Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, à RTL le 20 décembre 2005, sur l'agression d'une enseignante à Etampes et la violence scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, à RTL le 20 décembre 2005, sur l'agression d'une enseignante à Etampes et la violence scolaire.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard, ARZT Richard.

FRANCE. FSU, secrétaire général;

ti : Q- Cette enseignante, qui a été blessée à coups de couteau par un élève, à Étampes -

heureusement, ses jours ne sont plus en danger -, l'encouragez-vous à porter plainte, comme

il semble qu'elle l'envisage ?

R- Je crois que c'est raisonnable de porter plainte, tout simplement parce que l'événement

est suffisamment grave pour que l'on se donne tous les moyens de comprendre ce qui s'est

passé et de situer les responsabilités. Je préfère une enquête judiciaire à des rumeurs, à

des "on dit", à des démentis. Qu'on sache ce qui s'est passé, je crois que c'est important.

Q- Il y a d'ailleurs un rapport administratif qui a été demandé à l'inspection générale sur

la situation de ce lycée professionnel.

R- Cela me paraît positif que l'inspection générale fasse une enquête et fasse un rapport

sur la situation. C'est l'intérêt de tout le monde de comprendre, encore une fois, ce qui

s'est passé, y compris pour éviter que l'on se retrouve dans de telles situations.

Q- Trouvez-vous également positives les déclarations du ministre de l'éducation, qui

évoquait l'idée de faire tenir des permanences par des juges et des policiers dans les

établissements scolaires ?

R- J'aimerais bien savoir quel est l'objectif recherché, et à quoi pense le ministre. D'une

certaine manière, j'ai envie de dire que j'en ai un peu assez de ce type de méthode où l'on

ne répond pas aux demandes des gens sur le terrain, et où l'on sort de son chapeau, sans

concertation, des propositions qui ne correspondent pas à ce que les gens attendent. Parce

que, dans le lycée d'Étampes, on ne demande pas une permanence police et justice : on

demande un proviseur adjoint, on demande des personnels d'éducation, on demande des

assistantes sociales, des infirmières.

Q- Mais cette concertation va avoir lieu maintenant, d'ailleurs, le ministre en parle.

R- Monsieur de Robien n'arrête pas - mais ce n'est pas que lui, je dois dire - de faire des

annonces et nous dit qu'on va discuter après, sur la base de ses annonces. Ce n'est pas une

bonne manière de faire ! Quand il y a des organisations représentatives comme la nôtre, la

meilleure façon de procéder, c'est d'abord de discuter, c'est de prendre le temps de

discuter, et pas réagir sous la pression de l'événement en sortant, à chaque fois, un

gadget.

Q- Donc, vous êtes tout à fait contre ce qu'il propose ?

R- Je pense que ce n'est pas la bonne solution. Je pense que c'est beaucoup d'idéologie et

peu d'efficacité."

Q- Idéologie", c'est-à-dire ?

R- C'est l'idée que l'on va faire venir la police, c'est l'idée que la solution est dans la

justice et dans la police, alors que la vraie solution...

Q- Vous y voyez la marque du ministère de l'intérieur ?

R- J'y vois un énième avatar d'une proposition qu'avait faite N. Sarkozy, il y a, je crois,

environ deux ans, qui consistait à mettre des policiers référents au sein des établissements

scolaires. Ce n'est pas exactement la même chose, mais...

Q- Le ministre, L. Ferry, était contre, à l'époque.

R- L. Ferry a été contre, puis monsieur de Villepin, quand il a été ministre de l'intérieur,

a fait autre chose avec des policiers qui sont des référents auxquels on peut s'adresser à

l'extérieur. On ne fait jamais le bilan de tout cela et, à chaque fois, on sort un gadget.

Or le vrai problème est éducatif. Le vrai problème, c'est une présence éducative dans les

établissements scolaires. Et ce sont des équipes pluri-professionnelles, avec des

enseignants, des conseillers principaux d'éducation, des conseils d'orientation

psychologues, des assistances sociales, des infirmières, etc., qui encadrent les jeunes.

Q- Le ministre dit qu'il faut mieux former les professeurs à l'autorité...

