Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF, à France 2 le 18 novembre 2005, sur la discrimination positive au sein des entreprises et l'apprentiisage à 14 ans. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF, à France 2 le 18 novembre 2005, sur la discrimination positive au sein des entreprises et l'apprentiisage à 14 ans.

Personnalité, fonction : PARISOT Laurence, LABORDE Françoise.

FRANCE. MEDEF, présidente

ti : Q- Le Medef 93, en Seine-Saint-Denis, a lancé une initiative qui s'appelle "Nos quartiers ont du talent". Vous y étiez hier pour lancer ce projet ; racontez-nous en quoi cela consiste...

R- Avant tout, il faut dire que c'est un projet qui a été pensé, organisé, bien avant les terribles émeutes que nous avons connues ces derniers temps. De quoi s'agit-il ? Le président du Medef nord-francilien, Y. Chir, a fait en sorte de mettre en relation directe les jeunes diplômés du 93 et les entreprises de ce même département. Il s'agit de faire en sorte qu'ils se rencontrent plus vite et que l'ajustement entre l'offre et la demande se fasse dans les conditions les plus rapides et les plus efficaces possibles.

Q- Hier, il y avait une centaine de jeunes diplômés, ils avaient un bac + 3, + 4 ?

R- Oui, nous avons, pour cette première initiative, concentré l'opération sur ceux qui sont bac + 3, bac + 4, et qui ont, il faut le dire, parfois plus de difficulté que d'autres parce qu"ils sont issus des quartiers sensibles, parce qu'ils habitent un département qui a, à tort, une mauvaise réputation...

Q- Parce qu'ils ont des noms à consonance étrangère...

R- Parce qu'ils ont un physique, une origine sociologique qui n'appartient pas au modèle dominant. Et pour cela, le Medef considère qu'il fait partie de sa responsabilité, et je dirais même de son ambition, de leur donner un coup de pouce. C'est ce que nous avons fait hier.

Q- Vous avez mis en contact ces jeunes avec les patrons. Comment cela va-t-il se passer maintenant ? Va-t-il y avoir des échanges, des contrats signés, cela va-t-il déboucher sur des choses concrètes ?

R- L'engagement des chefs d'entreprise est de recevoir dans les services du personnel, les directions des ressources humaines, tous ces jeunes diplômés d'ici deux mois. Il y aura donc 100 % d'entretiens. Ce que nous allons faire après, c'est une évaluation de l'impact de cette opération, combien ont pu être recrutés, s'ils ne le sont pas, pourquoi. Nous demandons à ces jeunes de remplir un questionnaire dans deux mois, pour nous dire comment s'est passé l'entretien, quelles ont été les difficultés, ou, au contraire, les choses qu'ils ont apprises à cette occasion.

Q- On trouve évidemment cette initiative formidable. Vous y étiez d'ailleurs avec le ministre A. Begag. Mais on est un peu étonné : n'est-ce pas normalement le boulot de l'ANPE de faire cela ?

R- Cela fait aussi partie des missions de l'ANPE, et nous l'avons fait en collaboration avec le service public de l'emploi, les différents services administratifs du département, les élus de gauche comme de droite. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que face aux difficultés que nous observons dans notre pays, c'est une mobilisation de tous les acteurs ensemble, d'une manière collective, mais aussi d'une manière très pratique, locale, in situ. C'est comme ça que nous pouvons avancer.

Q- Cela veut dire que cette initiative pourrait être dupliquée ailleurs, dans d'autres quartiers ?

R- Vous avez raison, c'est un de nos objectifs. Nous-mêmes, Medef national, nous allons, dans quelques mois, évaluer le processus. Si nous considérons qu'il donne des résultats satisfaisants et intéressants pour tout le monde, nous allons faire en sorte de le décliner dans l'ensemble de nos Medef territoriaux.

Q- Cela veut-il dire que le Medef s'engage un peu dans quelque chose qui pourrait être de la discrimination positive ?

R- Non, nous ne prenons pas ce vocabulaire à notre compte. Ce que nous disons, c'est que nous avons un rôle moteur, nous sommes au coeur de la société. De ce point de vue, nous devons tout faire pour qu'il n'y ait pas de discrimination dans notre pays. Vous vous souvenez peut-être que j'ai été la première à proposer aux grandes centrales syndicales d'engager une négociation sur la diversité. Cette négociation va commencer peut-être d'ici la fin de l'année, au plus tard au tout début 2006. Nous estimons que nous avons un rôle à jouer de ce point de vue.

