Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, dans "20 minutes" le 29 novembre 2005, sur les ZEP, la maîtrise de l'immigration et les mesures en faveur de l'emploi. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, dans "20 minutes" le 29 novembre 2005, sur les ZEP, la maîtrise de l'immigration et les mesures en faveur de l'emploi.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

ti : Q - Quels enseignements tirez-vous de ces 3 semaines de violences urbaines ?

R - 1) On a trop longtemps sous-estimé la gravité du problème des banlieues. Or, il n'y a pas de bons remèdes sans vrai diagnostic. 2) Les Français aspirent au retour de l'autorité de l'État. Le sentiment d'impunité a permis à des bandes, des voyous, d'imposer leur domination sur un territoire, au détriment de l'économie réelle. 3) Nous ne pouvons plus continuer à subir l'immigration, nous devons la choisir. Le système d'intégration dont nous étions si fiers est aujourd'hui en panne. 4) On a aidé des territoires. Il fallait aussi aider des personnes qui y vivaient, celles qui voulaient s'en sortir. 5) On a fait du social là où les gens voulaient du travail.

Q - Est-ce le modèle d'intégration qui est en panne ou la paupérisation accentuée de certains quartiers qui est en cause ?

R - La paupérisation est accentuée par l'immigration non maîtrisée. C'est plus facile d'intégrer des gens qu'on choisit que des gens qu'on n'a pas choisis et qui sont trop nombreux. Nous allons répétant que le regroupement familial est un droit. C'est vrai. Mais ce droit ne peut plus s'exercer sans que l'on vérifie les conditions matérielles dans lesquelles il s'applique et sans lesquelles le regroupement familial n'est plus facteur d'intégration.

Q - Faut-il suspendre les allocations aux parents de mineurs délinquants ?

R - Si des familles ne s'occupent pas de leurs enfants ou bien si elles sont en grande détresse sociale et ne peuvent pas s'en occuper, je préconise la mise sous tutelle, c'est-à-dire le contrôle de l'affectation des allocations familiales aux dépenses correspondant au bien des enfants. Cela aura aussi une vertu éducative à l'égard des parents.

Q - Le président de la République parle du « fléau des discriminations » pour expliquer le mal être des jeunes des banlieues, mais il rejette l'idée des quotas à l'embauche. Vous aussi ?

R - Je n'ai jamais demandé des quotas. En revanche, je suis pour la discrimination positive à la française. Comment fait-on reculer les injustices dans notre pays ? La République n'a pas l'obligation de donner à tous la même chose, mais d'aider massivement ceux qui en ont le plus besoin. Elle doit garantir l'égalité réelle et non l'égalité virtuelle. Au lieu de refaire des immeubles, ne serait-il pas plus juste de proposer aux jeunes des quartiers déshérités une formation qualifiante pendant deux ans, avec en contre-partie l'obligation pour eux de suivre cette formation ?


Q - Pourquoi a-t-on diminué ou supprimé des subventions à tant d'associations ?

R - Tant qu'on n'aura pas débarrassé ces quartiers d'activités mafieuses, une part de l'argent des subventions sera détournée au profit d'activités délictuelles. Sans parler de ceux qu'on appelle les « grands frères ». Curieuse appellation pour nombre de ceux qui ne sont ni plus ni moins que des caïds !

Q - Que prévoyez-vous en matière de prévention ?

R - Je vais présenter un plan national de prévention de la délinquance qui fait du maire le coordonnateur de la prévention. Il faut créer des internats d'excellence dans les quartiers, pour que les enfants de familles monoparentales puissent étudier et se nourrir dans de bonnes conditions. Il faut systématiser les études du soir dans ces quartiers, pour éviter que les « orphelins de 16H30 » ne soient tentés par la loi de la rue. Il faut dépister les comportements violents dès la maternelle et le primaire afin d'y apporter les réponses appropriées. Il faut décloisonner les métiers des travailleurs sociaux pour qu'ils mettent en commun leurs informations et ne soient plus tenus par le secret professionnel lorsque des enfants sont en danger.

Q - Pourquoi tant de communes, et parmi elles Neuilly, n'appliquent-elles pas le quota de 20% de logements sociaux imposé par la loi SRU ?

R - Certaines communes ont un foncier si rare et si cher qu'elles ne peuvent pas faire face à cette obligation. Pour moi, la bonne politique du logement ne consiste pas à couvrir la France de logements sociaux, mais de permettre aux salariés modestes d'être propriétaires de leur logement, et ainsi de libérer des HLM pour ceux qui n'ont pas les moyens d'être propriétaires. La rotation à l'intérieur du parc HLM doit s'accélérer.

Q - La loi est ce qu'elle est : faut-il sanctionner ceux qui y contreviennent ?

R - Sanctionner ? Mais quand il n'y a pas de terrain, vous faites quoi ? Vous mettez le maire en prison ?? La loi n'impose pas les 20 % tout de suite, elle exige de faire chaque année des dépenses en faveur des logements sociaux pour aller vers cet objectif. Et c'est ainsi qu'à Neuilly quand j'en étais le maire, en 4 ans, nous sommes passés de 400 logements sociaux à 800.

Q - Est-il vraiment nécessaire de rajouter une nouvelle loi anti-terroriste à la législation déjà existante en la matière ?

R - Il est de mon devoir de tirer les enseignements des attentats de Londres et de ce qui aurait pu se passer chez nous. Nous avons compris l'importance de la vidéo surveillance pour laquelle la France avait beaucoup de retard ; l'importance aussi du stockage des données téléphoniques et celle de la surveillance de l'identité des passagers qui se dirigent vers des destinations sensibles sans raison apparente. Notre devoir est d'être prêts à intervenir contre des terroristes avant qu'ils n'agissent. Et la menace est sérieuse.

Q - A propos de la violence dans les stades, que préconisez-vous ?

R - Il est des tribunes et des supporters qui nous font honte. Il faut débarrasser nos stades des hooligans. Je vais faire voter, dans les jours qui viennent, un amendement qui permettra aux préfets d'interdire de stade quelqu'un de violent, qui fait le salut nazi ou qui se comporte en raciste. Je ne veux plus devoir mobiliser 2000 fonctionnaires de police pour un simple match de foot !

Q - Faut-il une loi pour imposer le service minimum en cas de grève dans les transports publics ?

R - Oui et je souhaite que le gouvernement le décide. La contre-partie du monopole c'est le service minimum. Parce que le monopole, cela veut dire que quand le service s'arrête, celui qui veut aller à son travail, ou rentrer de son travail, n'a pas d'autre solution. Quand il n'y a pas de monopole, on peut choisir une autre solution, là non. Les usagers n'ont pas à être pris en otages par une grève qui ne les concerne en rien. D'ailleurs, cette loi était une proposition de Jacques Chirac lors de sa candidature à la présidentielle.

(Source http://www.u-m-p.org, le 24 novembre 2005)

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