Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, en réponse aux questions des internautes sur le contrat première embauche (CPE) et les mesures pour l'emploi des jeunes, le contrat nouvelle embauche (CNE), l'emploi des seniors et l'ANPE, Paris le 2 février 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, en réponse aux questions des internautes sur le contrat première embauche (CPE) et les mesures pour l'emploi des jeunes, le contrat nouvelle embauche (CNE), l'emploi des seniors et l'ANPE, Paris le 2 février 2006.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : "Chat" sur le site internet du Premier ministre le 2 février 2006

ti : Jérémy : En quoi consiste exactement le Contrat première embauche ? A

qui sera-t-il vraiment profitable ?

Dominique de Villepin : Bonjour. Merci de me donner cette chance

d'expliquer ce qu'est le Contrat première embauche. D'abord, je veux

préciser pour tous les internautes que le Contrat première embauche est

un vrai contrat à durée indéterminée, avec une vraie rémunération. Nous

sommes donc très loin des sous-contrats ou du Smic jeunes. Ce contrat a

une consolidation de deux ans, c'est sa spécificité. Ce CPE offre un

certain nombre de garanties. D'abord, un préavis, qui augmente avec le

temps passé dans l'entreprise. Puis, il y a un droit à des indemnités

de rupture. Il y a des avantages qui visent à répondre aux

préoccupations quotidiennes des jeunes. Par exemple, l'accès au crédit.

Puis le logement, qui est une grande préoccupation pour les jeunes qui

veulent pouvoir s'installer. Ils bénéficieront du système Locapass, qui

permettra d'avoir le paiement d'une caution avec un étalement, et une

garantie du paiement de leur loyer pendant le contrat. Les moins de 26

ans, nous avons choisi de nous adresser aux plus jeunes car nous avons

constaté la très grande précarité de leur situation. Quand il y a

recours à l'intérim, ce sont des périodes de cinq jours, ou de moins de

cinq jours. Là, nous parlons d'un vrai contrat à durée indéterminée.

Christophe : Bonjour, ne pensez-vous pas que les jeunes ne soient pas

trop stigmatisés lorsqu'on aborde la question du chômage ?

Dominique de Villepin : La stigmatisation, ce n'est pas parler des

jeunes, la stigmatisation, c'est ne rien faire pour les jeunes quand

ils sont confrontés à des difficultés importantes. C'est pour cela que

nous avons voulu bâtir un vrai parcours pour l'emploi. Nous sommes

partis de la réalité : il faut dans notre pays entre huit et onze ans

pour accéder à un emploi stable. Nous avons créé un service public de

l'orientation, car il faut connaître les débouchés quand on s'engage

dans une voie. Nous avons voulu développer l'alternance. Troisième axe,

car la plupart des jeunes passent par des stages, nous avons voulu

organiser ces périodes de stage. Il s'agit de prendre en compte toutes

les difficultés des jeunes, et de leur permettre de rentrer plus

rapidement dans l'emploi.

Asura Sabuko : Bonsoir, je souhaiterais savoir pourquoi il est tant

nécessaire de disposer de diplômes pour accéder à des postes de

responsabilité alors qu'une bonne expérience du métier et du terrain

suffit à faire la différence dans bien des cas. Bien à vous et aux

vôtres.

Dominique de Villepin : Pour rentrer sur le marché du travail, il n'est

effectivement, pas toujours nécessaire d'avoir beaucoup de diplômes.

L'expérience peut suppléer aux diplômes, bien sûr. Nous voulons mieux

reconnaître les acquis de l'expérience. L'énergie, le tempérament,

l'enthousiasme sont des qualités qui peuvent répondre aux demandes de

certains métiers. La Validation des Acquis par l'Expérience (VAE) est

la reconnaissance de la qualité des jeunes.

Christian : En quoi est-ce que le CPE est-il un plan d'attaque contre

la précarité ? Comment justifiez-vous les critiques des députés de la

gauche ? La bataille pour l'emploi est-elle en passe d'être gagnée ?

Merci pour tout ce que vous faites, M. de Villepin, je vous en suis

reconnaissant.

