Déclaration de M. Xavier Bertrand, ministre de la santé et des solidarités, sur les mesures du plan de prévention des affections bucco-dentaires, Paris le 25 novembre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Xavier Bertrand, ministre de la santé et des solidarités, sur les mesures du plan de prévention des affections bucco-dentaires, Paris le 25 novembre 2005.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier.

FRANCE. Ministre de la santé et des solidarités

Circonstances : Congrès de l'Association dentaire française à Paris du 23 au 26 novembre 2005

ti : Monsieur le Président du Congrès (Jean Meyer),
Penser aux députés ou sénateurs chirurgiens dentistes (si présents)
Messieurs les secrétaires généraux du Comité directeur (Drs Hescot et Bouchet),
Mesdames, Messieurs,


Je vous remercie pour votre invitation à ce Congrès de l'Association dentaire française. C'est la première fois que je me rends à une manifestation de cette ampleur avec les chirurgiens dentistes, et je voulais profiter de l'occasion pour souligner l'importance, et de la santé buccodentaire, et de votre profession.

Les affections bucco-dentaires touchent toutes les couches de la population, et restent une cause de morbidité importante, et elles peuvent entraîner de graves conséquences sur la santé globale du patient (cancers notamment). Du fait de difficultés liées à l'accès aux soins et aux problèmes socio-économiques, de fortes inégalités demeurent malgré les multiples améliorations que l'on constate depuis 20 ans.

Les dépenses consacrées à ce domaine représentent le 3e poste de dépenses de santé après les maladies circulatoires et les troubles mentaux. Pourtant, il existe un moyen de dépenser plus efficacement et de parvenir à de véritables progrès en matière de santé buccodentaire : c'est le renforcement de la prévention.

Je connais l'engagement de votre profession en matière de prévention : elle l'a prouvé il y a près de 40 ans déjà en créant l'UFSBD (Union française pour la santé buccodentaire). C'est cet engagement que nous reconnaissons aujourd'hui en lançant le premier volet de notre Mouvement pour la prévention. Votre domaine va ainsi bénéficier d'un plan mobilisateur sur la prévention buccodentaire.

Cela ne veut pas dire que j'oublie les autres aspects de l'évolution de votre profession. Je pense à l'importance du développement de la qualité des soins, qui repose notamment sur la formation, initiale et continue, sur l'harmonisation de la démographie territoriale de la profession, ou encore sur l'organisation de la permanence des soins. Dans tous ces domaines, le gouvernement est prêt à vous accompagner dans votre démarche qualité. Ce qui est vrai pour les chirurgiens dentistes libéraux, le sera aussi dans le cadre hospitalo-universitaire. Je serai particulièrement vigilant à ce que l'odontologie conserve sa place à l'hôpital, et qu'elle soit mieux prise en compte dans les SROS et le schéma universitaire.

I/ Je souhaite donner un nouvel élan à la prévention en matière buccodentaire : tel est le sens du mouvement pour la prévention que je vous présente aujourd'hui.

N'oublions pas que les affections buccodentaires ont des retentissements sur l'état de santé général et la qualité de vie des patients (infections, douleurs, nutrition, rapport à autrui) : il est nécessaire de rendre les Français, et plus largement les acteurs de santé, conscients de l'impératif de la prévention dans ce domaine, et je souhaite aussi que la profession s'engage pour rappeler ces conséquences sur la santé globale du patient.

Comme dans la plupart des champs de la santé, le système de santé buccodentaire est remarquable dans son volet curatif, et ceci grâce à vos compétences. Mais d'importantes marges de progrès sont possibles en matière de prévention, pour détecter les facteurs de risque, empêcher la survenue des pathologies et dépister les lésions dès leur apparition afin qu'elles soient traitées rapidement.

Pour cela, j'ai décidé de placer la prévention au c?ur de notre approche de la santé buccodentaire. Je veux porter cette ambition et cette exigence, je veux qu'elle se traduise concrètement dans les faits.

La prévention doit toucher 62 millions de Français, avec un objectif simple : préserver la santé bucco-dentaire de chacun, et au-delà, prévenir l'apparition des conséquences sur la santé globale des patients.
- Pour cela, il nous faut non seulement renforcer l'éducation des jeunes générations, mais aussi agir à tous les âges de la vie.
- Quelques actions ciblées doivent aussi être menées en faveur des personnes âgées dépendantes et des personnes handicapées, dont la situation buccodentaire est souvent dégradée, et qui nécessitent des soins spécifiques.
- Enfin, et surtout, je veux insister sur l'effort que nous pouvons réaliser pour prévenir et dépister les cancers buccaux dans le cadre du Plan cancer voulu par le Président de la République.

