Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire gnéral de la FSU, dans "L'Hebdo des socialistes" du 15 septembre 2005, sur le bilan de la rentrée scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire gnéral de la FSU, dans "L'Hebdo des socialistes" du 15 septembre 2005, sur le bilan de la rentrée scolaire.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard.

FRANCE. FSU, secrétaire général

ti : Q - Quel regard portez-vous sur la première rentrée Robien ?

R - Cette rentrée est objectivement la plus mauvaise qu'on ait connue depuis plusieurs années. On perçoit, d'abord, les conséquences concrètes des choix budgétaires faits pour 2005 : effectifs de classes surchargés, réduction de l'offre d'éducation, à travers le recul de la scolarisation en dessous de trois ans ou la moindre diversification des options dans les collèges et lycées, ou encore chômage pour un certain nombre de non-titulaires.

Plusieurs milliers d'entre eux étaient déjà concernés l'an dernier, plusieurs milliers supplémentaires le seront cette année. Ce qui se traduira par des remplacements plus difficiles. On mesurera la portée de ces faits en cours d'année, quand on s'apercevra qu'il est de plus en plus difficile d'individualiser l'enseignement.

Deuxièmement, le ministre a choisi d'appliquer la loi Fillon, qui va, à notre avis, à l'inverse de ce qu'il faudrait, en considérant la réussite de manière individuelle au lieu d'en traiter de manière collective et en négligeant la dimension éducation prioritaire.

Q - Gilles de Robien a, en effet, profité de l'été pour faire passer les principales dispositions de la loi Fillon¿

R - En juin, il promettait d'engager le dialogue pour comprendre l'opposition de la communauté éducative au projet Fillon et de recevoir 1 million de personnes si nécessaire. Dès juillet, il s'est pourtant empressé de faire passer une série de décrets visant à son application.

L'un de ces décrets porte sur la question la plus polémique, celle du remplacement. Nous contestons l'obligation d'assurer les remplacements de courte durée au sein des établissements : d'abord, parce que cela fait passer la responsabilité d'assurer un remplacement de l'État, qui n'a plus à se poser la question du personnel à fournir, aux équipes. Ensuite, parce que cela alourdit et transforme le temps de travail des enseignants. Dans beaucoup de cas, cela va se réduire à une obligation de garder des élèves, sans se préoccuper de la qualité des contenus. Un remplacement, cela ne s'improvise pas.


Q - Que pensez-vous de la création des emplois dits de " vie scolaire " ?

R - On a là quelque chose qui s'assimile au miracle de la multiplication des pains, car le ministre affiche la création de 45 000 emplois. En réalité, c'est au mieux 20 000 emplois s'ajoutant à des CES (contrats emploi solidarité) déjà existants et reconvertis dans ces nouveaux emplois. Ces 20 000 sont à mettre en relation avec ce que l'on a perdu en termes d'encadrement éducatif, d'éducateurs, de surveillants non remplacés, à hauteur de 30 000 environ.

C'est insuffisant, non seulement en nombre mais aussi en qualité d'emploi. Ce sont des emplois encore plus précaires que les emplois qu'ils remplacent, notamment d'aides éducateurs, sans garantie de qualification ou de formation. Il est très peu probable qu'ils débouchent sur un emploi durable. Et on peut craindre que les nouveaux recrutés ne soient pas véritablement en mesure de faire le travail éducatif qu'ils sont censés faire.

Q - Quelle a été votre réaction aux propos de Gilles de Robien en faveur d'une égalité de moyens entre enseignement public et privé ?

R - Ces propos, même s'ils n'étaient qu'un galop d'essai, dénotent une conception assez inquiétante du rôle de l'école publique et de son rôle de ministre. Le problème n'est pas de rallumer une quelconque guerre, mais M. de Robien semble oublier que sa responsabilité première est l'école publique, qui a, elle, la responsabilité d'accueillir tous les jeunes quels qu'ils soient, d'assurer leur réussite et de promouvoir l'intégralité des valeurs de la République. Ce qui n'est pas le cas de l'enseignement privé.

Q - Trois mois de mobilisation n'ont pas empêché l'adoption de la loi Fillon. Comment comptez-vous à l'avenir faire valoir vos revendications?

R - Nous pensons qu'il faut continuer à se mobiliser parce que l'école va avoir de plus en plus de mal à assurer la réussite de tous les jeunes. Il y a une bataille à mener avec les parents et l'ensemble des forces sociales. C'est une des raisons pour lesquelles nous serons présents lors de la mobilisation du 4 octobre, sur les revendications générales (salaires, emploi), mais aussi avec des revendications sur l'école et les services publics. Au-delà du 4, nous étudierons les possibilités de mobilisations unitaires avec les autres organisations syndicales.

(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 16 septembre 2005)

Rechercher