Dominique de Villepin : Christian a raison, il y a beaucoup

d'inquiétudes. C'est normal quand on change les choses, il faut un

temps d'adaptation et des explications, surtout quand on sait que la

précarité est importante pour les jeunes dans notre pays. C'est une

situation extrêmement douloureuse. Pour cela, j'ai voulu apporter des

réponses et des garanties en matière de formation, reconnaître le droit

individuel à la formation. Dès la fin du premier mois du Contrat

première embauche, le jeune pourra bénéficier d'une formation. Il y a

des garanties spécifiques liées à ce contrat. S'il y a une opposition

qui apparaît sur le plan politique, c'est d'abord parce que notre pays

a le goût de l'idéologie. J'ai voulu avoir une démarche pragmatique.

J'ai essayé d'apporter des réponses à leur préoccupation en partant de

la réalité.

Dimitri : Le chômage des jeunes est-il un problème franco-français ?

Dominique de Villepin : Non, le chômage des jeunes, c'est un problème

que l'on retrouve dans beaucoup de pays, mais c'est vrai qu'en France,

il se pose avec une acuité particulière. J'ai voulu m'inspirer de ce

qui se faisait dans les autres pays. Par exemple, en Allemagne, les

formations en alternance sont plus développées que chez nous. Quand on

passe un an ou plusieurs années en alternance, on connaît le milieu

professionnel dans lequel on travaillera. L'absence d'appréhension, le

fait que les jeunes ont été aidés par des tuteurs dans l'entreprise,

leur permet de réussir à s'intégrer rapidement. L'apprentissage ou

l'alternance, cela peut se développer à tous les niveaux de la

formation, jusqu'aux plus grandes écoles.

F. : Selon moi, le CPE est une mauvaise idée et ne règlera pas la

question du chômage. Pourquoi ne pas chercher une solution qui, à long

terme, conviendrait aussi bien aux patrons qu'aux salariés ? Et

pourquoi est-ce si dur de trouver un travail en France quand on est

maghrébine diplômée de 23 ans ?

Dominique de Villepin : D'abord, je l'ai dit, on n'a pas tout tenté

dans la lutte contre le chômage. Il faut nous doter de moyens nouveaux.

Quand nous avons créé le Contrat nouvelle embauche, il y avait beaucoup

de scepticisme. Le CPE est un contrat de confiance entre un employé et

un employeur. L'emploi est plus fort quand il y a rencontre entre

l'employé et l'employeur, et désir de consolider l'emploi. C'est ce qui

nous a guidés pour créer ces nouveaux outils. Je suis convaincu que le

CPE et le CNE feront la différence. Le CPE répondra très rapidement aux

besoins des jeunes et des entreprises. Et je suis d'accord, les

discriminations sont inacceptables. C'est une réalité dans notre pays,

nous devons utiliser tous les moyens pour lutter contre les

discriminations. Avec des sanctions quand c'est nécessaire, mais

surtout la vigilance de chacun. Nous devons refuser tout ce qui est un

obstacle à la réussite et à la place donnée aux uns et aux autres,

c'est pour cela que nous sommes si engagés.

Rudy : Pourquoi ne pas instaurer une limite de temps avant laquelle un

patron ne pourrait plus prendre un CPE après en avoir licencié un ?

Dominique de Villepin : Rudy a parfaitement raison, il faut éviter les

risques de détournement de ces contrats, et les abus. C'est pourquoi

nous avons prévu qu'un Contrat première embauche avec un même employeur

ne pourrait pas être signé avant trois mois. Il faut éviter tout

détournement, cela fait partie du projet, et nous prenons en cause ce

risque qui existe.

Micro 73 : Monsieur le Premier ministre, que pensez-vous de la fuite

des jeunes vers des pays plus dynamiques, plus ouverts, proposant des

emplois pertinentes aux compétences de ces derniers ? Sans parler de

fuite de cerveau, vous perdez des citoyens, des impôts, des ressources

humaines importantes...

