Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, à RMC le 13 février 2006, notamment sur la liberté d'expression et l'Islam, la lutte contre le terrorisme, la politique de l'immigration "choisie", la crise des banlieues, les violences au sein du couple et à l'école, l'homoparentalité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, à RMC le 13 février 2006, notamment sur la liberté d'expression et l'Islam, la lutte contre le terrorisme, la politique de l'immigration "choisie", la crise des banlieues, les violences au sein du couple et à l'école, l'homoparentalité.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président;

ti : PREMIERE PARTIE

JEAN-JACQUES BOURDIN - Nicolas SARKOZY, bonjour.

NICOLAS SARKOZY - Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN - Merci d'être avec nous ce matin, alors question directe, je me réserve trois, quatre questions ensuite je vous laisse avec les auditeurs de RMC, des policiers antiterroristes ont-ils oui ou non torturé des suspects lors des enquêtes sur les attentats terroristes de 95 ?

NICOLAS SARKOZY - Ecoutez, je suis stupéfait de ce qui a été dit, je ferais quelques remarques, la première c'est que je m'étonne que des faits aussi graves n'aient pas été dénoncés compte tenu du nombre de personnes qui ont participé aux interrogatoires, nous sommes 11 ans après, personne n'en a jamais entendu parler, première remarque. Deuxième remarque, les témoignages cités sont parfaitement anonymes et franchement il faut faire attention à l'honneur des gens sur la base de l'anonymat, si des gens ont des choses à dire et surtout de cette gravité, qu'ils le disent. Troisième remarque, dès que j'ai été saisi de ces faits qui se sont passés bien avant que je ne sois ministre de l'Intérieur, j'ai déclenché une enquête de l'inspection générale de la police nationale, cette enquête est en cours, je publierais tous les éléments de cette enquête. Alors de deux choses l'une, soit les faits sont avérés et dans ce cas là il y aura des sanctions, soit il s'agit de calomnies et dans ce cas là, je me réserve de déposer plainte pour protéger l'honneur de gens qui ont fait un travail, qui ont permis de sauver des vies.

JEAN-JACQUES BOURDIN - NICOLAS SARKOZY, les caricatures, est-ce que l'Islam a été agressé selon vous ? Oui ou non ?

NICOLAS SARKOZY - Moi, je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure et nous n'avons pas à adapter nos règles parce que nos règles c'est d'abord la liberté aux contraintes de tel ou tel. Pour autant je considère qu'il y a eu des provocations gratuites qui ont pu blesser, ce qui a compliqué les choses au lieu de les faciliter. La caricature lorsqu'elle est un des éléments du débat démocratique, elle est utile, ou en tout cas moi qui suis si souvent caricaturé, c'est sans doute un mal nécessaire. En l'occurrence compte tenu de la tension qui existe dans le monde je trouve qu'il faut que chacun sache faire preuve de responsabilités.

JEAN-JACQUES BOURDIN - Vous avez vu ce rappeur Alibi MONTANA qui va sortir un disque qui vous interpelle ? Nicolas, t'ouvres ta gueule, tu fais chier pour rien, tu fais la racaille, putain personne te craint, le bitume t'a montré qu'il ne faut pas l'insulter, continue ce bras de fer et tu vas te faire buter ?, vous avez vu ça ?

NICOLAS SARKOZY - Oui ce monsieur est un monsieur très élégant, charmant. J'ai vu également qu'il avait un passé judiciaire puisqu'il était dit dans le journal qu'il avait été pris dans une affaire d'homicide volontaire. Franchement ce n'est pas une relation habituelle pour moi, mais enfin s'il pense que ses menaces m'impressionnent en quoi que ce soit, lui aussi pourra avoir à en rendre compte devant la justice. Il ne faut pas confondre ce qu'est la liberté et ce qu'est la vulgarité, en l'occurrence c'est de la vulgarité et c'est de la menace, je dois la vérité de dire que je suis étonné qu'un grand journal donne la parole à un monsieur de cette nature.

JEAN-JACQUES BOURDIN - Le Journal du Dimanche hier. Doit-on faire apparaître l'origine des délinquants dans les statistiques de la police ?

NICOLAS SARKOZY - Oui, il faut faire de la transparence, il n'y a aucune raison?

JEAN-JACQUES BOURDIN - Vous y êtes favorable ?

NICOLAS SARKOZY - Il n'y a aucune raison de dissimuler un certain nombre d'éléments qui peuvent être utiles à la compréhension de certains phénomènes.

JEAN-JACQUES BOURDIN - J'ai une dernière question, elle émane d'un auditeur, avant de vous laisser avec les auditeurs NICOLAS SARKOZY, il s'appelle Guy, il habite la Gironde, franchement je pense que l'entretien est préparé, je n'ai pas confiance, qu'est-ce que vous avez envie de lui dire ?

NICOLAS SARKOZY - Franchement Guy, peut-être que vous n'avez pas confiance, mais il faut, c'est inutile sur ce sujet là, je n'ai pas vu monsieur BOURDIN avant, je ne sais pas comment ça se passe, c'est la première fois que je viens dans ces locaux. Et puis d'ailleurs, je n'ai donc rien préparé, enfin avec monsieur BOURDIN, et d'ailleurs si c'était préparé, ça se sentira, à vous de juger à la fin, vous verrez bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN - Bien Nicolas SARKOZY avec nous, il est 8h30, rappel des infos.

///

JEAN-JACQUES BOURDIN - Nicolas SARKOZY est donc avec vous, je vous laisse Nicolas SARKOZY avec les auditeurs de RMC. Je m'efface, allez-y.

NICOLAS SARKOZY - Bonjour eh bien je suis Nicolas SARKOZY, je prends provisoirement la place de Jean-Jacques BOURDIN, ce matin, je suis en direct avec vous sur RMC, jusqu'à 9h30. J'attends toutes vos questions au 3216 et vos mails sur le site RMCINFO.FR, je sais qu'il y a beaucoup d'appels alors si vous le voulez bien, on commence tout de suite avec Naima. Bonjour Naima.

NAIMA - Bonjour monsieur le Ministre. Voilà au sujet des caricatures du prophète Mahomet, vous avez défendu le droit à l'expression. Que dites-vous de la plainte du conseil français du culte musulman contre la presse française ? Et si vous êtes pour la liberté d'expression, pourquoi alors avoir interdit le livre de Cécilia SARKOZY ?

NICOLAS SARKOZY - Alors merci de ces deux questions Naima. D'abord je pense que le CFCM a tout à fait le droit, il est tout à fait légitime qu'il dépose plainte devant les tribunaux. Je suis Naima pour la liberté d'expression, mais qui dit que la liberté d'expression a dépassé certaines limites, c'est le droit, c'est le tribunal, c'est la justice. Ce ne sont pas les religieux, quelles que soient les religions. Donc si on pense?

NAIMA - Mais si les religieux étaient touchés vraiment au fond de leur c?ur ?

NICOLAS SARKOZY - Si les religieux sont touchés, ce que je peux parfaitement comprendre, ils déposent plainte et la justice dira, oui, ou non, est-ce que ça a été trop loin ? Et pareil sur le livre concernant Cécilia, je n'ai rien interdit du tout, la meilleure preuve que je n'ai pas interdit, c'est que le livre est sorti. Mais Naima, je ne suis pas un citoyen qui a plus de droit que les autres, et pas moins de droit que les autres. Je considère que si ma vie privée est bafouée, j'ai moi aussi le droit d'aller devant le tribunal pour dire, est-ce qu'on a été trop loin ou pas ? En l'occurrence d'ailleurs, Naima juste un mot, en l'occurrence d'ailleurs, je n'y ai pas été.

NAIMA - L'amalgame se fait sans aucun doute, ce qui n'est pas le cas d'en rajouter.

NICOLAS SARKOZY - Alors Naima sur l'amalgame, j'ai été celui, peut-être le plus qui ait défendu le droit des musulmans à vivre leur religion. J'ai été celui qui le plus ait défendu leurs droits à pratiquer leur religion dans des mosquées qui ne soient pas des caves et des garages. Mais je dis aussi les choses comme elles sont, chacun doit accepter la part de critique et la part de caricature, Naima, vous ne le répétez pas ; mais ça s'appelle la démocratie. Et dans la démocratie, il y a des choses qu'on dit qui ne sont pas toujours très facile à entendre, j'en sais quelque chose.

NAIMA - Les musulmans dans cette caricature ont été caricaturés de terroristes.

NICOLAS SARKOZY - Non mais faire l'amalgame entre l'islamisme et le terroriste, c'est scandaleux, il n'y a aucun amalgame à faire, c'est d'ailleurs les terroristes qui cherchent à faire cet amalgame, je le combats. Naima, je suis désolé, mais il y a tellement de questions, je vais me faire attraper après si je ne dialogue qu'avec vous. On va croire que c'est arrangé. Bonjour Thierry.

