Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, à TF1 le 30 octobre 2005, sur la répression des violences urbaines en Seine-Saint-Denis et la proposition de droit de vote aux étrangers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, à TF1 le 30 octobre 2005, sur la répression des violences urbaines en Seine-Saint-Denis et la proposition de droit de vote aux étrangers.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, FERRARI Laurence.

FRANCE. Ministre d'État, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

Circonstances : Affrontements entre jeunes et policiers à Clichy-sous-Bois et Montfermeil (Seine-Saint-Denis), à la suite de la mort de deux adolescents, le 27 octobre 2005

ti : Q - Ce soir le ministre de l'Intérieur est avec nous, Nicolas SARKOZY bonsoir.

R - Bonsoir.

Q - Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce qui s'est passé exactement cette nuit-là, lorsque les deux jeunes se sont électrocutés ?

R - Écoutez, il y a une enquête judiciaire, il y a une enquête administrative que j'ai moi-même engagée, tous les éléments seront rendus publics. La vérité, tout le monde la connaîtra. En l'état actuel des éléments qui sont à ma disposition, les policiers ne poursuivaient pas ces jeunes. La preuve, c'est que quand ce drame s'est produit, les policiers étaient rentrés au commissariat de police avec les autres interpellés, depuis 20 minutes, et que par ailleurs ce lieu, la centrale, est à environ 1 kilomètre du lieu de l'interpellation. Mais, j'ai souhaité que toute la lumière soit faite, parce que quand deux jeunes de 15 et 17 ans meurent comme cela, c'est un drame, et on doit la vérité à tout le monde. Et je recevrai d'ailleurs dès demain les familles de ces deux jeunes, au ministère de l'Intérieur¿

Q - Pour leur dire quoi ?

R - Comme j'ai reçu le maire.

Q - Qu'ils sont morts pour rien ?

R - Je leur dirai que je tiens à leur disposition tous les éléments de l'enquête. Et je veux, par ailleurs, rendre hommage également au travail des policiers de Seine-Saint-Denis, je serai demain matin en Seine-Saint-Denis, parce que le travail qu'ils font est un travail remarquable. Et croyez-moi, ce qu'ils ont subi depuis quelques jours, avec beaucoup de calme, je veux leur dire que les interpellations de la nuit dernière et de la nuit précédente, je les en félicite. Parce qu'une chose a changé, Laurence FERRARI, maintenant, c'est que je demande aux policiers non plus de faire de l'ordre public, mais d'interpeller, non pas les jeunes, parce qu'on parle des jeunes de façon abusive, les voyous, ceux qui lancent des marteaux, ceux qui tirent à balles réelles, ceux qui rendent la vie impossible dans les cités.

Q - Donc plus de prévention, mais de la répression.

R - La prévention est tout à fait nécessaire, je vais en dire un mot. Mais qu'est-ce qui se passe aujourd'hui dans les banlieues, les Français doivent le savoir. Cela fait maintenant 20 ans qu'on tolère l'intolérable. Il y a un certain nombre de bandes, un certain nombre de trafiquants, qui vivent de l'économie souterraine, du trafic de drogue, qui considèrent que des quartiers sont interdits aux forces républicaines, et qui rendent la vie impossible des gens.

Q - Mais vous êtes depuis un certain temps au ministère de l'Intérieur monsieur SARKOZY.

R - Je vais vous en dire un mot. Ça fait trois ans et demi, avec Dominique de VILLEPIN, la délinquance a reculé en France de 8 %, c'est 350 000 victimes en moins chaque année, et quant à la délinquance de voie publique, c'est 17 %. Mais sur les violences urbaines, les plus dures, eh bien je vais m'y attaquer maintenant, car il n'y a aucune raison que nos compatriotes qui vivent dans ces quartiers, qui sont les plus modestes, n'aient pas eux aussi le droit à la sécurité. Alors à ce titre, j'irai chaque semaine dans un de ces quartiers, et nous avons modifié complètement notre dispositif. Les Renseignements Généraux vont maintenant pénétrer dans ces quartiers, pour que nous ayons les preuves judiciaires.

Q - Parce que c'était des cités interdites. Les policiers n'y allaient pas ?

R - C'était des cités interdites. Les policiers y allaient, mais il ne s'agit pas de faire de la police de proximité pour regarder ce qui s'y passe, mais pour interpeller. Les GIR, les nouvelles structures que nous avons mises en place, vont s'intéresser au patrimoine d'un certain nombre de tous ces gens. C'est curieux quand même, tous ces gens qui ne travaillent pas, et qui ont du patrimoine, eh bien ils vont devoir s'expliquer. Et troisièmement, j'ai demandé que 17 compagnies de CRS, et 7 escadrons de gendarmes mobiles, des centaines de gendarmes et de policiers, au lieu de faire de l'ordre public et de l'encadrement de manifestations, ils ont reçu une nouvelle formation, et ils vont maintenant être à la disposition des habitants de ces quartiers pour qu'ils aient droit à la paix et au calme.

Q - Donc vous envoyez plus de cars de CRS ? Plus de police ?

R - Je vais encore vous dire une chose¿

Q - Est-ce que vous pensez que c'est comme ça qu'on va réussir à régler les problèmes ?

