Interview de M. Xavier Bertrand, ministre de la santé et des solidarités, sur RMC le 13 décembre 2005, sur la création de nouvelles consultations de prévention gratuites, l'introduction d'un droit à prescription pour les infirmières et la réforme des études médicales et paramédicales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Bertrand, ministre de la santé et des solidarités, sur RMC le 13 décembre 2005, sur la création de nouvelles consultations de prévention gratuites, l'introduction d'un droit à prescription pour les infirmières et la réforme des études médicales et paramédicales.

Personnalité, fonction : BERTRAND Xavier, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la santé et des solidarités;

ti : Q- Quelle est la question que vous voulez poser aux auditeurs de RMC ?

R- Nous avons décidé de mettre en place, à partir du 1er janvier 2006, de nouvelles consultations de prévention gratuites. Un exemple : pour tous les enfants qui ont six ans et douze ans, il sera possible d'aller gratuitement chez le dentiste, pour voir quel est l'état de santé bucco-dentaire des enfants et tous les soins qu'il y aura ensuite seront pris en charge intégralement par l'assurance maladie ; ce sera gratuit. La question que je veux poser aux auditeurs, c'est de savoir s'ils vont emmener leur fils ou leur fille chez le dentiste, pour bénéficier de cette nouvelle consultation ? Parce que je suis vraiment décidé à ce que l'on mette en avant la prévention dans notre système de santé. Vous connaissez l'adage : "Mieux vaut prévenir que guérir" ; eh bien, on va le mettre en pratique dans notre système de santé, mais seulement, il faut que les Français jouent le jeu parce que, aujourd'hui, quand on met en place des dépistages, par exemple le dépistage du cancer du sein, 40 % des femmes seulement font ce dépistage, alors que pourtant, il permet soit d'être rassuré quand on a rien, soit d'être soigné beaucoup plus tôt et d'augmenter les chances de guérison. Et quoi que l'on puisse faire, quoi qu'on puisse mettre en avant comme acte de prévention, si les Français ne jouent pas le jeu, cela ne marchera pas.

Q- C'est une information que vous nous annoncez ce matin ! Ce qui veut dire que si j'ai un enfant qui à moins de 6 ans...

R- Qui a 6 ans ou qui a 12 ans, en CP ou Cinquième...

Q- Donc je le conduis gratuitement chez le dentiste - et les dentistes sont d'accord, évidemment, vous avez signé une convention avec eux, j'imagine. Le dentiste regarde ses dents et s'il détecte une carie, l'enfant est soigné gratuitement ?

R- Tout à fait. Donc je mets cela en place, mais il faut maintenant qu'on amène son enfant. Ce qui veut dire qu'il ne faut pas avoir peur d'aller chez lez dentiste et dans un même temps, nous allons demander aux dentistes, avec l'accord des enseignants - mais ça aussi, c'est une chose qui est réglée -, d'aller dans les classes de CP et de Cinquième, pour aller expliquer aux enfants l'hygiène bucco-dentaire et aussi leur indiquer qu'il ne faut pas avoir peur du dentiste et que cela permet justement d'être mieux soigner. Un chiffre : 17 % des enfants, à 4 ans, ont déjà des caries ! Donc vous voyez justement ce qui peut arriver si jamais on ne prend pas en charge le plus tôt possible ces actes. Un autre exemple, à un autre moment de la vie : je suis décidé à ce que l'on puisse rembourser l'ostéodensitométrie. C'est un examen, notamment pour les femmes qui présentent des risques d'ostéoporose, c'est-à-dire la fragilité des os. Cet examen existe aujourd'hui, il n'est pas remboursé par la Sécurité sociale. Je pense qu'il faut le rembourser, parce que c'est un investissement utile, à la fois pour la santé des Françaises concernées, mais aussi parce qu'il est aussi plus intéressant d'éviter une fracture et puis surtout d'anticiper les risques de fractures pour mieux soigner. Cela va concerné, cette année, un million de Françaises. Là aussi, je le mets en place, mais il faut que l'on aille jouer le jeu de cet examen de prévention.
Q- Puisque l'on parle de prévention, à propos du Sida, ne pourrait-on pas rendre les préservatifs gratuits ou remboursés par la Sécurité sociale ?

R- Avant de les rembourser, il faut déjà les rendre beaucoup plus disponibles et faciles d'accès. Vous savez quel est le choix du président de la République, du Premier ministre : c'est que l'on puisse installer des distributeurs de préservatifs dans les lycées. Et donc je rencontre, avant la fin de l'année, l'ensemble des fabricants de préservatifs, préservatifs masculins mais aussi préservatifs féminins, de façon à ce que l'on voit comment on peut les installer et surtout comment on peut baisser le prix, parce qu'au-delà même de la gratuité, je vous ai dit que quand il y a des préservatifs à 1 euro, c'est beaucoup trop cher, et qu'à 20 centimes d'euros, aujourd'hui, le prix du préservatif n'est pas un frein. Je vous remercie de faire cette remarque, parce que cela montre bien une chose : c'est que le Sida, nous savons quels sont les modes de contamination, en ayant des rapports sexuels, en faisant l'amour, et qu'il faut se protéger. Il ne faut pas hésiter à dire que pour le Sida, nous pouvons éviter le progression du Sida, tout simplement en nous protégeant aux différents âges de la vie.