THIERRY - Oui, bonjour monsieur le Ministre. Voilà moi j'ai une question à vous poser, ma femme est macédonienne, elle a fait ses études en France, elle possède deux appartements et à la fin de ses études, on lui a dit madame, rentrez chez vous. Voilà moi j'aimerais savoir, sous quels critères ont va prendre des immigrés en France ?

NICOLAS SARKOZY - Thierry, si votre épouse est bien votre femme, il n'y a aucune raison qu'elle quitte le territoire français.

THIERRY - A l'époque, elle ne l'était pas monsieur le Ministre.

NICOLAS SARKOZY - Vous étiez marié ?

THIERRY - Non pas encore monsieur le Ministre, elle avait quand même?

NICOLAS SARKOZY - Est-ce qu'elle avait déposé un dossier ?

THIERRY - Bien sûr monsieur le Ministre, elle a Bac plus 5, elle parle 8 langues et à la fin de ses études, on lui a dit, madame au revoir et à côté on a pris un plombier polonais, je m'excuse de l'expression, mais c'est le cas, donc je ne comprends pas, est-ce que la France devient une légion étrangère ou pour devenir français, on n'a qu'à faire des petites études parce que la France a besoin d'une main d'?uvre à petit niveau, on va rester français, et plus on fait d'études, moi on aura de chance d'être en France, monsieur le Ministre.

NICOLAS SARKOZY - Thierry, c'est exactement pour cela que j'ai décidé d'un nouveau projet, avec la création d'une carte d'étude pour les étudiants, les talents et les compétences, comme vous le savez je suis pour l'immigration, mais l'immigration choisie et pas une immigration subie. Qu'est-ce que je veux ? C'est qu'en France, puissent venir tous ceux dont nous avons besoin, tous ceux qui doivent faire leurs études en France pour apprendre le Français et diffuser après la connaissance dans le monde, donc un cas comme celui de votre épouse qui est Bac plus 5, on l'accueille bien volontiers, ça ne pose aucun problème. Et je trouvais voyez-vous que jusqu'à présent, on était trop sévère avec des cas comme votre épouse, et par ailleurs on restait les bras ballants devant un certain nombre de clandestins amenés par des filières criminelles sans scrupule. Je ne veux pas d'une immigration subie, je veux que la France comme toutes les autres démocraties puisse choisir les étrangers qui vivront sur notre sol. C'est ce que font les Etats-Unis, c'est ce que font les Anglais, c'est ce que font les Canadiens, il n'y a aucune raison que nous, on doive subir et pas choisir. Donc votre femme rentre exactement dans le cadre de ceux à qui je veux donner des nouveaux droits.

THIERRY - Mais ma femme ne trouve pas de boulot, monsieur le Ministre. Elle est trop diplômée justement pour la France, elle a trop de diplômes. Elle ne trouve pas de travail parce qu'elle est trop diplômée, par contre on va prendre des gens qui font la main d'?uvre, des maçons, des choses comme ça, eux trouvent du boulot plus facilement.

NICOLAS SARKOZY - Je ne pense pas que quand on est trop diplômé, on ne trouve pas de travail, mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse, que je lui trouve un travail ?

THIERRY - Non, monsieur le Ministre.

NICOLAS SARKOZY - Bien joué, dans ce cas là écoutez, donnez votre adresse au standard, je vous donnerais un coup de main, mais enfin on ne peut pas dire que parce qu'on a beaucoup de diplômes, on ne trouve pas de travail. Je ne sais pas qu'elle est la formation de votre épouse, ce que je souhaite également c'est que les immigrés qui viennent en France soient d'abord une immigration du travail. Nous ne pouvons pas accueillir tous ceux à qui nous n'avons ni logement, ni travail à offrir. Et 5 % des étrangers aujourd'hui seulement, c'est l'immigration du travail, toute l'autre immigration, c'est une immigration familiale, ce qui fait qu'aujourd'hui on a des drames avec des gens qui n'ont ni logement, ni emploi. Compte tenu de ce qu'est la situation de l'emploi en France, on doit réfléchir à cela également. Merci Thierry. J'appelle Danièle, bonjour Danièle.

DANIELE - Bonjour monsieur le Ministre. Alors voici ma question. N'avons-nous pas suffisamment de diplômés au chômage ou en situation précaire pour faire appel à des diplômés étrangers ?

NICOLAS SARKOZY - Ecoutez le problème est assez simple, on a 2 300 000 chômeurs et en face il y a 500 000 offres d'emplois qui ne sont pas satisfaites, parce qu'il y a un certain nombre de nos compatriotes qui soit n'ont pas la formation, soit n'ont pas la volonté d'exercer certaines responsabilités. Vous savez je suis pratiquement tous les jours sur le terrain, et tous les jours je vois des restaurateurs, des entrepreneurs du bâtiment, des artisans qui me disent, on ne trouve pas de gens pour travailler, et il faut savoir que chaque fois que quelqu'un trouve un travail, c'est un peu de croissance en plus pour l'ensemble de la société française. Donc il ne s'agit pas de faire venir des étrangers pour prendre le travail des Français, il s'agit d'être un pays ouvert qui accueille les travailleurs dont nous avons besoin. Et je voudrais vous faire réfléchir à ça Danièle, les sociétés qui meurent, ce sont les sociétés qui meurent de la consanguinité, et de la fermeture. Ce ne sont pas les sociétés qui sont ouvertes et si je veux cette politique, c'est parce que encore une fois je ne veux pas subir une immigration qui fait des fabriques à clandestins. J'essaie de contrôler les choses. Eh bien quand il n'y a personne en France pour exercer un certain nombre de travaux, je pense par exemple aux travaux saisonniers dans l'agriculture, il n'est pas anormal qu'on fasse venir ceux qui ainsi pourront suppléer l'absence de travail des français. Merci Danièle. J'appelle Jean. Allô Jean ? Si Jean n'est pas là alors j'appelle Laurence.

JEAN - Si, si Jean est là. Jean est là, rassurez-vous.

NICOLAS SARKOZY - Excusez-moi, vous pouvez y aller Jean, on vous écoute.

JEAN - Bonjour monsieur le Ministre.

NICOLAS SARKOZY - Bonjour Jean.

JEAN - Je voudrais savoir pourquoi Algérien et Tunisien ont des facilités d'installation en France qui sont refusées par contre aux autres ressortissants étrangers. Si cela dépend des accords internationaux, j'aimerais savoir si ces accords reposent sur une saine réciprocité et si elles ont tangibles ou limitées dans le temps, merci ?

NICOLAS SARKOZY - En ce qui concerne les Algériens, c'est du au fait que l'Algérie était, il y a 50 ou 60 ans un territoire français qui a des accords internationaux, que l'Algérie est à 800 kilomètres du territoire français et que jusqu'à présent ces accords n'ont pas posé de problème. Ils sont la négociation de traités, traités que j'ai découvert en devenant ministre de l'Intérieur et qui sont le produit de l'histoire, l'histoire commune, l'histoire partagée, entre l'Algérie et la France. Et je vais vous dire qu'à ma connaissance ça ne pose pas de problème. Merci Jean. Ecoutez RMC, il est 8h41, merci pour vos appels au 3216. Je suis donc Nicolas SARKOZY, je suis avec vous jusqu'à 9h30. A tout de suite, dans un instant vous avez la météo et puis si vous le voulez bien, on se retrouve pour parler ensemble politique. J'imagine que vous avez des questions. Vous le voyez rien n'est préparé, continuez de m'appeler au 32 16. A tout de suite sur RMC.

NICOLAS SARKOZY - Bonjour je suis Nicolas SARKOZY, on est sur RMC, et je voudrais donner la parole à Jean-Baptiste. Bonjour.

JEAN-BAPTISTE - Bonjour monsieur le Ministre. Voilà durant ce qu'on a appelé la crise des banlieues à l'automne dernier, vous aviez promis à la télévision de vous rendre chaque semaine dans un quartier pour disiez-vous y ramener la paix. Je voudrais savoir si vous le faisiez, manifestement non, et pourquoi donc ?

NICOLAS SARKOZY - Jean-Baptiste, je vous remercie de cette question, mais moi je vous invite bien volontiers, mais j'étais il y a 15 jours au quartier de la Butte Rouge au Havre, et la semaine dernière, j'étais dans les quartiers à Montbéliard et à Belfort. La semaine prochaine, j'y serais encore, je vous fais une proposition, Jean-Baptiste, si vous voulez voir comment ça se passe, je vous emmène. Vous laissez votre adresse au standard et vous viendrez avec moi. Je voudrais vous dire que j'ai fait 47 déplacements dans les quartiers, j'essaie de le faire d'une façon systématique pour rencontrer les gens. Ce n'est pas toujours simple parce que je ne veux pas non plus donner une tribune, à un certain nombre de gens qui ne cherchent que la pagaille. Mais croyez moi je sus plus à l'aise sur le terrain que dans mon bureau. Mon boulot, c'est d'être sur le terrain. Alors voilà l'invitation vous est faite, vous laissez vos coordonnées au standard de RMC, et comme ça vous verrez que sur le terrain, j'y vais.

