Interview de M. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, à RTL le 22 novembre 2005, sur la grève à la SNCF et à la RTM à Marseille. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, à RTL le 22 novembre 2005, sur la grève à la SNCF et à la RTM à Marseille.

Personnalité, fonction : MAILLY Jean-Claude, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. FO, secrétaire général

ti : Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Claude Mailly.

Jean-Claude Mailly : Bonjour.

Jean-Michel Aphatie : C'est la 6ème grève de l'année, à la SNCF; qu'est-ce qui nous vaut le plaisir, cette fois-ci, Jean-Claude Mailly ?

Jean-Claude Mailly : Ce n'est un plaisir de faire grève. Ce n'est jamais par plaisir !

Jean-Michel Aphatie : On pourrait le croire. 6 grèves dans l'année !

Jean-Claude Mailly : Non, non, il ne faut pas croire cela parce que, quand il y a une grève, les salariés qui font grève perdent leur salaire. Donc, ce n'est pas un plaisir.

Jean-Michel Aphatie : Les jours de grève ne seront pas payés, tout le monde en convient.

Jean-Claude Mailly : A chaque fois, c'est comme cela !

Jean-Michel Aphatie : A chaque fois, on négocie aussi pour les payer ?

Jean-Claude Mailly : On négocie. Quand il y a grève dans le public comme dans le privé d'ailleurs en fin de grève, quand il y a un accord, il y a une négociation sur les jours de grève. C'est sur les étalements.

Jean-Michel Aphatie : Pour celle-ci aussi ?

Jean-Claude Mailly : Attendez, elle vient de commencer! Regardez, à la R.T.M, il y a aussi un étalement.

Jean-Michel Aphatie : 40 jours! Dis donc! Quand on va payer les jours de grève !

Jean-Claude Mailly : Il y a un étalement. Oui, ils vont perdre beaucoup de salaires et après il y a un étalement sur plusieurs mois.

Jean-Michel Aphatie : Alors, pourquoi on fait grève, cette fois-ci ?

Jean-Claude Mailly : Alors, la grève à la SNCF est liée je crois que la formule est assez claire, l'une des formules : la crainte d'une privatisation rampante de la SNCF. C'est ce qui a été mis en avant, plus des problèmes d'emplois, plus des problèmes de pouvoir d'achat. Ce sont les trois critères essentiels.

Alors, je sais bien que certains disent: "pourquoi il y aurait privatisation, ce n'est pas à l'ordre du jour, etc.". Sauf que ça avance masqué. Quand je dis, "ça avance masqué", c'est à la fois une filialisation qui s'est déjà faite de la S.N.C.M de la SNCF, pardon ! Oui, ça, ce sont les conflits qui se succèdent !

Jean-Michel Aphatie : Il y en a tellement ! On s'y perd !

Jean-Claude Mailly : Avec le SERNAM, avec une filiale informatique, etc. Et modes de gestion différents à la SNCF selon des critères du secteur privé. Et, d'une certaine manière, les agents du service public au sens large sont échaudés par tout ce qui s'est passé, depuis plusieurs années, dans différents secteurs.

Jean-Michel Aphatie : Dominique Perben, ministre des Transports, vous a écrit, hier, Jean-Claude Mailly. Il a écrit à tous les syndicats, d'ailleurs : "Je tiens à vous redire, une nouvelle fois, et de manière la plus forte, qu'il n'existe aucun projet de privatisation de la SNCF".

Jean-Claude Mailly : Oui, aujourd'hui. Il n'y a pas de loi sur la privatisation de la SNCF : ça, tout le monde en convient.

Jean-Michel Aphatie : Dans 15 ans, on ne sait pas ce qu'il en sera, mais aujourd'hui ?

Jean-Claude Mailly : Tout le monde en convient qu'il n'y a pas de projet de loi, sauf que¿

Jean-Michel Aphatie : Qu'est-ce qui ne prouve pas plus que ça ? Un engagement.

Jean-Claude Mailly : Les engagements, c'est qu'ils reviennent sur certains projets y compris de filialisation. Il faut savoir, par exemple, que le service d'approvisionnement du matériel : ça y est, il est passé au privé. Des entreprises privées fonctionnent sur l'entretien. De plus en plus, il y a recours au privé : c'est ça qui ne va pas.

Jean-Michel Aphatie : Sur la totalité de l'activité de la SNCF, cela représente quoi ?

