Interview de M. Gérard Larcher, Ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes, sur RMC le 22 novembre 2005, sur l'annonce par le premier ministre, M. Dominique dse Villepin, de l'instauration de l'apprentissage dès 14 ans, sur le mouvement de grève à la SNCF et la situation de l'emploi au mois de septembre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Larcher, Ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes, sur RMC le 22 novembre 2005, sur l'annonce par le premier ministre, M. Dominique dse Villepin, de l'instauration de l'apprentissage dès 14 ans, sur le mouvement de grève à la SNCF et la situation de l'emploi au mois de septembre.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes ;

ti : [...]

Q- Où en êtes-vous sur l'apprentissage à 14 ans ? On a entendu le Premier ministre, D. de Villepin, mais où en est-on ?

R- Le Premier ministre, en faisant cette proposition, répondait à un certain nombre d'interrogations, de réflexions qui étaient faites aussi bien par des pédagogues, depuis longtemps, quand ils regardaient la situation d'échec, notamment d'échec scolaire, d'un certain nombre de jeunes, qui disaient finalement qu'ils ne sentaient pas bien au collège, qu'ils avaient envie d'apprendre un métier, de faire quelque chose de concret. D'abord, l'alternance, ce n'est pas la voie de l'échec et en même temps, le concret, c'est une manière de répondre à des attentes de jeunes qui ne se sentent pas bien dans la filière d'enseignement général. Le Premier ministre, reprenant d'ailleurs une proposition récente d'un parlementaire en mission, madame Tharin, députée du Doubs, dit que l'on va mettre en place cet apprentissage [inaud].

Q- Comment et quand cela sera-t-il mis en place ?

R- D'abord, il ne peut pas ressembler tout à fait à l'apprentissage à partir de 16 ans, un lien fort, naturellement, avec l'éducation nationale, des passerelles. C'est très important pour celui qui, par exemple, aurait un choix qui ne lui convient pas ou qui aurait envie de revenir dans le système scolaire plus classique puisse le faire, un accompagnement personnalisé...

Q- Donc, à 14 ans, l'élève aura le choix ?

R- Avant 14 ans, il faut l'éveiller à la présentation de l'ensemble des métiers, et à partir de 14 ans, dans une forme que nous allons déterminer dans les deux semaines qui viennent...

Q- ...Une forme d'alternance, un peu ?

R- C'est une alternance, un contact avec l'entreprise, avec les métiers, un vrai geste et la découverte de la gestuelle des métiers. Et, pendant deux ans, voire trois, arriver jusqu'à l'âge où, en apprentissage on s'en va vers le Certificat d'aptitude professionnel, le BEP, le bac pro.

Q- Mais vous avez écouté comme moi les professionnels du bâtiment, par exemple, qui disent que c'est trop jeune 14 ans.

R- Je crois qu'un certain nombre de questions se pose. Est-ce que,aujourd'hui, les jeunes sont dans la même situation qu'il y a quarante ans, donc la nécessité d'avoir un socle de savoir fondamentaux, et en même temps, voilà pourquoi j'ai mis dans mon groupe de pilotage un médecin spécialisé dans le travail des adolescents et des jeunes adultes, parce que, là aussi, il faut prendre en compte la réalité d'un jeune de 14 à 16 ans.

Q- Ce qui veut dire que le jeune sera en contact avec l'entreprise, avec un métier à partir de 14 ans. Il continuera, si j'ai bien compris, d'aller à l'école ?

R- Cela peut être une école différente, cela peut être le CFA, cela peut être le contact avec le lycée professionnel. Ce qu'il ne faut pas, c'est lui reproposer le même modèle que celui qu'il veut quitter parce qu'il ne s'y sent pas bien. On a prononcé le chiffre de 15.000 jeunes en rupture scolaire à 14 ans ; je crois qu'on doit se dire la vérité, pour les auditeurs de RMC : c'est beaucoup plus que cela.

Q- C'est-à-dire ?

R- On estime que c'est autour de 40.000 jeunes en rupture scolaire. Cette réalité que l'on appréhende mal, ce sont naturellement des chiffres approximatifs, je crois que le Premier ministre a eu raison de dire, là aussi, la vérité.

Q- La SNCF est en grève, et j'ai envie de vous dire que c'est invraisemblable. Le ministre des Transports écrit aux syndicats : il garantit que l'entreprise ne sera pas privatisée. Cette lettre obtenue, la CGT, notamment, estime que D. Perben a surtout écrit pour dégonfler la mobilisation. Mais dites-moi, le ministre s'est couché - pardonnez-moi l'expression -, génuflexion devant les syndicats et cela n'a servi à rien !

R- Ce n'est pas une génuflexion, c'est un rappel d'une position qui est celle du Gouvernement : la SNCF a vocation à rester une entreprise publique, et une entreprise publique, qui naturellement, dans l'application des nouvelles directives européennes, notamment dans le secteur du fret, doit faire face à la concurrence. D'ailleurs, la SNCF a toujours fait face à la concurrence, celle de la route, des voies d'eau... Naturellement, aujourd'hui, nous ne pouvons pas supporter une SNCF qui ne s'adapte pas, notamment à un moment où nous devons utiliser le rail comme alternative à la route. Donc, la deuxième des choses, c'est que 11 milliards d'investissements sont prévus d'ici 2010 à la SNCF. Je dois dire qu'il ne faut pas se tromper de débat : la SNCF pourrait, un peu comme d'autres, mourir bien qu'elle soit une entreprise publique.