JEAN-BAPTISTE - Avec plaisir.

NICOLAS SARKOZY - Et puis merci d'avoir posé cette question parce que vous savez, ça fait beaucoup dans l'éloignement de la politique et des gens. Vous imaginez parfois qu'on prépare tout, que tout est aseptisé, que nous, on est protégé, qu'on ne voit pas la vraie vie, et bien moi je ne demande pas mieux, que vous voyez ce qu'est mon boulot, comment ça se passe, ce que je dois faire et comment je dois assumer les choses ? Croyez bien et quelles que soient vos opinions politiques, ce qui est important c'est que vous compreniez la difficulté des responsabilités qui sont les miennes. Et quand vous dites qu'on a appelé la crise des banlieues, c'était vraiment une crise, et c'était une crise extraordinairement difficile à gérer. Et mon honneur et ma fierté, c'est qu'on l'a géré sans qu'il n'y ait eu un seul mort du côté des émeutiers et du côté des forces de l'ordre. 25 nuits d'émeutes, je peux vous dire que ça n'a pas été une partie de plaisir. Bastien, bonjour Bastien.

BASTIEN - Bonjour. Je voulais vous demander en fait si vous n'aviez pas un peu l'impression de faire de la peur par rapport à l'insécurité, votre fonds de commerce ? Et que répondriez-vous aux déclarations de Jean-Marie LE PEN vendredi sur une autre antenne, qui dit de vous, il se ? lepénise ? le petit ?

NICOLAS SARKOZY - Pourquoi le petit ?

BASTIEN - Ecoutez?

NICOLAS SARKOZY - Ecoutez si à chaque fois que LE PEN dit quelque chose, on doit se déterminer par rapport à lui, alors ce n'est pas la peine. Si LE PEN dit, j'aime mieux partir en vacances que de travailler, si je dis j'aime les vacances, je le lepénise. Tout cela est ridicule, ce n'est pas moi qui fait de la peur mon fonds de commerce, je suis ministre de l'Intérieur Bastien, mon boulot, c'est que vous n'ayez pas peur dans la rue, que vous n'ayez pas peur en prenant les transports en commun. Je suis ministre de l'Intérieur, je ne suis pas ministre de la Jeunesse et des Sports. Je suis là pour assurer une réponse à ces questions.

BASTIEN - Oui mais, vous n'avez pas l'impression qu'à l'heure actuelle quand même le débat politique tourne vraiment autour de l'insécurité, de la peur et que des choses beaucoup plus importantes sur l'économie, sur le social devraient être prises en compte sur un fond plus large ?

NICOLAS SARKOZY - Mais Bastien, vous avez tout à fait raison, il faut prendre en compte tout, mais qu'est-ce que ça veut dire le social quand vous habitez en HLM, que vous vous tapez une heure de transport en commun et que vous avez peur de rentrer dans votre HLM et que vous avez peur dans le métro. C'est pas du social ça ? Le social, ce n'est pas simplement de donner des allocations, c'est de faire en sorte que des gens qui n'ont pas les moyens de prendre leur voiture ou qui n'ont pas les moyens de se faire protéger, n'aient pas peur. La première garantie sociale, est-ce que ce n'est pas que chacun puisse vivre tranquillement sans se faire du souci pour ses enfants, pour sa femme ou pour lui-même ? Qu'est-ce qu'on attend du ministre de l'Intérieur ? Qu'il regarde les statistiques exploser. Moi mon boulot c'est de faire cela et je l'assume. Alors simplement c'est vrai, je ne baisse pas la tête devant la pensée unique et je dis les choses telles que je les pense.

BASTIEN - Oui, mais il est vrai que des fois ça donne l'impression d'agiter beaucoup d'épouvantails et de jouer sur cette peur et de justement d'aller vers cette dérive, c'est la facilité à mon goût de jouer sur la peur des gens pour flatter un électorat.

NICOLAS SARKOZY - Vous savez d'abord vous ne flattez rien du tout, d'abord on ne joue pas avec la peur des gens, mais vous savez quand les gens se font brûler leur voiture, mon rôle c'est d'arrêter ceux qui les brûlent.

BASTIEN - Oui ce que je condamne tout à fait, mais par exemple si je dois revenir sur cette période donc dans les émeutes dans les banlieues, il y a quelque chose là aussi qui m'a interpellé tout de suite dan s vos déclarations, c'est suite à ça vous avez mis en avant plus ou moins que les islamistes seraient derrière ça. J'ai trouvé ça assez grave pour quelqu'un de votre responsabilité, de votre autorité de mettre ça en avant. Alors qu'après il a bien été prouvé que c'était juste des émeutes de jeunes.

NICOLAS SARKOZY - D'abord ce n'est pas des jeunes qui brûlent, c'est des voyous, premièrement parce que moi j'en ai assez qu'on dise les jeunes, parce que les jeunes, ça crée les conditions de l'amalgame. Quand on brûle des voitures, quand on balance des boules de pétanques à la figure des policiers ou quand on tire à balle réelle, ce n'est pas des jeunes, c'est des voyous. Deuxièmement, je n'ai jamais dit qu'il y avait un complot islamiste, j'ai dit qu'il y avait des bandes, des bandes organisées qui se considéraient comme propriétaires de leur territoire. Et j'ai dit également qu'il fallait débarrasser un certain nombre de quartiers de ces bandes qui terrorisaient les habitants de ces quartiers. Mais Bastien, franchement, vous seriez ministre de l'Intérieur, c'est aussi ce que vous chercheriez à faire. En tout cas merci de votre franchise. J'appelle Gilles.

GILLES - Bonjour, bonjour monsieur le Ministre.

NICOLAS SARKOZY - Bonjour Gilles.

GILLES - Un avocat disait fin janvier?

NICOLAS SARKOZY - Je suis désolé, je vous appelle par vos prénoms parce que sur l'écran que j'ai en face de moi, c'est que le prénom.

GILLES - C'est très bien. Donc un avocat disait récemment sur RMC qu'il est impossible d'expulser un étranger auteur de délit lors des émeutes de novembre dernier, comment vous avocat de métier, pouvez-vous tenir un discours à l'encontre de la loi ?

NICOLAS SARKOZY - Ecoutez Gilles, si vous aviez à choisir entre cet avocat qui vous a dit ça et moi, je crois qu'il vaut mieux que vous me choisissiez parce que la semaine dernière les tribunaux français ont décidé de l'expulsion d'un Malien qui était en France en situation régulière, et qui alors qu'il était accueilli sur le territoire national n'a rien trouvé de mieux que de participer aux émeutes, le tribunal à ma demande a décidé de l'expulsion, l'expulsion a été exécutée. Si ça a été fait la semaine dernière, c'est que ça peut se faire. La loi existe et le travail du ministre de l'Intérieur, c'est d'appliquer la loi. Quand on est en France, accueilli avec un titre de séjour, on n'est pas là pour mettre la pagaille dans les rues, pour brûler les voitures et pour agresser les forces de l'ordre. Alors il y a encore 6 cas qui vont passer devant les tribunaux et tous ceux qui se sont comportés comme ça, seront expulsés parce que quand on est invité dans un pays, le moins qu'on puisse attendre de la personne invitée, c'est qu'elle respecte la loi. Voilà Gilles. J'appelle Laurent.

LAURENT - Oui, allô. Bonjour monsieur le Ministre. Je vous appelle parce que moi je suis infirmier sapeur pompier volontaire et au début février j'ai soigné des collègues qui ont été victimes d'une agression à Chanteloup-les-Vignes. Ces collègues m'ont parlé de plusieurs dizaines d'individus et moi j'ai été étonné d'apprendre le lendemain que seulement quelques individus ont été arrêtés. Alors pourquoi si peu d'arrestations ? Quel sera le sort de ces trois personnes qui ont été arrêtées et qu'est-ce que vous comptez faire contre l'escalade de ces violences que beaucoup de sapeurs pompiers subissent en intervention et est-ce qu'on va devoir attendre un drame, monsieur le Ministre ?

NICOLAS SARKOZY - D'abord Laurent, les sapeurs pompiers ont fait un boulot extraordinaire, il y a 250 000 sapeurs pompiers en France et sur les 250 000, il y en a 200 000 volontaires, j'ai cru comprendre que vous étiez vous même volontaire ?

LAURENT - Voilà.

