Tribune de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, dans Le Monde le 4 janvier 2006, intitulée "Galileo : une réponse au 29 mai". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, dans Le Monde le 4 janvier 2006, intitulée "Galileo : une réponse au 29 mai".

Personnalité, fonction : DOUSTE-BLAZY Philippe.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : L'Union européenne, en panne depuis plusieurs mois, vient de vivre un temps fort de son histoire, auquel est associé un grand nom de la science européenne, celui de Galileo Galilei. Oui, en tant qu'Européens, nous pouvons être fiers qu'un projet technologique porte le nom de celui qui a défini les contours de notre connaissance de la terre. Même si ses retombées paraissent encore lointaines, ce projet bouleversera à terme nos habitudes et nos conditions de vie. Il est une réponse concrète, tangible à ceux qui doutent encore de l'Europe et de ses apports dans notre vie quotidienne.

Le lancement le 28 décembre du premier satellite européen participant au système Galileo est un succès pour l'Europe. C'est aussi un motif de fierté pour la France, qui a joué un rôle de premier ordre dans ce domaine depuis 1994, à la fois dans les institutions communautaires et au sein de l'Agence spatiale européenne (ESA). C'est sans doute le meilleur argument à apporter à ceux qui ont dit "non" au projet de constitution européenne le 29 mai dernier et à ceux qui ont émis des doutes sur l'utilité et l'efficacité de l'Union européenne. Ce que la France n'aurait pu faire seule, nous avons pu le mener à bien à plusieurs, en associant huit partenaires industriels engagés dans le domaine des hautes technologies et de la communication avec la mobilisation des commissaires européens qui se sont succédés aux Transports.

Ce projet emblématique pour l'Europe et pour son autonomie dans le domaine spatial répond à ceux qui ont douté de la capacité de l'Union européenne à déterminer son avenir. A travers le lancement du premier des trente satellites composant la constellation Galileo, ce n'est rien moins que l'indépendance de l'Europe vis-à-vis du système d'information américain GPS qui est en jeu. Plus qu'un exploit technologique, il manifeste le choix d'une Europe politique forte qui se dote de moyens lui permettant de peser dans le monde. Galileo est en effet un instrument de coopération internationale : il sera compatible avec le GPS américain et permettra à l'Union européenne de renforcer ses liens avec d'autres Etats.

Bien des opposants au Traité constitutionnel ont stigmatisé une Europe qui serait inféodée aux Etats-Unis : Galileo offre aujourd'hui un démenti spectaculaire à de telles critiques en incarnant l'indépendance européenne en matière stratégique et technologique. Cette ambition a été portée par la France, laquelle a toujours défendu une conception exigeante plaçant la sécurité au c?ur du projet.

Bien des pourfendeurs de l'Union ont dénoncé une Europe technocratique, peu en prise avec les réalités de notre monde. Or, un projet comme Galileo vient balayer les critiques dans la mesure où il traduit une Europe à laquelle aspirent nos concitoyens, celle des projets et des réalisations concrètes. Ce système de navigation aura des conséquences sur la vie quotidienne de chacun d'entre nous : il permettra d'améliorer les prévisions météorologiques et donc de prévenir les catastrophes naturelles ; de mieux surveiller les mers et les continents ; d'améliorer les itinéraires des transports publics et des taxis et donc de mieux faire face à certaines situations d'urgence. Galileo s'imposera à terme comme une référence en matière de guidage et de navigation dans la mesure où il conjugue trois impératifs : la précision, la continuité et l'intégrité du signal. Aujourd'hui, sa fiabilité est supérieure à celle du GPS américain.

A mes yeux, ce programme voulu par les Etats européens répond pleinement aux trois défis du XXIème siècle qui sont technologique, écologique, et sanitaire. Si gouverner c'est prévoir, il me semble que le programme Galileo manifeste la capacité de l'Union européenne à porter un dessein commun et à assumer cette "nouvelle frontière" de l'action publique.

Mesurons bien enfin les retombées pratiques de ce projet pour notre pays. Au terme de l'accord signé par les industriels le 5 décembre dernier, en marge du Conseil européen des Transports, l'agglomération toulousaine a été choisie pour accueillir le siège de la concession. Cela lui confère d'importantes responsabilités en matière d'ingénierie financière, de contrôle juridique, mais aussi de développement des applications et de contrôle de la performance. En d'autres termes, ce sont des emplois qualifiés, des postes d'ingénieurs dans un secteur moteur, qui accompagneront l'implantation du siège à Toulouse. A terme, selon la Commission européenne, le projet devrait permettre de créer plus de 100 000 emplois dans l'ensemble de l'Union. Cette implantation traduit ainsi le rayonnement européen mais aussi international du Pôle de compétitivité aéronautique et espace de la région toulousaine. Il manifeste également la capacité de notre pays à créer des gisements d'emploi quand nous parions sur nos compétences et notre savoir-faire. La France a travaillé avec constance pour le développement de ce grand projet, à différents niveaux. Elle recueille aujourd'hui les fruits de cet engagement : les responsabilités étendues qui seront assumées par le siège toulousain sont un succès majeur. Elles traduisent notre aptitude à être en pointe dans le développement de l'Europe des projets.

Je mesure le chemin qui reste à parcourir avant l'exploitation du système en 2010. Cette première étape franchie est à consolider : les partenaires d'hier doivent être les bâtisseurs de demain. Toutefois, la capacité à mettre en ?uvre et à accompagner un projet lancé en 1999 doit nous inciter à être confiants et déterminés dans la phase de développement et de mise en orbite. Le programme Galileo a désormais devant lui une exigence à remplir, celle de réconcilier l'Europe et les citoyens. Je suis certain qu'il sera un puissant instrument de ce nouveau "contrat européen" dans les années à venir.

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 janvier 2006

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