Dominique de Villepin : Vous avez parfaitement raison, c'est un risque,

un défi. Si je me bats avec cette conviction pour cette bataille de

l'emploi, c'est parce que nous voulons éviter que la France se retrouve

dans cette situation où tous les autres s'adapteraient et se

moderniseraient, et nous resterions la lanterne rouge. Dans ce projet

de CNE comme dans le contrat CPE, nous avons pris en compte les

attentes des employés, et en même temps, donné plus de souplesse aux

employeurs. Nous sommes fidèles à l'esprit de notre modèle national,

mais en même temps, nous devons nous moderniser. Nous avons des

capacités dans notre pays, des talents, du dynamisme à revendre. En

2005, il y a eu 225 000 nouvelles entreprises créées. Cela montre que

nous avons beaucoup de jeunes et de moins jeunes qui ont envie

d'entreprendre, et ils doivent trouver chez nous la possibilité de

travailler. J'ai moi-même passé une partie de ma vie à l'étranger. Il

est bon d'avoir des expériences, d'aller voir ce qui se passe ailleurs.

Quand on va ailleurs, on se dit : quelle chance on a d'être Français.

Pes : Monsieur le Premier ministre, très bonne initiative que ce chat

sur l'emploi, qui est le thème le plus préoccupant pour les Français.

Ma question est : quand peut-on espérer une agence pour l'emploi

moderne, efficace et compétente ?

Dominique de Villepin : Cela, c'est une condition indispensable pour

moderniser l'emploi dans notre pays. Nous avons mené de ce point de vue

une action très énergique, car le service public de l'emploi doit avoir

les moyens de répondre aux demandes des demandeurs d'emploi. On ne peut

pas résoudre le problème du chômage dans notre pays en recevant

seulement de temps en temps les demandeurs d'emploi pour pointer. Il

faut en permanence les suivre, les conseiller. Dans chaque ANPE, il y

aura un conseiller personnel qui recevra les demandeurs d'emploi une

fois par mois au moins, et le suivi sera très étroitement personnalisé.

Quand vous conseillez à un jeune de faire un stage, par exemple, il

faut pouvoir suivre son parcours jusqu'à ce qu'il retrouve de l'emploi,

et voir où sont les difficultés. La détermination des agents de l'ANPE

est immense.

Ellessar : Bonjour Monsieur le Premier ministre, ne pensez-vous pas que

le Contrat nouvel embauche ou le Contrat première embauche ne soit

synonyme d'une augmentation de la précarisation des emplois pour les

jeunes sur le marché du travail ?

Dominique de Villepin : C'est exactement le contraire. La précarité,

c'est ce que nous connaissons aujourd'hui. C'est l'enchaînement des

stages, des CDD, des périodes d'inactivité. Il faut casser ce cycle. Le

Contrat première embauche, c'est une entrée directe dans un Contrat à

durée indéterminée. Entre la réalité et ce que nous entendons ici ou

là, il y a un fossé.

Julie : Bonjour Monsieur de Villepin, j'aimerais savoir quand le

contrat sera disponible et comment celui-ci va fonctionner ?

Dominique de Villepin : Le contrat sera disponible dès que le Parlement

aura voté la loi, et dès qu'elle sera promulguée, c'est-à-dire fin

mars. Le contrat sera disponible comme modèle type sur le site

www.travail.gouv.fr, comme c'est le cas pour le CNE. Il y aura là le

formulaire. Nous ne perdons pas de temps, ce qui d'ailleurs nous vaut

un certain nombre de critiques, mais si je n'étais pas convaincu de

l'urgence qu'il y a d'apporter cette réponse, j'irais moins vite. Mais

cette urgence-là nous oblige à agir.

47387 en master 2 : Bonjour Monsieur le Premier ministre, le CPE

n'empêchera pas d'avoir des projets d'avenir ? Pourtant, pensez-vous

qu'une personne embauchée en CPE pourra être enceinte ou se

syndicaliser sans risquer sa place ? Ce contrat remet en cause certains

droits fondamentaux du salarié.

Dominique de Villepin : Ce contrat porte en lui des exigences fortes et

des garanties. Dans les exigences, il y a évidemment le respect des

droits sociaux. Il faut essayer d'être concret et de prendre quelques

exemples. Un employeur ne pourra pas mettre fin au Contrat première

embauche d'une jeune femme qui serait enceinte, ce serait contraire à

nos règles et à notre droit. De la même façon, un jeune qui serait

malade ne pourrait être licencié. De même pour un jeune qui se

syndiquerait.