Jean-Claude Mailly : Mais c'est progressif ! Ca n'existait pas avant. On appelle ça, dans le jargon, "l'allotissement" : ce qui existe dans certains autres secteurs de transports y compris le transport urbain c'est une mécanique qui est en branle, d'une certaine manière. Et, à partir de là, les cheminots disent "halte au feu !". Il vaut mieux crier avant que le jour où on aura le projet de loi je ne sais pas quand mais le jour où on aura le projet de loi.

Jean-Michel Aphatie : Glanée, au fil des reportages, cette réflexion d'un cheminot, justement : "la privatisation, il faudrait être fou pour investir dans cette boite!". Voyez l'image qu'ont parfois les cheminots de la SNCF !

Jean-Claude Mailly : Un cheminot de la SNCF: oui, d'accord.

Jean-Michel Aphatie : "Il faudrait être fou pour investir dans cette boite !"

Jean-Claude Mailly : Cela peut être une position qui est une position individuelle d'un cheminot. Regardez, tout le monde s'est félicité. Un autre secteur : E.D.F de l'achat d'actions par les citoyens d'actions E.D.F pour 5 millions nous a-t-on dit. J'ai entendu le ministre, sur cette antenne, expliquer les choses.

Jean-Michel Aphatie : Vous n'en n'avez pas acheté, vous ?

Jean-Claude Mailly : Non, je n'en n'achèterai pas ! Non, non. Ca, c'est évident. Mais, ceci étant, c'est aussi un hommage rendu au service public. Même si les gens pensent faire une affaire quand ils vont faire cela ce n'est pas sûr, d'ailleurs, compte tenu du cours de Bourse mais cela veut dire que c'est un hommage rendu au service public.

Il y a un problème de fond qui concerne la SNCF comme l'ensemble du service public. Est-ce que, demain, on sera encore dans une république ? On nous parle toujours des valeurs républicaines si, de petits bouts par petits bouts, le service public est remis en cause. On le dit clairement. A force de faire des coups de canif, à force de privatiser, c'est clair. On ne sera plus dans une république et qu'on ne nous fasse pas le cinéma, en 2007.

Jean-Michel Aphatie : On vous entend, ce matin, Jean-Claude Mailly. On vous écoute. Mais vous avez quand même conscience que peu de gens sont convaincus par votre discours quand on écoute les usagers? La privatisation rampante, personne ne comprend ce que cela veut dire ?

Jean-Claude Mailly : La privatisation rampante, veut dire : privatisation progressive. On rentre dans une mécanique. Vous savez, ce n'est pas la première fois. Quand ça a démarré sur France-Télécom, il y a 10 ans. On nous a dit : "on va juste ouvrir un peu le capital et puis, ça restera public". On voit où cela en est aujourd'hui.

Regardez les secteurs, regardez les conflits qui portent sur le service public, aujourd'hui. Il y a le conflit RTM Il y a des tensions fortes dans différents secteurs, dans le secteur hospitalier, etc. C'est aussi lié à la volonté de maintenir un service public dans une république.

Jean-Michel Aphatie : Ce mot d'ordre de grève, à la SNCF, est reconductible tous les jours. Qu'est-ce qui fait, par exemple demain, que vous faut-il comme engagement, comme prise de paroles, comme actes pour ne pas reconduire, demain, un ordre de grève à la SNCF ?

Jean-Claude Mailly : Ce sont les fédérations de cheminots qui décideront de leur comportement, ce ne sont pas les confédérations, dans ce genre de secteur. Ce sont les fédérations de cheminots qui décideront de leur comportement, à la fois en fonction de la réussite, ou non, du mouvement aujourd'hui.

Jean-Michel Aphatie : Il y a beaucoup de grévistes, on reconduit. C'est cela que vous voulez dire ?

Jean-Claude Mailly : Et en fonction a priori il devrait y avoir encore des contacts avec la direction de la SNCF en fonction de ce qu'ils obtiendront, ou pas, de la direction de la SNCF. C'est à partir de cela qu'ils se détermineront sur la poursuite du mouvement!


Jean-Michel Aphatie : Quand on a fait la réduction du temps de travail, en France c'est en 1997 les RTT avaient pour vocation de permettre aux salariés de se reposer. Et là, on a entendu beaucoup d'auditeurs sur l'antenne de RTL, ce matin, dire qu'ils avaient déposé un jour de RTT, comme cela, ils ne seront pas embêtés par la grève et leur patron ne les attendra pas. Que pensez-vous de ce civisme des usagers qui gaspillent, comme ça, leurs jours de RTT ?

