Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur l'avenir de l'industrie textile de l'habillement, Paris le 24 novembre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur l'avenir de l'industrie textile de l'habillement, Paris le 24 novembre 2005.

Personnalité, fonction : LOOS François.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

Circonstances : 60e anniversaire de l'Ecole supérieure des industries du vêtement à Paris, le 24 novembre 2005

ti : Monsieur le président,
Messieurs les présidents de fédération,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,


C'est pour moi une grande satisfaction de venir parler de l'avenir du textile habillement devant un tel public, c'est-à-dire pour l'essentiel : des entreprises qui recrutent, des étudiants qui trouvent des emplois rapidement, et des anciens élèves qui ont visiblement réussi leur cursus professionnel. Quelle meilleure audience peut on trouver pour parler de l'adaptation des compétences comme réponse à l'évolution du secteur textile habillement ?

Bien sûr il ne s'agit pas pour moi de profiter de cette opportunité pour occulter les problèmes. Nous savons tous que la mutation en cours est extrêmement difficile, et qu'elle se traduit par des restructurations, des dépôts de bilan et des baisses d'effectifs. Alors dans ce contexte, il faut le reconnaître, le choix que vous avez fait de vous inscrire à l'ESIV est courageux, parce qu'il vous aura fallu braver les discours des éternels pessimistes. Courageux, mais très sensé, les 95% d'emplois trouvés 6 mois après la sortie, la grande sélectivité de l'école - un admis sur quatre - en sont la preuve.

Les difficultés existent, elles sont incontestables, et nous nous battons tous les jours avec Guillaume Sarkozy et Claude Têtard, et avec Gérard Larcher, pour trouver des solutions dans les cas de restructurations, pour anticiper les mutations et pour faire en sorte que les salariés touchés par des plans sociaux puissent trouver des voies de reclassement. Nous avons des discussions très sérieuses et précises sur ces points, en ce moment même, qui devraient prochainement aboutir sur des propositions concrètes.

Mais les difficultés ne doivent pas dissuader les jeunes actifs de se tourner vers cette filière, car lorsqu'on cible les métiers et les compétences nécessaires pour assurer l'avenir, les emplois sont à la clé, l'ESIV en est une illustration.

Il faut d'ailleurs rappeler quelques réalités sur l'industrie textile habillement.

D'abord je veux rappeler que le textile habillement reste un secteur important en France, malgré les pertes d'emplois massives depuis une dizaine d'années. La France occupe le troisième rang européen, derrière l'Italie et l'Espagne, et le secteur comprend 170 000 salariés (textile + habillement - cuir).

La restructuration de la filière n'est pas un phénomène nouveau. Les effectifs ont diminué de 40% entre 1995 et 2003. Mais dans le même temps la masse salariale est restée quasiment stable, signe de l'évolution des compétences, vers le haut.

Je veux aussi rappeler que la filière textile habillement n'est pas monolithique, et qu'il existe des entreprises, et des secteurs, qui se portent bien et résistent à cette tendance. Je veux insister sur ce point : il n'y a pas de fatalité à la disparition du textile habillement en France, il y a aussi des entreprises qui réussissent dans ce secteur, il faut aussi que cela se sache, qu'on ne parle pas seulement de ceux qui vont mal. Deux exemples. Dans le secteur de l'habillement j'ai visité en septembre dernier le salon du prêt-à-porter féminin ; j'y ai rencontré plusieurs chefs d'entreprises qui continuent de produire entièrement ou pour certains seulement en partie en France, et se maintiennent sur le marché grâce à leur créativité. Dans le secteur textile, par ailleurs, la France est bien placée dans les textiles techniques (2ème en Europe), qui représentent 17% du textile en France.

Le mouvement général est un mouvement de montée en gamme, et le positionnement de l'ESIV sur l'encadrement et les postes à responsabilité en est l'exemple.

Monter en gamme, c'est à plus d'un titre la voie d'avenir de la filière.

Monter en gamme par l'innovation, d'abord. Mme Ducottet, présidente du réseau d'innovation du textile habillement (R2ith) en a certainement parlé. Les textiles techniques par exemple représentent aujourd'hui 20% du secteur en France, et c'est un marché en expansion au niveau mondial, jusqu'à présent relativement à l'abri, encore, de la concurrence chinoise. J'ai décidé de soutenir fortement cette ambition de montée en gamme par l'innovation. La relance des appels à projet du R2ith, le soutien aux pôles de compétitivité donnent des moyens à cette ambition.

