Interview de M. François Goulard, ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche, sur le site internet "www.premier-ministre.gouv.fr" le 17 novembre 2005, sur la politique de recherche, notamment le Pacte sur la recherche et l'Agence nationale de la recherche, l'expatriation et l'aide aux jeunes chercheurs, l'avenir de la recherche française et sa place au sein de l'Union européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Goulard, ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche, sur le site internet "www.premier-ministre.gouv.fr" le 17 novembre 2005, sur la politique de recherche, notamment le Pacte sur la recherche et l'Agence nationale de la recherche, l'expatriation et l'aide aux jeunes chercheurs, l'avenir de la recherche française et sa place au sein de l'Union européenne.

Personnalité, fonction : GOULARD François.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche

ti : Animatrice : Avant de répondre aux questions des internautes, pouvez-vous résumer en 3 points l'ambition du gouvernement pour la recherche ?

François Goulard : Bonjour. Tout d'abord, la recherche est essentielle pour l'avenir du pays. Les efforts devront être financiers, avec 6 milliards de crédits en plus sur trois ans à l'horizon 2006, vingt milliards de crédits supplémentaires. Il faut rendre notre recherche plus efficace, au travers d'un plan complet pour la recherche fondamentale et la recherche appliquée, la recherche publique et privée. La recherche est essentielle pour l'avenir.

Question mail : Pensez-vous que la future loi de la recherche sera fidèle au contenu des Etats Généraux ?

François Goulard : La future loi a une grande ambition pour notre pays. La recherche est au service de la science et du pays. La loi va satisfaire la majorité de la communauté scientifique avec des mesures d'organisation, de finances, de statut des chercheurs. Je pense que nous devrions donner satisfaction très largement aux attentes de la communauté scientifique. Les chercheurs sont attachés à la réussite de la recherche en France.

Question mail : Bonjour monsieur Goulard, le Pacte apporte de nouvelles structures, mais n'en supprime aucune. Que répondez-vous à ceux qui disent que la recherche est en cours de bureaucratisation ? Cordialement.

François Goulard : Ce n'est pas du tout l'objectif. On crée de nouvelles structures, certes. Mais on simplifie la vie des chercheurs, ce qui est important, avec des simplifications sur les marchés publics, car il y a beaucoup de bureaucratie actuellement. Nous supprimons l'autorisation obligatoire d'un fonctionnaire du ministère des Finances car c'est une lourdeur administrative.

Question mail : Mr le Ministre, on semble exclure a priori un fonctionnement de la recherche française sur le modèle américain : pourquoi ? Ce modèle américain est efficace et performant...

François Goulard : La recherche aux Etats-Unis est massive, performante. Notre modèle est différent. A côté des universités, notre organisation mettra en place de grandes structures de recherche comme l'Inserm. Nous devons partir de ce qui existe et des forces dont nous disposons. Notre modèle est différent des Etats-Unis et il n'y a pas de religion en la matière.

Question mail : Pourquoi avez-vous décidé de financer majoritairement les projets ayant des retombées économiques possibles (= innovation) ? Que devient la recherche fondamentale ?

François Goulard : Ce n'est pas vrai. Nous pensons qu'il n'y a pas de recherche utile pour l'économie sans recherche fondamentale. Nous créons une Agence de la recherche qui apporte des financements nouveaux. La moitié ira à la recherche appliquée et l'autre à la recherche fondamentale. Il faut un équilibre.

Question mail : Vous parlez de promouvoir la recherche mixte privé / publique alors que les fonds Génoplante ont été divisés par 2. Pourquoi ?

François Goulard : Génoplante est un programme parmi d'autres que je ne connais pas particulièrement. Tous les organismes voient leurs crédits augmenter. Et des programmes nouveaux sont mis en place. Je ne crois pas que les crédits aient diminué.

Question mail : Si l'ANR a introduit un zeste de compétition dans la recherche française, on en encore très loin des systèmes compétitifs - et plus performants - de la plupart des autres grands pays de la recherche. Jusqu'où êtes-vous prêt à aller pour aider les meilleurs ?