Calinou : Pourquoi d'après vous, votre projet rencontre tant

d'oppositions ?

Dominique de Villepin : C'est très simple : ce contrat est nouveau, et

ce qui est nouveau inquiète. D'autant plus qu'il y a déjà sur le marché

du travail beaucoup d'inquiétudes. Si je suis là ce soir, c'est bien

pour apporter des réponses à ces inquiétudes. C'est tout le

gouvernement qui est mobilisé, c'est toute la majorité parlementaire

qui est mobilisée. La précarité, c'est le chômage. Et nous voulons

changer cela, c'est un contrat anti-précarité.

Réaliste : Est-ce que l'Europe va vers une harmonisation des marchés de

l'emploi ?

Dominique de Villepin : Aujourd'hui, les différents pays européens

essaient de s'adapter aux exigences de la mondialisation. Chacun a ses

contraintes, son histoire, ses modèles. En regardant ce qui se passe

dans nos pays voisins, nous cherchons à trouver des exemples, et

définir dans la réalité de notre propre modèle social, ce qui marche le

mieux. C'est pourquoi le CNE, comme le CPE, surprennent. Ils sont

adaptés à la situation actuelle. C'est d'ailleurs pourquoi un certain

nombre de pays regardent ce que nous faisons. Nous nous adaptons, mais

en partant des attentes et de la réalité de la situation française.

Sami : Bonjour, je suis étudiant à l'université de Nanterre et comme un

bon nombre d'étudiants, je travaille en même temps que mes études. Mon

contrat est un CDI à temps partiel. Donc je me demandais si à la fin de

mes études, le premier contrat que j'aurai sera de nature CPE, sachant

que j'ai déjà eu un CDI.

Dominique de Villepin : Le CPE, d'abord, c'est un vrai CDI. Mais le CDI

classique reste ouvert et disponible pour l'ensemble des entreprises

qui souhaitent l'utiliser. Cela ne remet pas en cause le CDI. Nous

l'avons observé avec le CNE. Le CNE est une nouvelle possibilité, c'est

un plus pour le marché de l'emploi, mais en tout état de cause, Samy a

de fortes chances d'être embauchée en CDI.

Mimosa 832 : Monsieur le Premier ministre, la baisse du taux de chômage

n'est-elle pas due aux radiations abusives de la part des directeurs

d'agence ? Merci.

Dominique de Villepin : Non, là-dessus, je serai très clair. La

meilleure preuve, c'est que le nombre de radiations en 2005 a été

inférieur aux radiations en 2004. Donc ce n'est pas du tout cela qui

explique la baisse du taux de chômage. C'est une politique de

mobilisation qui a permis de créer de nouveaux emplois. Cela s'est

accompagné d'un suivi du retour à l'emploi. Donc une logique de

responsabilités, de droits et de devoirs. Nous avons une mobilisation

des Français, des entreprises, de l'ensemble des acteurs de l'emploi.

Tof : Bonsoir, à propos du CPE je souhaiterais attirer votre attention

sur le fait qu'un jeune avec un CPE aura du mal à trouver un logement,

car le salaire n'est pas assuré (contrairement à un CDD), à obtenir un

crédit (idem). Prévoyez-vous par exemple d'effacer ce handicap ?

Dominique de Villepin : Là-dessus, je veux être très clair. Le salaire

est identique à celui de tout autre contrat, il ne s'agit pas d'un

sous-contrat, il y a une pleine rémunération. Concernant l'accès au

crédit, la Fédération bancaire française reconnaît ce contrat comme un

véritable contrat à durée indéterminée. En ce qui concerne le logement,

il y a le système Locapass, avec une avance de caution remboursable, et

une garantie du paiement des loyers. On peut trouver tous les éléments

d'information sur le site : www.logement.gouv.fr. Je réunirai

prochainement les banques, pour vérifier la bonne application du

dispositif, et concernant le logement, nous serons soucieux de

l'effectivité de ce que nous annonçons.

