Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur la liberté de la presse, Paris le 15 février 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur la liberté de la presse, Paris le 15 février 2006.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Remise du prix Louis Hachette à Paris le 15 février 2006

ti : Monsieur le Président, cher Claude Imbert,
Monsieur le Président directeur général, Cher Gérald de Roquemaurel,
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,


Je suis très heureux de remettre aujourd'hui le Prix Louis Hachette pour la presse écrite.

A travers vous tous, c'est l'ensemble d'une profession que je tiens à saluer, une profession noble, exigeante, courageuse, et essentielle pour notre démocratie. Vous savez combien je suis attaché à la liberté de la presse, pilier de notre République. Y porter atteinte, c'est menacer les principes fondamentaux de notre société de liberté, de tolérance et de responsabilité. Oui, la liberté d'expression est l'un des fondements de notre République, et celle-ci repose également sur les valeurs de tolérance, qui comme l'écrivait Voltaire est " l'apanage de l'humanité ", et de respect de toutes les croyances.

La liberté d'expression, proclamée par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, a préparé l'avènement de la liberté de la presse, définitivement inscrite, par la loi fondatrice du 29 juillet 1881, au fronton de notre édifice républicain, aux côtés des autres libertés fondamentales.

La liberté d'informer a été définitivement consacrée, dans sa dimension européenne, par la Cour européenne des droits de l'Homme, lorsqu'elle qualifia cette liberté de " chien de garde de la démocratie ". " Chien de garde ", parce que nos principes doivent être férocement défendus, parce que cette liberté doit être protégée de tous ceux qui ne partagent pas nos idéaux démocratiques, qui les menacent, parce qu'elle est une arme imparable contre l'absolutisme, l'obscurantisme, parce qu'elle fait éclater la vérité : " c'est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l'Empire ", a écrit Chateaubriand. Le journaliste, comme l'historien, parce qu'il est un témoin devant l'Histoire, dans notre présent, est aussi la cible de ceux qui ne veulent ni de la vérité ni de la liberté.

Le journaliste occupe donc une position critique dans notre société, il se tient sur le seuil, toujours à mi-chemin entre l'action et l'observation, entre le détachement et l'engagement, entre l'individuel et le collectif. Une position qui lui permet de livrer les clés de notre société à ceux qui la composent : " un bon journal, c'est une nation qui se parle à elle-même ", a dit Arthur Miller.

Je suis très heureux de célébrer cet admirable métier ou plutôt cette admirable vocation, pour laquelle j'ai le plus profond respect. Je suis très heureux qu'une fois encore le Prix Louis Hachette récompense des travaux très divers, qui montrent combien l'engagement journalistique est protéiforme.

Pendant que Jérome Béglé entrebâille la porte de l'écrivain François Weyergans, pour nous faire pénétrer, pieusement et discrètement, le temps d'un article, dans l'univers feutré de l'auteur de Trois jours chez ma mère, avant qu'il reçoive le Prix Goncourt 2005, Sara Daniel nous immerge pendant deux semaines dans le quotidien des soldats américains, pris dans l'enfer irakien. Marie-Laure Delorme nous fait partager l'amour d'un éditeur, Christian Bourgois, pour certains de ses auteurs préférés, de Toni Morrison à Antonio Lobo Antunes, tandis qu'Eric Le Boucher nous rend limpides les enjeux actuels de la croissance de l'économie mondialisée, en présentant de façon très pédagogique le débat entre les Cassandre et les Candide, entre les Messieurs " Au-Bord-du-gouffre " et les Messieurs " Tout-va-bien " de la finance américaine.

Géopolitique, littérature, économie : l'étendue et la profondeur des thèmes traités par les articles et les reportages récompensés cette année montre que vous êtes les ambassadeurs de notre monde, dans toutes ses dimensions, auprès de ses habitants, nous autres lecteurs. A l'heure d'une évolution - pour ne pas dire d'une révolution - capitale du paysage médiatique, qui est devenu notre univers quotidien, à l'heure où la télévision, les nouvelles technologies, l'Internet semblent privilégier une culture de l'immédiat, de l'instantané, des faits, des émotions, bruts, voire chocs, qui ne permet ni recul ni, encore moins, analyse, la presse écrite joue un rôle absolument déterminant. Oui, nous avons plus que jamais besoin de votre capacité, de votre talent à expliquer, mettre en relief, en regard, en perspective, hiérarchiser, ce flux d'informations uniformes qui nous parviennent désormais de façon aussi rapide que désordonnée. Oui, il nous faut, grâce à vous, faire le tri, au sein de l'inessentiel et de l'inactuel. Oui, comme nous le disait la semaine dernière François-Régis Hutin rue de Valois, le journal, vos journaux, forment un trait d'union entre les personnes et les communautés humaines, dans toute leur diversité d'intérêts et d'aspirations, dans leur essentielle proximité aussi, d'un bout à l'autre de la planète.

Parce que c'est une mission essentielle, vous savez combien je suis attaché au soutien public à la presse écrite et à la mise en oeuvre du plan d'ensemble, d'une ampleur sans précédent, que j'ai mis en place depuis 2004, en faveur de tous les maillons de la chaîne de la presse écrite, en total partenariat avec les éditeurs, pour consolider le pluralisme et aider la modernisation, la fabrication, la distribution et la diffusion de la presse. Vous savez aussi combien je tiens à accompagner les expérimentations lancées par la profession pour encourager les jeunes à lire la presse, afin que les nouvelles générations ne soient pas submergées par ce flux continu d'information, voire de surinformation, afin qu'elles apprennent à exercer leur esprit critique, dans la fidélité à la volonté de Louis Hachette, que vous perpétuez, ainsi qu'à sa devise intemporelle, qui met bien en lumière votre contribution à la transmission des valeurs, sic quoque docebo, " moi aussi j'enseignerai ".

Je tiens à adresser mes plus vives félicitations aux lauréats du Prix Louis Hachette et à les remercier pour leur talent et leur courage, qui, j'en suis sûr, sauront créer de nouveaux désirs de lire au sein de cette nouvelle génération et, je n'en doute pas, de nouvelles vocations de journalistes.


Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 15 février 2006

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