NICOLAS SARKOZY - Qui font un travail remarquable et il faut savoir que dans certains quartiers la situation est si explosible que les pompiers n'acceptent de sortir qu'encadrés par la police pour les défendre. Vous vous rendez compte ce que ça représente comme stupidité que de considérer qu'on doive agresser des pompiers qui viennent là pour éteindre des incendies, ou porter secours aux gens dans les quartiers. Alors sur les arrestations, il y a eu 25 nuits d'émeutes, on a arrêté 3200 personnes en flagrant délit et c'est monté jusqu'à 5200 arrestations après avec les conséquences de l'action de la police judiciaire. Mon but, c'est l'impunité zéro. Ceux qui se comportent de cette manière auront à rendre compte à la justice. Justement la nouveauté de ces éléments qui se sont passés en novembre dernier, c'est que pour une fois, il y a eu des arrestations, rendez-vous compte entre 98 et 2002, il y a 25 nuits d'émeutes pas consécutives, mais 25 nuits d'émeutes, zéro arrestation, alors il est évident que quand on peut brûler une voiture sans qu'on vous arrête et sans que vous ayez à en rendre compte, eh bien ça donne des idées aux autres. Eh bien voilà ce que j'essaie de faire, c'est arrêter cette spirale de l'impunité. Yann ?

YANN - Oui, bonjour monsieur le Ministre. J'utilise mon véhicule scooter ou voiture comme beaucoup de monde tous les jours pour mon travail, j'ai mon permis de puis 86, je n'ai eu aucun problème. Mais depuis votre arrivée place Beauvau pas une journée sans croiser vos services de police. Bref, ce n'est pas la sécurité routière mais le racket de l'automobiliste. Un petit exemple, pour avoir dépassé de 10km/heure, la vitesse autorisée à Paris, un point en moins et 322 euros. Si ça ce n'est pas de la tolérance zéro et du tout répressif, voilà donc. Ensuite pour travailler, il va falloir donc aujourd'hui se mettre hors la loi et rouler sans permis comme des milliers de gens. Ma question, monsieur le Ministre, comment comptez-vous aménager ce permis à point, notamment pour les professionnels et les taxis dont je soutiens le mouvement de protestations aujourd'hui ? De plus vous avez invité un auditeur à vous accompagner en banlieue, moi je vous invite à venir avenue Friedland, pas loin de votre bureau, pour voir comment s'organise le racket des automobilistes avec dix policiers qui arrêtent les véhicules, les scooters, les coursiers dans le couloir bus alors qu'il n'y a aucune autre solution de le prendre puisque la voie se rétrécie à ce moment là. Voilà monsieur le Ministre.

NICOLAS SARKOZY - Bon, ça vous a fait du bien Yann ?

YANN - Oui tout à fait parce que vous êtes le seul ministre qu'on ne peut pas interviewer quand on vous appelle, puisque vos services répondent, non, on ne peut pas parler à vos services quand on vous appelle au ministère.

NICOLAS SARKOZY - Ah bon ? Parce que les autres vous les appelez, ils vous répondent Yann ?

YANN - Ils me répondent mais c'est le secrétariat, on ne peut pas parler à vos services.

NICOLAS SARKOZY - Ah bon, eh bien là vous pouvez me parler.

YANN - Voilà c'est pour ça.

NICOLAS SARKOZY - Et puis je sens que vous êtes soulagé alors maintenant moi je vais vous répondre avec la même franchise. J'aimerais que vous me disiez ce que vous en pensez. Quand je suis devenu ministre de l'Intérieur, il y avait 8 000 morts par an sur les routes, 3 000 de plus qu'un pays qui a le même nombre d'habitants que nous, la Grande Bretagne. Alors Yann, réfléchissez, arrêtez d'être agacé, réfléchissez, il y a 3 000 morts de moins grâce à l'action que j'ai engagé de répression contre les assassins de la route, 3 000 morts. Et si parmi ces 3 000 morts, il y avait quelqu'un de votre famille, est-ce que ça ne vous fait pas réfléchir à ça ? Mieux que ça Yann, sur les 3 000 morts, il y a 50 % des victimes qui n'ont rien fait, qui n'ont eu comme seule culpabilité en quelque sorte, que de croiser la route d'un assassin de la route, qui a brisé une vie, 3 000 morts de moins. Eh bien entre les 3 000 morts de moins, Yann et votre agacement, je choisis les 3 000 morts de moins. J'ajoute qu'un grand professeur du service de Garches, vous savez là où on retrouve tous les jeunes, peut-être que, vous êtes jeune, je crois que vous avez 37 ans, là où on trouve tous les jeunes qui se font renverser à moto, ou qui se brisent dans des voitures, pour la première fois depuis deux ans, le service n'est pas plein. Et le professeur de médecine me disait, on a moins de travail. Est-ce que vous ne croyez pas que c'est bien, que de terminer sa vie sur une petite chaise parce qu'on a voulu rouler trop vite ? Eh bien ça c'est mon travail aussi. Alors il y a en 2002, quand on prenait les périphériques parisiens, il n'y a pas une personne qui respectait la limitation de vitesse, maintenant vous prenez les périphériques, ils respectent la limitation de vitesse. Alors ça passe par une action, une action répressive parce que si il y a une règle, elle doit être respectée. Alors je ne nie pas Yann, qu'il peut y avoir des excès, et que parfois on peut vous embêter pour des détails, je le comprends parfaitement et ça m'agacerait autant que vous, mais je vous demande d'être honnête intellectuellement et de comprendre que ce qu'on a fait, c'était utile et pour une fois où les politiques obtiennent des résultats devant un drame qui était celui des accidents de la route, vous devriez m'encourager plutôt que m'attraper. Salut Yann. J'appelle Karim.

KARIM - Oui, bonjour monsieur SARKOZY. Allô ?

NICOLAS SARKOZY - Oui, oui, je vous entends Karim.

KARIM - Oui, je vous appelle en fait pour savoir comment vous réagiriez si on vous refusait un emploi à cause de vos origines et ceux même si vous aviez autant voire plus d'aptitudes qu'un Français de souche, enfin c'est également valable pour les entrées en discothèque par exemple. Et enfin pensez-vous que la France est un pays raciste ?

NICOLAS SARKOZY - Je réagirais très mal, d'ailleurs Français de souche au regard de ce que dit l'autre, moi je m'appelle SARKOZY, ce n'est pas un nom de Français de souche.

KARIM - Oui, mais c'est d'origine européenne monsieur SARKOZY, tandis que je pense que?

NICOLAS SARKOZY - Non, mais j'ai compris, toutes les discriminations sont absolument scandaleuses, celles qui sont fondées sur la couleur, sur le prénom, sur le nom, sur la confession, je les combats avec la dernière énergie. Nous sommes un pays d'égalité et je vais vous dire une chose, je trouve que dans les années passées, on n'a pas été assez sévère avec ceux qui ne respectaient pas la loi, mais on n'a pas été assez généreux avec ceux qui voulaient s'en sortir. Et donc toute forme de discriminations, je la condamne avec beaucoup de forces. Alors est-ce que la France est un pays raciste ? Non, la France n'est pas un pays raciste, mais la France est un pays où il y a du racisme et où il y a de l'antisémitisme et il ne faut aucune tolérance à l'endroit des racistes et des antisémites. Romaric ? Bonjour.

ROMARIC - Bonjour monsieur le Ministre. J'ai une question économie et emploi plutôt, pour vous, pour le président de l'UMP. Pouvez-vous me dire s'il vous plait, les avantages réels du CPE et du CNE par rapport à l'emploi ? Est-ce qu'il ne serait pas plus simple et plus efficace de commencer par baisser les charges patronales et salariales, ce qui aurait plus de chance de doper la croissance et donc de créer de l'emploi, que le CPE ou le CNE à mon goût ? Et est-ce que ça n'inciterait pas en plus nos concitoyens à peut-être un peu moins s'expatrier ?

NICOLAS SARKOZY - Ecoutez le problème est le suivant, et il faut qu'on y réfléchisse tous ensemble. Jamais le droit du travail français n'a été aussi protecteur des droits des salariés français et dans le même temps, jamais les salariés français ne se sont sentis dans une telle situation de précarité. C'est un système perdant, perdant, il faut qu'on essaie autre chose. Et je voudrais vous faire réfléchir à quelque chose Romaric, qu'est-ce qui compte dans la vie ? Ce n'est pas d'être sûr de garder son emploi à vie, personne ne peut vous le garantir, c'est de se dire que si on perd son emploi, on aura une chance d'en trouver un autre. Or qu'est-ce qui se passe jusqu'à présent ? Pardon?

ROMARIC - De commencer par baisser les charges, ça n'aurait pas plus de chance de créer de l'emploi que de faire des contrats qui peuvent amener à des abus si vous voulez ?

