Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur l'évolution de l'emploi industriel, les pôles de compétitivité et la recherche développement en matière d'innovation technologique, Sofia Antipolis le 4 novembre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur l'évolution de l'emploi industriel, les pôles de compétitivité et la recherche développement en matière d'innovation technologique, Sofia Antipolis le 4 novembre 2005.

Personnalité, fonction : LOOS François.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

Circonstances : Premier Forum des pôles de compétitivité à Sofia Antipolis (Alpes-Maritimes) le 4 novembre 2005

ti : Mesdames, Messieurs,


I - Pour le Ministre de l'Industrie, il est crucial que notre industrie innove, car c'est la meilleure garantie sur le maintien et le développement de l'emploi industriel en France

a) La baisse de l'emploi industriel en France est une réalité, mais il me faut d'abord dédramatiser ce phénomène

- Premier constat : Si l'on regarde l'évolution au cours des 25 dernières années, la baisse importante de l'emploi industriel est due davantage à des facteurs " internes " (augmentation de la productivité, externalisation vers les services) qu'à la compétition internationale. Cette évolution s'est accompagnée de redistributions sectorielles importantes (baisse de la part relative des biens de consommation par rapport à l'automobile, aux biens d'équipement, et surtout aux biens intermédiaires) et d'une recomposition des qualifications (diminution de 38% en 20 ans des effectifs d'ouvriers non qualifiés) ;

- Deuxième constat : la tendance ne s'aggrave pas sur les 5 dernières années : les pertes d'emplois industriels (au sens strict) sont moins importantes dans tous les secteurs. La France enregistre une diminution moins importante que dans d'autres pays européens sur une tendance longue (10 ans). En outre la baisse de l'emploi industriel est compensée par la création d'emplois dans les services aux entreprises, liée en partie à la tertiarisation ou dématérialisation de l'activité industrielle. Depuis 1990, le secteur des services a connu une augmentation de plus de 1 230 000 postes de travail (contre une perte de 790 000 emplois manufacturiers sur la période) ;

- Troisième constat : une étude de l'Insee chiffre l'impact des délocalisations à 13 500 emplois par an entre 1995 et 2001, soit 0.35% de l'emploi industriel. A titre de comparaison, les emplois créés ou pérennisés par les investissements étrangers attirés se sont montés à 30 000 l'an dernier.


b) En revanche, l'accroissement des efforts d'innovation par nos entreprises est la clé de la performance de notre industrie

- Il est clair que le différentiel de coût du travail avec les pays en développement est encore tel que nous ne pouvons pas compter sur le différentiel de productivité pour maintenir une compétitivité-coût sur les produits à forte intensité de main d'¿uvre.

- Mais nous devons aussi avoir présent à l'esprit le fait que les pays en développement nous concurrencent aussi sur les produits plus élaborés. Les pays en développement ne sont plus uniquement cantonnés dans les exportations de produits de base et de produits manufacturiers intensifs en travail. La part des produits de base est passée de 51% en 1980 à 19% à la fin des années 1990, et celle des produits intensifs en main d'¿uvre est restée stable à un peu plus de 20%. Les exportations les plus intensives en technologie ont progressé de manière spectaculaire, de 20 à 48% en l'espace de deux décennies. Les secteurs qui apparaissent les plus dynamiques dans le commerce mondial (ordinateurs, équipements de télécommunication, chimie et pharmacie, aéronautique, instruments de précision) ont un contenu technologique élevé et comptent parmi les postes d'exportation les plus dynamiques des pays en développement. La Chine a réduit sa spécialisation dans les produits primaires. Elle demeure une base d'exportation de produits intensifs en main d'¿uvre, mais elle évolue vers des produits à plus forte intensité technologique. La part de ses exportations high tech était de 12% en 2002, en nette progression par rapport aux 7% de 1997.

- Mais l'innovation, ça n'est pas nécessairement une grande rupture technologique. L'effort de R D est un investissement dans l'immatériel, qui peut se traduire par une montée en gamme, qui a toute sa valeur et permet à l'entreprise de gagner des parts de marché. Ne pas investir dans la R D, ce n'est pas seulement renoncer à conquérir de nouvelles techniques, c'est aussi épuiser le potentiel de l'entreprise, au même titre que lorsque l'on cesse d'investir dans les immobilisations tangibles. L'Allemagne est à cet égard un exemple pour la France : la part de la haute technologie est nettement supérieure dans les exportations françaises que dans les exportations allemandes (en 2002 : respectivement 14% et 9%). Mais la part des biens de haute qualité dans les exportations industrielles est nettement plus forte en Allemagne qu'en France, ce qui lui permet d'être le premier exportateur mondial, quand la position de la France sur le marché mondial de la haute technologie se dégrade d'année en année.