Q- Un rôle à jouer aussi, sans doute, dans l'évolution de l'apprentissage, puisque c'est une des pistes sur laquelle le président de la République a convoqué une partie de ses ministres hier, pour qu'en effet, la chose avance. C'est forcément aussi l'artisanat qui va être sollicité. Vous allez travailler avec le Gouvernement sur ces pistes ?

R- Nous sommes favorables à l'apprentissage à 14 ans avec, cependant, des modalités d'application qu'il faut penser branche professionnelle par branche professionnelle. Et puis aussi, avec cette idée tout à fait importante que cela doit se faire en bonne relation, en bonne entente avec l'école...

Q- Certains professeurs sont un peu vent debout...

R- Les enseignants disent une chose avec laquelle nous sommes tout à fait d'accord : il faut aussi que ces jeunes adolescents aient les bases fondamentales, écrire, compter... Des bases comportementales essentielles aussi, comme comprendre ce que sont des horaires, un minimum de discipline. Ce que nous disons, nous, chefs d'entreprise, c'est que nous avons tous, là aussi, intérêt à travailler en bonne entente les uns avec les autres. Je crois que les enseignants, je pense notamment à ceux qui travaillent dans les quartiers difficiles, font des choses formidables. Faisons-le ensemble et ce sera bénéficiaire pour tout le monde.

Q- Cela veut dire qu'il pourrait y avoir des passerelles concrètes, des accords entre un collège, une entreprise ou le Medef départemental qui pourrait, justement, mettre en oeuvre tout cela, ou la chambre des métiers ?

R- Il y en a déjà un peu, je souhaite qu'il y en ait beaucoup plus. Vous savez peut-être que mardi, nous sommes reçus par le président de la République. C'est une des choses que je souhaite évoquer avec lui : c'est comment faire pour qu'il y ait une meilleure charnière, une meilleure articulation entre le monde de l'entreprise et le monde de l'Education nationale.

Q- Autre thème qui intéresse aussi la conjoncture économique : la croissance va comme elle peut, mais aujourd'hui, c'est la Commission de Bruxelles qui a un peu rappelé à l'ordre la France, en disant que nous sommes très optimistes, alors qu'elle estime que nous aurons des déficits importants, et donc une dette importante. Etes-vous préoccupé par la gestion, en tout cas, des déficits publics ?

R- Oui, c'est un sujet tout à fait inquiétant. En vérité, dans notre pays, aujourd'hui, nous avons tous les éléments pour avoir une bonne croissance économique mais nous avons un passé qui risque de nous rattraper. Le passé, c'est une mauvaise gestion des systèmes publics depuis de nombreuses années. Je ne veux pas dire par là qu'il ne faut pas investir dans le domaine public ou dans la fonction publique, mais il faut que cet investissement soit rentable, soit productif. Il faut toujours essayer de comprendre quel est le retour sur investissement. Par ailleurs, nous avons un niveau d'endettement qui est élevé et nous savons aussi qu'il y a une dette qui est dans le bilan de l'Etat mais qu'il y a aussi une dette hors bilan. Cela pèse sur nos enfants, sur les générations futures. Je crois qu'il faut que nous soyons vigilants et conscients du risque qui pèse sur notre pays.

Q- Une grève s'annonce à la SNCF, le 21 novembre. Est-ce que cela vous préoccupe qu'il y ait des mouvements sociaux qui se greffent sur ces climats de sortie de crise ?

R- Je pense que les syndicats sont des organisations responsables, qu'ils sont conscients des risques économiques qu'ils peuvent faire peser sur le pays en multipliant des mouvements. Je ne sais pas très bien quelle est la demande syndicale pour cette grève du côté de la SNCF. Je crois qu'il faut comprendre que nous avons surtout besoin de travailler et bien mesurer qu'une grève dans les transports est quelque chose qui pénalise très vite et beaucoup les petites et moyennes entreprises de notre pays. Je crois que ce n'est pas le moment.

Q- Et les salariés aussi, qui en ont besoin pour aller travailler...

R- Les salariés font partie des PME !

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 21 novembre 2005)

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