François Goulard : Nous cherchons un équilibre. Nous pensons que les organismes de recherche doivent continuer à être financés avec des financements permanents, car la recherche a besoin de sérénité. Mais il y a aussi une logique d'appel à projets pour l'émulation entre les équipes. Il y a donc des financements supplémentaires. Il existe en France un modèle centré de la recherche que nous voulons préserver, mais que nous voulons aussi stimuler.

Question mail: Monsieur le Ministre, pensez-vous vraiment qu'une réforme de la recherche peut "sauver la France", alors que les structures sociales semblent en déliquescence ?

François Goulard : C'est une vaste question. On a besoin de la recherche pour l'avenir. Elle a des vocations multiples : accroissement des connaissances, santé, environnement, économie... Il n'y a pas de grand pays développé sans une recherche puissante. Les sciences humaines et sociales nous permettent de mieux comprendre les phénomènes de société et d'apporter de meilleures réponses. Il n'y a pas de contradiction entre l'existence de problèmes sociaux indéniables et la nécessité de la recherche.

Question mail : Les rémunérations des chercheurs seront-elles en mesure d'empêcher nos meilleurs chercheurs de partir outre-Atlantique ou ailleurs ?

François Goulard : Les chercheurs sont beaucoup mieux payés dans d'autre pays, comme les Etats-Unis ? Nous allons faire des efforts sur la rémunération des chercheurs, sur la création d'emplois. Il est important d'être bien rémunéré. Mais les chercheurs tiennent avant tout à disposer de moyens pour leur recherche. Avec des moyens nouveaux, une efficacité nouvelle, je pense qu'on peut retenir des chercheurs qui sinon seraient tentés d'aller à l'étranger.

Question mail : Pourquoi la revalorisation de l'allocation de recherche est-elle si faible et pourquoi l'allocation de recherche n'est-elle pas indexée sur le point d'indice de la fonction publique ?

François Goulard : L'allocation de recherche était faible, nous l'augmentons de 8 % au 1er janvier 2006 et de 8 % au 1er janvier 2007. Il faudra poursuivre et trouver une forme d'indexation pour une augmentation régulière de l'allocation de recherche.

Question mail : Et l'emploi des jeunes chercheurs ?

François Goulard : L'emploi des jeunes chercheurs est en question dans notre pacte. Trois mille recrutements pour la recherche avec des ingénieurs et des techniciens qui sont nécessaires. Il y aura beaucoup de départs à la retraite dans les prochaines années, du fait du baby-boom. D'ici 2010, nous aurons 21 000 recrutements dans la recherche. Cela signifie que les jeunes qui ont vocation à faire de la recherche auront des emplois durables dans ce domaine.

Question mail : Mr le ministre, en tant qu'énarque, que savez-vous du parcours des jeunes diplômés de la recherche pour obtenir un emploi ? Docteur en Sciences, j'ai mis 7 ans avant d'obtenir un emploi durable, comme beaucoup de scientifiques.

François Goulard : Je suis énarque, mais je suis aussi ingénieur, donc je connais un peu les études techniques et scientifiques. Je sais qu'il est souvent très difficile de trouver un emploi dans la recherche. Je viens de dire que nous allons créer beaucoup d'emplois statutaires, mais il y a une période de post-doc pendant laquelle on prépare des concours des recrutements, et il y aura un aménagement de cette période et de nouvelles conditions seront proposées aux jeunes chercheurs.

Question mail : Dans quelle mesure et par quels moyens puis-je valoriser la thèse que je suis en train de préparer ?

François Goulard : Une thèse, c'est tout d'abord valorisant, c'est un diplôme de haut niveau. Nous voudrions que la thèse soit un diplôme reconnu par les conventions collectives. Nous engageons les partenaires sociaux à travailler dans ce sens. Il faut également reconnaître la période de préparation de la thèse comme une période d'expérience professionnelle.

Question mail : Bonjour, qu'est ce qui est envisagé pour favoriser les vocations des jeunes chercheurs ?

François Goulard : Il faut d'abord encourager les vocations scientifiques. Chez les hommes et chez les femmes, et surtout chez les femmes car nous manquons de vocations scientifiques. Nous voulons donner des perspectives aux jeunes chercheurs car il y a des emplois. Il existe des moyens de financer la préparation des thèses et nous allons développer les contrats CIF qui permettent le développement de thèses dans les entreprises. Nous voulons que les vocations des jeunes chercheurs se développent car elles sont nécessaires.