II - C'est pourquoi les pôles de compétitivité sont une composante clé de notre politique industrielle et que je suis très attaché à leur succès

a) Nous avons mis en place une politique d'incitation à l'augmentation de l'effort de recherche dans le cadre de la stratégie européenne de Lisbonne, nous poursuivons l'objectif de dépenses de R D de 3% du PIB, dont les deux tiers dans les entreprises

La France consacre actuellement environ 2,2% de son PIB à la recherche, ce qui la situe dans la moyenne européenne, mais sensiblement derrière le Japon (3,2%), les Etats-Unis (2,9%) ou les pays nordiques (Finlande - 3,5%, Suède - 4%). La part de la recherche publique se compare favorablement à celle de nos pairs, mais c'est la part de la recherche en entreprise qui est insuffisante. D'après les statistiques de l'OCDE, la recherche en entreprise représente 1,4% du PIB en France, contre 1,75% en Allemagne et 2,4% au Japon.

Pour atteindre ces objectifs, il faut disposer des bons outils et s'en donner les moyens. C'est pourquoi le Gouvernement français met en place, avec méthode et constance depuis 2003, les conditions de rehausser notre effort en faveur de l'innovation et de la recherche. Dans la Loi de Finances 2004, nous avons pris une première série de mesures, notamment le statut très avantageux au niveau des impôts et des charges sociales de la Jeune Entreprise Innovante (JEI), qui connaît un grand succès, avec près de 1000 sociétés qui l'ont déjà adopté.

Le crédit impôt recherche, qui est aux côtés du Fonds de Compétitivité des Entreprises, le principal outil de soutien transversal à la R et D des entreprises, a aussi été réformé, avec l'introduction d'une part en volume pour en renforcer l'efficacité, part que le Gouvernement a proposé de porter à 10% dans le projet de loi de Finances pour 2006.

Nous avons complété ce dispositif notamment par la mise en place d'"agences de moyens" :

- L'Agence de l'Innovation Industrielle (AII), inaugurée par le Président de la République à Reims, qui va financer les grands projets industriels. Elle interviendra aux côtés des grands groupes et leurs sous-traitants en co-financement : il s'agira de permettre aux entreprises de s'engager plus facilement sur ces grands programmes technologiques orientés vers des marchés porteurs. L'AII n'a pas encore sélectionné les projets qu'elle financera mais les premiers sont attendus pour début 2006. Il ne s'agira pas de lancer "d'énormes" projets comme Ariane ou le TGV, mais plusieurs projets d'une taille unitaire inférieure, quoique importante. Disons, pour fixer les esprits, plusieurs dizaines ou une centaine de millions d'euros, voire plus. Les champs technologiques qui se prêtent aujourd'hui à de tels projets sont nombreux : sans préjuger de ce que financera effectivement l'AII, il y a quantité de thèmes qui me semblent intéressants, et qui sont proches des thèmes des pôles : dans les énergies propres et les économies d'énergie, la santé, les transports ou les technologies de l'information. Je suis certain que les projets prometteurs ne manquent pas.

- Oséo, qui est au service des PME, de leur création à leur transmission, avec une politique résolue de soutien de l'innovation. Oséo rapproche de façon cohérente les financements de l'ANVAR, au profit de programmes d'innovation, de celles de Sofaris et de la BDPME, au profit du financement bancaire des PME, qui ont développé des produits spécifiquement dédiés au financement de l'innovation. Ses moyens d'intervention seront doublés d'ici 2007 et fortement renforcés dès 2006.

- L'Agence Nationale de la Recherche soutient les projets les plus prometteurs de la recherche fondamentale et appliquée, en accordant aux laboratoires, et aux entreprises associées, qui les présentent, des financements supplémentaires.

b) Au-delà de l'augmentation de l'effort de R D dans l'absolu, nous souhaitons aussi encourager la R D coopérative

Parce qu'on ne peut pas innover tout seul, ou que ce serait sous-optimal, nous souhaitons encourager la coopération inter-entreprises, et la coopération entre la recherche publique et la recherche des entreprises.


C'est pourquoi nous avons mis en place les pôles de compétitivité, élément stratégique de la mise en réseau des acteurs de l'économie industrielle de demain et que l'Etat accompagnera résolument (1500 M¿ sur 2006-2008, plus le financement de premiers projets dès 2005). En effet, la clé de l'innovation réside dans le travail conjoint des acteurs et dans la mise en réseau des compétences sur des filières ou des projets communs.

Les pôles permettront donc, en concentrant le financement des organismes que j'ai cités sur les projets coopératifs des entreprises et des laboratoires, d'augmenter le contenu en savoir de la production de nos entreprises.

