Interview de M. Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 22 novembre 2005, sur des questions d'actualité notamment la grève à la SNCF, la nécessité d'appliquer la loi SRU dans les banlieues, et le rétablissement de subventions aux associations dans les quartiers sensibles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 22 novembre 2005, sur des questions d'actualité notamment la grève à la SNCF, la nécessité d'appliquer la loi SRU dans les banlieues, et le rétablissement de subventions aux associations dans les quartiers sensibles.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, LECLERC Gérard.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

ti : QUESTION : Très fortes perturbations, ce matin, à la SNCF, où la grève est suivie, notamment contre la "privatisation rampante", sur des problèmes d'emploi, de pouvoir d'achat. N'est-ce pas le signe d'un fort mécontentement dans le pays ?

Bernard Accoyer : Non, parce que la grève à la SNCF, la sixième depuis le début de l'année, est tout à fait injustifiée, incompréhensible. C'est une grève qui n'a pas de revendications réelles, car il n'y a jamais eu la moindre intention, la moindre possibilité, et même il n'y aurait personne pour accepter cette privatisation.


QUESTION : Alors, allons plus loin, s'il n'y a de vraies raisons de faire la grève, pourquoi y a-t-il une grève ?

Bernard Accoyer : Parce qu'il y a une compétition syndicale, que les élections professionnelles arrivent et que ce sont les Français et les usagers qui trinquent. Et ça, c'est inacceptable.


QUESTION : Et que peut faire le Gouvernement face à cette situation ? Rien ?

Bernard Accoyer : Le Gouvernement a déjà travaillé. Il a mis au point un service garanti ; on va voir ce qu'il va donner aujourd'hui. Il est clair que si celui-ci se révélait insuffisant, que les usagers soient vraiment pris en otages dans des conditions inacceptables, nous serions conduits à aller plus loin dans le service garanti, d'abord en en demandent la généralisation au niveau national, et s'il faut aller plus loin, les parlementaires y sont prêts.


QUESTION : C'était un engagement du candidat Chirac en 2002, un service minimum. Hier, R. Karoutchi, président du groupe UMP de la région Ile-de-France, dit qu'il faut maintenant une proposition de loi. Allez-vous aller, oui ou non, à la loi ?

Bernard Accoyer : Je viens de vous le dire : oui, si les conditions faites aux usagers aujourd'hui le justifient, nous irons jusque-là. Et il est toujours préférable d'avoir un accord de service garanti, qui soit respecté, qui soit efficace et qui bénéficie aux usagers, plutôt que d'avoir une loi sur le service minimum, qui soit mal appliquée parce que mal applicable.


QUESTION : Donc on attend de voir ce qui se passe et, en fonction, éventuellement, vous prendrez une initiative. J. Chirac, hier, à propos des banlieues, a appelé à la mobilisation pour l'application de la fameuse loi SRU, qui prévoit 20 % de logements sociaux dans toutes les communes. Qu'est-ce qui fait que cette loi n'est pas appliquée actuellement ?

Bernard Accoyer : Elle est quand même appliquée dans de beaucoup de communes et c'est l'application du texte. Le chef de l'Etat est tout à fait dans son rôle, en rappelant la nécessaire application des lois de la République...


QUESTION : Mais à partir du moment où elle n'est pas appliquée, que fait-on ? Parmi les communes, celle qui est la plus connue notamment, vous la connaissez, Neuilly-sur-Seine, a 2,5 % de logements sociaux alors qu'il en faudrait 20 % !

Bernard Accoyer : Il y a plusieurs dispositions dans cette loi. Il y a un objectif, qui est fixé à une échéance, qui est d'atteindre 20 %. Et il y a, dans le cas des communes qui ne sont pas à ces 20 %, des pénalités. Ces pénalités sont exigibles, elles sont réglées par les communes, et la quasi-totalité des communes construisent, ont des programmes et développent ce logement, parce qu'il est vrai qu'aujourd'hui, avec la hausse formidable du coût de l'immobilier, ce sont tous les Français, en particulier
lorsqu'ils sont jeunes, lorsqu'ils ont un salaire même normal, sont en difficulté pour se loger.


QUESTION : Mais ne faut-il pas prévoir des sanctions ?

Bernard Accoyer : Elles existent, elles sont appliquées...


QUESTION : Donc il n'y a rien de plus à faire que ce que l'on fait actuellement ?

Bernard Accoyer : Il y a un certain nombre de degrés dans les conséquences financières des ces situations. C'est de cela que le président de la République a parlé hier.


QUESTION : Le Gouvernement vient de rétablir 80 millions de subventions aux associations, qui avaient été supprimées pour les associations de quartier. N'est-ce pas la preuve que c'était une erreur de les avoir supprimées ?

Bernard Accoyer : Non, parce que ce ne sont pas les mêmes associations. Le Gouvernement cible très précisément les associations qui ont un rôle éducatif, un rôle pour apprendre le français, pour aider les familles, pour aider les parents qui ont besoin d'être conseillés, pour aider à la vie sociale, pour aider à surmonter la discrimination. Bref, à résoudre les problèmes qui sont les causes, en particulier, des évènements que nous connus récemment. Et par conséquent, il y a là un redéploiement ciblé, qui se fera de surcroît avec les maires, avec les élus locaux, avec ceux qui, dans la proximité, connaissent le mieux les problèmes.