Question mail : Pourquoi ne pas faire confiance aux chercheurs sur ce qu'ils doivent chercher ?

François Goulard : C'est le cas le plus général. La science est libre et les chercheurs déterminent leurs recherches. Mais on ne peut pas empêcher la société et les pouvoirs publics de poser des questions à la science. Les chercheurs sont contents qu'on s'intéresse à ce qu'ils font et que la société leur pose des questions. C'est le cas dans la santé, dans l'environnement, mais aussi dans les entreprises. Le chercheur définit sa recherche, mais les pouvoirs publics interviennent également.

Question mail : Il me semble que l'une des mesures les plus réclamées par les chercheurs, et qui correspond bien à l'idée de signer un nouveau pacte avec eux, est de s'engager sur un plan pluriannuel de recrutement. Pourquoi esquivez-vous cette mesure nécessaire ?

François Goulard : Nous n'esquivons pas du tout. Nous savons combien il y aura de recrutements l'année prochaine, l'année d'après. Mais à plus longue échéance, c'est plus difficile. C'est plus difficile de dire si ce sera essentiellement des recrutements d'ingénieurs, de techniciens ou de recherche. En fonction des prévisions de recrutement, il y aura des emplois et nous développerons l'information sur les emplois disponibles au cours des prochaines années. Mais la prévision est plus imprécise quand on avance dans le temps.

Question mail : Aujourd'hui les sciences et en particuliers les mathématiques n'attirent plus à l'école. Vouloir revaloriser la recherche passe nécessairement à mon sens par une revalorisation de ces disciplines au collège et au lycée.

François Goulard : C'est tout à fait exact. Nous avons besoin de vocations scientifiques. il y a une baisse des vocations actuellement. Il faut attirer les jeunes vers la science, en parler aux lycéens. Nous avons de grands établissements pour cela, notamment la Cité des sciences, avec beaucoup d'expositions. Nous allons développer tout cela pour faire naître des vocations scientifiques. Les carrières scientifiques sont exigeantes mais c'est un grand bonheur que de faire progresser la science.

Question mail : Quelles actions sont prévues pour développer la Culture Scientifique et Technique auprès du grand public ?

François Goulard : Au moment de la fête de la science, les scientifiques communiquent sur leur métier, pour expliquer qu'il y a des carrières et de grandes satisfactions à exercer ces métiers. C'est un devoir de tous les établissements de recherche et des universités que de communiquer vers ces carrières. Nous développons cette communication vers les lycées et collèges.

Question mail : Monsieur le ministre, Vous dites "il est important d'être bien payé" mais pouvez-vous nous dire ce qu'est être "bien payé" en début de carrière de chercheur ? 1000 euros, 2000, 3000, 4000, plus ? Quel est le salaire d'embauche actuellement d'un charge de recherche au CNRS ?

François Goulard : Ce sont les salaires de la fonction publique. Ils ne sont pas très élevés, mais ils progressent au cours de la carrière. Nous augmentons fortement les allocations de recherche pour les rémunérations les plus basses. Nous instaurons des régimes indemnitaires pour les chercheurs, les débuts de carrière dans la recherche sont de l'ordre de 2 000 euros. Il y a plusieurs statuts : maître de conférences, chargé de recherche, etc. Il est important d'avancer et de progresser et qu'il y ait les moyens pour trouver les meilleurs. Nous allons créer des bourses Descartes qui seront distribuées aux meilleurs jeunes chercheurs pour éviter qu'ils partent à l'étranger ou pour en faire revenir.

Question mail : La Commission européenne considère qu'un doctorant est déjà un professionnel de la recherche, dans ces conditions comment justifier la mise en place de contrats aidés (CIPRE) pour ces professionnels reconnus et surqualifiés ?

