Interview de M. J-F.Roubaud, président de la CGPME, sur BFM le 4 octobre 2005, sur la journée de mobilisation syndicale du 4 octobre 2005 et la position de la CGPME concernant la mise en place d'un service minimum dans les transports en commun et les revendications syndicales en matière de pouvoir d'achat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. J-F.Roubaud, président de la CGPME, sur BFM le 4 octobre 2005, sur la journée de mobilisation syndicale du 4 octobre 2005 et la position de la CGPME concernant la mise en place d'un service minimum dans les transports en commun et les revendications syndicales en matière de pouvoir d'achat.

Personnalité, fonction : ROUBAUD Jean-François, SOUMIER Stéphane.

FRANCE. CGPME, président

Circonstances : Journée de mobilisation syndicale le 4 octobre 2005

ti : S. Soumier - C'est une grande journée RTT pour les PME de France aujourd'hui ?

J.-F. Roubaud - Ah, c'est une bonne analyse, "journée RTT" ! Non, c'est une journée de grève, je crois ! J'entendais vos chiffres tout à l'heure, que plus de 70 % des Français étaient pour cette journée...

Q- 72 % très exactement et effectivement, j'attends votre réaction là-dessus... Effectivement, je comprends nos concitoyens. Il suffit de les entendre : ils ont tous inquiets sur le coût de la vie, le coût du logement, le coût du panier de la ménagère, tout ce qui vraiment est important pour leur vie de tous les jours, et je comprends leurs inquiétudes. Donc je comprends aussi cette grève. Je crois simplement qu'il ne faut pas non plus empêcher les entreprises privées de travailler aujourd'hui, parce qu'il ne faut pas oublier que ce sont ces entreprises privées, que je représente, qui créent les richesses de notre pays. On n'est donc pas suffisamment "riches", si j'ose dire, pour continuer à faire cela. Donc je vais voir aujourd'hui. Vous savez que notre principale revendication, depuis des années, c'était le service minimum. Et je vais voir si ce qui a été mis en place par les organisations, la SNCF et la RATP, tient la route et si, effectivement, les salariés de mes entreprises vont pouvoir travailler à peu près normalement aujourd'hui, avec les retards et départs en avance que l'on connaît et que l'on sait comprendre...

Q- La SNCF dit qu'elle est à 35 % de son trafic, c'est le service garanti...

R- Oui, d'après les chiffres que j'entends depuis ce matin, cela a l'air de fonctionner et ce serait une grande satisfaction pour moi que dans le respect du droit de grève, il y ait aussi le respect des travailleurs du secteur privé, qui ont besoin de travailler et qui n'en pouvaient plus de passer leur temps, dans la journée, dans les transports en commun, mais surtout sur les quais des gares, sur les quais de métro, sans arriver à aller à leur travail. Parce que dans le secteur privé, les salariés sont conscients de leur importance dans l'entreprise, du rôle qu'ils ont à jouer et donc du tort que cela porte à l'entreprise de ne pas travailler une journée.

Q- Vous êtes étonnamment consensuel, ce matin !

R- Je dis simplement que je veux voir le service minimum. Si cela fonctionne, je serai satisfait. Mais si cela ne fonctionne pas, là, je ne serai pas satisfait, et là, je demanderai, comme certains députés en ce moment le demandent, à ce qu'il y ait des lois pour obliger ce service minimum. C'est là où je ne serai plus consensuel. Mais je crois qu'il faut toujours mieux accepter quelque chose, le faire partager par l'ensemble de nos concitoyens, que de l'imposer. Parce que la meilleure solution pour que cela fonctionne, c'est que l'ensemble de nos concitoyens se responsabilisent sur ce problème. Et, apparemment, ce matin, je crois que j'ai satisfaction.

Q- Sur le pouvoir d'achat, le Gouvernement a l'air, pour le coup, lui aussi de défiler avec les grévistes et de dire que c'est un thème central aujourd'hui. Il vous demande d'augmenter les salaires.

R- Il ne nous demande pas d'augmenter les salaires. Il demande à ce que les conventions collectives qui fixent les minima soient revues, pour ceux qui ne sont pas faits (sic). Il y a un certain nombre de branches d'activités qui n'ont pas revu les conventions collectives et où le Smic, qui aujourd'hui a été augmenté de 17,3 % en trois ans, dépasse les premiers échelons de la grille de salaires. C'est cela qu'il faut réviser. Mais il faut aussi comprendre, d'un autre côté, que certaines branches, qui ne l'ont pas encore fait, ne peuvent pas augmenter de 17,3 % l'ensemble des salaires de toute leur grille. Et c'est là où il y a vraiment un problème.

Q- C'est ce qui bloque aujourd'hui les négociations de branches aujourd'hui ?

R- Oui, mais il faut bien savoir qu'une grande partie des branches, au moins 80 ou 100, ont trouvé des accords de branche et les grilles sont maintenant en adéquation avec les salaires minimums. Mais il y a des blocages, c'est vrai, parce qu'il y a des coûts très importants. Vous
citiez il y a quelques minutes, la branche de l'hôtellerie-restauration, où ce n'est pas simple...

Q- Diriez-vous, comme Mme Parisot, que les entreprises sont au taquet d'une certaine manière, et qu'il n'y a pas de marges pour augmenter les salaires aujourd'hui ?

R- Au niveau du secteur privé que nous connaissons, je suis d'accord avec L. Parisot pour dire que l'on est au taquet au niveau des salaires. Je dis que les ouvertures que nous pouvons faire, c'est d'essayer de développer l'intéressement dans nos petites et moyennes entreprises. Vous savez que nos PME, c'est 99 % des entreprises françaises, les moins de 250 salariés. Je crois qu'il faut développer, et surtout dans les plus petites, des contrats d'intéressement entre le chef d'entreprise, les salariés, pour qu'il y ait là une possibilité de distribuer de l'argent. Les salaires, on ne peut pas, parce que c'est risquer l'entreprise, c'est hypothéquer sur l'avenir de l'entreprise, si elle n'augmente pas ses capacités de recettes, de bénéfices. Alors que l'intéressement, ce sont des sommes que l'on verse sur des résultats que l'on a obtenus. C'est cela qu'il faut développer pour donner davantage de pouvoir d'achat aux Françaises et aux Français.

(Source : premier-ministre, Service d'Information du gouvernement, le 6 octobre 2005)

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