Interview de M. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, à "RTL" le 25 octobre 2005, sur l'annonce de la cotation en bourse d'EDF, sur la réforme fiscale annoncée, et sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, à "RTL" le 25 octobre 2005, sur l'annonce de la cotation en bourse d'EDF, sur la réforme fiscale annoncée, et sur le droit de vote des étrangers aux élections locales.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. PS, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale;FRANCE. PS, député

ti : Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Marc Ayrault.

Jean-Marc Ayrault : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Q - C'est à la une des "Echos", ce matin : E.D.F entrera en Bourse dans 4 semaines. Alors, l'opposition n'est pas d'accord mais avez-vous les moyens d'empêcher cela, Jean-Marc Ayrault ?

R - Nous sommes dans l'opposition. Nous sommes ultra-minoritaires, mais cela ne nous empêche pas de dire ce que nous pensons. Et d'abord de dire que le patriotisme économique de Monsieur de Villepin, c'est du vent. Parce que, là, il s'agit d'une grande entreprise nationale : le premier électricien du monde. Et, aujourd'hui, ce n'est pas du patriotisme, c'est du défaitisme industriel et national auquel nous assistons.

Q - Mais l'Etat gardera 85 % du capital de l'entreprise E.D.F.

R - Toutes les privatisations de ce genre, parce qu'il s'agit du début d'une privatisation, ont conduit à une privatisation totale. Je ne sais pas si ce sera le cas pour E.D.F, mais c'est le risque, de toute façon. Et puis, c'est d'abord, malgré les dénégations, très vite, l'augmentation des tarifs. Regardez G.D.F. G.D.F n'est pas en mauvaise situation financière mais pourtant demande une augmentation de 12 % de ses tarifs.

Q - "A cause du prix du pétrole", dit son P.D.G.

R - Oui, mais enfin, qu'est-ce qui oblige à aligner le prix du gaz sur le prix du pétrole ? Il y a beaucoup de choses à dire. A partir du moment où vous mettez du capital privé dans une entreprise qui agit dans un secteur stratégique. Il ne s'agit pas de n'importe quel secteur : c'est celui de l'énergie. Et en ce qui concerne E.D.F, c'est notamment l'énergie nucléaire avec tous les problèmes de sécurité. Je ne vois pas comment, lorsqu'on privatise ou qu'on ouvre le capital, ne pas être contraint par les intérêts financiers. Et moi, je n'accepte pas qu'on joue la sécurité nucléaire, l'indépendance énergétique de la France à la Bourse.

Q - Vous n'acceptez pas, mais, ceci dit, ça sera fait et pas d'autres moyens que de constater l'état de fait, Jean-Marc Ayrault !

R - Oui, mais enfin, ce n'est pas le seul sujet sur lequel on s'oppose et le gouvernement passe en force. Regardez la fameuse réforme Douste-Blazy de la Sécurité Sociale : le trou continue de se creuser. Et puis, pour autant, pour les français, cela va être maintenant 18 euros de prise en charge par eux lorsque les actes médicaux dépasseront 91 euros.

C'est-à-dire, on a un gouvernement qui n'écoute rien. Les français ont beau manifester dans les rues, voter différemment de ce que le pouvoir souhaite : il continue, il passe en force. Alors, vous imaginez, si en 2007, ils étaient à nouveau au pouvoir, ce qu'ils se permettraient.

Q - Enfin, à force, ils ont fait voter une loi pour ouvrir le capital d'E.D.F, je le rappelle aujourd'hui.

R - Oui. Ils sont ultra-majoritaires : il ne faut pas oublier 2002 !

Q - D'accord. L'I.S.F : Laurent Fabius a évoqué un "copinage fiscal" pour dénoncer la dernière réforme de l'I.S.F. Et la formule qu'il a employée a été critiquée. Qu'en pensez-vous ?

R - Je prends un exemple concret : quand on se rend compte qu'avec cette réforme, qui va profiter à 8 à 10.000 personnes ce n'est pas l'actionnaire salarié dont on parle avec quelques actions. 8 à 10.000 personnes. Je vais prendre un exemple : Monsieur Bernard, ancien P.D.G de Carrefour qui est parti avec un énorme paquet qui a scandalisé tout le monde lorsqu'il a perdu son emploi ça lui fera gagner 600.000 euros par an.

Je trouve que ce n'est pas une attaque personnelle. C'est simplement pour faire comprendre aux français que cette réforme et pas seulement celle de l'I.S.F : toute la réforme fiscale malgré les discours du gouvernement sur les classes moyennes est une réforme qui profite aux plus aisés. C'est inacceptable.

Q - Et "copinage fiscal" c'est un dérapage, ou pas ?

R - Je ne veux pas porter de jugement sur la formule de Laurent Fabius : je m'intéresse au fonds.

Q - Parce qu'elle vous embarrasse un peu. Quand on ne veut pas porter de jugement, c'est qu'on est un peu embarrassé.

R - Non. Si vous voulez, je pourrais prendre la liste de tous les gens que je connais les grands P.D.G qui vont bénéficier de cet avantage et en faire des attaques personnelles. Je ne suis pas dans l'attaque personnelle. Je dis simplement aux français que ce gouvernement mène une politique d'injustice fiscale mais aussi, il appauvrit l'Etat.

