Interview de Gérard Larcher, ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes, sur LCI le 5 décembre 2005, sur les modalités d'instauration de l'apprentissage dès 14 ans et le débat entre partenaires sociaux concernant le financement du déficit de l'UNEDIC. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Gérard Larcher, ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes, sur LCI le 5 décembre 2005, sur les modalités d'instauration de l'apprentissage dès 14 ans et le débat entre partenaires sociaux concernant le financement du déficit de l'UNEDIC.

Personnalité, fonction : LARCHER Gérard, SEGUILLON Pierre-Luc.

FRANCE. Ministre délégué à l'emploi, au travail et à l'insertion professionnelle des jeunes ;

ti : P.-L. Séguillon - Vous êtes évidemment concerné, vous travaillez sur le projet d'instauration de l'apprentissage à partir de 14 ans. Quelques précisions. D'abord, à votre avis, combien de jeunes cela va-t-il concerner ? S'agit-il dans votre esprit des quelques 150.000 jeunes qui sortent aujourd'hui du système scolaire sans diplômes et sans formation ?

G. Larcher - Aujourd'hui, 15.000 jeunes entre 13 et 16 ans sont en situation d'errance scolaire, ils ne rendent plus au collège. En fait, beaucoup plus d'entre eux sont en situation d'échec scolaire, ce qui conduit au chiffre de 150.000. L'apprentissage junior, c'est une volonté de répondre en termes de lutte, contre l'échec scolaire par une voie qui est une vraie filière et une voie d'excellence, c'est-à-dire la formation par alternance. Nous pensons que 30 à 35.000 élèves, chaque année, pourraient être dans un premier temps concernés par cette voie nouvelle qui vise d'abord à être un parcours d'initiation aux métiers, en lien avec l'Education nationale, avec l'acquisition du socle des connaissances fondamentales dans un autre lieu que le collège, qui est parfois un modèle rejeté ou qui n'est pas accepté par ces jeunes.

Q - Durant le temps de cet apprentissage, ou ce pré-apprentissage, 14 ans-15 ans et puis 15 ans-16ans, ces jeunes vont bénéficier d'une rémunération, d'une gratification ?

R - Ils peuvent, c'est un des sujets que nous avons...

Q - Qui va la prendre en charge ?

R - ...c'est un des sujets que nous avons en discussion puisque pendant et jusqu'à la fin du mois de décembre, je poursuis les discussions avec les partenaires sociaux, les entreprises. Cette semaine je rencontre un certain nombre d'entreprises sur l'expérience de l'apprentissage pour des jeunes qui sont en situation d'échec. Ce sera sans aucun doute un rapport entre l'entreprise...

Q - Et les collectivités ?

R - ...et la collectivité nationale...

Q - L'Etat ?

R - ...par, notamment les exonérations de charges et par le crédit d'impôt qui sera modifié, qui est aujourd'hui à 1600 euros dans le cadre de l'apprentissage, et qui pourra être porté à 2200 euros.


Q - S'agissant des métiers concernés, dans votre esprit, s'agit-il d'orienter ces jeunes en apprentissage vers les métiers qui, aujourd'hui, comme le bâtiment, comme certains services, la restauration, manquent précisément de main-d'?uvre ?

R - Il s'agit d'abord de les orienter vers ces métiers dont ils auront le goût et qu'ils vont découvrir.

Q - Mais ne faut-il pas être efficace ?

R - D'où la nécessité de laisser la possibilité de l'erreur, et aux jeunes de revenir éventuellement dans le système éducatif, soit de changer d'orientation. Mais naturellement, ceci doit se faire, Education nationale, socioprofessionnels, pour répondre aussi aux réalités des emplois d'aujourd'hui et de demain, dans un bassin d'emplois. Nous avons aujourd'hui des secteurs entiers à la recherche de salariés.

Q - C'est le cas du bâtiment par exemple, qui manque de main d'?uvre, vérifié.

R - C'est le cas du bâtiment, c'est le cas aussi d'électricité industrielle, on en parle peu, mais voilà des secteurs qui, aujourd'hui, sont à la recherche de salariés.

Q - Dernière chose, on vous reproche de mettre en place pour un effet d'annonce, une véritable usine à gaz, alors qu'aujourd'hui il suffit d'avoir des exceptions qui sont possibles à partir de 15 ans pour entrer en apprentissage, si on a déjà acquis le socle...

R - Oui mais ces exceptions, pardonnez-moi, s'adressent ceux qui n'ont pas de difficultés par rapport à l'école et l'acquisition du socle de connaissances. Ces dérogations sont pour ceux qui ont acquis le niveau du BEPC, et qui veulent s'engager dans la voie de l'alternance qui, je le rappelle, va du CAP à Bac + 5. 30 % des élèves actuellement en alternance sont post-bac, bac ou post-bac. C'est parfois des chiffres que l'on connaît trop peu. Il s'agit bien de répondre au problème des jeunes qui ne se retrouvent pas ou qui ne s'insèrent pas dans le collège, et qui sont en situation en quelque sorte d'échec et parfois par rejet du modèle proposé au collège.

