Tribune de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Neue Zuercher Zeitung" du 27 octobre 2005, sur les avancées en matière de défense européenne, intitulée "Face aux défis sécuritaires, l'Europe a besoin d'une politique de défense et de sécurité". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Neue Zuercher Zeitung" du 27 octobre 2005, sur les avancées en matière de défense européenne, intitulée "Face aux défis sécuritaires, l'Europe a besoin d'une politique de défense et de sécurité".

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Voyage officiel en Suisse, le 27 octobre 2005

ti : Après les deux " non " consécutifs en réponse aux referenda en France et aux Pays-Bas sur le projet de constitution européenne, au printemps dernier, l'Union Européenne a connu ces derniers mois une période de doute. Le débat autour du budget communautaire n'a pas atténué les inquiétudes. Les Européens parviendront à surmonter ces difficultés. Ils l'ont toujours fait. Le domaine de la défense et de la sécurité peut contribuer à relancer la confiance et l'action européenne. La campagne sur la constitution l'a montré : c'est le domaine qui suscite le plus d'adhésion. De plus, nos concitoyens savent que le développement de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD) contribue à leur sécurité au quotidien.

Les défis sécuritaires sont nombreux.

D'abord, celui du terrorisme. Les attentats de New York, Washington, Istanbul, Madrid, Rabat, Londres, Charm el-Cheikh et Bali ont montré qu'il fait désormais partie de notre réalité quotidienne. Il y a dans le terrorisme de masse une nouveauté profondément inquiétante, les attentats survenus à partir du 11 septembre 2001 s'étant manifestés par des modalités aussi spectaculaires qu'inédites. Le caractère aléatoire des cibles, et le fait que les auteurs de ces crimes soient souvent inconnus des services de renseignements compliquent la lutte anti-terroriste. La structure diversifiée de réseaux terroristes de plus en plus autonomes inquiète les experts. En quelques années, le terrorisme a acquis un statut singulier. Seule une coopération étroite entre les gouvernements et leurs services de renseignements constitue une réponse adéquate. Elle doit s'effectuer au niveau international et notamment européen.

Parallèlement, la guerre " traditionnelle " sévit toujours en de multiples points de la planète. Le monde de la guerre froide était simple : on savait où était l'ennemi, et chacun pouvait compter sur sa puissance pour le dissuader de s'engager dans des aventures hasardeuses. Aujourd'hui, nous sommes en quelque sorte privés d'un adversaire qui structurait la géopolitique planétaire, et contraints de nous protéger contre des menaces multiformes, sans savoir où et quand ces dernières peuvent se concrétiser. Des conflits armés existent dans de multiples pays et, en l'absence d'un affrontement global, ne s'intègrent plus à un schéma cohérent. Du Caucase à l'Angola, de la Palestine au Pakistan, de l'Afghanistan à l'Afrique, sans oublier l'Irak presque quotidiennement endeuillé par des attentats, de gigantesques arsenaux, issus notamment de la désintégration de l'URSS, alimentent ces conflits -et au passage nourrissent les trafiquants.

Face à ces situations explosives, il faut apporter des réponses : si elle ne sont pas que militaires, qu'on le veuille ou non, elles sont avant tout militaires. Le premier devoir des Etats est de protéger la sécurité des citoyens. Il faut donc une politique de défense réaliste et ambitieuse. De par ses valeurs et son histoire, l'Europe dispose d'un potentiel considérable et peut contribuer activement à la paix et à la stabilité internationale.

C'est dans cet esprit et dans ce but que l'Europe de la défense consolide les solidarités au profit des citoyens de l'UE, mais aussi envers les peuples que nous, Européens, estimons avoir le devoir de soutenir. La PESD est aujourd'hui un cadre performant. Loin d'être rivales, l'OTAN et l'UE sont au contraire complémentaires. C'est le cas notamment dans les Balkans, où les deux organisations travaillent en bonne intelligence.

