Déclaration de M. Yann Wehrling, sécrétaire national des Verts, sur la situation des Verts au sein de la gauche, le stockage des déchets nucléaires, les OGM et sur la politique du gouvernement face à l'envolée des prix du pétrole, à Paris le 17 septembre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Yann Wehrling, sécrétaire national des Verts, sur la situation des Verts au sein de la gauche, le stockage des déchets nucléaires, les OGM et sur la politique du gouvernement face à l'envolée des prix du pétrole, à Paris le 17 septembre 2005.

Personnalité, fonction : WEHRLING Yann.

FRANCE. Les Verts, secrétaire national

Circonstances : Conseil national inter-régional des Verts exceptionnel, à Paris les 17 et 18 septembre 2005.

ti : Quelques mots tout d'abord sur l'état d'avancement de notre plan de travail adopté en début d'année.

nous respectons notre programme quasiment sans retard.

Nos propositions de lois et nos mesures « phare » s'écrivent dans la logique de la co-élaboration. Les 9 groupes de travail ne chôment pas et le coup de fouet donné lors des Journées d'Eté donne tout lieu de penser que nous devrions rendre copie pour le CNIR exceptionnel de janvier, comme prévu.

Côté réformes internes, la commission RPI travaille également dans le calendrier que nous lui avions fixé. L'observatoire des discriminations a été mis en place, cette fois-ci, nous allons mettre en place la commission nationale de résolution des conflits. Et, si tout se passe bien, nous devrions pouvoir proposer aux militants une batterie de modifications statutaires avant la fin de l'année.

Enfin, sur le volet de la préparation des élections législatives et présidentielles en 2007, la Commission Technique préparatoire des élections a auditionné toutes les régions durant les Journées d'Eté et a peaufiné la carte électorale. Ce travail nous donne un aperçu plus net de notre implantation et des possibilités d'élections de députés verts en 2007. Nous mettons en place ce week-end la seconde phase de travail sur ce sujet qui est la Commission permanente électorale qui aura pour mission de cadrer les négociations et de définir un mode de désignation de nos candidats sur les circonscriptions. Quant à la présidentielle, même si nous avons déjà fixé le calendrier qui nous conduira à avoir un candidat ou une candidate en avril 2006, et même si nous avons déjà connaissance de plusieurs candidats, les modalités définitives de désignation de ce ou cette candidate sera défini en novembre... patience !

En conclusion, je dois avouer que je suis relativement satisfait de cet état d'esprit studieux qui existe parmi nous. Les questions sont abordées les unes après les autres dans un tempo que nous maîtrisons. La mission que nous nous sommes tous donnés, avec les moyens dont nous disposons qui, comme vous le savez, ne sont pas colossaux, nous permet de dire, aujourd'hui encore (et cela fait 9 mois que c'est ainsi) que nous serons prêt et bien prêt pour aller défendre nos idées en 2007 à la présidentielle d'abord, et aux législatives dans la foulée.

Ne boudons pas notre plaisir. Nous sommes aujourd'hui un des rares composante de la gauche qui ne soit pas traversée par des tumultes internes. Cette énergie libérée, nous l'utilisons pour préparer les échéances comme je l'ai détaillé à l'instant, mais aussi pour rester à l'écoute des questions qui soucient notre pays.

Personne ne peut le dire avec certitude, mais le bon résultat de nos candidats dans les récentes partielles doit nous donner de sérieuses raisons de nous réjouir. Il est en effet fréquent que les partielles soient de mauvais scrutins pour nous. Or, depuis quelques temps, nous passons systématiquement la barre des 5 %. Outre l'intérêt financier que cela revêt, il apparaît aussi que nous confortons un socle électoral plus fort à partir duquel nous pouvons mieux progresser.

En Meurthe et Moselle, Marie Hélène Faivre a fait 5,53 % Dans le Nord, François Ducroquet fait 6,58 % Delphine Schwindenhammer fait 6,20 % Bravo à eux, bravo aux Verts de ces régions. Est-ce l'image que nous donnons actuellement qui y est pour quelque chose ? Je ne le sais pas, mais je veux le penser.

Je voudrais revenir sur une de ces partielles, au moins. A Nancy, avec Marie-Hélène Faivre, le second tour est à l'image de la façon que nous avons de concevoir les relations avec nos partenaires. Dans cette partielle, au soir du premier tour, les candidats de gauche qui n'ont pu se maintenir se sont désistés sans condition pour le candidat socialiste qui restait en course pour un duel de second tour contre le candidat de l'UMP. Tous sauf une, notre candidate, Marie-Hélène, qui, avec les Verts de Nancy et notre soutien au plan national, ont souhaité que le candidat socialiste s'engage sur deux dossiers locaux importants pour nous : un projet routier et l'enfouissement des déchets nucléaires à Bure. Dans un premier temps, il y eut refus de la part du candidat. Notre soutien franc lui fut donc refusé. La discussion fut pourtant poursuivie, y compris au plan national, et face à notre détermination, le candidat en question a finalement cédé sur nos demandes qui ont figuré dans son document de campagne de second tour. Même s'il ne gagna pas l'élection, il a néanmoins fait progresser la gauche contre l'UMP sur cette circonscription très ancrée à droite. Je suis certain que le soutien des Verts, obtenus par une inflexion sur le programme du candidat, n'y fut évidemment pas pour rien.