Q- J'ai reçu beaucoup de mails, de courriers d'auditeurs, d'infirmières et d'infirmiers qui ont la rage. Frédéric, par exemple, me demande si vous comptez prendre en compte les demandes incessantes des infirmiers et infirmières, notamment les libéraux dont la rémunération des actes est purement scandaleuse : 2,9 euros pour une injection, par exemple.

R- Donc la question, c'est : est-ce que cela va être pris en compte ? La réponse, c'est "oui".

Q- Allez-vous valoriser, augmenter ?

R- Ce n'est pas moi qui, personnellement, vais augmenter, mais les choses sont très claires : la réponse est "oui", parce qu'en 2006, nous allons avoir dans les négociations entre l'assurance maladie et les infirmières, la condition des infirmiers et des infirmières. Ce sera au début de l'année 2006. Je vous dis cela non pas parce que je viens ce matin, mais parce que c'est un sujet sur lequel nous travaillons avec les organisations d'infirmiers et d'infirmières depuis maintenant quelques mois. Je sais qu'aujourd'hui, ils ne sont même plus impatients, ils sont aussi exaspérés, parce que cela fait longtemps que ces demandes n'ont jamais été traitées. Nous avons donc décidé d'augmenter la situation, la condition des infirmiers et des infirmières, mais il ne faut pas non plus qu'on se raconte d'histoire : toute revalorisation a aussi des conséquences sur le système de santé. Et en même temps, j'ai l'obligation de diminuer le déficit de l'assurance maladie. Pas pour avoir le plaisir de diminuer ces chiffres qui étaient trop importants, mais parce que je veux que l'on garde le même système de sécurité sociale. Mais en même temps, quand nous réussissons à réduire les déficits, comme nous l'avons fait depuis l'an dernier, nous aurions eu l'an dernier 16 milliards d'euros de déficit et nous serons cette année à un peu plus de 8 milliards d'euros. C'est-à-dire diminuer de moitié en un an et demi, c'est du jamais vu. Mais parce que cela nous permet, en diminuant ces déficits, de nous donner des marges de man?uvre, cela me permet de mieux prendre en charge les actes de prévention, pour les enfants, pour les femmes de plus de 50 ans. Cela me permet aussi d'être au rendez-vous de ces revalorisations attendues, notamment pour les infirmiers et les infirmières, parce qu'il ne s'agit pas de leur faire plaisir, il s'agit tout simplement de dire aux infirmiers et aux infirmières qu'ils ont toute leur place dans le système de santé et que demain, je veux davantage d'infirmiers et d'infirmières. Je ne veux pas faire les erreurs du passé, où l'on a décidé de diminuer le nombre d'infirmiers et d'infirmières et qu'aujourd'hui, ces infirmières soient confrontées à des problèmes de charge de travail considérable. Je veux leur donner de vraies perspectives.

Q- Question d'un auditeur, infirmier libéral : On dit partout que les infirmières vont avoir le droit de prescription et la consultation. Et le ministère refuse de nous donner, à nous, en libéral, le rôle pivot de maintien à domicile par la consultation infirmière libérale, avec le droit de prescription de petits matériels. Il faut donc mettre les actes en relation avec les paroles.

R- J'ai pour habitude de faire ce que je dis, et je peux vous indiquer une chose concernant le droit de prescription pour un certain nombre de choses par les infirmières, c'est quelque chose qui n'est même plus à discuter, parce que c'est déjà engagé. Je ne sais pas qui vous a donné ces informations ; je sais quels sont mes collaborateurs qui travaillent avec moi sur ces dossiers et qu'il n'y a pas de problème et que quand je dis blanc, ce n'est pas pour que l'on fasse gris ou noir.

Q- Prescrire quoi ?

R- Par exemple, prescrire un certain nombre de produits qui peuvent être utilisés pour des consultations infirmières. Nous avons aujourd'hui exactement la même réflexion avec les kinés. C'est vrai que c'est long, c'est vrai que c'est compliqué, parce qu'à chaque fois qu'il y a ce que l'on appelle des délégations de tâches sur le droit de prescription, il nous faut obtenir l'accord, notamment, du Conseil de l'Ordre des médecins. Tout cela est fait et nous allons avoir, en cette année 2006, des actes qui pourront être accomplis par les infirmiers et les infirmières, et des prescriptions qui pourront...