François Goulard : Avant la thèse, nous militons pour qu'il y ait une reconnaissance de la période de préparation de thèse comme une période professionnelle. Il faut que les conventions collectives l'intègrent. D'autre part, nous prévoyons des aides au recrute ment des jeunes docteurs. Ils sont embauchés dans les entreprises avec des CDI mais nous voulons qu'il y en ait devant. C'est important pour les jeunes chercheurs, pour leurs débouchés, mais aussi pour aider la recherche en entreprise. Il faut que les entreprises fassent davantage de recherches, c'est un moyen d'aider cela. Il faut encourager les chercheurs à entrer dans les entreprises en France pour les encourager à devenir chef d'entreprise. Nous sommes en retard par rapport aux autres pays dans ce domaine. C'est un handicap, et il faut profiter des avantages des docteurs. Nous voulons développer le nombre de docteurs et des jeunes chercheurs dans les industries françaises.

Question mail : Bonjour monsieur le ministre, je suis extrêmement déçu de constater la fuite des jeunes chercheurs ou diplômés vers d'autres pays, je ne comprends pas pourquoi il n'y a pas de défiscalisation pour les entreprises qui embaucheraient ces jeunes.

François Goulard : Il y a plein de mesures en faveur de l'embauche des jeunes chercheurs. Je viens de parler d'une aide financière. Nous avons aussi des crédits impôt recherche. C'est une défiscalisation pour les entreprises pour la défiscalisation de leurs dépenses de recherche et pour la progression de leurs dépenses de recherche.

Question mail : Le gouvernement dispose d'un moyen simple d'accélérer les carrières, par les passages de classe, actuellement bloqués. Comptez-vous les débloquer ?

François Goulard : Ils vont se débloquer car, quand on crée des emplois, il y a un appel d'air. Il y aura beaucoup de recrutements grâce aux départs à la retraite. Il va y avoir une accélération des carrières et beaucoup de recrutements. Le pacte pour la recherche est un gros effort et tout ne sera pas réglé en quelques semaines. Il va falloir continuer à travailler et améliorer certains statuts. C'est un programme d'ensemble très large, avec une idée dominante qui est de donner les moyens d'efficacité pour la recherche, ce qui passe par les personnels.

Question mail : Les statuts et les salaires de la fonction publique sont ils compatibles avec une performance de la recherche tout au long de sa carrière ou faut-il envisager une mobilité vers d'autres fonctions suivant le cas ?

François Goulard : La mobilité est possible. Le statut de la fonction publique permet des mobilités en entreprises, dans d'autres pays. Il faut développer cela vers les autres pays européens. Il faut que les chercheurs puissent passer d'un pays à l'autre. Le statut public des universités et des organismes de recherche n'est pas unique.

Question mail : Bonjour Monsieur Goulard, début novembre, 200 millions de crédits ont été annulés pour votre ministère. Quelles garanties a-t-on qu'il n'en soit pas de même en 2006 avec les moyens supplémentaires du Pacte ? Cordialement.

François Goulard : Ce n'est pas vrai. Il n'y a pas eu d'annulation de crédits sur notre budget. Notre budget est épargné par les annulations. Nous avons eu un changement de régime fiscal des organismes de recherche, les dotations versées par l'Etat aux organismes étaient assujetties à la TVA. Elles ne le sont plus. Globalement, les dotations augmentent de 3 % l'année prochaine, à quoi s'ajoutent d'autres dotations de l'Agence de la recherche. Nous sommes sur une augmentation constate et pour longtemps des crédits de la recherche. Il n'y a pas d'annulation de crédits.

Question mail : La recherche est un investissement pour l'avenir d'un pays, pensez-vous vraiment que la France en a encore les moyens humains et financiers ?

François Goulard : Oui. Il ne faut pas sombrer dans le pessimisme. Nous sommes un grand pays de recherche. Des pays émergents font des efforts considérables comme la Chine et L'Inde. Nous devons rester dans le peloton de tête et essayer de faire mieux, mais nous sommes un grand pays de recherche, il ne faut pas dénigrer ce qui se fait aujourd'hui. Nous sommes en tête dans certaines disciplines, notamment en mathématiques. Nous venons d'ailleurs d'avoir un prix Nobel de Chimie.

Question mail : Pensez-vous qu'à court terme, il est nécessaire de démanteler le CNRS ?

François Goulard : Bien sûr que non, il faut prendre la recherche française telle qu'elle est. Elle n'est pas comme celle des autres pays. Il faut s'appuyer sur toutes les structures, dont le CNRS. Nous augmentons la dotation au CNRS en 2006 de 2,9 %. Si nous avions la volonté de le démanteler, nous n'augmenterions pas sa dotation.

