Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "LCI" le 23 février 2006, notamment sur la cérémonie à la mémoire d'Ilan Halimi, la prévention contre la grippe aviaire, ainsi que sur sa candidature à la mairie de Lyon en 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, à "LCI" le 23 février 2006, notamment sur la cérémonie à la mémoire d'Ilan Halimi, la prévention contre la grippe aviaire, ainsi que sur sa candidature à la mairie de Lyon en 2007.

Personnalité, fonction : PERBEN Dominique.

FRANCE. Ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer

ti : P.-L. Séguillon - Ce soir, en fin d'après-midi, vous serez à Lyon pour un grand meeting aux côtés de N. Sarkozy, donc vous ne pourrez pas être à la synagogue de la Victoire, où se tient une cérémonie à la mémoire d'I. Halimi, le jeune homme qui a été tué par le gang dit "des barbares". Est-ce que vous serez, comme P. Douste-Blazy, dans la manifestation, du même genre, qui aura lieu dimanche ?

R - Je n'ai pas prévu pour l'instant d'être là dimanche, j'ai prévu d'être à Lyon. Mais ce qui est important dans cette affaire c'est qu'au-delà de la présence de tel ou tel membre du Gouvernement, c'est de se réunir pour dire le caractère inacceptable de ce qui s'est passé. L'information qu'on a eue cette nuit est très importante en termes de réponse et de mobilisation de l'Etat, du Parquet de Paris et de la police judiciaire, qui a arrêté celui qu'on appelle "le cerveau" - bien pauvre cerveau... - de cette affaire, qui a été arrêté cette nuit en Côte d'Ivoire.

Q - Est-ce que vous souhaiteriez que le président de la République soit présent dans cette manifestation, comme l'avait été jadis F. Mitterrand dans une autre manifestation, à la suite de l'affaire du cimetière de Carpentras ?

R - Il appartient au président de la République de décider de sa présence ou non. Mais, je crois que sa présence, ce soir, dans un cadre bien défini, qui est un signe fort à l'égard de la communauté, me paraît tout à fait ce que peut faire le président de la République. Une manifestation dans la rue c'est peut-être un peu autre chose.

Q - Alors, le Gouvernement prend un certain nombre de dispositions pour répondre aux menaces actuelles, voire futures, de la grippe aviaire. Tous les ministères sont concernés ; comme ministre des Transports, j'imagine que vous êtes vous-même concerné : qu'est-ce que vous avez pris comme dispositions, premièrement, dans les aéroports, vis-à-vis des passagers qui viennent de pays où il y a des foyers de grippe aviaire ?

R - La réaction de chaque service public est évidemment graduée en fonction de la situation. Jusqu'ici, qu'est-ce que nous avons fait ? Nous avons fait de l'information à l'égard des passagers qui se rendent dans des zones où il y a des cas de maladie chez l'homme, et nous informons également les personnes qui reviennent de ces zones. A partir du moment où nous avons le soupçon que quelqu'un, par exemple, dans un avion peut être malade, en revenant d'une région où il y a des cas de grippe aviaire chez l'homme, à ce moment-là, il y a prise en charge. Des instructions ont été données aux compagnies aériennes et aux aéroports pour prendre en charge le malade, et surtout, pour prendre en compte l'identité de tous ceux qui ont voyagé avec lui, pour ensuite pouvoir les suivre en quelque sorte, et pouvoir réagir médicalement. Et il y a évidemment des mesures de confinement. Et c'est d'ailleurs cet exercice-là que nous ferons, en présence du Premier ministre, vendredi, à Lyon, demain matin, pour bien vérifier que le dispositif est efficace, et qu'il peut se dérouler normalement.

Q - Est-ce que vous allez décider des restrictions sur le transport des volailles, et notamment des volailles vivantes, évidemment ?

R - De ce point de vue, chaque fois qu'il y a dans des zones particulières - c'est le cas maintenant dans l'Ain -, une maladie sur des oiseaux, qui sont des oiseaux sauvages pour l'instant, c'est-à-dire qu'il n'y pas d'oiseaux de basse-cour qui soient malades, il y a évidemment deux niveaux de zones : trois kilomètres, dix kilomètres, où, là, il y a interdiction absolue de transporter de la volaille, de transporter des oeufs, etc. Donc, nous avons effectivement des plans qui sont à dimension progressive, en fonction de la situation.

Q - Et si d'aventure, ce qui n'est pas exclu, il y avait mutation de ce virus, il ne s'agit pas d'affoler les populations, mais est-ce que pour éviter une pandémie, ou en tout cas pour prévenir, pour réagir à une pandémie, vous avez déjà, au niveau des transports par exemple, établi un scénario ?

R - Soyons clairs : je crois qu'il ne faut pas, comme vous dites, affoler les populations. Simplement, ce que je peux dire c'est que nous avons travaillé sur cette hypothèse, bien entendu, qui est très improbable, il y a quasiment infime "chance" - entre guillemets - que cela se produise. Et dans ce cas-là, nous avons effectivement prévu un certain nombre de mesures, non seulement au niveau sanitaire - vaccination, port du masque, etc. -, mais également un certain nombre de restrictions au déplacement, puisque le déplacement est un des lieux où il peut y avoir contamination. Mais, vraiment, on n'en est pas là du tout !

