Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur la progression du numérique et des accès au haut débit en France, la place croissante de l'industrie du logiciel dans l'économie et le financement des projets technologiques en 2005 et 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur la progression du numérique et des accès au haut débit en France, la place croissante de l'industrie du logiciel dans l'économie et le financement des projets technologiques en 2005 et 2006.

Personnalité, fonction : LOOS François.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

Circonstances : Conférence sur les éditeurs de logiciels en France, à Paris le 24 novembre 2005

ti : Cher Jean-Hervé de Lorenzi,
Mesdames et Messieurs,


C'est avec grand plaisir que je me trouve parmi vous à l'occasion de cette conférence sur les éditeurs de logiciel en France. Je crois que nous sommes tous conscients du privilège d'avoir la présence de Bill Gates à nos côtés aujourd'hui pour illustrer le parcours de référence qu'a connu Microsoft dans ce secteur.

Je n'oublie pas non plus les très beaux succès français que sont Dassault Systèmes et Cegid qui sont les co-organisateurs de l'événement.

Nous le savons tous. Le logiciel est un domaine très vaste, qui pénètre progressivement toutes les activités. Il permet de traiter et de diffuser de l'information à grande échelle, sous toutes ses formes. Or, depuis l'avènement d'Internet, nous disposons d'une quantité phénoménale d'informations accessibles qui s'accroît d'ailleurs très rapidement en permanence. Tout simplement parce que les sources numériques sont de plus en plus nombreuses, que ce soit au niveau des médias, dont toute la production est désormais numérique, ou au niveau des individus qui disposent aujourd'hui de la faculté de publier simplement photos, textes ou contenus multimédias, et grâce notamment à la progression fulgurante depuis 3 ans des accès à l'Internet haut débit. En mai 2002, la France comptait 700 000 abonnés à Internet haut débit. Le Gouvernement avait alors fixé pour objectif, qu'au terme de la législature, en 2007, la France en compte 10 millions. La France en a aujourd'hui 8 millions. Les usages numériques ont explosé.

L'Etat contribue lui aussi à cette explosion des contenus numériques. Nous avons mis en place une structure pour piloter la numérisation des contenus des bibliothèques françaises, en cherchant à y associer les bibliothèques de nos partenaires européens.

Face à cette masse d'informations disponibles et d'utilisateurs connectés, je suis persuadé que l'un des enjeux essentiels, c'est de disposer d'outils de recherche capables de nous permettre de façon simple de trouver l'information pertinente. La recherche dans ce domaine est loin d'être achevée. Google est indiscutablement une grande réussite, parce qu'il apporte une réponse à la recherche d'informations textuelles. Intégrer un approche sémantique ou encore permettre la recherche d'information multimédia et non plus simplement textuelle, ce sont des sujets d'avenir très importants, et c'est pourquoi le Gouvernement soutient des projets dans ce domaine, notamment le projet franco allemand de moteur de recherche multimédia " quaero " (associant de nombreux partenaires dont Thomson, Deutsche Telekom, France Télécom, Exalead, Inria, l'INA¿), que l'Agence pour I'innovation Industrielle va examiner prochainement. Cette thématique de la recherche multimédia, mais aussi de la création de contenus numériques, notamment pour les jeux vidéo, le cinéma ou la musique, est le c¿ur du pôle de compétitivité " Images, multimédia et vie numérique " d'Île de France.

Numériser les contenus multimédias, ce serait presque inutile si on ne savait pas les transmettre via des réseaux numériques, tel que ceux de la télévision numérique terrestre, la télévision par Internet ou la télévision mobile dans des conditions satisfaisantes de sécurité et de confort pour l'utilisateur. Progresser dans ce domaine est aussi un enjeu important. C'est tout l'objet des projets de recherche en matière d'outils de compression numérique, d'amélioration des débits de transmission ou de technologies d'authentification qui sont au c¿ur du pôle de compétitivité " images et réseaux " de la Bretagne.