Parce qu'il faut bien voir que la réforme I.S.F plus bouclier fiscal, qui est en train de se faire, plus réforme de la taxe professionnelle : au bout du compte, ça va être moins d'argent public. 3 milliards et demi de moins pour l'Etat donc, moins d'argent pour l'éducation, moins d'argent pour la santé et moins d'argent pour l'investissement, notamment l'investissement public au moment où on en a besoin. Alors, je pense que c'est non seulement une faute politique, mais c'est une injustice, et ça va contre l'intérêt national.

Q - Ce matin, à la une du "Figaro", c'est la journée des une aujourd'hui "I.S.F/E.D.F : la gauche se radicalise. Olivier Besancenot voisine avec François Hollande". C'est vrai, vous vous radicalisez ?

R - Non. Je suis cohérent. Je ne suis pas en train de vous dire qu'il faut renationaliser Renault ou Air France ou je ne sais quelle banque, si on revient au pouvoir. Je parle d'E.D.F et E.D.F n'est pas n'importe quelle entreprise publique. C'est la question de l'énergie et, aujourd'hui, on sait qu'on est devant une crise énergétique mondiale. Et puis, c'est le nucléaire.

Le professeur Georges Charpak, dans un journal qui n'est pas un journal d'extrême gauche qui est le "Figaro Magazine" et non pas le "Figaro" quotidien que vous venez de citer et qui disait : "attention, quand on met de l'argent privé dans une entreprise qui fabrique de l'énergie nucléaire, il y a un risque pour la sécurité". Je crois qu'il faut écouter les grands sages comme le professeur Georges Charpak.

Q - Et si la gauche gagne, donc, vous renationaliserez E.D.F ?

R - Je pense qu'E.D.F reste une grande entreprise publique. Pour cela, nous avons des outils. Nous avons notamment la Caisse des Dépôts qui est la banque 100% publique de l'Etat, qui investit déjà dans les entreprises, et qui pourrait parfaitement investir dans E.D.F : ça, c'est du concret.

Q - Au Grand Jury, dimanche, Laurent Fabius disait : "les militants socialistes à l'occasion de leur congrès devront choisir entre une ligne clairement à gauche et une ligne mi chèvre-mi chou".

R - Franchement, j'en ai assez de ce jeu de surenchère. Parce que, quand on regarde les textes attentivement, les différentes motions : il n'y a pas tant de différences que cela. Alors, comme il n'y a pas tant de différences que cela, qu'une synthèse serait tout à fait possible. Qu'est-ce qu'on fait ? On fait de la surenchère et on pointe du doigt le voisin en disant : "il n'est pas assez ceci, il n'est pas assez cela".

Q - Et vous, vous n'êtes pas assez à gauche, dit Laurent Fabius.

R - Je juge sur pièces. Je n'ai pas été de ceux qui disaient qu'il fallait ouvrir le capital d'E.D.F, il y a très peu de temps. Les français ont besoin de cohérence, ont besoin de sincérité, ont besoin de croire concrètement à quelque chose. Donc, ils vont juger sur les actes. Et les actes du passé on peut toujours changer, c'est vrai mais aussi, ça les intéresse parce que cela éclaire quand même l'avenir. Donc, les français, aujourd'hui, ont besoin de confiance, ont besoin de vérité, ont besoin de sincérité, d'un peu de courage aussi et de lucidité.

Q - Nicolas Sarkozy évoque la possibilité de faire voter les étrangers lors des élections municipales. C'est ce que les socialistes évoquent depuis 25 ans.

R - Oui, voilà : c'est justement cela dont je ne veux plus. A chaque fois qu'on approche d'une élection, on fasse une promesse et puis, qu'une fois au pouvoir, on ne la tienne pas. Alors là, il faut être clair : je suis pour le vote des étrangers aux élections locales. Mais la gauche qui l'avait promis ne l'a pas fait.

Et donc, si nous nous engageons et nous nous engagerons en 2007, il faut dire clairement qu'il faudrait une réforme de la Constitution. C'est-à-dire que je souhaite, comme François Hollande l'a annoncé à plusieurs reprises, que lors d'un référendum que nous organiserons sur le fonctionnement de la démocratie, les institutions, la place de l'Etat et de la décentralisation : il faut qu'il y ait un article, effectivement, qui prévoit que les français se prononcent pour le vote des étrangers aux élections locales.

Q - Vous n'étiez pas trop gauche radicale, ce matin, Jean-Marc Ayrault !

R - Non, mais je suis soucieux qu'en 2007 la gauche gagne. Parce que je n'ai pas envie que ce qui est en train de se casser, en France, s'accélère parce que beaucoup de français se disent : "avec tout ce qu'ils sont capables de faire aujourd'hui à droite, s'ils restaient au pouvoir, cela serait encore bien pire".

Q - Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, était l'invité de RTL, ce matin. Bonne journée !

(Source http://www.deputessocialistes.fr, le 27 octobre 2005)

Rechercher