Citoyenne : Bonjour, l'ANPE estime qu'il faut avoir travaillé 6 mois au

minimum pour toucher le chômage alors qu'une loi faite en 2001 dit que

l'on perçoit le chômage si on a travaillé 4 mois au cours des 18

derniers mois, alors qu'en est-il s'il vous plaît ? Merci.

Dominique de Villepin : Je veux confirmer à Citoyenne qu'il faut

effectivement avoir travaillé six mois pour toucher des indemnités de

chômage. L'une des originalités du CNE, c'est qu'il suffira de

travailler quatre mois pour pouvoir toucher des indemnités de chômage.

Nous apportons là une garantie nouvelle, qui n'existe pas pour les

jeunes aujourd'hui.

tino 1301 : En ce qui concerne les nouveaux contrats... Est-il possible

de faire en sorte qu'ils soient à n'importe quel moment transformable

en CDI classique ?

Dominique de Villepin : Excellente question. On peut tout à fait

transformer immédiatement ce contrat, puisque c'est un contrat de

confiance entre l'employeur et le salarié. Il suffit que les deux

parties soient d'accord.

Cindyf : Pour le CNE, pourquoi 2 ans d'essai ? J'ai 19 ans, je suis à

la recherche d'un emploi, je voudrais mon indépendance, comment faire

pour louer ou acheter un logement en étend en CDD pendant deux ans ?

Dominique de Villepin : Le Contrat première embauche n'est pas un CDD.

La période de consolidation de deux ans n'est pas une période d'essai.

C'est pourquoi il y a un certain nombre de de garanties : le droit à la

formation, le système Locapass. Donc vous pouvez vous engager dans la

vie avec plus de sérénité. Au sens juridique, ce n'est pas une période

d'essai, c'est une période de consolidation.

Netocris : Bonjour Monsieur le Premier ministre. J'ai 29 ans et suis au

chômage depuis trois. Je constate depuis les émeutes que vous faites

tout votre possible pour aider les jeunes de moins de 26 ans. Et pour

les plus de 26 ans ? Quelles sont les mesures ? Surtout pour les «

Français » d'origine étrangère, merci.

Dominique de Villepin : Quand nous nous mobilisons pour les jeunes,

cela ne veut pas dire que nous oublions, bien sûr, tous ceux qui sont

confrontés à des difficultés, et un certain nombre de compatriotes

issus de l'immigration, qui peuvent rencontrer des difficultés

supplémentaires. Il y a, dans les quartiers, besoin d'un effort tout à

fait spécifique car le chômage y est plus important. Le Contrat

nouvelle embauche est ouvert à tous, quel que soit l'âge. En ce qui

concerne les discriminations, il y a des initiatives qui sont prises.

Mais c'est la responsabilité de chacun dans notre société. Nous voulons

que les sanctions soient fortes contre les discriminations. C'est le

rôle de la Halde. En 2006, nous nous sommes engagés à faire reculer ces

discriminations, et que chacun soit reconnu en fonction de ses mérites.

NACL : Le Contrat nouvelle embauche est une vaste fumisterie qui ne

profitera qu'aux patrons une fois de plus. Pensez-vous qu'il faille 2

ans à un patron pour savoir s'il va garder un salarié ? Il n'en a rien

à faire car seule la rentabilité compte.

Dominique de Villepin : Justement, je voudrais dire que, même si je

comprends son scepticisme, car cela fait vingt ans que la situation est

inacceptable. Mais c'est pour cela que je pense qu'il faut agir.

L'action, c'est de nous doter d'outils qui permettront de changer les

choses. Le CPE est un contrat de confiance entre un employeur et un

salarié. Je ne crois pas qu'une entreprise, qui a décidé d'accompagner

un jeune pendant deux ans, je ne pense pas que aura intérêt à l'écarter

une fois qu'il sera formé. Quand vous avez formé quelqu'un, vous ne

l'écartez pas du jour au lendemain. Le CNE nous donne déjà des

indications. Dans la majorité des cas, les contrats ne sont pas rompus,

l'expérience continue. Dans les très petites entreprises, cela dépend

beaucoup de l'activité de l'entreprise, des perspectives. Pour les

grandes entreprises, le fait de bénéficier de plus de souplesse ne

jouera pas contre le salarié, mais je crois que nous aurons un

engagement très fort sur ces contrats.