NICOLAS SARKOZY - Formidable, bien sûr qu'il faut baisser les charges, mais baisser les charges sans diminuer les dépenses, ça ne peut pas fonctionner. Et donc c'est toute une politique économique différente que je souhaite qu'il soit mis en place. En ce qui concerne le CPE et le CNE, je vous dis juste une chose, essayons, on ne va pas rester immobile avec deux fois plus de chômeurs que les autres, deux fois plus de jeunes au chômage que les autres. Il faut qu'on bouge, il faut qu'on trouve des solutions. Alors de deux choses l'une, soit ça marche et on garde, soit ça ne marche pas et on trouve autre chose. Merci Romaric. Il est 8h58, c'est donc bientôt 9h00. Vous retrouverez Romain DESARBRES pour les Infos. Merci encore pour vos questions au 3216. Continuez, je reste là. Je suis Nicolas SARKOZY, à tout de suite sur RMC.
DEUXIEME PARTIE

NICOLAS SARKOZY - Bonjour je suis Nicolas SARKOZY, je suis en direct sur RMC, prêt à répondre à toutes vos questions. Sacha ?

SACHA - Oui.

NICOLAS SARKOZY - Alors Sacha vous avez 29 ans et apparemment vous êtes responsable de développement dans le secteur de l'immobilier.

SACHA - Absolument. Bonjour monsieur le ministre.

NICOLAS SARKOZY - Alors ça marche bien l'immobilier ?

SACHA - Ah ben écoutez pour l'instant oui.

NICOLAS SARKOZY - Vous arrivez à vous acheter un appartement ?

SACHA - Ca devient de plus en plus dur.

NICOLAS SARKOZY - C'est cher.

SACHA - Ca devient très cher, absolument oui. Mais bon on fait ce qu'on peut.

NICOLAS SARKOZY - Alors votre question Sacha ?

SACHA - Alors j'avais une question donc pour vous monsieur le ministre, si un jour vous êtes élu à l'Elysée, moi j'aurais aimé savoir quelle serait la première mesure que vous prendriez donc en arrivant ?

NICOLAS SARKOZY - Ben Sacha je suis désolé je peux pas répondre à votre question parce que si j'y répondais, ils vont immédiatement tirer la conclusion que je serais candidat et que j'annonce ma candidature. En revanche je peux vous dire ce que je crois nécessaire. Voyez-vous ce qui me frappe, c'est que quand j'étais enfant, j'ai été élevé par mon grand-père et chaque fois il me disait, tu vois, l'avenir sera formidable. Et aujourd'hui je pense dans aucune famille, on ne voit l'avenir comme une promesse mais comme une menace. Et qu'est-ce qu'il faut faire ? C'est essayer de convaincre les Français qu'il y a pas de fatalité et de faire de l'avenir une promesse plutôt qu'une menace. Un espoir. Et ce que je voudrais arriver à faire, c'est le combat politique que je mène, c'est de permettre la réussite à tous ceux qui la mérite. Je veux réconcilier les Français avec la réussite. J'en ai assez qu'on se mobilise uniquement sur ceux qui ne font rien ou qui ne veulent rien faire. Je veux que cette réussite, elle soit possible pour tout le monde, quelle que soit sa race, quelles que soient ses origines, quel que soit le territoire auquel il appartient. Et puis je veux qu'on réhabilite le mérite, le travail, l'effort, la récompense. Bon pour ça c'est pas une mesure et rendez-vous Sacha en 2007. Bonjour David. Et puis après ce sera Philippe DUFREIGNE pour les mails. Mais enfin David d'abord. Ah vous êtes cuisinier, super.

DAVID - Tout à fait monsieur SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY - Vous avez un restaurant ?

DAVID - Non pas du tout, je suis employé à Cannes.

NICOLAS SARKOZY - A Cannes ? Il y a pire hein.

DAVID - Ah oui il y a pire, c'est sûr. Voilà ma question monsieur SARKOZY, est-ce que vous estimez que Jacques CHIRAC à l'heure actuelle, en 2006, est encore capable de gérer la France malgré ses récents problèmes de santé, son âge avancé ?

NICOLAS SARKOZY - La réponse est oui, il est capable de gérer la France. Mais je vais vous dire quelque chose, j'ai pas toujours été d'accord avec le président. Je le vois plusieurs fois par semaine, croyez bien, il est tout à fait en mesure d'assumer ses responsabilités. Je vais vous faire une confidence, on a même rendez-vous tous les lundis à 9 heures. Il y a beaucoup de gens qui parlent, moi je le vois et je peux témoigner que sa capacité est pleine et entière. Merci David pour cette question qui était destinée à faciliter la vie dans les familles et notamment politiques. Alors tout de suite c'est Philippe DUFREIGNE qui est en studio avec vos e mails.

PHILIPPE DUFREIGNE - Bonjour Nicolas.

NICOLAS SARKOZY - Quel âge vous avez, vous ?

PHILIPPE DUFREIGNE - Dites-moi c'est indiscret tout ça ?

NICOLAS SARKOZY - Non mais vous avez pas l'air très âgé.

PHILIPPE DUFREIGNE - J'ai 27 ans bientôt.

NICOLAS SARKOZY - Mon vieux je vous préviens ça passe.

PHILIPPE DUFREIGNE - Ca passe vite ?

NICOLAS SARKOZY - Oui profitez-en.

PHILIPPE DUFREIGNE - On va se dépêcher.

NICOLAS SARKOZY - Et aussi extraordinaire que ça puisse paraître moi aussi, j'ai eu 27 ans.

PHILIPPE DUFREIGNE - Oui mais j'entends bien, heureusement. Alors on va revenir d'abord, petit point très court sur la consultation sms de cde matin sur l'antenne de RMC qu'on propose aux auditeurs. On revient ce matin sur l'enquête de l'inspection générale de la police nationale. Donc 18 policiers anti terroristes soupçonnés d'avoir torturé des suspects lors des enquêtes des attentats de 95. Aux Etats Unis on a lancé un sondage, une grande consultation. Résultat, 61 % des Américains estiment que la torture est justifiée au moins en de rares occasions. Alors on pose la question ce matin aux auditeurs de RMC en France, est-ce que la torture est toujours injustifiable quel que soit le crime commis ? Pour l'instant c'est non 62,4 %, oui 37,6 %. Pour voter RMC oui ou RMC non, envoyez par sms au 6 26 26. Et justement on vous pose la question ce matin Nicolas SARKOZY. La torture est t-elle toujours injustifiable quel que soit le crime commis ?

NICOLAS SARKOZY - La torture est toujours injustifiable pour une raison simple que les auditeurs vont comprendre, c'est qu'on ne combat pas les terrorismes avec les règles du terrorisme. Ce que souhaitent les terroristes c'est de gagner aussi la bataille des idées. Le jour où la démocratie se dévoie en utilisant des méthodes qui ne sont pas démocratiques, les terroristes ont gagné. La démocratie se défend dans le cadre d'un Etat de droit. En respectant des règles. Et la force de la République et la force de l'Etat républicain, c'est de respecter des règles. A la minute où des policiers ne respectent pas des règles, c'est les terroristes qui gagnent. Donc la torture n'est jamais justifiée, justifiable, explicable, tolérable.

PHILIPPE DUFREIGNE - Au 32 16, sur rmcinfo.fr, vous êtes nombreux à faire parvenir des questions. Alors quelques-unes très rapidement et puis après vous reprenez le dialogue avec les auditeurs évidemment. J'ai Paul de l'Isère qui dit ? le 7 février dernier quelques contrôleurs du trafic aérien en grève ont complètement paralysé Orly. Ils ont pris en otage par surprise des dizaines de milliers d'usagers. Que comptez-vous faire si vous êtes élu président de la République pour lutter contre l'abus du droit de grève dans la Fonction, publique ? dit t-il ? en général et dans les transports en particuliers ? ?.

NICOLAS SARKOZY - L'attitude de ces contrôleurs a été particulièrement scandaleuse. C'est se moquer du monde, c'est bafouer le travail des autres. Il n'y a pas de droit sans la contre partie de la responsabilité. C'est bien la raison pour laquelle je suis pour ma part, favorable à un service minimum dans les transports en commun. On n'a pas le droit de prendre les usagers en otage.

PHILIPPE DUFREIGNE - Benjamin de Seine Saint Denis ? bonjour, que répondez-vous à ceux qui disent, si SARKOZY devient président, je change de pays ?.

NICOLAS SARKOZY - Celui qui a dit ça, il avait déjà changé de pays avant alors il faut savoir.

PHILIPPE DUFREIGNE - Et puis Edouard du Maine et Loire, ? discrimination positive, droit du travail, nombre de fonctionnaires, ne trouvez-vous pas que sans aller jusqu'au bout, Dominique DE VILLEPIN vous pique de plus en plus vos idées. Est-ce que vous en gardez sous le coude pour 2007 ? ?.