Votre profession, déjà engagée dans ce domaine, sera confortée dans son rôle avec la prise en charge de nouveaux actes de prévention.

Les mesures du Plan de prévention buccodentaire sont ambitieuses.

L'approche que nous souhaitons au travers de ce programme d'actions contient des innovations à la hauteur de notre ambition en matière de prévention : les mesures sont réparties tout au long de la vie, et concernent les principaux lieux de soins (cabinets dentaires, hôpital et EHPAD). C'est une démarche de prévention à la fois totale et ciblée, adaptée aux besoins. C'est aussi une démarche qui répond à une exigence : la qualité des soins. Les mesures seront d'abord expérimentées en 2006 dans trois départements différents pour certaines, plus largement pour d'autres, et seront élargies en 2007 aux régions des départements pilotes. L'évaluation qui sera menée à l'issue de ces expérimentations permettra de définir les modalités permettant de les généraliser à l'ensemble du territoire national.

Il s'agit d'abord d'agir dès le plus jeune âge : la culture de prévention est en effet une pédagogie et une démarche d'éducation. Elle consiste à sensibiliser au moment le plus approprié. C'est tout le sens de notre action.

Les consultations que nous voulons instaurer avant et après la grossesse permettent d'informer sur le risque accru de pathologies buccales pour les femmes enceintes, et d'utiliser cette période où la mère est très réceptive aux conseils et aux recommandations pour lui parler de la prévention pour les enfants.

Nous voulons ensuite développer les actions d'éducation et de dépistage, notamment des caries, dès l'école maternelle (4 ans).

Pour plus d'un million d'enfants âgés de 6 et 12 ans, l'arrêté mettant en ?uvre l'examen bucco-dentaire de prévention (EBD), obligatoire au CP et en 5e, va être publié très prochainement. Je souhaite aussi « accompagner » l'examen bucco-dentaire par des actions d'éducation pour la santé. Par ailleurs, une information collective d'une heure sera dispensée par un chirurgien-dentiste de l'UFSBD dans chaque classe concernée pour dédramatiser les soins dentaires, « désacraliser » l'image du dentiste, et responsabiliser l'enfant.

Il s'agit également d'accompagner les actifs, qui oublient la prévention du fait de leurs obligations et de leur rythme de travail. Une prévention vraiment efficace, c'est une prévention qui s'exerce tout au long de la vie.

Je souhaite que les chirurgiens dentistes mettent plus en avant les relations entre la santé dentaire et la santé en général

Des actions de sensibilisation, d'information et de formation sur les cancers buccaux et les diabètes seront menés auprès des malades et des praticiens.

Il s'agit enfin de prendre la mesure de l'allongement de la durée de vie. Nous devons préparer les conditions d'un vieillissement en bonne santé, notamment par la prévention des risques bucco-dentaires.

A cet effet, nous ferons bénéficier les personnes atteignant 60 ans d'un bilan bucco-dentaire clinique, pris en charge à 100 %, suivi d'un entretien et de conseils.

Je souhaite aussi que la situation des personnes âgées dépendantes hébergées en établissement soit mieux prise en compte. Leur état bucco-dentaire alarmant a un retentissement sur leur état général (infection, dénutrition, dégradation de l'image de soi). Il faut donc promouvoir la création d'une offre de soins adaptée dans les EHPAD, qui passe notamment par l'installation d'un matériel dentaire portatif dans chaque établissement. Un chirurgien dentiste pourra ainsi effectuer les soins nécessaires réalisables sur place.

Je souhaite que les actions de prévention s'exercent également dans un cadre naturel pour les soins et pour l'attention portée aux malades, je veux parler de l'Hôpital et des établissements spécialisés.

Les personnes hospitalisées pour de longues durées présentent les mêmes caractéristiques que les personnes âgées dépendantes, et il faut de la même façon leur proposer une offre de soins adaptée. Cela passe par le traitement par un chirurgien-dentiste des pathologies bucco-dentaires dans les services de longue durée.

Pour améliorer la santé bucco-dentaire des enfants et adultes handicapés fréquentant des établissements spécialisés, je souhaite sensibiliser à la prise en charge de l'hygiène bucco-dentaire et à la dispense de soins spécifiques dans les établissements spécialisés.

Je souhaite aussi que ce plan nous permette de fournir une réponse adaptée à la situation particulière des patients atteints de la maladie d'Alzheimer ou d'une autre démence. Nous allons organiser, en complément de la prise en charge libérale, une prise en charge hospitalière pour les patients très dépendants.

II/ Pour réaliser ces objectifs de prévention, nous pouvons nous appuyer sur une profession médicale qui a le souci d'améliorer la qualité des soins : celle de chirurgien dentiste.