Cachou : Je suis actuellement au chômage, puis-je bénéficier du contrat

nouvelle embauche pour les plus de 50 ans ?

Dominique de Villepin : Le CNE est ouvert à tous les salariés, quel que

soit leur âge, dans les entreprises de moins de vingt salariés. Il est

tout à fait possible de postuler pour ces contrats, ils sont ouverts.

brige33 : Mr. le Premier ministre, qu'en est-il du pacte senior qui

donnerait aux personnes de plus de 50 ans accès à la fonction publique

? Cela était prévu en 2006. Nous les quiquas sommes au bord de la

route, avons encore des enfants à charge, et dans le privé plus

personne nous embauche malgré nos compétences. Merci.

Dominique de Villepin : C'est vrai, et cette situation est tout à fait

inacceptable. C'est pour cela que nous sommes mobilisés, car quand on a

plus de 50 ans, on a acquis une expérience, on a un parcours qui doit

être non seulement reconnu, mais utilisé.

Or, dans notre pays, on part trop tôt du marché de l'emploi. On y

rentre trop tard et on en part trop tôt. Chacun doit avoir sa place sur

le marché du travail, il ne doit pas y avoir de discriminations, et

nous voulons mettre à profit l'expérience de ceux qui ont déjà occupé

des fonctions. C'est pour cela que dans quelques semaines, la

conférence nationale pour l'emploi des seniors se tiendra.

marie33 : J'ai plus de 26 ans et moins de 55 ans, et... pas de travail.

Rien de prévu entre ces 2 âges. De plus je suis veuve de postier et je

n'arrive pas à avoir un emploi à La Poste. Et bien entendu, vous ne me

répondrez pas ou « à côté ». Vrai que je ne suis pas essentielle...

Dominique de Villepin : Chacun est essentiel dans notre pays, car

chacun peut apporter son énergie, sa passion, donc je voudrais dire à

Marie que, bien évidemment, nous voulons l'accompagner, comme chaque

Française et chaque Français. Le Service public de l'emploi est là pour

répondre à ces exigences. A l'ANPE, elle trouvera un conseiller qui la

suivra, qui pourra dire, à chaque étape, ce qu'il convient de faire.

L'ANPE est aujourd'hui en mesure de répondre aux besoins, et de le

faire sur une base mensuelle, avec toujours le même conseiller pour

faire le point. C'est l'idée que chacun peut être accompagné, peut

bénéficier d'une main tendue. C'est vrai dans beaucoup de domaines, et

c'est vrai en matière d'emploi. On a besoin d'être rassuré sur ses

capacités. Nous sommes dans une société où de nouveaux emplois sont

créés. Les services à la personne sont une mine. Je suis sûr qu'elle

trouvera une réponse.

Loïc : Dans quelle mesure l'adoption du CPE permettra-t-elle une

meilleure embauche des jeunes alors qu'elle semble favoriser une

flexibilisation du travail à l'anglo saxonne et donc précariser la

situation des jeunes devant leur première entrée dans le monde du

travail ?

Dominique de Villepin : Il ne s'agit certainement pas de précariser les

jeunes, bien au contraire, mais de leur mettre le pied à l'étrier, de

leur permettre de rentrer plus rapidement sur le marché de l'emploi.

C'est pourquoi nous avons pris une série de mesures qui se situent sur

le parcours de l'emploi : mesures pour améliorer la formation, pour

favoriser l'alternance, etc. Le CPE raccourcit la période de

consolidation. Si vous avez par exemple fait six mois de stage dans

l'entreprise, six mois de CDD, la période de consolidation de l'emploi

ne sera plus que de douze mois, vous aurez déjà fait la moitié du

parcours.

Laurent de Nancy : Bonjour. Je suis routier, marié, 3 enfants. Je

voudrais acheter une maison. Comment puis-je faire avec le contrat

nouvelle embauche que l'on m'a proposé ? Car dans un an j'aurais 40 ans

et il sera trop tard pour solliciter une banque, étant donné que la

période d'essai est de 2 ans.