NICOLAS SARKOZY - D'abord j'en garde plein sous le coude et deuxièmement, je suis assez content que les idées que j'ai avancées il y en a d'autres qui s'en saisissent parce que si je fais de la politique, c'est pour que mes idées soient défendues par le maximum de monde. Je vais pas en plus me plaindre que d'autres les prennent. Alors si ils les prenaient pas, on dirait, ah ben vous êtes seul, vous n'avez pas d'influence. Ils les prennent, tant mieux, disons que je suis la boite à idées comme ça. Merci Philippe. On retrouve les auditeurs de RMC et vos appels au 32 16. Alors j'ai Corinne. Corinne 49 ans, et on me marque comme profession, péripatéticienne.

CORINNE - Allô ?

NICOLAS SARKOZY - Oui Corinne.

CORINNE - Bonjour monsieur le ministre d'Etat. Nous allons parler un peu de prostitution, problème récurrent en France et en Europe si vous le voulez bien, deux minutes. Je pratique cette activité depuis près de 23 ans, sachez que votre loi sur la sécurité intérieure volet prostitution qui était tout à fait nécessaire, est malheureusement appliquée férocement sur le terrain, notamment dans le bois de Vincennes. Les plaintes s'accumulent, les gardes à vue se succèdent. Les humiliations tombent vous savez parce que vous savez que les agissements de la plupart, et surtout certains de vos fonctionnaires, s'apparentent à du harcèlement, voire de la torture morale. Le mot n'est pas assez fort. Bref je ne peux plus exercer. Au mois de mars beaucoup d'entre nous seront expulsées de leur domicile faute de pouvoir payer notre loyer. Et nous allons grossir le rang des sdf. Il y en a assez comme ça je pense. Excusez-moi, je suis un peu émue.

NICOLAS SARKOZY - Mais non Corinne au contraire, je suis très heureux de parler avec vous et puis c'est un témoignage bouleversant que le vôtre. Vous faites cette activité depuis combien de temps ?

CORINNE - Depuis 23 ans monsieur le ministre.

NICOLAS SARKOZY - Et vous trouvez que c'est une activité pour vous ?

CORINNE - Pas tout à fait.

NICOLAS SARKOZY - Vous pensez que faire le commerce de son corps quand on est une femme intelligente, il y a pas d'autres possibilités dans la vie que d'aller se vendre au bois de Vincennes ?Corinne je ne dis pas du tout ça sur un plan moral, je dis simplement que peut-être on peut vivre d'autres choses, en faisant autre chose.

CORINNE - Tout à fait monsieur le ministre. C'est la raison pour laquelle?

NICOLAS SARKOZY - C'est pas un reproche, c'est un dialogue.

CORINNE - Nous sommes en réinsertion mais les réinsertions durent longtemps. IL faut un minimum de 18 mois pour une réinsertion valable, qui tienne la route. Vous comprenez. Et pendant ce temps là, il faut bien qu'on paie nos crédits, nos factures.

NICOLAS SARKOZY - Mais bien sûr Corinne, mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Que je ferme les yeux, que j'accepte que des esclavagistes utilisent des pauvres jeunes filles pour les mettre sur le trottoir ?

CORINNE - Non mais là dessus nous sommes tout à fait d'accord. Moi je fais partie de ce qu'on appelle les traditionnelles. Les traditionnelles qui, nous ne sommes pas sous la coupe d'un proxénète monsieur le ministre.

NICOLAS SARKOZY - Eh bien tant mieux pour vous mais franchement, ça avait pris des proportions invraisemblables. Et je devais moi aussi tenir compte des demandes d'un certain nombre d'habitants de quartiers populaires qui n'en pouvaient plus de rentrer entre deux rangées de prostituées avec les gens derrière qui surveillaient et qui créaient une condition invivable dans le quartier. J'ajoute que pour ma part, je sais bien que la prostitution soulage des misères et des solitudes mais je ne peux pas me résoudre au fait que des femmes comme vous n'aient comme seul objectif ou comme seul avenir que de vendre leur corps. C'est quand même quelque chose de dramatique pour vous. Il y a un autre avenir, il y a d'autres possibilités. Alors Corinne croyez bien que je ne dis pas ça sur un plan moral et croyez bien que je sais que les prostituées sont bien souvent victimes. Mais en même temps, est-ce que je devais laisser faire les choses, ne tenir compte de rien, légaliser cela, organiser des maisons avec une filière pour que des jeunes filles apprennent la prostitution, avec des tarifs ? Non je peux pas m'y résoudre. Ce n'est pas l'idée que je me fais de la femme, ce n'est pas l'idée que je me fais de l'amour, ce n'est pas l'idée que je me fais de l'avenir. Chacun d'entre vous y a droit Corinne, vous n'êtes pas condamnée à vivre de passes au bois de Vincennes. J'ai une autre idée pour vous. Merci Corinne. Sylvain. Vous êtes conducteur routier et vous avez 26 ans.

SYLVAIN - Oui bonjour monsieur.

NICOLAS SARKOZY - Bonjour. Vous habitez en Gironde ?

SYLVAIN - Tout à fait.

NICOLAS SARKOZY - Où ça ?

SYLVAIN - A Bordeaux même.

NICOLAS SARKOZY - Il fait quoi comme temps à Bordeaux ?

SYLVAIN - C'est un peu couvert mais je pense que ça va se dégager. Chez nous il fait tout le temps beau.

NICOLAS SARKOZY - Et vous êtes plutôt Royan ou Arcachon vous ?

SYLVAIN - Non moi j'aime aucun des deux à la base. Je suis plutôt Bretagne.

NICOLAS SARKOZY - Ah bon vous habitez en Gironde mais vous aimez la Bretagne.

SYLVAIN - Les gens sont plus ouverts là bas et puis les côtes sont plus sympathiques quand il y a de la tempête. J'avais une question sur un sujet un petit peu tabou et notamment pour vous visiblement. Monsieur le ministre ne faudrait t-il pas légaliser le cannabis afin de faire chuter la criminalité dans les cités d'une part et par ailleurs, permettre l'élaboration d'une taxe destinée à la Sécurité sociale tout en permettant d'offrir à l'industrie du tabac un marché nouveau pour un produit qui n'est pas plus nocif que l'alcool ? Alors monsieur SARKOZY, vrai libéral ou non ?

NICOLAS SARKOZY - Franchement écoutez Sylvain, d'abord j'ai pas de sujet tabou. Si il y avait des sujets tabous comme j'avais votre question inscrite, je l'aurais pas prise. Il y a pas de sujet tabou. Mais je veux vous faire réfléchir à quelque chose. La France est championne d'Europe de la consommation de cannabis chez les jeunes. Il y a vraiment pas de quoi en être fier. Vraiment pas de quoi parce que moi je pense qu'il n'y a pas de drogue douce. Parce que mot doux avec le mot drogue, il faut choisir. Soit c'est doux et dans ce cas là c'est pas de la drogue. Soit c'est de la drogue et dans ce cas là c'est pas doux.

SYLVAIN - Me permettez-vous de vous faire voir un certain point de réflexion ?

NICOLAS SARKOZY - Bien sûr.

SYLVAIN - Le problème étant c'est qu'en fait, bon à la base on est nombreux à considérer que l'alcool et le cannabis même au niveau des études scientifiques, c'est la même en terme de nocivité. Donc ça il y a pas de souci. C'est vrai que ça fait du mal, personne ne va le critiquer. Maintenant la question étant, c'est que le problème en étant vendu en sous main, un on ne règle pas les problèmes de l'incivilité voire de délinquance qui sont associés. Et d'autre part, on sait pertinemment que même interdit, il sera toujours vendu. Et l'autre part qui est d'autant plus grave, c'est qu'on laisse un problème sanitaire assez grave se faire parce que pour l'instant, il ne reste que coupé par des produits autrement plus nocifs que le cannabis en lui-même. Donc c'est là d'où le danger est tiré parce que quand vous voyez qu'il est coupé à la paraffine, vous avez déjà fumé de la paraffine ?

NICOLAS SARKOZY - Moi non. Non non, je vais décevoir l'orateur de tout à l'heure mais non non je ne suis pas drogué. Mais enfin bon je vais pas m'en excuser non plus. Vous me dites, le cannabis c'est mauvais, l'alcool c'est mauvais, comme on peut pas contrôler il faut faciliter. Donc on peut mettre aussi des distributeurs de cannabis dans les lycées. C'est pas ma conception des choses.

SYLVAIN - Non c'est pas tellement l'idée mais justement monsieur vous craignez pour les lycées, voilà une bonne remarque. Et si on, le vend chez un buraliste, à votre avis est-ce qu'on peut contrôler l'âge de la personne qui peut justement acheter ?

