Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Le Progrès" du 4 décembre 2005, sur les leçons de la crise des banlieues et sur les mesures prises par le gouvernement en matière d'éducation et d'apprentissage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Le Progrès" du 4 décembre 2005, sur les leçons de la crise des banlieues et sur les mesures prises par le gouvernement en matière d'éducation et d'apprentissage.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président

ti : Q - Lors des récentes explosions de violence dans les banlieues vous avez refusé de polémiquer sur le sujet. Dans un souci, disiez-vous, d'union nationale face à la crise. Celle-ci est maintenant retombée quelle leçon en tirez vous ?

R - Je ne crois pas que cette crise se limite aux banlieues mais que, au contraire, c'est la France toute entière qui est en crise. Si cela se ressent davantage dans les banlieues c'est parce qu'elles rassemblent toutes les pauvretés sociales et culturelles.

Cette crise, plus spontanée qu'on ne l'a dit, n'est pas uniquement le révélateur de problèmes sociaux, comme l'avance la gauche. Mais aussi de problèmes culturels, d'intégration, d'urbanisme qui font que la vie devient tout d'un coup sans espoir. Et si vous ajoutez à cela la perte des repères vous aurez un concentré de toutes les crises françaises.

Q - Chômage, intégration, urbanisme Il y a longtemps que ces problèmes ont été dénoncés...

R - En effet, c'est 25 ans de difficultés françaises qui se concentrent là. Mais force est de constater que rien n'a changé.

La France s'enfonce peu à peu, comme elle le fait dans la dette. Et si vous pensez que cela n'a rien à voir avec notre sujet vous vous trompez. Lorsque la totalité de l'impôt sur le revenu est consacré à régler les intérêts de la dette, c'est autant d'argent qui ne va pas dans les réhabilitations urbaines ou dans l'éducation.

Autre chose : on vient de prendre des mesures fiscales toutes entières au bénéfice des plus favorisés, quitte à encourager un sentiment d'injustice dans la population. Or, tout se tient.

Q - Le Premier ministre vient néanmoins d'annoncer tout un train de mesures, notamment dans le domaine éducatif. Vous n'en retenez rien ?

R - C'est la vingtième fois que l'on annonce que l'on va repérer les difficultés de lecture dès le cours élémentaires René Haby le disait déjà et Chevènement après lui. Je l'ai dit, Jack Lang aussi. On répète éternellement les mêmes choses.

Q - Avec l'apprentissage dès 15 ans, c'est du nouveau qui a été annoncé...

R - Lorsque j'étais à l'Education j'avais déjà proposé des parcours scolaires « hors les murs » qui comportaient une partie professionnelle.

Mais j'attire l'attention sur un risque. Si on explique aux Français que l'on met en apprentissage les élèves qui sont en échec, cela veut dire qu'apprentissage rime avec échec. C'est le pire service que l'on peut rendre à l'apprentissage.

Q - Les ZEP, faut-il les déclarer en dépôt de bilan comme le propose Nicolas Sarkozy ou continuer avec Dominique de Villepin ?

R - Evidemment personne ne supprimera les ZEP au risque d'une révolution ! Ce sont là des paroles verbales. C'est parler sans réfléchir.

Q - A vous entendre tout a été essayé et le manque d'imagination est au pouvoir. Il n'y a donc plus rien à faire ?

R - Si, il convient d'abord d'agir sur le travail alors même que la courbe des créations d'emplois reste désespérément plate. Et cela restera ainsi tant que l'on continuera à faire reposer toutes les charges sociales sur le travail plutôt que sur la consommation ou sur les flux bancaires. Cela signifie que l'on change de modèle et c'est une piste que je propose.

L'éducation est une autre priorité à mes yeux. On ne s'en tirera pas en demandant des moyens nouveaux mais en changeant l'organisation de l'école. En particulier au collège pour que soient organisés des parcours pour les élèves en échec. Un effort doit être aussi porté sur l'apprentissage de la langue.

Q - Six sénateurs UDF, bravant votre consigne, ont voté en faveur de la partie recette du budget. Envisagez-vous des rétorsions ?

R - Bien sûr que non. Chez nous le vote est libre. Même si j'estime qu'être un homme politique digne de ce nom, c'est être capable de voter non si l'on est pas d'accord. C'est le moindre des courages.


Propos recueillis par René Raffin


(Source http://www.udf.org, le 7 décembre 2005)

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