Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à La Chaîne Info le 24 novembre 2005, sur le vote de l'UDF pour le budget 2006, l'apprentissage à 14 ans et la politique de la recherche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, à La Chaîne Info le 24 novembre 2005, sur le vote de l'UDF pour le budget 2006, l'apprentissage à 14 ans et la politique de la recherche.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, HAUSSER Anita.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti : Q- Cela barde à l'UDF ! Le groupe a appelé à voter contre le budget et quinze députés sur

trente ont voté contre, ce qui est quand même un geste politique majeur. Vous dénoncez

évidemment cette attitude, mais F. Bayrou dit lui qu'il veut sonner l'alarme, parce que ce

budget n'est pas sincère. Que se passe-t-il maintenant ?

R- D'une part, il n'a pas été suivi, puisque, comme vous le dites, il y en a quinze sur

trente. Un a voté "oui", six se sont abstenus, huit n'ont pas pris part au vote et seulement

quinze ont suivi. J'appelle ça un peu les "soldats perdus", hélas, pour l'UDF. Je crois que

l'analyse, sur le plan économique, sur le fond - et je veux m'attacher au fond -, est

mauvaise. Aujourd'hui, nous avons la croissance la plus importante d'Europe, les choses sont

reparties...

Q- Cela ne se voit pas encore !

R- C'est difficile, c'est toujours avec un petit décalage qu'on le ressent, mais les

chiffres officiels, des mêmes services que d'habitude - ce sont des chiffres européens -

montrent que la croissance en France est la plus forte de tous les pays européens. Ce n'est

pas rien ! Regardez d'où l'on vient, regardez où l'on est arrivé. Donc les prévisions

officielles se révèlent justes. Deuxièmement, le chiffre de création d'entreprises en France

n'a jamais été aussi haut : on va probablement terminer l'année 2005 avec 220.000

entreprises créées. Les investissements des entreprises en France vont augmenter...

Q- Mais elles ne survivent pas toutes...

R- Elles ne survivent pas toutes, mais si l'on n'en crée pas, il n'en reste pas. Mais c'est

comme chaque année. Ensuite, l'investissement dans les entreprises augmente, la consommation

est soutenue et, enfin, pour le sixième mois consécutif, on a eu une baisse du chômage.

Certes une baisse modeste, mais être passé de 10,2 à 9,8, c'est une bonne direction et je

pense que les mois qui viennent, à part certains accidents, montreront que cette tendance

vers la baisse du chômage est une
tendance lourde. Les Français ont besoin de confiance, ils ont aujourd'hui des éléments

objectifs - objectifs, et pas du discours -, pour démontrer que les choses vont mieux.

Q- Et F. Bayrou nuit-il à cette confiance ?

R- Quand on dit que par exemple, lorsqu'il y a baisse de chômage, c'est parce qu'il y a

manipulations des chiffres, ce n'est pas bien. Ce n'est pas bien, quand on a la vocation

politique. La vocation politique, c'est à la fois de dire la vérité, et à la fois aussi

d'inspirer la confiance, quand on a des éléments objectifs pour inspirer cette confiance.

Q- L'UMP menace de représailles aux élections législatives, mais elles auront lieu après la

présidentielle. En attendant, le président du groupe UMP va demander que l'UDF soit

comptabilisée comme groupe d'opposition par le CSA...

R- Vraiment, l'UDF n'est pas l'opposition, l'UDF n'est pas dans l'opposition, même si les

discours officiels et leur virulence cherchent à faire taire le débat. Je crois

qu'aujourd'hui, l'UDF souffre d'une crise de démocratie. Je fais une proposition simple :

c'est que tous les militants, tous les adhérents de l'UDF, sur la France entière, votent sur

une question simple : appartenons-nous à la majorité ou à l'opposition ? Et en 2007, si nous

ne sommes pas la majorité absolue, est-ce que nos
alliés, ce sera l'UMP ou est-ce que ce sera le PS, le PC et M. Besancenot ? Sur cette

question simple, voulons-nous comme alliés l'UMP ou MM. Besancenot, Hollande et Mme

Laguiller ? Je souhaite que sur cette question simple, tous les militants de l'UDF - je ne

parle pas d'un congrès prédéterminé, avec des gens prédésignés - je dis que cette question

simple pourrait être posée à tous les militants de l'UDF : appartenons-nous à la majorité ou

à l'opposition ? Et deuxièmement, notre alliance naturelle, si nous n'avons pas la majorité

à nous tous seuls, est-ce que nous voulons gouverner avec l'UMP ou avec M Besancenot, Mme

Laguiller, M. Hollande et M. Fabius ?

Q- Conditionnez-vous cette consultation à un soutien éventuel à F. Bayrou pour la

présidentielle ?

R- Il ne s'agit pas d'un soutien personnel. Nous avons le devoir, pour nous déterminer, pour

soutenir un candidat à la présidentielle, de savoir avec qui il veut gouverner. S'il veut

gouverner avec M. Besancenot ou s'il veut plutôt gouverner avec la majorité d'aujourd'hui.

