, en tout cas, il y a urgence. Pour ma part, je souhaite que ce soit très rapide.

Q - L'état des marchés financiers est-il favorable ?

R - Oui, c'est ce que l'on dit, je ne suis pas un spécialiste en ce domaine. Ce que je crois, c'est qu'il faut aller vite, parce que EDF doit avancer dans la course aux nouvelles technologies, renouveler son parc nucléaire et s'engager largement dans les énergies renouvelables.

Q - Le Gouvernement et vous majorité, prenez des risques. Il y a des risques politiques : vous avez entendu la CGT...

R - Dès lors que le Gouvernement conclut d'abord un contrat de service public avec EDF, qui pose des garanties sur le prix de l'énergie en particulier, à nos concitoyens, sur le service public, à partir de ce moment-là, tout est bien contrôlé, surtout que le secteur privé sera ultra minoritaire. Il ne faut quand même pas exagérer, les consommateurs de l'électricité, en France, paient déjà un certain nombre d'avantages substantiels pour les agents d'EDF. Ils ne peuvent, en tout cas, un certain nombre de leurs syndicats ne peuvent pas indéfiniment s'opposer à ce qui est le droit fondamental pour les Français de disposer d'une électricité bon marché et abondante.

Q - Pour F. Hollande - c'est le deuxième risque : le risque politique -, la gauche estime qu'il y a d'autres solutions, que vous passez en force. Il vous a prévenu : si la gauche passe en 2007, elle renationalisera EDF.

R - C'est véritablement surprenant d'avoir en face de soi une gauche aussi archaïque. Nulle part au monde, on ne renationalise ou on ne nationalise. Cela me rappelle le combat des 35 heures de madame Aubry et de monsieur Jospin...

Q - Oui, vous n'avez pas pu revenir sur une mesure qui ne vous plaisait pas.

R - Il y a eu des modifications très importantes qui ont été apportées par les assouplissements, la loi Fillon, mais c'est vrai qu'il faut probablement garder en tête que la France aura à revenir sur ces dispositions qui sont très mauvaises pour l'emploi. Mais quant à la renationalisation, c'est-à-dire le rachat d'une part minoritaire du capital d'EDF, ce qui serait envisagé par la gauche, si je comprends bien, c'est tout à fait utopique. Et puis, je pose une question : avec quel argent cette éventuelle majorité de gauche pourrait-elle se lancer dans un tel délire ?

Q - Un leader de gauche vous répondra... Le Gouvernement va répondre à la demande de GDF de relever les tarifs du gaz de 12 %, il y a urgence, c'est dans huit jours, ou d'ici à huit jours. Avec les consommateurs et même T. Breton, est-ce que vous trouvez que 12 %, c'est trop, décidément trop...

R - Oui, 12 %, c'est beaucoup trop. D'abord, il y a déjà eu un certain nombre de hausses ; deuxièmement, il est vrai que la hausse de l'énergie, la hausse du pétrole est une réalité, néanmoins, il faut tenir compte des problèmes de pouvoir d'achat qui sont ceux de beaucoup de nos compatriotes. Pour ma part, je plaide pour une hausse beaucoup plus modeste.

Q - Combien ?

R - Je ne peux pas vous donner de chiffres, par contre, ce que je vais vous donner, c'est l'idée que je défends, qui est celle d'aménagements tarifaires en faveur des petits consommateurs. Cela aurait deux avantages : d'abord, cela ménagerait le pouvoir d'achat de ces familles, et deuxièmement, cela encouragerait les économies d'énergie.

Q - Donc, une hausse sélective de l'augmentation des tarifs ?

R - En tout cas modulée et dans l'ensemble, modeste.

Q - Maintenant, l'impôt sur la fortune. Je sais bien que vous l'appelez autrement, avec un voile sur le mot "fortune". Vous préférez "l'impôt sur le patrimoine". Il va baisser pour les patrons et les salariés actionnaires, s'ils gardent au moins six ans leurs actions. Pour L. Fabius, c'est du copinage fiscal, et pour beaucoup de gens, cela apparaît comme cela aussi...

R - Je trouve qu'il faut d'abord rétablir la vérité et dire que l'impôt sur la fortune, tel qu'il existe actuellement, cause, chaque année, le départ, la perte de plusieurs dizaines de milliers d'emplois, tout simplement, parce que cela encourage les délocalisations et que les responsables, ceux qui ont créé ces entreprises, qui, souvent, les ont créées tout seul dans leur garage, il y a quelques dizaines d'années, qui sont souvent à l'âge du papy boom, sont contraints de vendre, parce qu'ils partent à la retraite. Et à ce moment-là, l'actionnariat s'éparpille.

Q - Les pauvres ! Des patrons se délocalisent pour de l'argent, on les fait revenir avec de l'argent, on distingue mieux la couleur de leur drapeau...

R - L'emploi, c'est le pragmatisme et il faut aussi regarder les réalités en face. Le Gouvernement a une priorité, c'est l'emploi et tout ce qui va dans le sens de la sauvegarde de l'emploi en France est évidemment ce qui doit être (inaudible).

Q - Vous vouliez parler de L. Fabius...