Les éditeurs de logiciel sont naturellement des acteurs cruciaux pour apporter des réponses aux nombreux défis que je viens d'évoquer. Votre conférence a prévu d'aborder le sujet dans toutes ses dimensions : la contribution de la recherche publique aux PME innovantes, le financement et rôle du capital risque, les facteurs clés de développement des éditeurs de logiciel. Pour camper le décor, je voudrais revenir sur la place de l'édition logicielle dans l'économie française.

Il s'agit d'un secteur encore jeune qui a vu sa place croître dans l'économie française ces vingt dernières années. Avec un chiffre d'affaires d'environ 12 milliards d'euros, comprenant les éditeurs français et les filiales des éditeurs étrangers, elle représente environ un quart du marché de l'informatique. Sa croissance de 7,7% en 2004 est trois fois plus importante que celle du PIB et deux fois supérieure à celle de l'ensemble du secteur informatique. Elle emploie 33 000 salariés dont 80% sont des cadres, soit 7% de l'emploi du secteur informatique. Cette activité étant à forte valeur ajoutée, entraîne la création d'une quantité importante d'emplois indirects.

Le poids de la réussite des SSII françaises masque souvent une certaine modestie de taille de l'industrie française des éditeurs. Ainsi, les 100 premières entreprises françaises de l'édition logicielle réalisent ensemble un chiffre d'affaires annuel inférieur à 10% de celui de Microsoft.

Les industriels européens conservent des positions fortes dans certains domaines du logiciel : les services informatiques que j'ai déjà cités, mais également le logiciel libre et le logiciel " embarqué ", qui est difficile à évaluer. Le poids du logiciel embarqué croît de façon extrêmement rapide ; son utilisation de plus en plus large amène les industriels à produire les logiciels qu'ils incorporent dans leurs systèmes et produits. Dans ce domaine, les entreprises industrielles européennes et françaises des télécommunications, de l'automobile ou de la défense sont tout à fait compétitifs et tendent à devenir des " industriels du logiciel ".

Incontestablement en matière d'innovation, le logiciel est, aux cotés des biotechnologies et des semi conducteurs, parmi le tout petit nombre des domaines susceptibles de faire émerger des sociétés à croissance rapide, dont il faut favoriser le dynamisme en vue d'en faire des entreprises moyennes, puis des grandes. Cette question est centrale pour la France qui a un déficit d'entreprises moyennes.

Soyez-en assurés, l'ambition du Gouvernement est de faciliter la réussite des porteurs de projets de croissance, et de faire de la France un pays de recherche et d'innovation, attractif pour les entreprises et les talents.

Cet objectif est, je l'espère, pleinement partagé par les participants présents cet après-midi. Les grands succès dans l'édition de logiciel démontrent que la recherche et l'innovation technologique sont des facteurs essentiels. Cela illustre pleinement la pertinence de la stratégie européenne de Lisbonne et de l'objectif de dépenses de R D de 3% du PIB. La France consacre actuellement environ 2,2% de son PIB à la recherche, ce qui la situe dans la moyenne européenne, mais sensiblement derrière le Japon (3,2%), les Etats-Unis (2,9%) ou les pays nordiques (Finlande - 3,5%, Suède - 4%).

Pour atteindre ces objectifs, il faut disposer des bons outils et s'en donner les moyens. C'est pourquoi le Gouvernement français met en place, avec méthode et constance depuis 2003, les conditions de rehausser notre effort en faveur de l'innovation et de la recherche. Dans la Loi de Finances 2004, nous avons mis une première série de mesures, notamment le statut très avantageux au niveau des impôts et des charges sociales de la Jeune Entreprise Innovante (JEI), qui connaît un grand succès, avec près de 1000 sociétés qui l'ont déjà adopté, dont certainement de nombreux éditeurs de logiciels.

Le crédit impôt recherche qui est le principal outil de soutien à la R et D des entreprises a aussi été réformé, avec l'introduction d'une part en volume pour en renforcer l'efficacité, part que le Gouvernement propose de porter à 10% dans le projet de loi de Finances pour 2006.