Question mail : Monsieur le ministre, quelle seront, selon vous, les implications du 7eme Programme cadre européen (PCRD) pour la recherche en France ? Quelles positions comptez-vous adopter dans les discussions du Conseil ?

François Goulard : Vaste sujet. L'Europe procède par grands programmes. De grandes nouveautés sont à l'initiative de la France et nous essayons de développer certains domaines dont l'environnement. Mais nous savons que dans certains domaines, il faudra des moyens européens, car un pays seul n'aura pas les moyens de développer les recherches. C'est le cas d'ITER. Et l'Europe s'est regroupée dans ce dossier de la fusion nucléaire. Nous sommes très présents dans les conseils européens et nous discutons de l'avenir de la recherche.

Question mail : Que comptez-vous faire pour que les femmes aient leur place, et donc leurs responsabilités et leurs promotions, dans " la réforme d'ampleur qui permettra à notre système de recherche de repartir sur des bases solides " ?

François Goulard : Il y a dès le départ une insuffisance du nombre de femmes, qui embrassent les carrières scientifiques. Il y a seulement 20 % des bachelières scientifiques qui poursuivent des études scientifiques, il y a un problème. Au plus haut niveau, le problème s'aggrave avec 30 % de femmes chercheurs et aux grades les plus élevés ce pourcentage diminue. Nous avons récemment commis une erreur lors de la nomination du conseil d'administration du CNRS avec une seule femme. Je l'assume, je le reconnais pleinement. Notre objectif est d'attendre la parité et d'augmenter le nombre de femmes dans la recherche française. Un décret permettait de ne pas respecter, dans le secteur de la recherche, la loi Génisson, qui concerne la parité. Nous sommes en train de remettre en cause ce décret. Nous venons de nommer la directrice de l'Ecole normale supérieure, c'est la preuve que dans les établissements les plus prestigieux, les femmes ont toute leur place.

Question mail : A quand la mutualisation des recherches par les pays de l'union européenne ?

François Goulard : Ce n'est pas simple. Aujourd'hui, nos recherches sont peu intégrées. L'Europe procède par appel à projet. Elle met de l'argent et sollicite les équipes pour y répondre. Mais la recherche européenne n'est pas encore fonctionnelle sur une base multilatérale. Il faut accentuer nos travaux sur des projets communs et j'ai bon espoir que se mettent en place des Agences européennes de recherche dans différents domaines. A l'image de l'Esa pour la recherche spatiale. La recherche devra être européenne demain.

Question mail : Le prix Nobel de chimie pour des travaux qui ont 30 ans... Justement quand les finances de la recherche n'étaient pas asphyxiées... Cela montre la vivacité de la recherche actuelle ? Est-ce une blague ?

François Goulard : Non. Il est normal qu'on se réjouisse d'avoir un prix Nobel, cela couronne une carrière scientifique. Ce chercheur est un ingénieur avec un parcours atypique. Il travaille à l'IFP, organisme de recherche appliquée et il est récompensé pour une recherche fondamentale. La frontière entre recherche fondamentale et recherche appliquée a donc peu de sens. La recherche française est active, elle a des résultats. Je me réjouis que quelqu'un soit couronné, même s'il y a un décalage entre le moment où il fait cette recherche fondamentale et le moment où il reçoit le prix. Si la recherche a été asphyxiée à une certaine époque financièrement, ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Question mail : Le financement public de la recherche bénéficie aux grands groupes. Lorsqu'une PME est porteuse d'un projet de recherche, elle est " boulée ". La transformation de TPE en PME en France est en panne. Quelles mesures concrètes pour réduire les effets de corps et du lobbying au bénéfice des PME ?

François Goulard : C'est vrai que les grands groupes sont souvent mieux placés pour bénéficier des dispositifs des subventions, ils sont plus organisés. Nous faisons des efforts pour que les PME soient concernées par nos programmes de recherche. Nous ajoutons 40 millions en 2006 au financement pour l'innovation dans les PME et 40 millions supplémentaires l'année prochaine. Dans le crédit impôt recherche, nous avons pris des mesures qui permettent de financer concrètement des PME. Au niveau européen, nous souhaitons que davantage de programmes aillent directement aux PME. Nous faisons tout pour faciliter l'accès des PME aux programmes de recherche. Le programme d'entreprises innovantes a par exemple beaucoup de succès. Nous faisons tout cela pour les PME et pour mettre en place de jeunes entreprises dynamiques. Beaucoup sont un apport inestimable pour les programmes de recherche. Enormément de PME sont concernées par ces grands projets qui vont dynamiser l'activité économique de nos régions.

