Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "Libération" du 8 octobre 2005, sur l'ouverture des discussions sur la sécurisation des parcours professionnels, la réductions des inégalités et les salaires avec les partenaires sociaux, suite aux manifestations du 4 octobre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "Libération" du 8 octobre 2005, sur l'ouverture des discussions sur la sécurisation des parcours professionnels, la réductions des inégalités et les salaires avec les partenaires sociaux, suite aux manifestations du 4 octobre 2005.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François, NATHAN Hervé, WENZ DUMAS François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti : Libération. Villepin propose aux partenaires sociaux d'ouvrir des discussions sur la sécurisation des parcours professionnels, la réduction des inégalités et les salaires. Cela vous satisfait-il ?

François Chérèque. La CFDT est toujours disponible pour engager des négociations. Mais dans l'intervention du Premier ministre, nous n'avons rien trouvé de très nouveau. Tout reste à construire. Il a repris les grands thèmes sur lesquels nous avons posé des revendications : l'emploi, le pouvoir d'achat et les discriminations. Cela ne fait que des têtes de chapitre. Il faut maintenant construire le contenu pour avoir des résultats concrets.

Libération. Par la négociation ou par des annonces gouvernementales ?

François Chérèque. On demande les deux. Un exemple : le Premier ministre a fait des incantations sur la négociation de branches. Il en cite deux : la chimie et l'hôtellerie-restauration. Il y en a d'autres. La question est : comment va-t-il faire pour débloquer la situation dans toutes ces branches où les salaires minimaux sont inférieurs au SMIC ? L'hôtellerie-restauration a obtenu 1,5 milliard d'aides et en réclame encore ! Si le gouvernement exige enfin des contreparties, la négociation pourra jouer son rôle. Autre exemple : il parle de formation professionnelle, de validation des acquis. On ne l'a pas attendu pour négocier sur le sujet. Alors qu'est-ce qu'il attend des partenaires sociaux ? Et que compte faire le gouvernement pour la formation des exclus du monde du travail ?

Libération. Comment le gouvernement peut-il obliger les employeurs à négocier ?

François Chérèque. Les entreprises bénéficient de 22 milliards d'allégements de charges, essentiellement sur les salaires compris entre le SMIC et 1,6 % du SMIC. Résultat : on a une concentration de plus en plus forte des rémunérations dans ces zones-là. Pourquoi ne pas mieux cibler ces allégements de charges, en contrepartie d'engagements sur la formation, l'emploi et les déroulements de carrières ?

Libération. La journée d'action du 4 octobre a-t-elle créé un rapport de forces suffisant ?

François Chérèque. Dominique de Villepin a passé une bonne partie de l'émission à parler de l'emploi et du pouvoir d'achat. Cela montre qu'il a compris qu'il ne pouvait pas éviter ces questions.


Libération. Mais sur des revendications précises, comme le retrait du contrat nouvelles embauches, vous n'avez aucune réponse...

François Chérèque. C'est vrai, le Premier ministre n'a pas bougé d'un pouce sur ce sujet. Malheureusement, il ne nous restait que la démarche juridique. Nous attendons la décision du Conseil d'État.

Libération. Villepin propose un " ticket transport ". Une bonne mesure ?

François Chérèque. Sur ce sujet, il faut être concret. Si ce dispositif est calqué sur le Ticket-Restaurant, les salariés des très petites entreprises n'en profiteront pas, ce qui creuserait les inégalités. Nous voulons une mesure qui prenne en compte la situation de tous les salariés contraints d'utiliser leur voiture pour aller travailler du fait de l'absence de transports en commun. Ceci dit, il est une autre question urgente, celle du logement. Jeudi soir, j'ai vu un Premier ministre incapable de dire un mot face à la situation des mal-logés et l'évolution du prix des logements. Doit-on revenir à des mesures d'encadrement des loyers, en attendant que la construction de nouveaux logements calme le marché ?

Libération. Villepin veut partager entre l'Etat et les fonctionnaires les économies réalisées lors du non-remplacement des départs à la retraite. Qu'en pensez-vous ?

François Chérèque. Encore une fois, on prend le problème à l'envers. On parle de réduction d'effectifs avant de définir les missions de l'État, ses priorités et les moyens dont il a besoin. Lier la politique salariale à une baisse des effectifs n'a aucun sens.

Libération. Le gouvernement prévoit une augmentation des cotisations retraites : 0,15 point pour les salariés, 0,05 point pour les entreprises. Acceptable ou non ?

François Chérèque. Inacceptable. Pour la première fois dans l'histoire de la Sécurité sociale, la participation des salariés serait supérieure à celle des employeurs. Ce serait une rupture.

Libération. Pour la SNCM, le gouvernement dit qu'il n'y a plus rien à négocier. Est-ce votre avis ?

François Chérèque. Dès le départ, nous avons souligné la maladresse du gouvernement. Il a annoncé d'abord une privatisation intenable à 100 %, puis a reculé. Ce faisant, il justifie le recours à des actions violentes. Nous ne comprenons pas pourquoi il refuse d'examiner nos propositions qui sont, d'une part, la participation des collectivités territoriales au capital de la SNCM, d'autre part, la négociation d'un vrai plan industriel.

Libération. L'élection de Laurence Parisot à la tête du Medef a-t-elle changé la donne ?

François Chérèque. Tout le monde est d'accord pour dire qu'il y a un changement de style. Le problème est celui des résultats. Nous avons de nombreux sujets de négociations : les salaires, l'emploi des seniors qui, je l'espère, devrait rapidement aboutir, la pénibilité, et surtout, à partir de novembre, la convention d'assurance chômage, sans oublier les thèmes qu'elle a proposés, comme les discriminations. Nous jugerons sur pièces.

Propos recueillis par Hervé Nathan et François Wenz-Dumas


(Source http://www.cfdt.fr, le 10 octobre 2005)

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