Tribune de MM. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, et Charles Clarke, ministre britannique de l'intérieur, dans "Le Figaro" le 27 octobre 2005, sur la coopération franco-britannique pour la lutte contre le terrorisme, intitulée "Contre le terrorisme et la haine, la solidarité et la force du droit". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de MM. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, et Charles Clarke, ministre britannique de l'intérieur, dans "Le Figaro" le 27 octobre 2005, sur la coopération franco-britannique pour la lutte contre le terrorisme, intitulée "Contre le terrorisme et la haine, la solidarité et la force du droit".

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'État, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

ti : Les terroristes qui ont frappé New York en 2001, Madrid en 2004 et Londres cet été, sont animés par une volonté de destruction. Guidés par la haine, nos ennemis veulent tuer. Ils cherchent à ébranler les fondements des sociétés modernes et affaiblir les démocraties.

La menace est lourde. Mais les démocraties sont plus fortes que ne le pensent les terroristes. Nous sommes forts de notre histoire qui, souvent, nous a préparés à affronter le pire. Nous sommes forts, aussi, de nos traditions juridiques mesurées, qui préservent l'équilibre entre l'ordre public et les libertés. C'est en utilisant tous les instruments d'un Etat de droit moderne que nous combattrons les terroristes, sans relâche, jusqu'à la victoire.

Car l'Etat de droit n'est pas une abstraction. Les principes du rule of law sont fixes, mais le droit qui les met en oeuvre est vivant. Il doit évoluer avec le siècle. C'est précisément pour mieux protéger nos concitoyens et les personnes qui séjournent pacifiquement dans nos pays que nos lois doivent évoluer, dans le respect des libertés fondamentales.

Nos deux projets de loi, relatifs à la lutte contre le terrorisme, ne sont certes pas strictement identiques, puisque l'état de nos législations ne l'est pas aujourd'hui. Mais nous avons veillé à rapprocher nos informations et nos pratiques, en nous efforçant de tirer les leçons, avec pragmatisme et célérité, de l'expérience vécue sur chacune des rives de la Manche. Au quotidien, nos services opérationnels échangent des informations utiles à la lutte contre le terrorisme. Cette coopération pratique se double d'un travail de réflexion juridique dont nos projets de loi sont le produit.

Dans cet esprit, nous voudrions évoquer ici les principaux outils juridiques dont nous voulons nous doter.

Lutter contre le terrorisme, c'est d'abord veiller à ce que, sur nos propres territoires, les ennemis ne prospèrent pas. Nous ne pouvons pas accepter que, sur notre sol, des étrangers fanatiques glorifient le terrorisme et appellent à la violence ! Frappée dès les années 80 par des attentats meurtriers, la France s'est déjà donnée les moyens juridiques et logistiques d'expulser les prêcheurs de haine vers leur pays d'origine et d'interdire sur son territoire les groupes séditieux. Le Royaume-Uni souhaite, lui aussi, être désormais en capacité de procéder à de telles expulsions, de mieux contrôler les publications diffusées par des extrémistes ou d'interdire des groupes incitant au terrorisme.

Nous devons, plus encore, adapter notre ordre juridique aux réalités technologiques de notre époque. A cet égard, le Royaume-Uni a montré le chemin. L'identification des terroristes ayant frappé le métro de Londres, en juillet dernier, a grandement été facilitée par l'exploitation rapide et efficace des bandes d'enregistrement de caméras de vidéosurveillance. La France souhaite aujourd'hui s'inspirer de l'exemple britannique en développant, à sa manière, la vidéosurveillance : des systèmes plus nombreux et plus performants, enregistrant des images auxquelles pourront accéder des policiers spécialement habilités, pourront alors être déployés. Il en est de même en matière de surveillance automatique des véhicules, permettant la photographie des plaques d'immatriculation, afin de mieux repérer les déplacements des activistes. Il nous paraît important, en outre, d'avoir les moyens de recueillir certaines données à caractère personnel détenues par les compagnies aériennes, comme le prévoit une directive européenne adoptée en 2004 : l'analyse de ces données permettra, mieux qu'aujourd'hui, de cibler des individus partant s'entraîner au djihad dans certains pays étrangers connus pour abriter des camps d'entraînement. Les terroristes sont mobiles, nous le savons. Notre droit doit s'adapter à cette réalité, en permettant aux policiers spécialisés des services de lutte antiterroriste de repérer et d'exploiter les traces informatiques laissées par les terroristes.


(Source http://www.u-m-p.org, le 28 octobre 2005)

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