Monter en gamme, aussi, par la créativité, le design. Car l'excellence dans le design, l'image de la création française, sont des moyens de garder une longueur d'avance. Là aussi, nous travaillons avec les fédérations pour aider à cette adaptation, par des incitations fiscales, par la lutte contre la contrefaçon notamment.

Monter en gamme, enfin, par l'ouverture sur les marchés mondiaux. La filière ne doit pas seulement subir la mondialisation, la concurrence, la Chine. Elle a besoin de jeunes cadres motivés et dynamiques qui sachent tirer partie de cette mondialisation, en exportant, en misant sur l'innovation et la création pour séduire des acheteurs étrangers. J'ai fait la promotion des dispositifs de VIE dans mes fonctions précédentes, et je constate avec satisfaction, et non avec regret, qu'une part des anciens élèves de votre école travaille à l'étranger.

Cette triple montée en gamme nécessite évidemment une évolution des compétences, sur chacun des trois sujets. Vous qui êtes les futurs « responsables de la gestion des industrielle et économique des entreprises de l'habillement » - c'est votre titre à la sortie de l'école m'a-t-on dit ? devez être conscients de ces évolutions, car c'est à vous que reviendra la responsabilité d'apporter la dynamique nécessaire à la filière.

C'est là un message que je passe de façon générale à toutes les occasions qui me sont données, dans le textile habillement mais aussi plus généralement dans l'ensemble de l'industrie. Ce n'est pas parce que les effectifs nets globaux de l'industrie sont en baisse que les métiers de l'industrie ne recrutent pas et n'offrent pas de perspectives. Il existe beaucoup de métiers où les

besoins sont immenses ? un récent rapport indiquait 1 million d'embauche dans les 10 prochaines années ? et ne trouvent pas la main d'?uvre nécessaire. C'est pour cette raison que j'ai lancé la semaine dernière une grande campagne pour l'attractivité des métiers de l'industrie, qui a fait l'objet d'une communication en conseil des ministres. A un moment où l'actualité nous montre plus que jamais le besoin de donner des perspectives et des emplois à ceux qui entrent dans la vie active, il n'est pas supportable de voir dans le même temps que des entreprises perdent des marchés et de la compétitivité parce qu'elles ne trouvent pas les compétences dont elles ont besoin.

L'action de l'ESIV est un exemple en la matière. Ici sont formés des jeunes, avec un système d'apprentissage, en alternance, et un cursus qui garantit l'adéquation de la formation aux besoins des entreprises. Celles-ci, bien représentées au conseil d'administration y veillent. Ce n'est pas un hasard dans ces conditions que le taux d'employabilité à la sortie avoisine les 100% ! Vous vous êtes donné les moyens de réussir cette adaptation des compétences, pour reprendre le thème de la journée.
Cette évolution des compétences, elle se lit dans l'histoire de l'école. Créée en 1945 pour fournir l'encadrement nécessaire à la production dans un contexte de restructuration, l'école se diversifie aujourd'hui pour former des chefs produits, des créateurs, des commerciaux, français et étrangers. Les débouchés se trouvent dans la distribution et dans la production, et 10% des anciens élèves si j'en crois les chiffres, travaillent à l'étranger.

Je ne voudrais pas conclure, enfin, sans saluer plus particulièrement les élèves étrangers qui viennent effectuer leur formation à l'ESIV. Nous menons, avec l'ensemble du Gouvernement, une politique très claire, et très déterminée pour attirer en France les meilleurs étudiants étrangers dans leurs spécialités, et je suis sûr que ceux qui sont présents aujourd'hui répondent à cet objectif.

Vos métiers aujourd'hui ne sont pas les mêmes que ceux de vos grands anciens il y a 60 ans. Ils ne sont certainement pas les mêmes que ceux de vos successeurs dans 6à ans, et même avant. Notre effort commun, notre objectif, c'est que vous réussissiez votre entrée dans la vie active et que vous apportiez à vos entreprises le dynamisme et la stratégie pour se tourner vers les voies d'avenir. C'est à cette condition que l'avenir de la filière textile habillement française pourra se construire, vous en serez les principaux artisans.

Je vous remercie.

(Source http://www.minefi.gouv.fr, le 25 novembre 2005)

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