Q - Autre chantier que vous suivez de près, j'imagine, ce les négociations entre le Medef et les organisations syndicales, pour tenter de trouver les moyens de combler le déficit de l'Unedic qui s'élève à quasi 14 milliards d'euros. Le Medef propose de revenir à la dégressivité des indemnités de chômage. Soutenez-vous cette position ?

R - La première des choses, c'est une négociation entre partenaires sociaux...

Q - J'entends bien, mais quelle est votre position ?

R - ...C'est-à-dire que, entre les représentants des entreprises et les représentants des salariés, on ne doit pas simplement bâtir le retour à l'équilibre de l'assurance-chômage, mais quel est le meilleur régime qui, à la fois, assure les revenus dans le cas de l'assurance-chômage pour celui qui est privé d'emploi...

Q - Mais quelle est votre position sur la dégressivité ?

R - ....et qui, en même temps, facilite le parcours de retour vers l'emploi, donc des mesures actives. Ce que je souhaite, c'est que dans la négociation, les partenaires sociaux privilégient les mesures actives d'accompagnement, de formation, de validation des acquis de l'expérience qui permettent, on le sait, dans les expériences conduites dans quelques régions françaises, de réduire de 30 % la durée du chômage. Et cela, c'est un facteur de retour à l'équilibre financier.

Q - C'est vrai, mais vous ne répondez pas totalement à ma question, parce qu'il y a, vous le savez très bien, deux positions : la position du Medef, qui souhaite un retour à la dégressivité des indemnités de chômage, et en revanche les organisations syndicales, qui souhaitent que soit taxé l'abus de travail précaire. Quelle est votre position sur ces deux scénarios ?

R - Je pense personnellement que la seule dégressivité qui compte c'est la dégressivité du temps et de la durée du chômage. Et donc, toutes les mesures...

Q - Réduire le temps de chômage.

R - ...Il faut impérativement réduire le temps de durée du chômage, parce que outre le coût, c'est un facteur de désinsertion, de perte de repères, et de perte de qualification. Voilà pourquoi il appartient aux partenaires sociaux d'imaginer les mesures actives, notamment dans le cadre des filières, pour faire tout pour qu'ils retrouvent un emploi.

Q - Et taxer l'abus de travail précaire, cela vous semble-t-il opportun ?

R - On peut avoir une réflexion de la contribution des contrats courts à ces parcours de retour vers l'emploi. C'est un sujet que nous avons abordé d'ailleurs dans le cadre du contrat nouvelle embauche. Vous savez qu'à la fin du contrat de nouvelle embauche, il y a 2 % qui sont consacrés à cet accompagnement de la masse salariale qui a été distribuée.

Q - Donc, vous vous dites qu'il faudrait que le Medef soit plus sensible à cet argument ?

R - Je dis en tous les cas que, Medef comme syndicats de salariés, doivent réellement réfléchir à tout ce qui active le retour vers l'emploi.

Q - Dernière question : l'Etat, comme le souhaite par exemple F.O., doit-il apporter sa contribution au comblement de ce déficit, ce qu'il n'aurait pas fait selon F.O. depuis des années ?

R - Non, l'Etat optiquement a réduit sa participation, mais c'est par la suppression des préretraites publiques qui, à un moment où nous envisageons de faire autre chose que de mettre les seniors en préretraite, et j'allais dire, est somme toute logique. Par contre, l'Etat s'engage sur quoi aujourd'hui ? A recevoir les demandeurs d'emploi chaque mois, au lieu de le faire en moyenne tous les six mois. C'est une véritable mobilisation. Nous avons mis 13 milliards sur cinq ans dans le plan de cohésion sociale, notamment dans le soutien des "contrats aidés" du secteur bon marchand et marchand. Voilà des mesures actives que nous continuerons aux côtés de l'Unedic.

Q - Deux précisions. D'abord sur la directive Bolkestein dont, en commission au Parlement européen, on a adopté une version aménagée, c'est-à-dire, que l'on garde le droit du pays d'origine, il s'agit de la directive sur les services, sauf pour tout ce qui concerne le droit du travail. J. Toubon, député européen, votre collègue de l'UMP, déclare que ce texte est un texte équilibré. A-t-il votre aval ?

R - Pour nous, ce qui compte, c'est le droit du travail du pays d'accueil. Et nous le voyons. Dans une récente affaire...

Q - Vous me répondez : ce texte, est-il équilibré, selon vous ?

R - Pour nous, ce texte va dans le bon sens tel qu'il sort du Parlement européen. Deux points : droit du travail intégral du pays d'accueil. Deuxième chose : déclaration préalable au détachement des travailleurs pour que, tout simplement nous puissions effectuer un contrôle, nous l'avons vu la semaine dernière dans la région de Marseille, avec des salariés polonais, payés par une entreprise britannique à la moitié du Smic horaire, c'est inadmissible. Voilà pourquoi nous devons bien, et nous serons exigeants sur le droit du travail du pays d'accueil.

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2005)

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