Nous en attendons une plus forte qualification des emplois, la montée en gamme de notre production, de manière à mieux positionner nos produits face à ceux de nos concurrents ; nous en attendons aussi l'approfondissement des relations entre grands donneurs d'ordres et sous traitants, ce qui enracinera plus profondément la production de ceux-ci dans nos bassins.

L'AII, que j'ai déjà évoquée, a aussi pour vocation d'inciter à la R D coopérative. En particulier, l'AII a reçu pour objectif de faire participer les PME à hauteur de 25% des financements qu'elle octroiera. L'Etat a en effet un très fort intérêt à voir les PME participer à ces Programmes Mobilisateurs d'Innovation Industrielle (PMII), tant pour leur faire acquérir des technologies nouvelles que pour renforcer les liens qu'elles peuvent avoir avec les grands groupes pour permettre leur développement.

L'AII est, comme les autres agences, appelée à financer des projets des pôles. Nous avons rédigé ensemble un projet de convention pour le soutien des pôles. Elle prévoit en particulier que les équipes de l'AII traiteront avec diligence les demandes des pôles : elles vous diront très rapidement si vos projets entrent dans son objet, et le cas échéant vous aideront à monter le dossier. Elle a vocation à financer de grands projets d'innovation industrielle : vos plus gros projets pourront constituer des PMII ou des parties de PMII, en lien avec les porteurs de ceux-ci. M. Havas vous en parlera tout à l'heure.


La compétition internationale, c'est aussi une course de vitesse. C'est pourquoi, j'ai décidé de financer, dès cette année, pour environ 30 M¿, certains projets de R D des pôles (les plus avancés d'entre eux).

C'est ainsi qu'à l'occasion de ma récente visite du pôle "image, multimédia et vie numérique" en Ile de France, j'ai annoncé le financement du projet infom@gic, dont l'objectif est de construire des outils partageables dans le domaine de l'ingénierie des connaissances (recherche, extraction de connaissances, analyse de données hétérogènes¿ dans une perspective d'aide à la décision).

A l'occasion de mes prochains déplacements sur les pôles d'ici la fin de l'année, j'annoncerai le financement de projets les concernant (vous comprendrez que je leur réserve la primeur de cette annonce). J'irai ainsi très prochainement visiter le pôle de compétitivité "Systématic" en Ile de France, le 14 novembre, qui travail sur les logiciels du futur. Je me rendrai aussi mi-décembre en Bretagne sur le pôle" image" en particulier¿

Je peux cependant d'ores et déjà vous annoncer ma décision de financer plusieurs projets, tels, à titre d'exemple :
- le projet "Céramoptic" (céramiques pour l'optique) du pôle "céramique" du Limousin, dont l'objectif est l'élaboration d'un nouveau procédé de fabrication de matrices pour l'émission laser. Il bénéficiera d'une subvention de 1,2 M¿. L'objectif économique est d'industrialiser une nouvelle classe de matrices d'émission laser, qui seront donc plus compétitives et remplaceront les monocristaux actuels des lasers.

- le projet "Agrobiotex" du pôle de compétitivité "textile" de la région Nord-Pas-de-Calais, pour lequel le ministère de l'Industrie apportera une subvention d'1 M¿ (hors exonérations des charges sociales) et dont le but est de développer des produits non-tissés et des matériaux polymères fiables aux propriétés multifonctionnelles, basés sur l'exploitation des agro-ressources. La diminution des ressources pétrolières et la hausse de leur prix doit en effet nous conduire à la recherche de solutions alternatives, innovantes et économiquement prometteuses, sans compter leur intérêt sur le plan écologique.

- Autre exemple : le projet "CREMEC" du pôle de compétitivité "Meditech Santé" en Ile de France, dont l'objectif est la création d'un Centre de Ressource de Modèles Expérimentaux de Cancer. Il vise à une meilleure compréhension des pathologies cancéreuses pour la mise au point de médicaments ciblés. Ce projet rassemble la quasi-totalité des capacités franciliennes concernées par le sujet. Le ministère le soutiendra pour un peu moins de 2 M¿.

D'autres projets feront l'objet de financements cette année.

Le ministère de l'Industrie aura ainsi été le premier à donner une réalité très concrète (financière pour être direct) à cette priorité du gouvernement. Mais bien sûr il ne s'agit que d'un début.

A cet égard, la direction Générale des Entreprises lancera avant la fin de l'année un appel à projets destiné spécifiquement aux pôles de compétitivité pour financer vos projets en 2006. M. Rousseau, Directeur Général des Entreprises du ministère de l'Industrie vous en parlera plus longuement.

Je vous remercie.


(Source http://www.industrie.gouv.fr, le 7 novembre 2005)

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