Question mail : Oui mais une entreprise a tout intérêt à faire financer un transfert technologique plutôt qu'à recruter le docteur... Ne faut-il pas encourager davantage la recherche en entreprise plutôt qu'en laboratoire universitaire ?

François Goulard : Les deux sont nécessaires. Il faut de la recherche privée en entreprise. J'ai cité les mesures pour l'embauche des jeunes docteurs, les crédits d'impôt pour les entreprises qui embauchent ou qui mènent des recherches. Un autre volet important de ce que nous prévoyons est le label Carnot. Les organismes de recherche qui sont capables de faire passer des innovations du monde de la recherche, y compris fondamentale, bénéficieront d'un label particulier et de financements particuliers pour encourager le transfert des résultats de la recherche vers les entreprises. C'est important pour notre économie, pour l'emploi dans la compétition internationale. L'emploi va dépendre de cette capacité des entreprises à adapter ces innovations de la recherche concrètement.

Question mail : Qu'en est-il des recherches en matière de sciences humaines ?

François Goulard : Quand on parle de recherche, on pense d'abord aux sciences dures : mathématiques, physiques, chimie, biologie, génétique, mais il y a aussi les sciences humaines et sociales, qui sont au coeur de notre dispositif de recherche. Elles participent de l'accroissement des connaissances. Elles ont des applications que les grandes entreprises ou les plus petites utilisent. C'est notamment le cas des travaux des sociologues. Les sciences humaines et sociales ont droit de cité comme les autres.

Question mail : J'ai un DEA d'histoire, et tous mes profs me découragent de faire une thèse, par manque de postes. Pour pouvoir postuler, il faut être agrégé, plus docteur, et après, on est toujours pas sûr ni de faire de la recherche, ni d'enseigner en université.... À quand une augmentation des postes ?

François Goulard : C'est vrai qu'on n'est jamais sûr, mais cela est vrai dans tous les métiers. On n'est jamais sûr de réussir. En histoire, il n'y a pas autant de postes d'enseignants chercheurs que de docteurs. Il faut le dire. Mais nous avons besoin des docteurs et d'enseignants dans nos disciplines historiques comme dans les autres. La recherche est très exigeante. Accéder au métier d'enseignant chercheur, c'est pour les meilleurs étudiants. Il ne faut pas le cacher. Mais il y a d'autres postes qui sont ouverts en histoire comme ailleurs. L'internaute doit s'interroger sur sa véritable vocation. S'il a une vocation de chercheur, il doit continuer. C'est une question de choix personnel, mais il n'y a pas de filière bouchée. L'augmentation des postes est là.

Question mail : Quelle sera la place de la France dans l'ERC (European Research Council). Tenterez-vous d'imposer des quotas de financement par pays, ou vous baserez-vous sur la qualité de la recherche uniquement ?

François Goulard : L'ERC est ce qui a permis d'obtenir qu'il y ait de la recherche fondamentale dans les programmes européens. C'est une Agence qui va financer de la recherche fondamentale, et une commission scientifique va déterminer les thèmes des recherches. Il y a des appels à projets en recherche fondamentale. Il n'y a pas de quota par pays. Si tel était le cas, la France serait perdante. Nous espérons faire plus que notre part dans les budgets européens l'an prochain. Pas de quota, mais une vraie recherche fondamentale supportée par lRP.

Question mail : Pouvez-vous expliquer ce que la nouvelle agence pour la recherche créée par le gouvernement est censée changer ?