R- Oui, il faut donner un certain nombre de trucs, un certain nombre de moyens de réagir

dans la classe, bien évidemment. Mais ce qu'on sait, c'est que les établissements où cela

marche, les établissements confrontés à des problèmes de violences, d'incivilité, où, malgré

tout, l'établissement fonctionne, c'est qu'il y a des équipes. Des équipes qui ont une

politique solidaire, soudée, et des équipes complètes, aussi.

Q- Apparemment, c'est d'autant plus difficile qu'on est dans des zones moins faciles. Et,

surtout, dans les lycées professionnels, où, apparemment, statistiquement, il y a plus de

risques de violence.

R- Effectivement, il y a eu une augmentation des violences. Alors, quand on parle de

violence, c'est un terme générique qui recouvre beaucoup de choses, qui recouvre des

violences physiques, qui touchent essentiellement les élèves et pas les enseignants.

Q- Vous voulez dire entre élèves ?

R- Entre élèves. Je crois que parmi les victimes de violences physiques, seulement 5 % qui

sont des enseignants. Il y a, par ailleurs, tout ce qui est insultes, menaces, qui, là,

touchent fortement les enseignants. Et puis, il a les rackets, les tags, les atteintes aux

biens, etc. C'est vrai qu'il y a une augmentation importante dans les LEP. Il y a deux

phénomènes : l'âge des élèves et deuxièmement, sans doute, le sentiment d'échec qu'ont un

certain nombre de ces élèves, même si, pour moi, les LEP ne sont pas une voie d'échec.

Q- Mais c'est vécu comme cela, souvent ?

R- C'est souvent vécu comme cela, y compris parce que l'orientation - enfin, ce n'est pas un

problème d'orientation -, la carte scolaire fait qu'un certain nombre d'élèves se retrouvent

dans des sections qu'ils n'ont pas demandées.

Q- Renforcer le rôle des parents, c'est une autre idée de G. de Robien. Là, vous êtes contre

aussi ?

R- Non, je pense que le rôle des parents est important. Mais la question, quand on parle de

responsabilité des parents, est de leur donner les moyens d'exercer cette responsabilité.

Vous savez, des parents qui ne veulent pas que leurs enfants réussissent leurs études, qui

préfèrent que leurs enfants dealent ou rackettent, je n'en connais pas beaucoup. En

revanche, des parents qui ne savent pas comment s'y prendre, qui ne s'y retrouvent pas dans

l'école, il y en a énormément.

Q- Donc, il faut provoquer davantage de rencontres entre les enseignants et les parents ?

R- Oui, il faut provoquer des rencontres. Il faut aussi, par exemple, qu'il y ait des

assistantes sociales qui jouent pleinement leur rôle dans les établissements qui sont le

plus en difficulté. Il faut aussi des initiatives du type "école des parents" qui peuvent

relever, aussi, par exemple, des collectivités territoriales.

Q- Une toute autre question, mais qui est liée, je pense. Le Pape Benoît XVI, hier, a

déclaré, à propos de la France, que le défi c'est de faire en sorte que tous les citoyens

puissent réaliser une véritable "culture commune", porteuse de valeurs morales et

spirituelles fondamentales. C'est une phrase qui peut concerner l'école ?

R- Je ne suis pas sûr d'être d'accord avec les valeurs spirituelles du Pape, mais je suis

assez d'accord avec la formule "culture commune", c'est même une de nos revendications. Je

pense que notre culture scolaire n'est peut-être pas à la hauteur de la diversité de la

richesse culturelle de notre pays et de notre jeunesse.

Q- C'est votre façon de parler de l'intégration, en fait ?

R- C'est ma façon de parler de l'intégration. C'est un des éléments de l'intégration, et

c'est aussi un des éléments de la réussite scolaire que de faire évoluer la culture

scolaire.

Q- Ça va loin, y compris dans les programmes ?

R- Y compris dans les programmes, y compris dans l'articulation des disciplines entre elles.

Je préfère parler de "culture commune" plutôt que de "socle commun".

Q- Vous n'envisagez pas, à la FSU, de commencer une négociation avec le Vatican, en tout cas

?

R- Non, pas vraiment avec le Vatican, monsieur de Robien me suffirait, et je souhaite

vraiment pouvoir négocier.


(Source: premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 27 décembre 2005)

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