Dominique de Villepin : Les banques, je le dis très clairement, à

travers la Fédération bancaire française, se sont engagés à considérer

le CNE, et le CPE, comme des CDI classiques. Le CPE prévoit un certain

nombre de garanties spécifiques : c'est vrai pour le préavis,

l'indemnité de rupture, et pour l'indemnisation du chômage qui sera

possible après quatre mois de travail. Ce qui n'existe pas jusqu'à

aujourd'hui. Donc ce sont des garanties et des nouveautés que nous

proposons. Ce ne sont pas des contrats précaires.

Jano : Le fait de généraliser les contrats précaires ne va-t-il pas

empêcher l'accès à la propriété des ménages si les banques refusent de

prêter de l'argent à des personnes en contrat nouvelle embauche ?

Dominique de Villepin : Les banques, à travers l'engagement qu'elles

ont pris et le système Locapass qui apporte des garanties pour la

location d'un logement, sont autant de preuves tangibles de ce que ces

contrats permettront aux jeunes de trouver des réponses concrètes.

Lily : Il y a actuellement une baisse de chômage de 9,5 %, soyons

réaliste tous ceux qui quitte le chômage se retrouve au RMI ! ! !

Trouvez-vous cela normal ?

Dominique de Villepin : Ce n'est pas parce qu'on est au RMI que l'on

n'est plus compté comme chômeur. Il y a environ 400 000 personnes dans

ce cas. Nous sommes tout à fait mobilisés pour que ces personnes

retrouvent une activité. Il faut qu'il y ait une incitation, une

différence pour qu'on s'engage à retrouver une activité. Nous voulons

mieux accompagner les bénéficiaires du Rmi pour retrouver un emploi.

ZYKx : Etes-vous sur que l'ANPE fait bien son travail ?

Dominique de Villepin : Je vais régulièrement le vérifier sur le

terrain. La mobilisation des agents de l'ANPE est totale, ils

s'impliquent très fortement. La garantie, c'est ce suivi personnalisé.

Quand vous rencontrez tous les mois une personne qui aspire à avoir un

emploi, vous vous engagez auprès d'elle. Si vous voyez quelqu'un tous

les ans ou tous les deux ans, vous redécouvrez la personne. Si vous

avez rendez-vous avec quelqu'un tous les mois, vous le connaissez, vous

connaissez ses qualités, et vous vous engagez beaucoup plus fortement.

L'engagement de l'ANPE est important, et je salue ces agents ce soir.

Max : Que comptez-vous faire pour augmenter la part des actifs occupés

chez les plus de 50 ans ?

Dominique de Villepin : C'est effectivement un point très important.

Nous devrons présenter, dans les semaines à venir, un plan national

d'action concerté, qui fera suite à la négociation menée par les

partenaires sociaux. Il devrait comprendre quatre grandes lignes. La

première : faire évoluer les mentalités sur les seniors. Ils ont un

savoir-faire, une expérience, un dynamisme qu'il faut reconnaître et

utiliser. C'est l'intérêt de notre économie. L'évolution démographique

fait que nous avons besoin de tous sur le marché de l'emploi, de plus

d'activité. 2e ligne d'action : tout faire pour que ceux qui ont un

emploi et plus de 50 ans le gardent le plus longtemps possible. 3e axe

: tout faire pour favoriser le retour à l'emploi de ceux qui n'en ont

pas. Enfin, aménager les fins de carrière pour donner plus de liberté

de choix à ces seniors.

Max : Comment comptez-vous résoudre le problème des stages non

rémunérés que les jeunes actifs sont obligés de saisir, alors qu'ils

ont fini leurs études ? Ne pensez- vous pas que ce phénomène prend

parfois la forme d'un nouvel esclavagisme ?

Dominique de Villepin : C'est vrai, c'est une grande préoccupation pour

beaucoup de jeunes dans notre pays, mais aussi pour leurs parents et

leurs grands-parents. Ils ont un sentiment de fragilité et de

précarité. Nous voulons préserver la possibilité de ces stages, qui

sont nécessaires pour découvrir la vie professionnelle, mais nous

voulons mieux les encadrer. Au bout du 3e mois, ces stages seront donc

obligatoirement rémunérés. J'ai demandé à Gilles de Robien et à Gérard

Larcher de préparer une Charte des stages, pour que les obligations de

chacun soient fixées et éviter ainsi les abus. Enfin, quand on fait un

stage, on doit reconnaître cet acquis. Le stage doit donc pouvoir

s'inscrire dans le parcours professionnel du jeune. Il faut que des

règles soient fixées et respectées.