R - Je suis scandalisé par l'absence totale de responsabilité politique et même d'honnêteté politique qui sont les siennes, car il sait très bien que l'impôt sur le patrimoine, tel qu'il est, fait perdre des dizaines de milliers d'emplois chaque année en France.

Q - Pour 12.000 contribuables et ce "plan pour aider les riches", comme disait le type de Libération l'autre jour, vous ne croyez pas que la majorité se tire une balle - une balle au moins - dans le pied ?

R - C'est une désinformation totale ! Ce budget et la réforme fiscale sont centrés sur le pouvoir d'achat, sur l'emploi. Alors, évidemment, comme l'impôt est progressif, dès lors que l'on baisse l'impôt et que l'on cible les revenus modestes et moyens, il y a toute sorte de fausses informations développées par l'opposition. Mais la vérité est que cette réforme, ce budget avantagent à l'évidence les revenus modestes, avec le doublement de la PPE...

Q - ... C'est dur à faire passer !

R - Oui, parce que l'opposition répète de façon tout à fait stéréotypée des slogans d'une démagogie totale. Mais la vérité oblige à dire que ce budget est en faveur des revenus modestes et des revenus moyens issus du travail.

Q - Justement, F. Bayrou reste sévère contre le budget qu'il estime insincère, injuste. Si l'UDF vote contre le budget du gouvernement Villepin, est-ce qu'elle reste un partenaire, un allié ou passe-t-elle dans le camp des adversaires ?

R - Je ne m'occupe pas de monsieur Bayrou. Ce que je note sur le terrain, c'est que les électeurs des députés UDF, aujourd'hui, s'interrogent. Ils ont voté pour que leurs députés soutiennent le Gouvernement et, à l'évidence, ce n'est pas ce qu'ils font tous. Donc, probablement s'en souviendront-ils lors des prochaines élections...

Q - Le ministre de l'Intérieur, le ministre des Cultes, veut créer une commission pour réfléchir à des corrections et des ajustements sur la loi de la laïcité. Lui donnez-vous raison ?

R - La question de la laïcité est centrale en France, elle fait partie du pacte de notre République, il faut être prudent. Pour ce qui me concerne, je pense qu'il ne faut pas toucher à la loi de 1905. Par contre, je suis tout à fait d'accord avec le ministre de l'Intérieur lorsqu'il dit qu'il faut réfléchir aux conditions d'application des textes au niveau, notamment, des collectivités locales, de leurs rapports avec l'exercice des cultes...

Q - ...Oui, c'est formidable : vous faites la synthèse entre D. de Villepin, qui ne veut pas y toucher, et avec N. Sarkozy, vous trouvez qu'il peut y avoir un accord, c'est-à-dire qu'on fait la commission, on fait quelques améliorations ou aménagements mais on ne touche pas à la loi ?

R - Ne pas toucher à la loi. Et puis, je vous ferais remarquer qu'au groupe, à l'Assemblée, le groupe UMP, c'est le lieu de la synthèse. Notre position est constamment celle de trouver la bonne solution. La bonne solution, c'est de faire le point de la situation actuelle, en sachant qu'il y a un socle auquel il ne faut pas toucher, qui est la loi de 1905, qui a mis un terme à une véritable guerre de religion qui aura duré plus d'un siècle, mais que, par contre, il faut s'adapter en périphérie pour répondre à la situation actuelle qui est effectivement différente d'il y a cent ans.

Q - C'est peut-être plus facile pour la loi sur la laïcité que pour les candidats de 2007. C'est vous qui avez lancé, devant toute l'UMP à Evian : "halte au feu". Or les tirs ont repris, comme un Sarajevo politique. Vos appels n'ont pas servi à grand-chose ou il faut les renouveler ?

R - La nature humaine est qu'elle revient toujours sur ses vieilles habitudes. Et s'il le faut, s'il y a à nouveau besoin que je le rappelle, avec plusieurs de mes amis et je dois le dire, avec la totalité du groupe, qui souhaite que nous travaillions en 2006 efficacement pour notre pays, s'il faut que je rappelle que c'est cela la c¿ur de notre mission, je le ferai.

Q - Monsieur Balladur disait hier sur Europe 1-TV5 que la France peut connaître une victoire de la gauche si cela continue, une nouvelle alternance. Est-ce qu'il cherche à faire peur ou est-ce qu'il se fait peur tout seul ?

R - Il est certain que lorsqu'un mouvement politique, une famille de pensée se divise, elle atténue ses chances de gagner. Donc, d'une certaine façon, c'est un retour de la fameuse machine à perdre, qui, en France, d'ailleurs, déploie ses ailes à droite comme à gauche.

Q - "Halte au feu", "la machine à perdre est en route" si cela continue, avec "le risque pour la droite d'une nouvelle alternance", c'est ce que vous dites ce matin ?

R - Je dis d'abord qu'il y a toujours cet effet de balancier dans notre pays, depuis 1981, mais que la droite a ses chances, la droite et le centre ont leurs chances, dès lors que nous restons unis et que nous proposons aux Français des espoirs réels et concrets, parce que ce qu'il y a à gauche est de l'ordre de l'utopie et de la division, et, c'est vrai, des querelles de personnes.

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 26 octobre 2005)

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