R - En tout cas ce n'est certainement pas en fermant les yeux. Il y a deux stratégies, Laurence FERRARI, il y a ceux qui me disent " il faut passer à côté de ces quartiers et comme ça on aura la paix ", et il y a ceux, dont je suis, qui ne l'acceptent pas. Qu'est-ce que c'est que cette affaire que maintenant toutes les nuits on a 20 à 40 véhicules, depuis 10 à 15 ans, qui brûlent ? Mais ces voyous qui brûlent les véhicules, moi j'aimerais qu'ils brûlent leur véhicule, et pas le véhicule du voisin, qui ne demande qu'une seule chose, c'est à vivre tranquillement et qui se lève tôt le matin. Alors, par ailleurs¿

Q - Mais c'est aussi votre responsabilité. Vous n'avez pas un sentiment d'échec après trois journées d'affrontements avec des cars de CRS attaqués à balles réelles ?

R - Mais au contraire, c'est justement parce qu'on s'attaque aux crimes, à l'économie souterraine, aux bandes et aux trafiquants, qu'ils réagissent comme cela. Et alors dans chacune de mes visites, je verrai les jeunes, les vrais jeunes¿

Q - Comme à Argenteuil quand vous avez été pris à partie violemment?

R - Par qui ?

Q - C'était la première fois que vous subissiez physiquement cette violence, que subissent tous les jours les habitants des quartiers ?

R - Ce n'est pas la première fois, mais qu'est-ce qu'un certain nombre de voyous essayent de faire ? De nous impressionner. Eh bien écoutez, ils en seront pour leurs frais. Il n'y a aucune raison que la République recule. Donc, je verrai systématiquement les jeunes, les vrais jeunes, en leur disant " les choses sont simples. Il y a ceux qui ne respectent pas la loi, ceux-là il y aura la sanction et la sanction sévère et immédiate. Et puis il y a ceux qui veulent s'en sortir, eh bien ceux qui veulent s'en sortir, la République les aidera ". Il n'y a pas une troisième solution, et je suis décidé¿ et alors, je vais faire autre chose pour que les Français voient les suites de ce travail, je publierai tous les mois l'indicateur des violences urbaines, et je montrerai que ça progresse. Alors j'ai les déclarations d'un certain nombre de personnes, Lionel JOSPIN, Dominique STRAUSS-KAHN etc.

Q - Qui disent " le Sarkozisme ça ne marche pas ".

R - Qui disent, mon vieux, on décrit les violences urbaines. Ça fait 20 ans, mais s'ils s'en étaient occupés, la situation serait moins grave aujourd'hui. Alors je prends toutes mes responsabilités, et je préviens de la manière la plus tranquille qui soit, c'est désormais, pour les violences urbaines, comme pour la délinquance générale, la tolérance zéro.

Q - D'un mot. La proposition de droit de vote pour les étrangers, que vous avez faite cette semaine, les Français semblent d'accord avec vous, 63 %, d'après un sondage IFOP publié aujourd'hui. Pourquoi proposer cette mesure aujourd'hui alors que les banlieues sont au bord de l'explosion ? Est-ce que ça peut aussi aider ?

R - Mais Laurence FERRARI, c'est justement pour ça. Je souhaite que nous soyons porteurs d'une politique ferme, mais en même temps qu'elle soit juste. On ne peut pas être ferme si on n'est pas juste, et d'ailleurs on ne peut pas être juste si on n'est pas ferme. Et ce que j'ai essayé de faire sur l'intégration d'un islam de France, et non pas d'un islam en France, sur des imams dont je veux qu'ils parlent le français, et non pas des imams qui viennent de l'étranger, sur ce que j'ai dit sur la discrimination positive, c'est-à-dire donner plus à celui qui a moins, pour les aider à s'en sortir, ou encore ce droit de vote, pas pour les élections présidentielles, pas pour les élections législatives¿

Q - Municipales.

R - Uniquement pour les municipales, parce que je crois que c'est un facteur d'intégration. Et finalement l'alternative est simple, si vous voulez vous intégrer, la République vous aidera. Si vous ne voulez pas respecter nos lois, eh bien la République vous condamnera.

Q - Nicolas Sarkozy, qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous ont accusé ces dernières semaines, de trop vous occuper de votre campagne pour la présidentielle de 2007, et pas assez de votre ministère de l'Intérieur ?

R - Il faut le savoir, parce que c'est tout à fait extraordinaire. Alors j'ai vu que certains s'étonnaient que je sois à Argenteuil la nuit. Alors, est-ce que je m'en occupe trop, est-ce que je ne m'en occupe pas assez ? De toute manière moi je ne m'occupe pas de ces commentaires. Ce que je veux, c'est être jugé sur les résultats. Les habitants de ces quartiers veulent la paix, ils ne supportent pas l'amalgame. À la Cite des 4000 à La Courneuve, tout le monde le dit, la chose aujourd'hui est beaucoup plus calme. Eh bien nous ramènerons le calme dans tous les quartiers concernés, parce que c'est mon devoir, et parce que c'est mon travail, et je me laisserai pas impressionner ni par ceux qui parlent de ces quartiers sans jamais y mettre les pieds, ni par ceux qui veulent mettre ces quartiers sous la coupe réglée. Il y a des trafiquants, eh bien on va les éradiquer.

Q - C'était Nicolas SARKOZY, le ministre de l'Intérieur et le candidat à la présidentielle pour 2007.

(Source http://www.u-m-p.org, le 7 novembre 2005)

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