Jean-Claude Mailly : Gaspillent ! Ce n'est pas forcément gaspiller car c'est un choix qu'ils font. Ils ont des jours de RTT, ils les prennent à cette occasion-là.

Jean-Michel Aphatie : Ce n'était pas fait pour cela, quand même, les RTT ? Pour supporter les jours de grève à la SNCF !

Jean-Claude Mailly : C'était fait pour, soi-disant, créer des emplois. Regardons le solde à la fin et regardons la dégradation des conditions de travail. Vous savez, entre les objectifs affichés et la réalité, il y a bien souvent un monde et le fossé est souvent très large.

Jean-Michel Aphatie : On va reparler du service minimum. Et cela, vous n'en voulez évidemment pas ?

Jean-Claude Mailly : Mais bien sûr ! Cela va ressortir ! Enfin, les plus libéraux vont ressortir le service minimum !

Jean-Michel Aphatie : Les gens sont quand même un peu embêtés au bord des quais. Il n'y a pas que les plus libéraux qui sont embêtés, dans cette histoire !

Jean-Claude Mailly : Non, non, sur le service minimum, ce sont bien les libéraux qui, à chaque fois.

Jean-Michel Aphatie : Les libéraux ! Uniquement eux ?

Jean-Claude Mailly : Essentiellement : oui. Sur le plan politique, ce sont eux qui amènent, à chaque fois, le service minimum. Que l'on comprenne bien : le service minimum, ce n'est pas le service garanti tels que les engagements ou de la SNCF ou de la RATP: ce sont les engagements de l'entreprise, cela c'est autre chose. Le service minimum, qu'on le veuille ou non, c'est une volonté de remettre en cause le droit de grève, dans ce secteur comme dans d'autres, d'ailleurs.

Et on regarde, y compris des décisions de justice. Y compris, vous savez, cela n'est pas anodin on n'en n'a pas beaucoup parlé mais la décision du tribunal de grande instance de Marseille, sur la R.T.M, ce n'est quand même pas triste. C'est considérer, non pas à partir d'un préavis mais à partir d'un tract, qu'une grève est politique.


Jean-Michel Aphatie : Le fret sera ouvert à la concurrence à partir du 1er avril 2006 et, déjà, beaucoup d'entreprises privées disent, aux chefs d'entreprises, à ceux qui utilisent le fret à la SNCF : "chez nous, ça va travailler tous les jours". A partir du 1er avril 2006, confiez-nous votre marchandise. N'êtes-vous pas en train d'affaiblir la SNCF avec ces grèves à répétition ?

Jean-Claude Mailly : Ca, c'est autre chose. Cela pose un autre débat dont personne ne parle, d'ailleurs, vous avez remarqué, c'est celui de l'Europe. Plus personne ne parle, depuis le 29 mai, de l'Europe comme s'il ne s'était rien passé.

Jean-Michel Aphatie : C'est la faute à l'Europe, encore une fois !

Jean-Claude Mailly : Non. L'ouverture du fret, c'est bien à la suite d'une directive européenne ? C'est bien cela. 2008, c'est l'ouverture au trafic des voyageurs.

Jean-Michel Aphatie : C'est bien aussi la concurrence. Ca fait du bien !

Jean-Claude Mailly : C'est pour faire baisser les prix ! Là, c'est possible parce que la concurrence du fret, c'est quoi aussi ? C'est le transport routier ! Le transport routier avec les libéralisations dans le transport routier qui ont été faites, ces dernières années. Avec des chauffeurs routiers des pays de l'Est qui sont sur-exploités à 460 euros par mois. C'est cela aussi, la libre concurrence. Et c'est cela aussi qui remet en cause le fret. Alors, si on nous dit : "on ne peut plus percevoir d'argent parce qu'il y aurait une grève". Alors, on n'a plus le droit de faire grève, à ce moment-là.

Jean-Michel Aphatie : Vous allez à l'Elysée, à 10 heures, voir Jacques Chirac. Vous irez à pieds d'ici, ce n'est pas loin ?

Jean-Claude Mailly : Non, j'irai en voiture.

Jean-Michel Aphatie : Bonne chance, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière. Vous étiez l'invité de RTL, ce matin. Bonne journée !


(Source http://www.force-ouvriere.fr, le 22 novembre 2005)

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