Q- Des prescriptions de médicaments ?

R- Non, surtout des dispositifs médicaux principalement. Les médicaments font partie, peut-être, d'une deuxième liste mais ce n'est pas la première.

Q- Etes-vous favorable à la prescription des médicaments ?

R- Je vais vous dire une chose : je ne trouve pas normal, par exemple, quand on va chez un kiné ou quand on va chez une infirmière, et que l'on a besoin d'une pommade spécifique, qu'on soit obligé de retourner chez le médecin, alors que l'on est parfois dans des soins de suite. Un peu de bon sens ne fait pas mal...

Q- Donc vous êtes favorable à une prescription de certains médicaments ?

R- Oui, je suis favorable... Mais il faut aussi des garanties pour le patient. Parce qu'il ne s'agit pas de chercher à faire plaisir à l'un ou à l'autre, il faut que l'on soit bien tous d'accord. Une chose est certaine, c'est que nous avons aussi envie et besoin de donner davantage de responsabilité aux infirmiers et aux infirmières, aux kinés, à un ensemble de paramédicaux, comme par exemple aussi les sages-femmes. Je veux un système de santé qui soit décloisonner, dans lequel chacun prenne davantage sa place.

Q- Intervention de l'auditeur : Il est mis en route une expérience avec la MSA où les pharmaciens vont jouer le rôle de maintien à domicile, en pratiquant des rôles que nous pratiquons, nous, tous les jours à domicile. C'est là où l'on dit qu'il faut accorder les paroles et les actes...

R- Il s'agit même de bien accorder les violons, parce que l'expérience en question, c'est avec la MSA, c'est-à-dire dans un milieu rural particulier avec des pharmaciens volontaires. Il n'est pas question de déshabiller les infirmières pour habiller les pharmaciens, je tiens à le dire. Et je serais heureux de lui montrer que j'ai pour habitude de bien mettre en musique ce que je dis.

Q- Concernant la réforme des études médicales et paramédicales, les infirmiers ou infirmières seront dorénavant titulaires d'une licence et non plus d'un bac+2 ?

R- Pourquoi veut-on réformer les études médicales ? C'est parce aujourd'hui, je veux que l'on puisse, encore une fois, décloisonner le système de santé, que l'on n'ait pas, d'un côté, les médecins, et de l'autre, les paramédicaux. Je veux que très tôt, on s'habitue à vivre ensemble et à travailler ensemble. Maintenant, sur les études médicales, et notamment sur les infirmiers et les infirmières, ils veulent davantage de formation, davantage de qualification, davantage de reconnaissance. Sur les médecins, la question est simple : pourquoi faire cette réforme ?

Q- La première année de médecine durera un semestre seulement ?

R- Non, non, non !

Q- Ce n'est pas cela ?

R- Non, c'est un doyen qui a fait cette proposition. Aujourd'hui, avec F. Goulard, mon collègue de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, nous avons déjà posé sur la table le constat. Pourquoi faut-il réformer ? Parce que, aujourd'hui, on a une vraie prédominance du scientifique dans les études de médecine. Il faut avoir un bac S, mention "bien", mention "très bien", autrement cela ne va pas. Or les sciences humaines, cela a aussi son importance dans la médecine. Donc pourquoi ne pas ouvrir davantage à un certain nombre d'autres étudiants...

Q- Cela veut dire : rendre la première année de médecine moins difficile ?

R- Non. La question est que 85 % des étudiants à la fin de la première année ne réussissent pas. Ma question est : que deviennent-ils ? Ils retournent parfois en fac pour faire un DEUG de sciences, parfois ils recommencent. Eh bien, je veux mettre en place des passerelles, c'est-à-dire, qu'ils aient la possibilité de passer sur d'autres filières, par exemple des filières paramédicales, pour montrer qu'ils ne doit pas y avoir de filières de secondes divisions ou de deuxième choix. Je veux que l'on mette cela déjà en place dès maintenant. Je voudrais aussi ouvrir davantage les études médicales. Je voudrais aussi que dans les études médicales, on intègre très tôt la prévention, la santé publique, que l'on soit sensibilisé très tôt à ce qu'est le système de santé, l'économie de la santé. Autant de sujets que je veux aborder en plus dans les études médicales. La vraie question sur les études médicales, ce n'est pas seulement le nombre d'années que l'on va faire, c'est vraiment ce que l'on va apprendre dans les études médicales. Et ce que je veux aussi, c'est qu'une fois que l'on sera sorti de ces études et que l'on sera entré dans la vie active médicale, que l'on ait toujours envie de se former et de s'évaluer, parce que l'on ne peut pas imaginer que les personnes à qui on remet notre santé aient arrêté la formation à la fin des études. Il faut cette formation tout au long de la vie pour les professions de santé.


(Source: premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 décembre 2005)

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