Q- Est-elle en danger de mort ?

R- Elle n'est pas en danger de mort.

Q- Est-ce que les syndicats, par cette grève, la mettent en danger, économiquement?

R- Aujourd'hui, voilà une entreprise qui redégage quelques dividendes. Ces dividendes, elle les réinvestit dans la modernisation de son réseau, y compris dans le réseau secondaire. Plus de 70 millions vont être affectés, par exemple, sur les fameuses histoires de ralentissement. Je crois que si nos concitoyens perdent confiance dans cette capacité qu'a la SNCF de bien nous transporter, à ce moment-là, on fragilise considérablement l'entreprise.

Q- A quoi sert cette grève ?

R- Je crois qu'il y a des grèves messages qui s'adressent à des futurs congrès, sans doute, d'organisations syndicales...

Q- Vous pensez que la CGT avait besoin de cette grève ?
R- En tout les cas, je pense que c'est une grève inutile et qu'aujourd'hui, les réponses ont été apportées aux salariés de la SNCF par D. Perben et par L. Gallois.

Q- Avez-vous déjà une idée des chiffres du chômage pour le mois dernier ? Ils vont paraître dans quelques jours ?

R- Je n'ai pas encore d'idée, si ce n'est que je constate que le contrat nouvelles embauches continue à se développer.

Q- On en est à combien ?

R- 170.000 contrats depuis début août. Aujourd'hui, nous sentons dans le pays un certain nombre de décisions d'embauches, notamment de la part des petites et moyennes entreprises qui n'embauchaient pas. Nous avons un rythme de créations d'emplois que nous souhaiterions encore plus soutenu. Mais je sens un certain nombre de choses positives ; le taux de croissance est meilleur pour le troisième trimestre que ce qui avait été imaginé. Donc, je crois qu'aujourd'hui, par l'intérêt même que suscitent le contrat nouvelles embauches, un certain nombre de dispositifs d'accompagnement - plus 8 % à la rentrée, notamment dans le secteur de l'apprentissage - que les choses bougent.

Q- 170.000 contrats signés, mais avec les emplois supprimés, quand je fais le compte, j'arrive à 8.000-8.500 créations d'emplois ces trois derniers mois, ce n'est pas énorme.

R- Non. Nous aurons 50.000 créations d'emplois dans le secteur marchand au cours de l'année, pour l'ensemble de l'année 2005. Nous avons des perspectives, notamment, avec l'entrée en alternance en professionnalisation, en parcours de retour vers l'emploi. Nous signons, par exemple, chaque jour, 800 contrats Initiative emploi, qui sont la rencontre de salariés de retour vers l'emploi...

Q- Ce sont des contrats aidés...

R- Ce sont des contrats aidés avec les entreprises. Il y a aussi les contrats aidés dans le secteur non marchand qui sont aussi très importants, parce que répondre aux besoins des collectivités territoriales, des associations et, en même temps, préparer les hommes et les femmes qui ont été éloignés de l'emploi ou qui n'ont pas réussi à accéder, jusque-là, à l'emploi dans un parcours de retour vers l'emploi, c'est essentiel.

Q- Où en est-on avec les offres d'emploi, est-ce que l'on a de nouveaux chiffres ?

R- Aujourd'hui, les chiffres que nous avons, c'est que l'ANPE recueille plus d'offres d'emplois qu'avant. C'est d'abord sa priorité...

Q- Oui, ça on le sait, j'imagine, heureusement !

R- ...+ 8 % d'offres d'emplois en plus, par exemple, à comparer avec le mois de septembre 2004, septembre 2005. C'est donc plus d'offres d'emplois disponibles pour ceux qui sont en recherche d'emploi.

Q- Deuxième journée de négociations sur le chômage, à partir de demain, entre patronat et syndicats ; êtes-vous favorable à une baisse de la durée d'indemnisation des chômeurs ?
R- D'abord un sujet très important que l'assurance chômage, c'est une sécurisation des parcours professionnels. N'oublions pas qu'il y a un certain nombre de salariés indemnisés par l'Unedic, ces salariés en recherche d'emploi...

Q- Ça, on le sait G. Larcher !

R- Ce qui compte dans cette négociation, plus que la durée, c'est est-ce que ce temps est un temps qui permet, en quelque sorte, de redémarrer ? Voilà pourquoi nous insistons particulièrement sur les mesures actives de retour vers l'emploi. Voilà pourquoi le débat sur la convention reclassement personnalisé... Je viens de perdre mon emploi, parce que mon entreprise rencontre un certain nombre de difficultés ou qu'elle a cessé son activité, comment est-ce que je retourne vers l'emploi ? Par un meilleur accompagnement. Voilà pourquoi le Premier ministre, le 1er janvier, nous a demandé que les demandeurs d'emplois soient reçus chaque mois par l'ANPE. Deuxième des choses : la formation pour s'adapter aux mutations économiques. Cette formation et cet accompagnement, avec la validation des acquis de l'expérience, doivent permettre de répondre aux besoins des entreprises du bassin. C'est ce que nous appelons dans notre jargon techno "la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences".


(Source: premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 23 novembre 2005)

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