Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à France 2 le 27 février 2006, sur l'épidémie de grippe aviaire et les aides accordées par l'Etat à la filière avicole. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à France 2 le 27 février 2006, sur l'épidémie de grippe aviaire et les aides accordées par l'Etat à la filière avicole.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel, LABORDE Françoise.

FRANCE. FNSEA, président;

ti : F. Laborde - Nous sommes en direct du Salon de l'Agriculture, au milieu de grosses vaches... Avant d'évoquer un peu le sujet qui fâche, restons sur le Salon, il paraît qu'à l'étranger "ils sont sciés", comme disent les enfants, de voir qu'au fond, réunir des vaches, des éleveurs, toutes sortes d'animaux comme ça, pour une semaine, et avoir autant de succès public, ça n'existe qu'en France. C'est vrai qu'en France on aime l'agriculture et les agriculteurs ?

R - Je crois qu'effectivement ça n'existe qu'en France, et en France, on aime son agriculture, on aime ses agriculteurs. Un dernier sondage d'ailleurs vient encore le montrer. Et c'est effectivement, au-delà des aspects professionnels de ce Salon, c'est la fête. Et, au fil des années, ces dernières années, le Salon a beaucoup évolué dans la relation avec le public, avec les consommateurs. Et pour nous, c'est une chance supplémentaire.

Q - Et puis c'est l'occasion de se remonter aussi un peu le moral...

R - Exactement, et puis de communiquer. Quand on voit les soucis que nous avons actuellement, cette année, le Salon est une véritable opportunité de relation avec le consommateur.

Q - Alors, justement, on va revenir sur cette grippe aviaire, "'l'épizootie" comme on dit savamment, continue. Vous, vous êtes évidemment terriblement inquiet ?

R - Nous sommes très inquiets, parce qu'avant même la découverte de cas de grippe aviaire, la filière était déjà sinistrée. Depuis l'automne dernier, on a assisté à une forte baisse de la consommation. Et maintenant, chacun doute. Et puis pour les éleveurs, c'est la crainte de la découverte éventuellement d'un cas. D'abord évidemment, dans la zone concernée. Donc, les mesures face à la baisse de la consommation sont extrêmement contraignantes parce qu'il y a beaucoup de bâtiments maintenant qui sont vides, on n'a pas le choix. C'est-à-dire, qu'il faut gérer cette situation.

Q - Est-ce que vous avez eu quelques informations sur la façon justement dont cet élevage a été contaminé, parce qu'il avait respecté le confinement absolu ?

R - Oui, absolument. On était dans un élevage confiné. Non, nous n'avons pas les réponses scientifiques. On parle de "la paille". On aurait besoin de ces réponses, parce que la transparence est indispensable dans cette situation.

Q - La vaccination qui a été demandée par certains éleveurs, cela peut être une piste, c'est quand même compliqué de vacciner des volailles. Et puis, en plus, on ne peut plus les sortir du département une fois qu'elles sont vaccinées.

R - Oui, et puis ce n'est pas la seule solution. Nous avons, nous, soutenu toutes les mesures de précaution prise depuis trois ou quatre mois, et particulièrement d'abord le confinement des élevages. Parce que ce qu'il faut, c'est que les animaux ne soient pas en contact d'oiseaux qui vont passer sur notre territoire. Mais lorsqu'il n'y a pas d'autres solutions, il faut passer à la vaccination. Il ne faudrait pas que cela jette un doute supplémentaire sur les consommateurs. C'est-à-dire que si on vaccine aussi...

Q - ... Le remède est pire que le mal.

R - ...les animaux sont aussi sains, bien entendu. L'important, c'est la confiance du consommateur par rapport à la viande de volaille.

Q - Alors, on sait en tout cas que la contamination pour l'instant vient des oies sauvages qui viennent plutôt de l'Est de l'Europe, et qu'on n'a pas encore eu, si je puis dire, la vague qui reviendrait d'Afrique, et qui pourrait toucher à ce moment-là les côtes Ouest du pays.

R - Bien sûr. Non mais là, on est totalement victimes. On est victimes en particulier de venues d'oiseaux qui viennent de régions où la politique sanitaire est absolument moins rigoureuse que chez nous, et c'est vrai qu'il y a beaucoup à craindre de ce retour d'oiseaux d'Afrique qui vont passer sur notre territoire une nouvelle fois.