Les compétences de sécurité et de défense de l'UE doivent lui permettre d'aborder son rapport à l'OTAN de façon décomplexée. Ainsi, un pays comme la France est à la fois l'un des moteurs de la défense européenne et l'un des principaux contributeurs et piliers opérationnels de l'Alliance. Nous assurons même actuellement le commandement de la Force de Réaction Rapide (NRF) pour l'Air, comme nous avons assuré celui de la KFOR au Kosovo et -au titre de l'eurocorps- celui de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) en Afghanistan. La PESD a acquis ces dernières années une crédibilité opérationnelle incontestable à travers ses opérations dans l'ex-république yougoslave de Macédoine ; en République Démocratique du Congo (RDC) ; et aujourd'hui en Bosnie, où l'opération Althea a assuré avec succès la relève de l'OTAN.

Face aux nouveaux défis, l'OTAN doit se transformer et se moderniser afin de mener à bien ses nouvelles missions. Elle doit aussi rationaliser ses procédures de travail. Les Européens et tout particulièrement la France pensent qu'elle doit rester avant tout une alliance militaire, ce qui implique des efforts accrus en matière de défense de la part de ses membres.

S'agissant de la gestion de crises, les Européens disposent d'un vrai savoir-faire. Capable d'intervenir au niveau militaire comme au niveau civil, l'UE dispose de différents outils :

- Sur le plan opérationnel, la création d'un centre de planification au sein de l'état-major de l'UE vise à améliorer les capacités d'anticipation et de conduite de futures opérations extérieures.

- Les travaux capacitaires démarrés en 1999 à Helsinki permettent à l'UE de déployer 60 000 hommes en 60 jours pour une durée maximale de six mois. Cette capacité s'est encore renforcée avec la décision de créer des groupements tactiques interarmées (GT-1500 ou " battle groups "), visant à projeter 1 500 hommes en deux semaines, en réponse à une crise liée, par exemple à la défaillance d'un Etat. Aujourd'hui, 25 Etats -parmi lesquels l'Autriche, la Suède, la Finlande, et même la Norvège qui n'est pas membre de l'UE- se sont déjà engagés à former 13 groupements tactiques.

- La séquence de sortie d'une crise, et la transition souvent délicate du militaire au civil est prise en compte par la création en 2004 d'une Force de Gendarmerie Européenne. Elle sera bientôt en mesure d'agir -dans un cadre militaire- parallèlement à un processus de désengagement des forces armées. Cinq pays y participent déjà : l'Espagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas et le Portugal. D'autres pays sont en train de les rejoindre.

- Ces moyens ne seraient pas suffisants sans une plus grande autonomie stratégique. L'Agence européenne de défense permet de rationaliser nos efforts, de concevoir en commun nos besoins et de préparer l'avenir technologique. Surtout, elle favorise l'émergence d'une base industrielle européenne compétitive dans le secteur de l'armement.

Les Européens n'ont d'ailleurs pas attendu la mise en place de cette agence pour lancer des programmes industriels communs tels l'avion de transport A400M, l'hélicoptère de transport NH90, l'hélicoptère de combat Tigre, le missile Meteor, les démonstrateurs de drone UCAV ou encore les satellites Helios et Syracuse. Autant de réalités concrètes de l'Europe industrielle de la défense.

Pour accompagner les futures opérations de l'Union, nous devons également développer une culture stratégique européenne commune. C'est le sens de la création du Collège européen de défense et de sécurité, qui fonctionne déjà de manière exemplaire.

Dans le domaine de la formation, nous avons déjà beaucoup de coopérations bilatérales qui peuvent servir de point de départ. Je pense à la coopération franco-allemande pour la formation de pilotes d'hélicoptères. Nous souhaitons maintenant étudier la faisabilité d'une formation pour les officiers de marine au sein d'un navire-école ou d'un groupe de navires-écoles.

Toutes ces réalisations sont des preuves que la défense européenne est bien en marche puisqu'elle est même devenue l'un des volets majeurs de la politique commune. Je ne doute pas un seul instant qu'elle jouera un rôle capital dans la relance du projet européen qui est déjà en train de s'amorcer.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 8 novembre 2005)

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