A/ Nous accompagnons votre profession dans cette démarche qualité

Le Congrès de l'ADF est en lui-même un témoignage vivant de l'effort réalisé par les chirurgiens dentistes pour accompagner le progrès des connaissances et des techniques, très rapide dans votre domaine. Vous permettez ainsi à vos patients de bénéficier de soins de qualité. Aujourd'hui, nous sommes entrés dans une phase de réorganisation de la Formation continue en odontologie (FCO), devenue obligatoire. Pour mettre en ?uvre cette innovation, j'ai d'abord voulu engager une vaste concertation avec la profession dentaire, au travers du CNFCO (Conseil national pour la formation continue odontologique). Je tiens d'ailleurs à féliciter votre profession d'avoir créé ce Conseil dès 2000. Les décrets élaborés dans la concertation pour la FCO sont à l'heure actuelle examinés par le Conseil d'Etat. La mise en ?uvre de la FCO représente un progrès, tant pour la qualité de l'exercice de votre profession, que pour la santé publique.

Cela participe de la démarche qualité dans laquelle s'engage votre profession, qui, je me permets de le rappeler, est bien une profession médicale à part entière. Il est donc légitime que la Haute Autorité de Santé élabore des référentiels de bonnes pratiques en odontologie, ce qui permettra de développer l'évaluation des pratiques professionnelles (EPP), comme pour les médecins.

Vous aviez le souhait de la création d'une spécialité en chirurgie buccale. J'y suis favorable, à condition de mener une concertation avec l'ensemble des spécialités médicales, chirurgicales, odontologiques, intervenant dans la sphère bucco-dentaire, et le Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, notamment pour définir le périmètre, le contenu et les modes d'exercice de cette spécialité.

Je veux enfin revenir sur une question liée à la qualité des soins, celle de l'accès des patients à certains traitements. En effet, le système actuel de rémunération des actes pénalise les soins de première urgence, au bénéfice de la réalisation de prothèses. Par ailleurs, le remboursement des traitements prothétiques et orthodontiques laisse une large part de frais à la charge des patients, et ces soins ne sont pas toujours accessibles aux plus vulnérables. C'est aux partenaires conventionnels qu'il appartiendra, par la négociation, de prendre en compte à la fois les préoccupations des professionnels et les attentes de la population en matière d'accès aux soins. Je m'engage d'ores et déjà à favoriser la mise en place de ces discussions.

B/ Je suis très attaché à ce que nous mettions en place une véritable permanence des soins : pour cela, les chirurgiens dentistes doivent être en nombre suffisant, et être répartis équitablement sur le territoire national.

Pour répondre à cet objectif, je vous présenterai en janvier 2006 un Plan ambitieux sur la démographie des professions médicales très ambitieux. D'ores et déjà, le numerus clausus a été relevé et continuera à l'être ces 5 prochaines années. Nous comptons aussi mettre en place des incitations à s'installer dans les zones sous-médicalisées. Enfin, il nous faudra réfléchir à l'avenir de la profession d'assistant dentaire santé et envisager une évolution de ses compétences, sous le contrôle du chirurgien dentiste.

Avoir des dentistes en nombre suffisant, c'est aussi assurer une meilleure offre de soins dans l'espace comme dans le temps. Vous savez l'importance que j'accorde à la permanence des soins. Avoir un cabinet dentaire à moins d'une heure de chez soi, le soir et le week-end, est une exigence pour assurer la sécurité des patients et la qualité des soins, dans la proximité. Mais je veux engager une concertation avec votre profession pour en définir les modalités. Je suis également convaincu qu'il nous faut bien définir de quel type d'urgence il s'agit, entre les soins qu'il est possible de différer, et les cas relevant de l'urgence qui nécessitent un traitement immédiat.


Ce mouvement pour la prévention, que nous comptons étendre à d'autres domaines de la santé publique, est ambitieux à plus d'un titre. En effet, ce plan concerne tous les âges de la vie. Il veille à adapter toujours plus l'information et l'offre de soins aux situations individuelles, permettant ainsi une plus grande efficacité des actions. Il mise en outre sur la pédagogie et sur l'éducation par la santé pour que la France retrouve le sourire !

Si j'ai choisi de lancer cette campagne d'abord dans le domaine buccodentaire, c'est que je connais la vigueur de votre engagement dans la voie de la qualité des soins. Je sais par ailleurs que la prévention, si elle est réellement mise en place, nous permettra de réaliser d'importants progrès de santé et de qualité de vie.

Je vous remercie de votre attention et je vous suis reconnaissant, par avance, de votre engagement personnel pour la réussite de ces actions. Je vous souhaite une bonne fin de Congrès.

(Source http://www.sante.gouv.fr, le 29 novembre 2005)

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