Véroarmor : Bonjour Mr Villepin, j'ai 35 ans et ça fait 10 ans que je

galère pour trouver un emploi stable et durable. Aujourd'hui j'ai le

ras-le-bol des petits contrats. On parle des jeunes et des seniors. Que

souhaitez-vous faire pour vaincre le chômage des 24/49 ans ? Quelle

solution proposez-vous ?

Dominique de Villepin : Notre mobilisation vaut pour tous. Nous avons

fait un effort spécifique, dès le début de l'action du gouvernement,

sur les très petites entreprises, ce qui concerne les salariés de tous

les âges. Nous faisons aujourd'hui un effort spécifique sur les jeunes,

car leur situation est particulièrement difficile. Notre volonté c'est

bien sûr de répondre aux besoins de tous. L'action gouvernementale et

la mobilisation de l'ensemble des acteurs commencent à donner des

résultats. Quand je suis arrivé à Matignon, nous étions à 10,2 % de

chômage. Aujourd'hui nous sommes à 9,5 %. Nous avons réussi à avoir

approximativement 180 000 demandeurs d'emploi en moins. Nous

progressons, et cela va continuer, car tout le monde se mobilise et se

donne du mal. Pour ceux qui ne sauraient pas comment s'orienter, un

véritable service public de l'emploi permettra à chacun de se

déterminer vers un métier en connaissance de cause. Nous avons aussi

développé dans les ANPE des plate-formes de vocation. C'est une

démarche qui vise à reconnaître les qualités de chacun porte à lui,

pour lui permettre de réussir.

Abillon : Bravo à vous et à votre gouvernement car enfin ça bouge... Je

désirerais savoir si vous envisager des mesures pour les chômeurs de

plus de 55 ans qui encore en forme ne demandent qu'à transmettre leur

savoir aux jeunes.

Dominique de Villepin : Merci de ces encouragements, ils me vont droit

au c?ur. La négociation menée par les partenaires sociaux sur les

seniors a permis d'envisager la création d'un nouvel outil, un contrat

spécifique pour les seniors, de 18 mois renouvelable, à partir de 57

ans. Nous sommes très soucieux de prolonger l'activité des seniors car

nous avons besoin d'eux.

Françoise (29 Finistère) : Je trouve curieux qu'en France, les

formations techniques (apprentissage-CAP/BEP, etc...) souffrent d'une

image de marque déplorable. J'ai une formation technique CAP et j'ai

toujours réussi.

Dominique de Villepin : Je suis 100 fois d'accord avec Françoise.

L'apprentissage n'a pas encore tout à fait la bonne image qu'il devrait

avoir. C'est un atout formidable, la garantie pour chacun de la

connaissance privilégiée d'un métier. Nous devons donc l'encourager.

Les choses sont en train de changer. Pendant des années, on orientait

vers l'apprentissage ceux qui avaient le plus de difficultés à l'école.

Aujourd'hui, on voit des premiers de la classe s'orienter vers

l'apprentissage par choix. C'est la preuve que quelque chose change. «

L'apprentissage a changé, c'est le moment d'y penser », dit le slogan

de la dernière campagne sur ce thème. Cela montre bien à quel point cet

apprentissage répond aux attentes de chacun. C'est pour cela que j'ai

proposé une réforme de l'apprentissage, un accès à partir de 14 ans,

tout en gardant le lien avec l'école. Cela n'empêche pas le jeune de

poursuivre son parcours scolaire s'il le veut. L'apprentissage est un

moyen de toucher du doigt la réalité professionnelle. Un certain nombre

d'entre nous ont besoin de cela pour avoir le « déclic ».

L'apprentissage est un moyen de donner une chance supplémentaire à ces

jeunes, de découvrir un métier, et qu'ils peuvent réussir.

Merci à tous.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 8 février 2006

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