NICOLAS SARKOZY - Non. Je vous dis une chose, je souhaite que les jeunes qui se mettent au cannabis ou qui se mettent d'ailleurs à la cigarette on puisse les envoyer faire un stage dans les hôpitaux pour voir ce que c'est quand on se prend un cancer. Parce que c'est non-assistance à personne en danger Sylvain, tout cela. Parce qu'un jeune qui commence si jeune à fumer, lorsqu'il se retrouvera avec un cancer du poumon, un cancer de la langue ou un cancer de la gorge, il se retournera vers les adultes de l'époque et il leur dira, pourquoi vous m'avez pas dit ça ? Pourquoi vous m'avez pas dit que ça tue ? Pourquoi vous m'avez pas dit que ça ronge de l'intérieur ce crabe épouvantable qu'est le cancer ? En tous cas moi j'ai des enfants et je ne souhaite pas qu'on généralise l'utilisation du cannabis. Je souhaite au contraire qu'on fasse tout ce qui est possible pour éviter que des jeunes se livrent à la consommation de la drogue. Voilà Stéphanie, 32 ans, prof d'éducation physique. Où est-ce que vous êtes prof Stéphanie.

STEPHANIE - En Bretagne, en Ille et Vilaine. Bonjour monsieur le ministre tout d'abord. Moi en fait il y a quelque chose que je trouve consternant, c'est que nous les enseignants sommes formés pour savoir alors qu'on devrait l'être pour transmettre notre savoir. On ignore donc à l'issue de notre formation en fait, comment aborder les élèves d'une manière générale et encore moins la violence de certains d'entre eux. Sur ce point en fait vous répondez par la mise en place d'un policier référent dans quelques établissements. Donc ma question c'est la suivante, ne prenez-vous pas en fait le problème à l'envers en décrédibilisant davantage l'autorité des enseignants et quand serons-nous enfin tous véritablement formés à enseigner seul devant 30 élèves à l'instar de ce qui se fait un petit peu, uniquement je tiens à le préciser, en éducation physique ?

NICOLAS SARKOZY - Ecoutez Stephanie d'abord moi je pense qu'il faut revaloriser fortement le métier d'enseignant qui est un métier extrêmement difficile, que la société devrait considérer beaucoup mieux. Mais je le dis comme je le pense, les enseignants vous êtes pas là pour faire le coup de poing avec vos élèves. J'ai reçu l'enseignante d'Etampes qui a été poignardée par cet individu. C'est un problème pénal. C'est pas un problème d'enseignant. Et j'ai proposé que la police ait un référent qui vienne une matinée ou deux matinées par semaine dans les établissements et quand il y a un problème que vous, les enseignants, vous puissiez vous en ouvrir à un spécialiste qui puisse vous aider. Cette jeune enseignante d'Etampes, elle avait remarqué cet individu depuis le début de l'année. A qui pouvait t-elle le dire ? Au commissariat de police de la ville ? Il fallait qu'en dehors de son travail elle y aille. Elle l'a pas fait. Au commissariat de police de son domicile, à 15 kms de là ? Ca n'a pas de sens. Il y aurait eu un policier qui vienne une fois par semaine, les enseignants airaient pu se confier. Parce que quand on est capable de poignarder son enseignante parce que l'enseignante a convoqué votre mère, c'est pas un problème d'enseignant, c'est un problème pénal. Et j'aimerais qu'on comprenne. Tout le monde me demande des policiers à la sortie de l'école sur le trottoir, pourquoi ces policiers seraient t-ils les bienvenus sur le trottoir et pas à l'intérieur de l'établissement lorsqu'il y a des problèmes de cette gravité et de cette dimension ? C'est pas la seule chose que je propose. Mais je propose cette chose là parce que je n'ai pas l'intention de laisser dériver les choses. La violence à l'école c'est un scandale. Merci Stéphanie. RMC 9 heures 18, ben décidément ça va très vite. Je vous remercie car je sais qu'il y a beaucoup d'appels. J'ai toute une liste devant moi, beaucoup de messages. Alors je suis encore là pour 11 minutes. A tout de suite. (?) Je vous retrouve avec vos appels. Muriel et Eric sont en attente. Et j'accueille Olivier. Olivier bonjour. Vous êtes technicien supérieur en optique.

OLIVIER - Bonjour monsieur SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY - Vous venez de l'Essonne.

OLIVIER - Oui c'est ça. Pour ma part, j'ai l'impression qu'aujourd'hui les professeurs sont obligés de passer plus de temps et d'énergie à faire de la discipline plutôt qu'à enseigner. Seriez-vous favorable à un retour de la discipline à l'école en rétablissant un système disciplinaire à sanction, en relançant par exemple l'idée du port de l'uniforme ou de vêtements unis ou sans marque comme dans certains lycées canadiens ? Et ne faudrait t-il pas trouver de moyens d'action pour responsabiliser les parents dans l'éducation de leurs enfants ?

NICOLAS SARKOZY - Le retour à la discipline, mais bien sûr c'est l'évidence. Nous sommes un pays où les enfants peuvent apprendre, aller à l'école gratuitement. Le moins qu'on puisse attendre de celui qui bénéficie d'un enseignement gratuit, c'est qu'il respecte l'enseignement qui lui est donné. Alors je suis pour des règlements intérieurs dans chaque établissement, que ce règlement intérieur soit signé individuellement par chaque élève et par chaque famille. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire par exemple quand le prof rentre dans la classe, les élèves se lèvent, quand ils ont une casquette ils l'enlèvent. Rien ne peut se faire dans le désordre et je voudrais dire que le discours compassionnel à l'endroit de certains jeunes, c'est en vérité un discours de complicité. Parce que des jeunes qu'est-ce qu'ils demandent aux adultes ? De leur montrer la voie, de leur montrer le chemin, de les organiser avec un système où ils se sentent protégés. Aujourd'hui l'école ne protège pas assez. Muriel ?

MURIEL - Oui.

NICOLAS SARKOZY - Bonjour Muriel vous êtes comptable.

MURIEL - Oui tout à fait.

NICOLAS SARKOZY - Vous nous appelez de l'Hérault.

MURIEL - J'appelle de (coupure son).

NICOLAS SARKOZY - Hérault Montpellier.

MURIEL - Oui tout à fait, Montpellier.

NICOLAS SARKOZY - Parfait, ben il y a d'autres villes dans l'Hérault hein ?

MURIEL - Je suis à Montpellier voilà.

NICOLAS SARKOZY - Vous êtes de Montpellier. Allez y.

MURIEL - Alors donc ma question concerne les violences conjugales. Moi je côtoie personnellement certaines femmes qui (mauvais son inaudible), et je voudrais savoir si il n'était pas temps de mettre en place un dispositif plus répressif pour protéger ces femmes ?

NICOLAS SARKOZY - Oui oui oui et oui. Les violences conjugales c'est un drame. Fort heureusement aujourd'hui les victimes osent en parler et je vais proposer un texte qui va permettre un changement capital. Je ne veux plus que la femme victime de violences conjugales soit obligée de quitter le domicile conjugal. C'est l'agresseur qui doit quitter le domicile conjugal. Une femme battue en pleine nuit, elle n'a d'autres solutions que de quitter le domicile et de laisser ses enfants. Eh bien c'est parfaitement anormal. C'est l'agresseur qui doit s'en aller. La question des violences conjugales est une question capitale. Je vais spécialiser des équipes de la police pour intervenir dans les familles. C'est pas du tout quelque chose que je prends à la légère. C'est un phénomène qui doit s'arrêter, ce n'est pas une question tabou. Il y a trop de femmes aujourd'hui qui sont victimes de violences. Et je le dis comme je le pense, être victime de violences par quelqu'un qu'on connaît ou par quelqu'un qu'on ne connaît pas, on est toujours victime. Etre frappé par son mari ou être frappé par un inconnu, on est toujours une victime et il faut prendre à bras le corps ce problème. Eric.

ERIC - Oui bonjour. Ma question porte sur l'ISF. Est-ce qu'un homme politique comme vous aurez le courage de supprimer l'ISF car c'est un impôt à l'origine où il y a beaucoup de fuites de capitaux. Et ensuite en deuxième, les chefs d'entreprise comme moi passent plus de temps à étudier comment réduire leur fiscalité qu'à créer de l'emploi.

NICOLAS SARKOZY - Oui c'est pas une question de courage dans mon esprit. Moi je ne suis pas pour la suppression de l'ISF, je suis en revanche pour l'adoption d'un système fiscal qui permette de récompenser ceux qui prennent des risques et ceux qui font des efforts. Eric je vais vous dire les choses comme je les pense. Quand on travaille plus que les autres et qu'on prend plus de risques que les autres, il est normal de gagner davantage que les autres. Et on voit bien avec le probl??me ARCELOR le drame que représente pour la France l'impossibilité d'y développer un capitalisme familial parce qu'à force de faire fuir les capitaux, il y a plus personne pour être propriétaire de nos entreprises. Question aussi, ah je vois pas le nom de la personne, Walter. Walter ?

