Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, à RTL le 2 février 2006, sur le politique de l'enseignement, les violences à l'école et l'opposition de la FSU à la présence de policiers dans les établissements scolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, à RTL le 2 février 2006, sur le politique de l'enseignement, les violences à l'école et l'opposition de la FSU à la présence de policiers dans les établissements scolaires.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. FSU, secrétaire général;

ti : Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Gérard Aschieri.

Gérard Aschieri : Bonjour.

Q- Beaucoup d'embouteillages, à Paris.

R- Oui. Un peu de mal pour arriver à l'heure !

Bertrand Delanoë, si vous nous entendez, faites quelque chose ! Nouvelle grève, dans l'éducation nationale, aujourd'hui. Pourquoi ?

D'abord, pour les salaires, comme tout le monde. Enfin, comme tous les fonctionnaires. Et la situation salariale est encore plus grave dans l'éducation qu'ailleurs parce que, vous savez, quand il y a beaucoup de monde, c'est là que l'on paie le moins. C'est un des éléments de la réalité, mais c'est aussi pour l'emploi, et à cause de la politique éducative qui est, aujourd'hui, menée.

Q- Au fond, si on compte le nombre de grèves qu'il y a dans l'éducation nationale, on se dit que les enseignants sont très malheureux.

R- On pourrait avoir l'impression : jamais contents, toujours grognons, etc.

Q- Un peu !

R- Ce qu'il faut bien percevoir, c'est le sentiment qui habite nos collègues. Ils font un métier difficile. Ils sont souvent en première ligne de toutes les difficultés sociales, et ils ont le sentiment d'abandon. C'est-à-dire qu'on ne prend pas en compte les difficultés de leur métier, et qu'on en rajoute sans cesse.

Q- Qui ne prend pas en compte les difficultés du métier ?

R- Les divers gouvernements. D'une certaine manière, la société mais ceux qui, aujourd'hui, ont le pouvoir. Depuis trois ans, je crois que les diverses équipes qui se sont succédées - et il y a eu plusieurs ministres de l'éducation nationale et plusieurs Premiers ministres, au moins deux - ont eu pour caractéristique commune de rayer l'éducation des priorités, et de faire une croix sur l'ambition d'une école de la réussite pour tous.

C'est un peu cela la signification de la loi Fillon, c'est cela la signification de l'apprentissage junior, c'est un peu cela, aussi, la signification de la politique de l'éducation, dite "prioritaire", lancée par Gilles de Robien. Et cela se traduit par une dégradation des conditions de travail, mais aussi par une perte d'objectifs, par une perte d'ambition.

Q- "Le Parisien", aujourd'hui, fait sa une là-dessus, et explique que l'une des premières préoccupations, aujourd'hui, est la violence à l'école, qui est en train de s'installer. Et quand on vous soumet le débat, quand le gouvernement veut vous aider et dit : "pourquoi ne mettrait-on pas, sur la base du volontariat, des policiers dans les collèges ou les lycées ?", vous dites tout de suite : "Non, non, non. Pas du tout !" On a l'impression aussi que vous n'êtes pas toujours très souple dans la discussion.

R- Je ne suis pas certain que la première préoccupation soit la violence. La violence existe, elle existe dans une minorité d'établissements. Mais ce qui est la première préoccupation, c'est la difficulté du métier. Et les violences physiques, relativement rares, mais surtout les violences verbales, les incivilités : tous ces problèmes, qui pourrissent la vie et qui rendent difficile d'enseigner, ne sont qu'une facette de la difficulté du métier.

Il y a aussi toute la difficulté à faire apprendre à lire aux enfants. Il y a aussi toute la difficulté à faire qu'ils réussissent à assurer de la qualité partout. Et cela, c'est une constante, depuis quelques années, de la perception qu'ont nos collègues. Je le répète : ils ont le sentiment qu'on les abandonne à la difficulté de leur tâche : c'est d'abord cela la motivation, je crois.

