Interview de M. Gérard Larcher, ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes, à Radio Classique le 25 novembre 2005, sur les négociations salariales, la situation sociale et le contrat nouvelles embauches. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Larcher, ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes, à Radio Classique le 25 novembre 2005, sur les négociations salariales, la situation sociale et le contrat nouvelles embauches.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard.

FRANCE. Ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes

ti : G. Bonos : On va commencer, Monsieur le ministre, si vous le voulez bien, par l'actualité sociale. Echec à la SNCF, échec à la RATP, échec à la RTM. Depuis hier, la CGT est un peu dans le corner. Est-ce qu'on est dans un système de rupture ? Est-ce que ce n'est pas le moment [pour] que le Gouvernement et les pouvoirs publics tendent la main aux syndicats pour essayer de refaire un peu les règles du jeu ?

R - Je crois que d'abord, le Gouvernement n'a jamais cessé de dialoguer avec les partenaires sociaux, qu'ils représentent les syndicats de salariés ou les entreprises. Et d'ailleurs, le Premier ministre continue ses consultations. Aujourd'hui même, il reçoit l'UPA, la CFTC à Matignon, autour de trois grands sujets : la sécurisation des parcours professionnels, la lutte contre les inégalités, et, en même temps, les revenus et le pouvoir d'achat. Donc vous voyez que, quelles que soient les difficultés que peut rencontrer telle ou telle organisation, le dialogue social se poursuit dans le respect des partenaires.

E. Chavelet : Oui mais, Monsieur Larcher, le 4 octobre vous aviez dit qu'une des leçons de la grève, c'était justement les revendications sur le pouvoir d'achat. Il y a un cercle vertueux dans l'économie française, c'est que s'il y a du pouvoir d'achat, il y a de la consommation, donc de la croissance, donc de l'emploi. Aujourd'hui, ce pouvoir d'achat manque, et ça fait des mois et des mois que vous dites ? on va négocier ?. Alors vous négociez sur quoi ?

R - D'abord, les négociations salariales. Aujourd'hui, nous avons quasiment achevé l'examen des 274 branches qui sont soumises à l'obligation annuelle de négociations. Nous en avions identifiées un peu plus de 70, qui avaient de vraies difficultés, c'est-à-dire notamment des minima qui étaient en dessous du Smic ou des tassements de grilles et de classification en quelque sorte. Aujourd'hui, près d'une trentaine d'accords ont été signés, d'autres sont en cours de négociations. Il reste quelques points délicats, mais je réunis l'ensemble des partenaires sociaux au cours du mois de décembre pour faire le point. Donc nous continuons à avancer. Le Premier ministre a en même temps mis en place la possibilité pour les entreprises d'un bonus de 1.000 euros, sous réserve qu'il y ait eu un accord sur les négociations salariales. Vous voyez qu'il y a une vraie pression du Gouvernement pour qu'on avance en matière de pouvoir d'achat...

G. Bonos : Oui mais Monsieur le ministre, on sent quand même qu'il y a une espèce de flottement aujourd'hui de la société française. Est-ce que la réponse est encore plus de lois, plus de complexités, même si c'est pour, in fine, aider les entreprises à embaucher ? Est-ce qu'il ne faudrait pas au contraire simplifier les systèmes, un peu comme vous l'avez fait pour la fiscalité ?

R - Pour la simplification, la loi du 18 janvier notamment sur les mutations économiques l'a mise en place. La simplification, c'est aussi toute la réflexion que nous lançons, d'ailleurs avec les partenaires sociaux, autour de la recodification, à droit constant, du code du Travail, que nous aurons achevée au cours de l'année 2006. C'est aussi le Contrat Nouvelles Embauches. Vous voyez que cette démarche...

G. Bonos : Un peu retoqué par le Conseil d'Etat.

R - Non. Sur le fond, le Conseil d'Etat l'a validé il y a plus d'un mois. C'est le sujet des seuils, qui est une autre chose que le Contrat Nouvelles Embauches. Ça a été de savoir [si] les jeunes de moins de 26 ans sont hors des seuils, comme ils le sont déjà d'ailleurs pour les emplois aidés et pour l'apprentissage. Simplement, le Conseil d'Etat ne l'a pas retoqué, il souhaite simplement le suspendre pour que la Cour de Justice européenne puisse se prononcer sur ce dossier. Ce n'est ni la première ni la dernière fois que ce genre de demande sera fait. Mais je rappelle que le Contrat Nouvelles Embauches, il est validé, qu'il y en a eu plus de 170.000 d'engagés à la fin octobre, et c'est aujourd'hui, me semble-t-il, une voie pour les petites et moyennes entreprises, qui permet d'envisager l'avenir, de se donner le temps de la consolidation, et de permettre à des hommes et des femmes qui étaient au chômage de retrouver un emploi.

E. Chavelet : Est-ce que ça ne serait pas une bonne idée pour les entreprises de transformer tous ces emplois de stagiaires, qui font râler, en Contrats Nouvelles Embauches ? Est-ce que vous avez un moyen de les y obliger ?

R - Tout d'abord le stage, c'est souvent un moment, j'allais dire au cours des études ou après les études, et parfois aussi avant, de faire un certain nombre de choix d'étude qui est indispensable...

G. Bonos : Quand vous dites un an, c'est que...

R - Il y a 800.000 stagiaires qui sont à l'intérieur des entreprises, mais aussi chez les professions libérales, et que le stage c'est un élément tout à fait indispensable. Avoir une vision, une fois de plus alors que vous m'évoquez la simplicité qui viserait à complexifier le principe du stage et le statut des stagiaires, irait, me semble-t-il à contre-courant. Par contre, il est vrai qu'il peut y avoir ici ou là des abus, et voilà pourquoi la réflexion que nous conduisons, et hier, [avec] mon directeur de cabinet en recevant la délégation des stagiaires, nous avons engagé une réflexion dans deux temps. Tout d'abord, c'est-à-dire une forme de charte, comment on se comporte vis-à-vis d'un stagiaire, la deuxième des choses...