WALTER - Oui bonjour monsieur SARKOZY. En fait je voulais savoir ce que vous allez faire demain pour la Saint Valentin, la fête des amoureux ?

NICOLAS SARKOZY - Ah ben je vais faire quelque chose.

WALTER - Si c'est pas trop indiscret.

NICOLAS SARKOZY - Non c'est un peu indiscret quand même mais je vais vous dire, votre question c'est de savoir si je vais faire quelque chose. La réponse est oui. Avec qui franchement je le garde pour moi. Mais hors antenne si vous voulez des détails, je vous les donnerais. Salut Walter. Alain ?

ALAIN - Oui bonjour monsieur SARKOZY. Vous êtes ministre de l'Intérieur, président de l'UMP, président du conseil général des Hauts de Seine, la question est : comment pouvez-vous être efficace partout ?

NICOLAS SARKOZY - Oui alors ça c'est vraiment une question que je me pose.

ALAIN - C'est pas une réponse.

NICOLAS SARKOZY - Si vous voulez savoir est-ce que je travaille beaucoup, la réponse est oui. Il se trouve que c'est la vie qui a fait que je dois cumuler ses responsabilités. C'est pour moi une charge extrêmement lourde mais apparemment, les gens qui m'ont élu n'en sont pas trop insatisfaits. Il y a eu quatre élections partielles dans mon département, elles ont toutes été gagnées. C'est donc qu'ils doivent considérer que le président du département que je suis fait à peu près son boulot. En tant que président de l'UMP, j'ai été élu avec plus de 80 % des suffrages. J'ai triplé le nombre des adhérents et ça marche pas trop mal. Ils doivent pas être totalement mécontents. Et comme ministre de l'Intérieur, enfin les sondages ça veut pas dire grand chose mais enfin si ils étaient mauvais on me les servirait matin, midi et soir. Alors j'en tire pas la conclusion que je suis efficace Alain, certainement pas, mais enfin vous connaissez ce proverbe, ? quand je m'ausculte je m'inquiète, quand je me compare je me rassure ?. J'en vois qui font moins et qui sont pas mieux considérés. Salut Joan.

ALAIN - Il y a pas trop de cumul quand même ?

NICOLAS SARKOZY - Ben le cumul si vous voulez qu'est-ce que je dois faire ? J'ai été élu président de l'UMP. Je dois faire quoi, m'en excuser ? J'ai été élu président du conseil général des Hauts de Seine, je dois faire quoi ? M'en excuser ou assumer ? Qu'est-ce que je dois faire ? D'ailleurs le problème de la France c'est pas qu'on travaille trop c'est qu'on travaille pas assez. Moi je crois dans la valeur du travail. Si j'ai choisi de travailler 7 jours sur 7, plus que les autres, eh ben c'est mon choix. Et si les gens me font confiance, c'est leur choix. Et d'ailleurs sur le cumul je pense qu'il faut limiter le cumul dans le nombre de mandats successifs plutôt que dans le nombre de responsabilités qu'on exerce en même temps. D'ailleurs je connais des tas de journalistes qui ont des collaborations dans plusieurs médias. Personne ne les en blâme. Je connais des tas de chefs d'entreprise qui ont plusieurs filiales et qui travaillent dans plusieurs filiales, personne ne les en blâme. Je connais des tas de gens qui ont plusieurs activités en plus de leurs activités professionnelles et je crois qu'un pays est fort quand il compte dans ses rangs des femmes et des hommes qui veulent travailler plus que les autres. Allez une confidence, moi j'aime le travail. Merci Alain. Bonjour Joan.

JOAN - Bonjour monsieur SARKOZY. On parlait d'amour et de Saint Valentin il y a deux minutes, on va continuer sur cela si vous le voulez bien. Faut t-il accorder aux couples homosexuels le droit au mariage et à l'adoption ? A ce sujet Christian VANNESTE, député UMP, a été sanctionné par la justice pour propos homophobes. Un député se devant d'être exemplaire, qu'attendez-vous pour le sanctionner à votre tour ?

NICOLAS SARKOZY - D'abord il a fait appel, j'attends que la décision soit définitive. Je condamne tous les propos homophobes. J'ajoute que pour moi, l'homosexualité c'est moins un choix qu'une identité. Je voudrais dire ce que je pense. Je ne pense pas qu'on choisi d'être homosexuel, on choisi d'assumer son homosexualité. C'est une identité. Je n'ai pas le souvenir d'avoir moi-même choisi dans mon jeune temps, adolescent, d'être hétérosexuel. Ma sexualité s'est imposée à moi et elle fait partie de mon identité. Donc reconnaître aux homosexuels le droit de vivre leur amour, le droit de vivre au grand jour, le droit de ne supporter aucune discrimination car les discriminations homosexuelles sont parfaitement scandaleuses, c'est tout à faut ce que je pense. C'est la raison pour laquelle j'ai renforcé le PACS dans ses aspects fiscaux en donnant les mêmes avantages aux pacsés qu'aux couples mariés. Mais justement je suis pour que le PACS ait les mêmes conséquences fiscales que le mariage parce que je pense que le PACS c'est pour les homosexuels et que le mariage c'est pour les hétérosexuels. Et s'agissant de l'adoption, je n'y suis pas favorable parce que je considère qu'une famille pour un enfant, c'est un père et une mère. Il n'y a dans cette remarque aucune connotation morale, simplement le souci que j'ai d'une image de la famille qui passe par un père et une mère. Pour le reste s'agissant des homosexuels, je serais à leurs côtés pour lutter contre toute forme de discrimination. Encore une fois la discrimination homosexuelle est scandaleuse car l'identité sexuelle, c'est quelque chose qu'on a à la naissance et donc on n'a pas à subir le choix qui est celui de la vie plutôt que celui de la personne. De la même façon qu'on n'a pas à subir de discriminations parce qu'on a une couleur, noire, blanche, brun. C'est quelque chose qu'on a à la naissance et c'est la raison pour laquelle, je suis très mobilisé autour de cette lutte contre les discriminations. Merci Joan. Merci à tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN - Oui il est 9 heures 30, ça passe vite hein ?

NICOLAS SARKOZY - Oui ça passe très vite mais c'est quand même fatigant.

JEAN-JACQUES BOURDIN - C'est un métier qui vous plait ?

NICOLAS SARKOZY - Ecoutez vous me communiquerez votre contrat et on en discutera. Vous voulez qu'on compare tous les deux, salaire contre salaire ?

JEAN-JACQUES BOURDIN - Oui.

NICOLAS SARKOZY - C'est pas sûr que vous soyez gagnant monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN - J'ai deux, trois questions à vous poser encore. Le Clemenceau, c'est une question d'actualité. Le Clemenceau interdit en Inde avant une nouvelle expertise. On ferait pas mieux de le rapatrier ce Clémenceau ?

NICOLAS SARKOZY - Vraiment la question, va finir par se poser. Moi je suis comme tout le monde, j'ai du mal à comprendre tout ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN - Bien le tabac. Faut t-il interdire le tabac dans les lieux publics, hôtels, restaurants, bars ?

NICOLAS SARKOZY - Moi je suis pour l'interdiction, à partir?

JEAN-JACQUES BOURDIN - Comme en Italie ?

NICOLAS SARKOZY - Ecoutez, à partir du moment où le tabac ça vous colle le cancer et que le cancer ça brise des familles, franchement c'est une question de non-assistance à personne en danger.

JEAN-JACQUES BOURDIN - Et dernière question, ce rapport sur les prisons que vous avez lu, ces prisons surpeuplées, ces prisons dans un état épouvantable parfois. Est-ce digne pour la France ?

NICOLAS SARKOZY - Non ce n'est pas digne et je veux dire les choses telles que je les pense. Quand on est condamné à une peine de prison, on n'est pas condamné à se faire violer en prison. On n'est pas condamné à croupir dans des conditions indignes. Je suis donc pour que nous fassions un effort exemplaire en la matière. C'est l'intérêt de tout le monde. Je suis pour la sévérité, pour la punition mais une fois que la punition est prononcée, il faut qu'on aide les personnes à se réinsérer. Ca ne sert à rien se faire des prisons, l'école du crime ou l'école de l'extrémisme. Et donc par conséquent, un investissement immense est nécessaire pour transformer en profondeur la vie quotidienne dans nos prisons. Les prisons c'est l'Etat et l'Etat se doit de faire respecter une loi que lui-même incarne.

JEAN-JACQUES BOURDIN - NICOLAS SARKOZY merci. Vous reviendrez ?

NICOLAS SARKOZY - Ah mais bien sûr et puis vraiment merci de m'avoir invité. Et puis surtout main tenant que je sais que la place peut être libre.


Source http://www.u-m-p.org, le 14 février 2006

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