François Goulard : On l'a évoqué. L'Agence de la Recherche, ce sera l'année prochaine. 800 millions d'euros, c'est une part minoritaire des crédits pour la recherche en France. Il s'agit de lancer des appels à projets dans tous les domaines. Les équipes répondent. 25 % des réponses sont retenues. La moyenne des projets est de 380 000 euros. Ce sont de gros budgets. La recherche est variée, avec la recherche fondamentale ou de la recherche appliquée. Cela ne concerne pas encore toutes les disciplines car c'est la première année de fonctionnement, mais le champ est très large. Ce cadre des appels à projets est de plus en plus utilisé au niveau international pour motiver les équipes de recherche.

Question mail : On le voit, nous formons trop de docteurs et les meilleurs d'entre eux s'en vont aux USA. Pourquoi ne pas instaurer la sélection dans les Universités (cf De Gaulle) ?

François Goulard : Le Général de Gaulle n'a jamais instauré la sélection dans les universités. C'est un principe d'égal accès et de liberté d'accès. Il faut faire attention lors de son orientation et bien réfléchir en s'inscrivant dans une filière. La liberté d'inscription restera totale. Nous formons 10 000 nouveaux docteurs par an. Tous ne partent pas tous aux Etats-Unis, loin de là. On observe de plus en plus de retours de chercheurs très brillants qui ont obtenu de bons résultats aux Etats-Unis, mais des mesures doivent être prises pour être plus attractif en france. Il faut donc trouver des débouchés, avec des emplois dans l'enseignement supérieur et la recherche, mais aussi dans le privé.

Question mail : Monsieur, ne pensez-vous pas que la suppression de la limite d'âge au concours de chargé de recherche 2e classe va surcharger ces concours ? N'aurait-il pas fallu plutôt instaurer une limite en termes d'expérience de recherche ?

François Goulard : C'est toujours délicat. Pour donner leurs chances à des chercheurs, on est tenté de reculer les limites d'âge. Il faut trouver l'équilibre, ce n'est pas simple. Cela reste discutable et une mesure prise une année peut être rectifiée l'année suivante. Mais cette mesure sur l'âge était nécessaire pour donner des chances nouvelles. Ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent.

Question mail : Monsieur le ministre, en quoi l'ANR, avec son évaluation par des pairs (quand ce n'est pas par soi-même - cf qqs bugs !) peut-elle assurer une évaluation des projets totalement objective ?

François Goulard : L'objectivité parfaite n'est pas de ce monde. Elle n'est pas du monde scientifique. L'évaluation des projets est faite par un comité scientifique. Il arrive que dans une discipline scientifique il n'y ait pas beaucoup de spécialistes en France. Il peut y avoir des gens qui sont alors juge et partie, nous essayons de faire des efforts pour internationaliser ces commissions scientifiques. Nous sommes attentifs à ce problème. Je ne pense pas qu'il y ait eu beaucoup de défaillances, même si cela peut arriver. Il faut faire attention à ce que ceux qui choisissent des projets ne soient pas intéressés parles décisions prises. Mais le milieu des scientifiques est un milieu moral. De plus, tout cela est public. La composition des commissions est publique. Par conséquent, les éventuels écarts sont facilement repérables et corrigés.

Question mail : Monsieur, la loi chiffre les emplois futurs dans le privé et pas dans le public. Etes-vous ministre ou PDG ? Comment ne pas croire à une supercherie ?

François Goulard : On peut chiffrer les emplois dans le public. On ne chiffre pas dans le privé. Il y a des dispositifs comme les aides pour les doctorants ou les post-doc. Tout cela est chiffré. Mais tout cela ne couvre pas tout le champ des recrutements dans le privé. Nous ne savons donc pas combien il y aura d'embauches dans le privé.

Question mail : Monsieur le Ministre, envisagez-vous de définir un statut unique de chercheur pour rétablir une égalité de chances entre chercheur et enseignant chercheur ?

François Goulard : Ces sujets ne sont pas simples. Nous n'avons pas de projet de changement statutaire. Il y a des enseignants chercheurs à l'université. On se satisfait de la coexistence des statuts et nous voulons introduire la modulation des obligations d'enseignement pour que les jeunes enseignants chercheurs puissent se consacrer plus à la recherche et moins à l'enseignement. Mais pas de changement statutaire prévu.

Je remercie les internautes. Ils peuvent consulter le site www.pactepourlarecherche.fr. Ils y trouveront tout ce qu'ils veulent savoir sur cette recherche. Merci.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 21 novembre 2005)

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