Tribune de M. Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture et de la pêche, dans "Les Echos" du 19 octobre 2005, intitulée "Oui, l'agriculture est moderne !". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture et de la pêche, dans "Les Echos" du 19 octobre 2005, intitulée "Oui, l'agriculture est moderne !".

Personnalité, fonction : BUSSEREAU Dominique.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

ti : En cet automne, bon nombre d'agriculteurs dressent un bilan de leurs récoltes. Ils n'oublient certes pas les débats survenus lors de la négociation sur les perspectives budgétaires de l'Union européenne. Le président de la République et l'ensemble du gouvernement ont soutenu la place de l'agriculture française et européenne au sein de notre continent. Pourtant, une question posée par Tony Blair reste présente dans l'esprit de beaucoup de nos compatriotes : l'agriculture est-elle toujours moderne ?

Une première réaction devrait nous conduire à rejeter une telle interrogation : nourrir ses concitoyens est intemporel. Mais les débats du printemps ont fait resurgir d'anciennes conceptions fondées sur les lois du marché. S'appuyant sur la théorie des avantages comparatifs issue du XIXe siècle, certains ont préconisé que l'Union européenne délaisse l'agriculture au profit d'un effort accru dans les nouvelles technologies. Selon les partisans du libre-échange, ce choix serait bénéfique pour tous, l'Europe et ses partenaires commerciaux. L'erreur, dans ce raisonnement, c'est de penser que l'agriculture est une activité de main-d'¿uvre peu qualifiée, dénuée d'équipement et obsolète, bref passéiste.

Rien n'est plus faux et il est nécessaire de s'entendre sur la notion de modernité. A mes yeux, elle a une triple signification : un secteur moderne est d'abord doté d'un marché prometteur, qui garantit la pérennité d'emplois viables. C'est ensuite un laboratoire d'innovations dynamique. C'est enfin un secteur dont les défis sont partagés par notre société de demain. Par rapport à ces trois critères, l'agriculture est moderne.

La modernité de l'agriculture se mesure en premier lieu à l'aune de sa place dans l'économie et des perspectives de croissance. Quel secteur peut être sûr de la croissance de son marché comme l'est le monde agricole ? En 2020, neuf milliards d'individus peupleront la planète et devront être nourris. C'est un marché gigantesque pour l'Europe et particulièrement pour la France, qui jouissent d'un climat et d'un savoir-faire garantissant, bon an mal an, une récolte régulière. La démographie constitue une perspective essentielle qui n'est pas seulement de nature économique mais relève aussi d'une responsabilité pour le monde, ainsi que l'a affirmé le Premier ministre à Rennes le 13 septembre dernier.

La place et la qualité de l'emploi agricole et agroalimentaire témoignent aussi de la modernité de ce secteur. Près d'un Français sur dix travaille pour l'agriculture et l'agroalimentaire. Le nombre de salariés en agriculture a progressé au cours des dernières années : près de 20 % des exploitations aujourd'hui en emploient. L'avenir de notre secteur agroalimentaire, la première industrie de notre pays, dépend étroitement de la maîtrise de ses sources d'approvisionnement. Sur le plan social, ce large secteur de la production et de la transformation offre par ailleurs le double visage de la cohésion sociale et territoriale. Cohésion sociale d'abord, parce que les emplois offerts sont multiples, variés, de niveaux de qualification fort différents et assurent ainsi au moins formés de nos compatriotes comme aux plus diplômés un débouché. Cohésion territoriale ensuite, car l'agriculture et les industries agroalimentaires donnent de la vie et du dynamisme à l'ensemble de nos terroirs.

Pour certains, ces perspectives ne suffisent pas à ancrer l'agriculture dans la modernité. Comment apprécieront-ils alors le dynamisme d'un secteur qui associe recherche, innovation et application industrielle et commerciale ? Parmi les pôles de compétitivité retenus par le gouvernement, quinze sont d'origine agricole et agroalimentaire. La nouvelle Agence nationale pour la recherche (ANR), dont l'objectif est d'orienter la recherche française vers des sujets d'avenir portés par des équipes talentueuses, a retenu en première sélection des projets touchant l'agriculture durable. Dans le domaine des sciences du vivant, l'Institut national de la recherche agronomique, fortement soutenu par le ministère de l'Agriculture et de la Pêche, se positionne comme un des établissements de recherche leaders dans le monde. La chimie verte, la thérapie génique sont autant de domaines ouverts qui apporteront des réponses sur des enjeux essentiels pour l'avenir de notre société.

L'agriculture se situe, enfin, au carrefour de trois défis de notre société moderne : l'environnement, la santé et l'équilibre de nos territoires. Le Premier ministre a annoncé l'accélération du plan biocarburants. Devant la hausse des prix des carburants et le coût écologique de la production d'énergie fossile, l'agriculture propose une alternative : les biocarburants, dont le bilan écologique est très favorable, sont une des réponses au coût économique et environnemental des matières fossiles. S'agissant de notre santé, le maintien de notre autosuffisance alimentaire grâce à une agriculture forte et variée garantit la traçabilité de la production. C'est également un atout pour promouvoir une politique de l'alimentation fondée sur les qualités nutritives et gustatives des produits. Le programme national nutrition-santé, auquel le ministère de l'Agriculture participe, a montré son efficacité dans la diffusion de la recommandation d'une alimentation quotidienne de cinq fruits ou légumes. Enfin, cette diversité des productions se manifeste dans la variété des paysages français façonnés depuis des générations. C'est notre identité que nous devons préserver et transmettre à nos enfants.

C'est pourquoi il est plus que jamais nécessaire de mener une politique agricole européenne ambitieuse. L'unité et la paix de notre continent se sont construites à partir d'un marché commun agricole. Seule politique européenne totalement intégrée, la politique agricole commune doit être préservée et le gouvernement s'y emploie. Elle doit renouveler son engagement en faveur de l'autosuffisance alimentaire, la compétitivité de notre agriculture et la convergence des niveaux de vie. Elle doit aussi porter les attentes sociales qui nécessitent de mieux prendre en compte les services rendus par l'agriculture en termes d'entretien des paysages, de maintien de terroirs vivants... La loi d'orientation agricole débattue au Parlement inscrit l'agriculture dans cette modernité.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 octobre 2005)

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