Q - Un mot sur le ministère des Transports : M. Barrot, qui est le commissaire européen aux Transports, que vous connaissez bien, souhaite qu'il y ait un renforcement et un durcissement des conditions d'obtention du permis de conduire pour les deux roues. Est-ce que vous estimez que c'est juste, et est-ce que vous allez prendre des dispositions dans ce sens ?

R - D'abord, il faut savoir qu'au niveau européen, il y a toutes les situations possibles et imaginables...

Q - Il paraît qu'il y a 80 formes de permis de conduire...

R - ...au sein des 25 pays. Et la France a un dispositif qui est assez positif, assez bon, qui est un système de permis progressif : en fonction de la cylindrée, on ne peut pas accéder directement, bien sûr, à un certain nombre d'engins. Et puis, par ailleurs, nous avons également le certificat de conduite, qui est une bonne préparation, au cyclomoteur. Mais ce qui est très vrai dans ce qu'a dit J. Barrot, et que je partage complètement, c'est que nous devons nous préoccuper davantage que nous n'avons fait jusqu'à maintenant de l'accident des deux roues. Nous avons en effet des résultats très positifs sur les automobiles, nous avons épargné 6.000 vies, 100.000 accidents. Nous participons, pour 40 %, à la baisse des accidents et des morts au niveau européen. Mais au niveau des deux roues, il y a des problèmes. J'ai reçu les fédérations des deux roues, les motards en colère, la Fédération nationale des motards, et nous avons décidé de travailler ensemble. Travailler vraiment ensemble, dans une relation de confiance, pour corriger les choses, pour éviter ce gâchis humain épouvantable que l'on observe à la sortie des hôpitaux.

Q - Je l'évoquais tout à l'heure : ce soir vous serez à Lyon, à un grand meeting, aux côtés de N. Sarkozy. Au fond, c'est un grand meeting qui lance votre candidature, au nom de l'UMP, pour les prochaines municipales à Lyon, si je ne me trompe ?

R - Oui, enfin, elle était déjà un peu lancée. C'est un secret de...

Q - Oui, c'est-à-dire qu'il y a une espèce d'officialisation. Il n'y a pas de primaires pour Lyon, comme il y en a à Paris ? Vous êtes le seul ?

R - Il y a une évidence, en quelque sorte, dans ma ville, dans cette ville de Lyon que j'aime beaucoup, et qui est aujourd'hui mon grand objectif politique, où je m'implique depuis maintenant bientôt trois ans, deux ans et demi. Je crois avoir déjà fait un gros travail d'écoute et de rassemblement, puisque, comme vous le savez, la droite et le centre ont perdu cette ville en 2001, d'une manière tout à fait anormale, du fait des divisions. Donc, mon rôle a été de rassembler. Je crois qu'aujourd'hui, maintenant, ce travail de rassemblement est bien engagé, et je suis heureux, en tant que président de la Fédération du Rhône de l'UMP, de recevoir le président national qui est N. Sarkozy.

Q - H. Chabert, qui aurait pu vous gêner, qui aurait pu être candidat, qui rêvait d'être candidat, N. Sarkozy l'a repoussé à Villeurbanne, si je comprends bien ?

R - Enfin..."repoussé", ce n'est pas comme ça que les choses se passent. On se parle, on discute, on essaye de faire une équipe. De quoi s'agit-il ? Il y a Lyon, et puis il y a aussi toute la stratégie sur le Grand Lyon, c'est-à-dire cette énorme agglomération, qui fait plus d'1,2 million d'habitants, et je pense que nous pouvons travailler les uns et les autres en équipe, chacun, bien sûr, avec son territoire, inscrit dans une commune, mais ensuite, travailler ensemble au service du Grand Lyon.

Q - Etes-vous inquiet par la dégringolade de D. de Villepin dans les sondages. N'a-t-il pas commis une bévue avec ce contrat "premier embauche" ?

R - Je ne le pense pas du tout. Je pense ça très injuste, parce qu'au fond, le Premier ministre prend de plein fouet l'expression d'un certain nombre d'inquiétudes. Alors, je comprends ces inquiétudes, on vient de parler de la grippe aviaire, il y a le chikungunya, il y a bien sûr l'inquiétude de tout un chacun par rapport au risque de chômage, alors que, justement, le chômage n'a jamais autant baissé que depuis ce Gouvernement. Et ces inquiétudes, finalement, se cristallisent en termes de baisse momentanée de la popularité du Premier ministre.

Q - Cela peut-il se retourner d'ici les prochaines présidentielles ?

R - Vous avez dû remarquer qu'en matière de sondages, le yoyo était souvent la règle.

Q - Mais vous n'avez pas peur que le CPE soit à D. de Villepin ce qu'a été la gestion de la canicule à J.-P. Raffarin ?

R - Sur le CPE, je pense que nous devons poursuivre les uns et les autres, et tous les ministres doivent être sur le terrain. Nous devons poursuivre l'explication, parce que, franchement, dans cette affaire, le Premier ministre a peut-être pris un risque, mais il a pris un risque au bénéfice des jeunes. Et il y a comme une injustice à ce que ces jeunes renvoient, sous cette forme de baisse de popularité, quelque chose qui est vraiment fait pour eux, dans leur intérêt.

Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 23 février 2006

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