Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, dans "Le Nouvel Observateur" du 1er décembre 2005, sur le débat autour de "l'échec de la politique des ZEP" lancé par M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, dans "Le Nouvel Observateur" du 1er décembre 2005, sur le débat autour de "l'échec de la politique des ZEP" lancé par M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard.

FRANCE. FSU, secrétaire général

ti : Q - Nicolas Sarkozy a estimé hier qu'"il fallait déposer le bilan" des ZEP car "cette politique a échoué". Faut-il selon vous véritablement changer les ZEP ?

R - Il est évident qu'il faut améliorer les ZEP. Mais les supprimer, ce n'est pas la même chose. Les propos de Nicolas Sarkozy sont en fait assez contradictoires. Il constate comme nous que les ZEP manquent de moyens. Mais il conclut qu'il faut abandonner cette politique, en changer. C'est ici que nos avis divergent. Nous pensons au contraire qu'il faut augmenter les moyens des ZEP. L'annonce du gouvernement faite ce matin peut faire penser que le Premier ministre nous a entendus. Mais le risque est que le projet du gouvernement s'effectue par redéploiement. Ce redéploiement impliquerait que les établissements qui parviennent à sortir la tête de l'eau risquent d'y perdre leurs peu d'avantages. Ca ne peut pas se faire par redéploiement. Toutes les ZEP n'en sont pas au même point. Il existe un grand nombre de catégories entre elles (rurales, urbaines...) qu'il ne faut pas confondre.

Q - La situation actuelle dans les ZEP est-elle inquiétante ? Y a-t-il réellement moins de moyens, et surtout moins de chances de parvenir à l'enseignement supérieur lorsqu'on est en ZEP ? Quelles seraient les évolutions souhaitables selon vous ?

R - Effectivement, la situation actuelle des ZEP est inquiétante. Elles concentrent plus d'échec scolaire que les autres zones. Elles doivent aussi souvent faire face à des problèmes de violence et d'insécurité, en partie à cause de la situation sociale des élèves. Et c'est tout l'ensemble du système scolaire qui est entraîné vers le bas. Mais on ne peut pas pour autant parler des ZEP de manière générale. Nous proposons donc, afin d'améliorer la situation des ZEP, tout d'abord d'augmenter le différentiel des moyens, qui est actuellement insuffisant face aux problèmes présents. Il faut ensuite réduire les effectifs par classe, afin de plus individualiser l'enseignement. Aujourd'hui, la moyenne est de 25 élèves par classe. Atteindre 20 élèves par classe serait bien. Selon une étude, 17 élèves est l'idéal. Nous demandons également le développement pour les enseignants de temps libre pour souffler face à ces conditions difficiles, également pour permettre des concertations entre enseignants et des formations. Enfin, il faut favoriser la maternelle dès deux ans et, pour le cours préparatoire, développer des équipes avec plus de maîtres que de classes.

Q - Les propos de Nicolas Sarkozy ont souligné des dissensions au sein du gouvernement. Pensez-vous que cela puisse dynamiser ou ralentir une amélioration du système éducatif dans les banlieues ? Et, est-ce le rôle du ministre de l'Intérieur de dénoncer les ZEP ?

R - Ce n'est certainement pas le rôle d'un ministre de l'Intérieur. C'est au ministre de l'Education nationale de jouer pleinement son rôle. Il ne doit pas devenir un simple subordonné. Je crains en effet que les divergences aient un mauvais impact pour l'amélioration du système d'éducation. Je voudrais que nous nous mettions tous autour de la table de négociations et que nous fassions réellement le tour de la question. Actuellement, il y a des annonces et ce n'est qu'ensuite qu'on est invité à essayer d'aménager ces annonces. On l'a clairement vu avec l'apprentissage à 14 ans. Ce n'est pas ça le dialogue social.

(Source http://www.fsu.fr, le 6 décembre 2005)

Rechercher