C'est une question essentielle. On est élus par des électeurs de la majorité. En cours de

législature, certains, dont M. Bayrou, disent que l'on n'appartient plus à cette majorité.

Je pense que la loyauté par rapport à notre électorat, ce serait de dire que l'on repasse

devant les électeurs, pour savoir s'ils estiment normal que l'on soit devenu membre de

l'opposition, si c'est le cas, ou s'ils demandent que l'on reste dans la majorité...

Q- J'imagine que vous allez écrire aux militants pour leur dire cela ?

R- Je ne vais pas écrire aux militants. Je souhaite simplement que les militants soient

interrogés, qu'il y ait une vraie démocratie interne et que les militants puissent

s'exprimer : appartenons-nous à la majorité ou à l'opposition ? Voulons-nous gouverner avec

la majorité actuelle ou avec le PS et le PC ?

Q- On va en venir à votre activité ministérielle. Vous allez accompagner le président de la

République, tout à l'heure, dans un centre de formation d'apprentis. Il y a une polémique

autour de la possibilité de faire entrer en apprentissage les enfants de quatorze ans...

R- Non, il n'y a pas de polémique. Il faut s'expliquer là-dessus et il y a de plus en plus

de personnalités qui sont d'accord sur cette proposition, à condition effectivement de

l'expliquer jusqu'au bout. D'abord, il n'est pas question que ces enfants-là quittent

l'école de la République et ils seront donc inscrits à un collège de référence, qui suivra

leur évolution...

Q- Qui sera à créer ?

R- Non, ils s'inscriront au collège et le collège sera chargé de veiller évidemment à ce

qu'ils acquièrent le socle commun de connaissances, comme tous les enfants de la République.

Et ce socle commun de connaissances est en cours de définition : c'est savoir lire, écrire,

compter, mais aussi avoir des valeurs citoyennes, connaître les NTIC, avoir une langue. Donc

c'est la même chose pour tout le monde, y compris pour ceux qui auront une formation en

alternance dès quatorze ans. La première année, à quatorze ans, sera surtout consacrée à

cela, mais aussi à une découverte de l'entreprise, des milieux professionnels, pour pouvoir

choisir, le cas échéant, un contrat en alternance peut-être la seconde année, qui lui-même

comptera peut-être deux années. C'est à-
dire que c'est un apprentissage ou une formation en alternance qui durerait de 14 ans,

pendant trois ans - 14, 15 et 16 - et qui permettra surtout à des jeunes, qui n'ont pas

découvert l'utilité de l'école avec l'enseignement général, mais dans le concret de

l'entreprise et de l'alternance avec le collège, de reprendre confiance en eux-mêmes et de

pouvoir, à ce moment-là, trouver leur voie et leur insertion professionnelle.

Q- Concrètement, comment et quand cela va-t-il être mis en place ?

R- Je pense que ce sera vraiment prêt dans les mois qui viennent, parce qu'il y a des petits

changements législatifs à apporter... Et à la rentrée 2006, il y aura sûrement des jeunes

qui seront contents de pouvoir avoir cette diversification de formation et de pouvoir

l'adopter.

Q- Une question sur les chercheurs : la loi sur la recherche a été adoptée par le Conseil

des ministres, hier. Elle est jugée insuffisante par les chercheurs...

R- Non, ne dites pas "les" chercheurs : "des" chercheurs !

Q- Mais il y a une autre réflexion qui m'a quand même interpellée, c'est celle de M. Beffa,

qui avait remis un rapport sur la recherche et qui est président du conseil de surveillance

de l'Agence de l'innovation industrielle, qui dit que quand même, cette loi va trop dans le

sens de la recherche appliquée et que la recherche, c'est de la recherche pure...

R- C'est les deux. C'est vraiment les deux. Il ne faut certainement pas séparer la recherche

pure, la recherche fondamentale, avec la recherche appliquée. On a besoin des deux, aussi

bien d'ailleurs de la recherche sur des disciplines humanistes, sur vraiment la recherche

fondamentale, mais on a aussi besoin de recherches qui débouchent sur des brevets, sur des

développements économiques et sur de l'emploi. Et sans aucune exclusive bien entendu !

Sachez que l'Agence nationale de la recherche a financé d'ailleurs énormément de projets de

recherche fondamentale. Donc aujourd'hui, comme nous le dit le Conseil économique et social,

c'est un premier pas. C'est un pack, avec beaucoup de bonnes mesures favorables. Et je vois

que les tensions, qui existaient il y a un an ou deux, n'existent plus aujourd'hui. Vous

avez vu qu'hier, qu'il y a eu une petite manifestation de quelques centaines de chercheurs,

et qu'il y en avait des dizaines de milliers il y a encore un an et demi ou deux. Cela va

vraiment dans le bon sens et l'Etat y met non seulement un acte de confiance vers les

chercheurs, s'adossant aux universités, s'adossant aux organismes de recherche, mais l'Etat

y met des moyens considérables, ne serait-ce que 6 milliards en trois ans - un milliard,

plus deux, plus trois, étalés sur 2005 à 2007. C'est vraiment considérable.

(Source: premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 25 novembre 2005)

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