Ainsi sont les Verts, pas tout à fait comme les autres. Un parti qui tient au fond. Un parti pour qui il est utile de voter car le rapport de force que nous inscrivons dans les urnes finit par infléchir véritablement des options politiques de nos partenaires.

À quelques jours de la manifestation contre l'enfouissement des déchets nucléaires à Bar-le-Duc, samedi prochain, il n'est pas anodin de dire que c'est bien grâce aux Verts qu'il y a aujourd'hui un engagement pris par le parti socialiste lors de cette partielle à Nancy, qui n'est qu'un prolongement de ce que les Verts ont déjà obtenu de leurs partenaires au Conseil régional de Lorraine. Je ne résiste pas à l'envie de rappeler ici encore que le représentant du Parti Socialiste qui est venu s'exprimer devant nous lors de nos Journées d'Eté s'est dit favorable à la sortie du nucléaire. Je ne doute pas un seul instant que, délégué par la direction du PS, il a donné là des engagements encourageants pour les discussions que nous aurons l'année prochaine en vue de mettre en ?uvre un programme de gouvernement pour la prochaine mandature.

Cette manifestation contre le centre d'enfouissement de déchets nucléaires à Bar-le-Duc, samedi prochain, sera évidemment un moment d'investissement important pour les Verts. Plusieurs membres du CE dont moi-même ainsi que plusieurs parlementaires manifesteront. Le débat public, certes bienvenu sur cette question, ne doit pas masquer le passage en force que veut faire le gouvernement. Non, les déchets nucléaires ne sont pas maîtrisés. Les hésitations, les contradictions, et les mensonges ne trompent personnes sur place. Les citoyens sont largement mobilisés pour refuser ce centre et je pense que nous devons soutenir la demande de référendum départemental demandé par de nombreuses associations et citoyens sur place. À ce niveau de rejet, qu'on ne nous parle pas de NIMBY. Nulle part en France, un tel centre ne sera accepté. Plusieurs milliers d'années de nocivité, mis sous le tapis en affirmant que notre société d'aujourd'hui s'engage à gérer un tel site sur plusieurs milliers d'années. Mais comment ose-t-on, en tant que responsable politique, même sous couvert de débat public, envisager un projet qui nous engage sur plusieurs milliers d'années. Cela dépasse l'entendement. Les choses sont claires. Avec un tel degré de non acceptation citoyen des déchets et leur enfouissement, le déchet nucléaire est le talon d'Achille du nucléaire. S'il n'y avait qu'une seule raison pour arrêter le nucléaire, ce serait d'arrêter la production de ses déchets.

Le mensonge et l'irresponsabilité des décideurs politiques nous la connaissons malheureusement aussi dans d'autres domaines. Hier, nous étions nombreux à Clermont pour soutenir, une fois encore, les faucheurs volontaires qui sont jugés devant les tribunaux pour avoir fauché des OGM en plein champ. Parmi eux Gilles Lemaire. Dans les semaines qui suivent, de nombreux autres verts seront devant les tribunaux, dont plusieurs élus. Le CE y sera présent à chaque fois. Nous savons aujourd'hui par la diffusion d'études, que les gênes modifiés de certains OGM se transmettent aux plantes environnantes. Il y a donc bien dissémination avec des conséquences sur l'écosystème et la chaîne alimentaire incalculable. Il a également été démontré que la consommation de certains OGM par des animaux avait une réelle influence sur leur métabolisme général. Il y a donc bien des conséquences sur la santé. Je parle d'irresponsabilité politique, mais je devrais ajouter que dans ce dossier, on fait passer ceux qui ont fauché pour des accusés et des hors la loi alors qu'ils ont défendu l'intérêt général et non l'intérêt privé de quelques grandes firmes. On veut aussi nous faire passer pour des opposants à la « recherche », et on veut même nous faire passer de manière tout à fait ignoble pour des opposants à la recherche contre la mucoviscidose. Au contraire, nous voulons une recherche renforcée qui ?uvre au bien-être des gens et non au bien-être des comptes de grands groupes semenciers, une recherche qui agît de manière responsable, une recherche qui travaille avec prudence, en milieu confiné quand il y a danger potentiel. Un jour viendra où, quand se multiplieront comme les preuves de la dangerosité des OGM sur la santé et l'environnement, les accusés de demain seront ceux qui accusent aujourd'hui. Mais souhaitons que cela arrive vite, car leurs dégâts commis aujourd'hui pourraient bien être irréversibles.

