Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "Europe 1" le 12 décembre 2005, sur la grève dans le RER D et le projet d'autoroute ferroviaire française entre Luxembourg et Perpignan. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "Europe 1" le 12 décembre 2005, sur la grève dans le RER D et le projet d'autoroute ferroviaire française entre Luxembourg et Perpignan.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer

ti : Q- La grève SNCF s'étend : la ligne B du RER est contaminée par la ligne D et bien en grève ce matin. Les passagers en rade demandent ce que fait l'Etat. Que faites-vous ?

R- Cette grève, je ne la crois vraiment pas admissible dans ces modalités.effet, c'est de la prise en otage tout simplement. Cette grève concerne 500 conducteurs. Depuis deux jours, il y a des discussions, qui devraient aboutir. Elles portent sur des modalités de travail sur lesquelles on doit pouvoir se mettre d'accord. Or il y a 600.000 passagers concernés...

Q- Bientôt presque 1 million de Franciliens...

R- Au moment des fêtes, et je dis que cette grève est totalement disproportionnée. J'en appelle à la responsabilité de chacun. Ce matin, il doit y avoir des assemblées générales pour évoquer le contenu des discussions, qui se sont encore déroulées cette nuit, entre la SNCF et le personnel concerné. J'espère qu'on arrivera à une reprise du travail rapide, il en va du bien-être normal, des droits normaux des passagers de la région parisienne.

Q- Et si vous n'êtes pas écouté ?

R- Eh bien, nous verrons. Mais tout cela donne une mauvaise image de l'entreprise, une mauvaise image de certains comportements syndicaux.

Q- Les agents de conduite menacent en effet de poursuivre leur grève demain. Faut-il, dans ces négociations dont vous parlez, leur accorder ce qu'ils demandent ?

R- C'est une affaire entre la direction de la SNCF et le personnel, je ne vais pas intervenir directement dans le fonctionnement des heures de travail. Je sais qu'aujourd'hui, ces personnels travaillent 5 heures 59 par jour, 5 jours par semaine, et ils ne souhaitent pas qu'on augmente le nombre de dimanches travaillés. C'est le genre de discussion qui doit quand même pouvoir aboutir normalement entre la direction et le personnel, sans prendre en otage 600.000 personnes !

Q- Mais les pauvres, la SNCF leur fait des misères...

R- De quoi parlez-vous ?

Q- Des agents de conduite..

R- .Non, je ne crois pas... De quoi s'agit-il ? Il s'agit, pour la SNCF, de tenir compte des besoins de cette période de fin d'année, de faire en sorte que pour desservir en particulier le département de l'Essonne, il y ait suffisamment de trains pour venir sur le centre de Paris. C'est de ça dont il s'agit et on doit pouvoir trouver des solutions, à la fois respectueuses des droits des personnels et permettant d'adapter le service à la demande de la clientèle.

Q- Je vous ai rarement entendu si en colère que ça !

R- Je crois que je partage la colère des usagers de ce matin.

Q- La CGT-Cheminots mène la grève à un moment intéressant, le moment où B. Thibault, le numéro un de la CGT, est reçu ce soir à Matignon par D. de Villepin. Est-ce que c'est une pure coïncidence ? En tout cas, c'est bizarre...

R- J'espère qu'on n'en est pas là, parce que les 600.000 habitants concernés de l'Essonne seraient victimes d'une histoire de calendrier et de relations internes à la CGT...

Q- Est-ce qu'il y a des risques de grève pour les fêtes de fin d'année, est-ce que vous voyez le climat ?

R- Je ne le pense pas, je crois qu'on est là sur un conflit très circonstancié, sur des motifs de mécontentement qui sont très précis... Et j'espère qu'il n'y aura pas d'extension et que nos concitoyens, en particulier en région parisienne, pourront vivre la période des fêtes normalement.

Q- Enfin, les semi-remorques vont prendre le train ! On en parle depuis des années en vain, et vous signez, à 10h00 ce matin, une convention qui va faire naître la première autoroute ferroviaire française...

R- Oui, je suis très heureux de ça, parce que lorsque j'ai pris mes fonctions, il y a six mois, on m'a beaucoup parlé du fait qu'il fallait limiter le trafic sur les routes et qu'il fallait transférer de la route vers le fer... Un discours très généreux, très vague, très positif, mais il n'y avait pas grand chose de concret. Et après en avoir discuté avec M. Gallois, le président de la SNCF, et le président de RFF, Réseaux ferrés de France, je leur demander de faire le plus vite possible, avec en dix-huit mois, une vraie expérience, en vraie grandeur, sur une portion de territoire importante. J'ai par ailleurs rencontré les transporteurs routiers, en particulier ceux qui sont regroupés autour de TLF, et je leur ai demandé si cela les intéressait. La réponse était "oui". Donc j'ai mis tout le monde autour de la table et, ce matin, on va signer pour réaliser une autoroute ferroviaire, qui va aller de Luxembourg à Perpignan, en passant par la vallée du Rhône, c'est-à-dire un des axes les plus encombrés. Et on va proposer aux transporteurs routiers un service, quiva leur permettre de mettre leur remorque, la remorque des gros camions sur le train - on ne met pas le tracteur, c'est-à-dire la patrie motrice, on ne met que la remorque...

Q- C'est-à-dire qu'un chauffeur livre la remorque à Luxembourg et qu'un autre vient la prendre à Perpignan ?

R- Voilà, donc le transporteur fait l'économie d'un chauffeur sur le trajet, il n'y a pas de perte de temps et, en même temps, on élimine de la route à un endroit où c'est très encombré. On verra comment cela marche et, à partir de là, on pourra voir si on peut développer encore davantage ce dispositif. Tant qu'on n'a pas fait l'expérience à une grande échelle, on ne peut pas savoir...

Q- Vous l'avez bien laissé entendre, les transporteurs s'étaient opposés jusqu'ici...

R- En tout cas, là, ils sont tout à fait d'accord...

Q- En tout cas, ils acceptent... Quelle contrepartie leur avez-vous donnée ?

R- Il n'y a pas de contrepartie particulière. Cela les intéresse, parce que pendant le temps sur la voie ferrée, il n'y a pas de chauffeur à rémunérer...

Q- Donc ils économisent un chauffeur...

R- Ils économisent un chauffeur sur le trajet... Ce qu'ils veulent, c'est que le service soit fiable, ils veulent qu'il soit précis, efficace, et évidemment à un tarif relativement modéré. Alors, qui est là-dedans ? Il y a toute une série de sociétés qui se sont mises ensemble : la Société des autoroutes du Sud de la France, la Caisse des dépôts, Modalohr qui est l'inventeur de ce wagon qui pivote, qui permet de monter la remorque sur le wagon et relativement vite, et puis bien sûr la SNCF et Réseaux ferrés de France.

premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 décembre 2005

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