En 2005, notre politique consiste à mettre en place des " agences de moyens " pour financer et sélectionner les projets technologiques et scientifiques :

o Oséo résultat du rapprochement de la BDPME, de Sofaris et l'Anvar, est devenu l'acteur de référence pour l'appui aux PME. La dotation d'Oséo -Anvar passera de 80 M¿ à 120 M¿ en 2006.

o L'Agence de l'Innovation Industrielle, lancée fin août, financera les grands projets industriels pour permettre aux entreprises de s'engager plus facilement sur des grands programmes orientés vers des marchés porteurs. Elle sera dotée d'un milliard d'euros avant la fin de l'année.

o l'Agence Nationale de la Recherche, mise en place en 2005 et dotée de 350 M¿, a pour mission de sélectionner et de financer des projets de recherche fondamentale et appliquée.
De plus, l'Etat a provoqué l'émergence des pôles de compétitivité, parmi lesquels plusieurs pôles mondiaux ou à vocation mondiale sont dédiés aux TIC, notamment :

- en Ile de France, Systematic et " Images, multimédia et vie numérique ", à Rennes " Images et Réseaux "
- en PACA, " solutions communicantes sécurisées "
- à Grenoble Minalogic

Comme je l'ai indiqué précédemment, ces pôles constituent des environnements particulièrement favorables à l'éclosion de projet d'édition de logiciels. Je vous invite à vous y associer, car nous savons que l'une des clés du succès de l'innovation et de la compétitivité, c'est de faire travailler les meilleurs ensemble, et d'organiser les réseaux de compétences sur des filières ou des projets communs.

Vous l'avez compris ; le Gouvernement s'attache à mettre à la disposition de nos entreprises une large palette d'outils. Mon propos serait incomplet si je n'évoquais pas le sujet du financement.

Des mesures de réductions d'impôt ont été prises pour diriger vers les PME les flux d'investissement : la loi sur la confiance et la modernisation de l'économie contient deux mesures d'accompagnement du lancement d'Alternext : l'une à destination des investisseurs particuliers, l'autre des institutionnels.

Je rappelle aussi le rôle de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui gère pour le compte de l'Etat, le programme d'intérêt général PME Innovation avec 150 M¿ par an d'investissement, destinés à faciliter l'accès des PME aux investissements en fonds propres.

Le rôle de l'Etat est d'inciter les acteurs économiques à innover en créant un environnement favorable. Pour le domaine des logiciels, créer les conditions du succès passe aussi par le fait que les entreprises utilisent pleinement les TIC, notamment les PME, pour lesquelles il s'agit d'un facteur essentiel de compétitivité. C'est pourquoi j'ai souhaité donner une impulsion forte pour que des projets sectoriels coopératifs soient proposés et se développent. J'ai ainsi lancé l'appel à projets TIC PME 2010 pour soutenir la mise en place d'outils communs dans les entreprises d'une même filière permettrant la création de " chaînes numériques " sur le modèle de celles mises en place dans l'aéronautique ou l'automobile. S'agissant du calendrier, après une phase d'instruction et plusieurs autres étapes intermédiaires, les projets seront labellisés en deux vagues : février et juin 2006. Cet appel à projets vise à susciter une mobilisation des acteurs autour d'un enjeu primordial pour notre économie. J'invite les éditeurs de logiciel à y contribuer.

Disposer d'une vision claire de long terme sur les évolutions technologiques et les usages qu'elles permettront est pour moi essentiel. L'objectif de l'innovation n'est pas de faire de la recherche pour faire de la recherche, mais c'est de rendre possible et d'accompagner le progrès et le changement pour les individus dans la société et dans la vie économique.

J'espère ne pas avoir été trop long. Le sujet est riche. Je vous souhaite une excellente conférence.


Je vous remercie.


(Source http://www.industrie.gouv.fr, le 25 octobre 2005)

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