QUESTION : A propos de ces problèmes des quartiers et des émeutes que l'on a connues, il y a, semble-t-il, deux approches différentes. Hier, D. de Villepin a dit que la priorité était de répondre aux problèmes concrets, notamment sur l'emploi dans ces quartiers. Et en même temps, N. Sarkozy a dit que c'est quelque part un problème d'ordre, que c'est la loi des bandes, que c'est le trafic de drogue dans les quartiers. Qui a raison entre les deux ?

Bernard Accoyer : Il y a les deux ! Il y a, dans un premier temps, la nécessité que les lois de la République soient respectées et que les trafics et les zones de non droit disparaissent. Et puis, il y a, bien entendu, la nécessité d'avoir une éducation, apporter ce dont ces jeunes ont besoin, pour accéder, le moment venu, à l'emploi, qui est un élément fondamental de l'insertion et de l'intégration définitive.


QUESTION : Vous avez mis en cause la polygamie, le regroupement familial. Pensez-vous que là aussi, ce sont vraiment les raisons de ce que l'on a connu dans les quartiers ?

Bernard Accoyer : Il y a, bien entendu, depuis de très nombreuses années, une situation que nous avons tous vue s'amplifier dans un certain nombre de quartiers. Et il y a lieu de regarder pourquoi cette situation s'est aggravée et, bien sûr, de regarder s'il ne faut pas aller plus loin sur un certain nombre de dispositions dans le regroupement familial, dans l'augmentation considérable des mariages blancs et d'un certain ombre de dérapages, sur des textes qui devraient pourtant s'appliquer rigoureusement à toute la République.


QUESTION : Le Gouvernement prévoit un certain nombre de baisses d'impôts, jusqu'à hauteur de 3,5 milliards d'euros l'an prochain. Ne pensez-vous pas que ces 3,5 milliards ne seraient mieux utilisés dans les quartiers en difficulté ?

Bernard Accoyer : Le problème numéro un de la France, y compris dans les quartiers, c'est l'emploi. Et par conséquent, pour que l'emploi puisse s'améliorer, il faut que la France se retrouve à un niveau comparable aux pays qui sont [inaud.].


QUESTION : Et c'est en baissant les impôts, notamment pour ceux qui en paient beaucoup, que cela va résoudre le problème ?

Bernard Accoyer : Il faut évidemment que l'investissement, que l'emploi restent en France, qu'ils se développent en France, parce qu'il n'y a pas de maintien des emplois dans notre pays, s'il ne s'en crée pas de nouveau, la situation ne fera que s'aggraver. C'est donc cette logique, cette priorité de l'emploi qu'il y a dans toutes les dispositions fiscales de la loi de finances, et non pas ce qui est avancé de façon tout à fait mensongère par l'opposition.


QUESTION : F. Fillon a dit avant-hier que D. de Villepin n'avait pas la stature présidentielle.
Est-ce votre avis ?

Bernard Accoyer : C'est un jugement de personne, que je ne partage absolument pas. Nous avons la chance, au contraire, à l'UMP, d'avoir des personnalités nombreuses et de grande qualité. Et l'on voit bien d'ailleurs, dans le parcours qui est le leur. Ce que je vous dis est la réalité pour aujourd'hui, et je l'espère, pour toutes ces personnalités, pour demain.


QUESTION : Avec l'entrée en Bourse morose d'EDF, à 32 euros l'action seulement, on a presque même frôlé le fiasco. N'est-ce pas décevant ?

Bernard Accoyer : Elle n'est pas du tout morose ! 5 millions de Français... !


QUESTION : Oui, mais ils ont presque perdu de l'argent le premier jour.

Bernard Accoyer : ...On nous expliquait que personne n'allait suivre ! 5 millions de Français ! Ils n'ont pas perdu un euro. A la Bourse, on ne gagne pas tous les jours, dès le premier jour et en une journée, 23 %, comme c'était le cas pour GDF. Il y a, avec la Bourse, et c'est heureux d'ailleurs, un équilibre. Et chacun sait que la Bourse, c'est un investissement à long terme, un investissement dans les entreprises, dans l'emploi en France. C'est ce qui était important et c'est ce qui est important pour EDF, pour qu'elle accède aux nouvelles technologies et qu'elle continue à rester une très grande entreprise.


QUESTION : Un mot sur le congrès du Parti socialiste du Mans : l'unité pour gagner en 2007, cela vous inquiète-t-il ?

Bernard Accoyer : Non, parce qu'il y a beaucoup d'hypocrisie. On voit le Parti socialiste divisé, qui s'affronte et puis, en quelques heures, on se met d'accord. C'est une unité de façade. Je dirais qu'ils ne sont d'accord sur rien. Alors, pour se mettre d'accord, on a choisi les options les plus archaïques, défaire ce qui a été fait. Personne ne croit à cette unité. En réalité, il s'agissait, pour les chefs du Parti socialiste, de répondre aux exigences de leurs militants, deuxièmement, de ménager une union de façade, afin de mieux pouvoir s'affronter, pour préparer la présidentielle.

(Source: premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 23 novembre 2005)

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