Sur la crise pétrolière, le gouvernement a prouvé hier encore qu'il n'a décidément aucune volonté d'agir. Les efforts pourtant évidents qu'on aurait pu attendre tant de l'Etat que des grands groupes pétroliers pour utiliser les formidables dividendes qu'ils ont dégagé depuis quelques mois du fait de l'augmentation du prix du pétrole, n'ont abouti à rien ou presque... Les biocarburants, certes, il faudra bien du carburant liquide pour certains modes de transports qui ne pourront s'en passer. Mais il y a biocarburant et agri-carburant... en effet, ne nous faisons pas d'illusions sur les vraies motivations du gouvernement. Le but n'est pas de trouver des solutions à la crise pétrolière, mais de permettre à notre agriculture intensive de se convertir à coup d'irrigations, d'engrais et pesticides renouvelés. Nous en reparlerons en discutant tout à l'heure d'une motion d'urgence du CE sur ce sujet, mais cette crise pétrolière que nous traversons actuellement est bel et bien une crise de civilisation. Le mot peut sembler fort, et pourtant. Le pétrole est partout dans notre quotidien. Notre pays, notre continent, notre monde dépend de ce qu'on appelle l'or noir. Il se tarit très naturellement, et rapidement. Nous avons très peu d'années pour nous en passer. Il faut donc agir aujourd'hui. Non pas, comme le pensent la majorité des forces politiques, en agissant à la marge par quelques mesurettes fiscales, mais bel en bien en réorganisant structurellement notre société pour réduire très significativement nos besoins de mobilité. Notre proposition est de mettre en place un plan rapide de reconversion vers le « 0 pétrole » dans l'automobile.Et il est d'ores et déjà clair que, avec des biocarburants qui ne couvriront au maximum que moins de 10% de nos besoins, les limites du développement des transports alternatifs nous obligeront à réduire les besoins de mobilités que nous avons aujourd'hui. Mais, alors qu'il y a urgence, ne comptons pas sur ce gouvernement qui vient encore, alors qu'il pouvait agir, même symboliquement, de renoncer globalement à la journée sans voiture. Nelly Ollin l'a dit « je renonce à la journée sans voiture car sans voiture, ce n'est pas possible. L'interdiction ne fait pas partie de la manière dont je conçois les choses » ! Je ne commenterai pas cette déclaration... elle parle d'elle-même !

L'actualité a aussi été marquée, évidemment, par les très douloureux incendies dans plusieurs logements parisiens. Ce gouvernement a complètement décidé de fermer les yeux sur la crise du logement social dans notre pays. Au contraire, non seulement il déloge les plus démunis en les laissant dans la rue, mais, presque par provocation, il prend des mesures en faveur du logement intermédiaire à destination des couches de la population aisée. Hier, lors de nous journées parlementaires, nous avons solennellement demandé une réunion exceptionnelle du Parlement pour traiter de cette question du logement. Il y a urgence et l'inaction et l'inhumanité de ce gouvernement est intolérable.

Dans le domaine de l'emploi, il fut question de 100 jours pour résoudre la question et redonner confiance aux Français. 100 jours plus tard, 80 % des Français n'ont pas retrouvé la confiance et le nombre de RMIstes a sensiblement augmenté tandis que le chiffre du chômage est manipulé pour permettre des effets d'annonce gouvernementaux. En réalité, le gouvernement reste discret. Et il a raison de ne pas mentir davantage. Le Contrat nouvelle embauche n'est qu'une mesure libérale qui n'a aucunement le but de réduire le chômage. Le chômeur est présenté comme un assisté qui en profite, triche, et doit être mieux contrôlé. Triste politique de l'emploi que voilà... mais personne n'est dupe, et nous serons mobilisés avec les syndicats pour manifester début octobre contre cette politique de casse sociale.

Je voudrais terminer mon propos par un mot d'encouragement pour nos amis Gruenen qui terminent aujourd'hui leur campagne Législatives en Allemagne. Les sondages les créditent de 7 à 8 %. Un score voisin de celui qu'ils avaient fait, il y a 4 ans. Les Verts en Allemagne ont réussi à convaincre durablement. Leurs partenaires socialiste est lui en difficulté, mais un nouveau parti à gauche a émergé. Il serait regrettable que tout ce que les Verts ont construit depuis presque 10 ans en Allemagne, action qui a largement contribué à la crédibilité des Verts partout en Europe, notamment dans le domaine de l'énergie, soit brutalement stoppé demain. Celle qui veut prendre la place du chancelier Schröder est une amie de Sarkozy. Espérons une bonne surprise, et j'adresse mes v?ux de bon score aux Gruenen, et mes v?ux de victoire des Verts et de la gauche, demain, en Allemagne.

Je vous remercie.


(Source http://lesverts.fr, le 29 novembre 2005)

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