E. Chavelet : Ca, c'est à très long terme Monsieur le ministre...

G. Bonos : Oui, et puis ça concerne les grands groupes surtout...

R - Vous voyez, vous me demandez de la simplicité, et là, je vous sens avoir envie qu'on légifère très vite. La deuxième des choses, c'est qu'il existe déjà dans le code beaucoup de dispositions, dans doute pas suffisamment connues et utilisées, pour réguler et en quelque sorte encadrer les conditions d'emploi des stagiaires. Nous aurons l'occasion - car je recevrai courant décembre à nouveau sur ce dossier, les délégués des stagiaires - de faire le point.

G. Bonos : Mais est-ce que par exemple limiter la durée du stage, comme le demandent certains profs d'université pour leurs élèves, ne pas dépasser ou 3 mois ou 6 mois par exemple, serait peut-être déjà un moyen d'éviter cette espèce de travail au noir qui ne dit pas son nom ?

R - C'est une des pistes dont nous aurons à débattre avec G. de Robien. Mais nous sommes un pays qui, sans cesse, se plaint de la complexité et invente de nouvelles complexités. Je crois que c'est plutôt dans nos têtes qu'il faut aborder ces sujets, mieux utiliser les dispositions du code que nous avons, et essayer de faire partager que le stage à la fois, il est indispensable pour le jeune, mais qu'en même temps, nous avons des devoirs vis-à-vis du jeune. Et c'est cet équilibre-là qu'il nous faut trouver. En tous les cas, avec G. de Robien, nous suivons ce dossier avec grande attention, nous souhaitons poser des règles claires, mais en même temps nous ne souhaitons pas inventer une paralysie générale.

E. Chavelet : Question concrète, le projet des socialistes de porter le Smic à 1.500 euros, c'est une bonne idée, vous approuvez ?

R - C'est ce que j'appelle un prix d'appel, comme dans les grands magasins. La réalité économique de notre pays, et il y a des réalités, il faut savoir que le problème du Smic... et on l'a vu parce que jamais un gouvernement, comme le Gouvernement de J.-P. Raffarin et D. de Villepin, n'a fait autant pour le Smic, pour rattraper les fameux 7 Smic différents. Je rappelle : 11,3 d'augmentation du pouvoir d'achat en trois années, il y a un certain nombre de conséquences, et notamment nous le voyons sur les salaires, c'est le tassement des grilles. Donc il y a une réflexion sur le Smic qui est engagée, et que j'aborderai dans le cadre de la Commission nationale de la négociation collective, dans les semaines et puis d'ici le mois de juin. Et en même temps, ce qui compte, c'est de voir quel est le déroulé de carrière. C'est toute la réflexion autour du pouvoir d'achat, et aussi autour des filières et des métiers.

G. Bonos : G. Larcher, à propos de carrière, passé la crise des banlieues, est-ce que l'insertion va rester juste un vain mot supplémentaire ? Comment ça va se passer, qu'est-ce que vous allez faire concrètement ?

R - Très concrètement, le Premier ministre nous a demandé qu'il n'y ait pas un jeune sans solution après trois mois de difficultés, que ça soit un emploi, un contrat été, un stage, une formation. Lundi, les 185 agences de l'ANPE et les Missions locales ont travaillé toute la journée, le Premier ministre est venu clôturer leurs travaux. A. Begag et moi-même avons partagé ces travaux-là. Il s'agit aujourd'hui de répondre aux 136.000 jeunes des quartiers sensibles, qui ne sont ni en emploi, ni en formation actuellement, et se dire aussi qu'il y a des réalités : un taux de chômage quatre fois plus élevé chez ces jeunes dans un certain nombre de quartiers, des nécessités de redonner une nouvelle chance à ces jeunes. C'est l'ensemble des dispositifs que nous mettons en place : Missions locales, ANPE, service public de l'emploi. C'est aussi la lutte contre cette forme d'errance scolaire qu'on voit chez trop de jeunes. On parle pudiquement de 15.000 qui seraient déscolarisés à partir de 13, 14 ans, c'est malheureusement plus que cela.

E. Chavelet : Monsieur le ministre, excusez-moi de vous couper la parole, mais il y a aussi des mesures très concrètes. Le président de la SNCF, L. Gallois vient d'annoncer que 10 % des effectifs nouveaux, l'an prochain, seraient consacrés aux jeunes des banlieues. Que fait la Fonction publique, que fait l'Etat de concret ?

G. Bonos : Très vite Monsieur le ministre, on est en retard...

R - La SNCF, d'abord c'est 15 %, parce que L. Gallois s'est engagé, comme le président de La Poste aussi, pour ramener vers l'activité ceux qui sont aux minima sociaux au travers du C.I.R.M.A. Il y a l'engagement de l'Etat au travers du Pacte, parce qu'au-delà des entreprises publiques, il faut aussi que l'Etat montre l'exemple. Et c'est vraiment un appel aux fonctions publiques, quelles soient hospitalières, territoriales et de l'Etat. Avec le Pacte, nous ouvrons la possibilité de faire rentrer dans la fonction publique un certain nombre de jeunes, de les former par l'alternance. Il y a une responsabilité. Autour de C. Jacob, nous allons nous mobiliser pour que, avec les entreprises publiques, aussi l'Etat, les collectivités locales et l'hôpital public soient exemplaires.

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 30 novembre 2005)

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