Q- Et on a quelquefois l'impression, Gérard Aschieri - vous êtes, vous, le responsable du premier syndicat d'enseignants - que le discours des syndicats, justement, est un discours - je trouve qu'on en a l'illustration, là - un peu vague, un peu général. Je vous parle de violences, et vous, vous parlez difficulté d'apprendre à lire.

R- Parlons de violence ! Je redis : la réalité de la violence n'est pas celle que les médias, aujourd'hui, mettent en avant. L'essentiel des problèmes ne sont pas des problèmes de violences physiques, ou des problèmes auxquels sont confrontés les enseignants. Ce sont des problèmes d'indiscipline, ce sont des problèmes d'incivilités, d'insultes, etc. Et cela est concentré dans un certain nombre d'établissements. L'école n'est pas un gigantesque coupe-gorge, aujourd'hui.

Q- Vous trouvez que l'on restitue mal la réalité de l'école, aujourd'hui, quand on parle de
la violence ?

R- Je trouve qu'on met en avant un certain nombre de faits qui sont réels, qui, évidemment, sont inadmissibles, qui posent problème. Mais l'école, ce n'est pas que cela : c'est la première idée.

Deuxième idée : pour faire face à ces problèmes, nous, nous pensons que la première chose à faire, c'est avoir un travail collectif et une présence éducative - j'allais dire - renforcée, ce n'est peut-être pas le bon terme. Une présence éducative constante, cohérente, dans les établissements scolaires. C'est cela qu'on nous refuse, aujourd'hui.

Je ne dis pas : "il ne faut jamais faire appel à la police" parce qu'il y a un certain nombre de violences, de délits qui nécessitent une collaboration avec la police et la justice. Je dis : l'essentiel est un travail éducatif de fond qu'aujourd'hui on nous refuse.

Q- La F.S.U est le syndicat d'enseignants,

R- Pas seulement.

Q- Pour l'essentiel. Et on vous retrouve associé avec tous les autres syndicats de salariés, les partis politiques, dans la lutte contre le C.P.E. En quoi cela vous regarde-t-il, au fond ?

R- Parce que c'est une question qui renvoie à l'avenir de la jeunesse. Quand on forme des jeunes, quand on a pour ambition de leur faire acquérir des qualifications, on a aussi le souci que ces jeunes aient un accès à l'emploi. Que ces jeunes n'aient pas droit - ou plutôt, ils n'aient pas l'obligation - d'une précarité généralisée. C'est parfaitement cohérent.

Q- Cela ne brouille-t-il pas votre image ? Ne se dit-on pas : la F.S.U est à un endroit où, finalement, elle n'a pas forcément vocation à être ? Ne faites-vous pas, pour parler clairement, trop de politique, Gérard Aschieri ?

R- C'est de la politique au sens noble du terme. Je revendique ce type de politique, à savoir : débattre et agir pour savoir ce que va devenir la jeunesse. C'est une question centrale qui ne peut laisser aucune organisation syndicale indifférente, quel que soit son champ de responsabilités. Et, en plus, quand une organisation, dont le champ principal est l'éducation : c'est naturel d'être dans ces bagarres.

Q- Journée de grève pour les salaires, aujourd'hui. Et après ?

R- Et après, on va se poser la question, de suite, en fonction des résultats. Nous, on a en tête une grande initiative pour l'éducation. Je ne sais pas encore si on la fera et comment, mais on veut poursuivre.

Q- Mais beaucoup d'échecs, en général. On a vu, le 4 octobre, il y avait du monde dans les rues et puis après : rien. Et là, cela va être un peu la même chose ?

R- Les mouvements sociaux ont beaucoup de mal à aboutir, c'est vrai, mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras.

Gérard Aschieri, patron de la F.S.U, était l'invité de RTL, ce matin. Bonne journée !


Source: premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 2 février 2006

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