Q - Ce sera quand à, peu près, on le sait ?

R - Ca sera au mois de mars. On parle des hirondelles, par exemple pour le printemps, mais c'est tout à fait cela. Donc, il faut redoubler de vigilance pour les semaines qui viennent.

Q - Est-ce que les agriculteurs - certains d'entre eux - sont inquiets parce qu'ils redoutent pour leur contamination personnelle ou pas ? Les agriculteurs maîtrisent assez bien ce genre de chose ?

R - Il y a une politique sanitaire dans les élevages qui est remarquable, qui a évolué au fil des années. Les précautions sont prises par l'éleveur. On a connu d'autres maladies transmissibles à l'homme ; je pense à la brucellose, quand on est avec les bovins. Et les éleveurs sont vraiment pleins de précautions.

Q - Quelques pays, en Asie notamment, ont décidé d'appliquer un embargo, ce qui est paradoxal parce que le virus vient d'Asie, mais enfin, bon, c'est la loi du genre...

R - C'est très grave pour notre marché. On connaissait déjà une baisse de 50 % de nos ventes à l'exportation. Je crois que ce sont des décisions qui ne correspondent pas à de véritables mesures de précaution, parce que les Japonais, comme d'autres, le savent. La politique sanitaire conduite en France, en Europe, est d'excellente qualité, et ils n'ont aucune raison de se protéger d'importations venant de chez nous.

Q - Le Gouvernement a pris des mesures. Est-ce qu'elles vous semblent nécessaires, et est-ce que Bruxelles accompagne suffisamment les efforts de l'Etat français ?

R - Le Gouvernement a pris un premier train de mesures. Le Premier ministre doit d'ores et déjà savoir que cela ne suffira pas. Mais ce qui était important, c'est qu'on puisse mettre tout de suite en oeuvre ce plan d'accompagnement. Et alors, une semaine après l'attitude de Bruxelles, puisque lundi dernier, il y a une semaine, Bruxelles a dit que la situation n'était pas si grave pour que la solidarité européenne joue, j'espère que la Commission européenne va revenir très vite sur ses positions. Elle évoquait d'ailleurs le fait qu'il n'y ait pas cas en élevage. Maintenant il y a un cas en élevage. Et puis, il y a des mesures de soutien à l'exportation qui dépendant totalement des décisions de l'Europe. J'ajoute un dernier point, concernant les aides aux éleveurs, il y a des règles aussi européennes avec des plafonds. Là aussi, nous attendons que Bruxelles déplafonne finalement le niveau des aides, sinon nos éleveurs ne résisteraient pas.

Q - Mais s'ils déplafonnent, ça veut dire que le budget ne pas y suffire ?

R - Non, mais je crois qu'avec les 63 premiers millions d'euros, on peut engager des mesures importantes déjà auprès des éleveurs. L'important, c'est de venir aider à la trésorerie de l'élevage, des deux entreprises, parce que je pense aussi aux milliers d'emplois qui sont touchés dans la filière.

Q - Comment ça se passe avec le ministre de l'Agriculture, M. Bussereau ? Vous vous voyez régulièrement, il y a des échanges, il vous tient au courant justement de l'évolution sanitaire ?

R - C'est quotidien.

Q - Les vétérinaires, par exemple, ont proposé de créer des groupes d'intervention. Il y a une vraie discussion entre professionnels ?

R - Absolument, c'est quotidien, avec le ministre lui-même, avec ses services, la Direction générale de l'alimentation, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments. C'est très important qu'ont ait ces relations. Et puis, j'ai demandé à ce qu'il y ait la tenue d'une réunion de la cellule de crise, toutes les semaines, pour évaluer l'évolution de la situation.

Q - Une toute dernière question : l'agriculture a connu beaucoup de crises, y compris, la viande bovine. On voit là que, finalement, les éleveurs se sont relevés. C'est difficile pour les agriculteurs "d'encaisser" comme ça des crises sanitaires à répétition ?

R - On voit que on va d'une crise à l'autre, il ne faut pas oublier pendant le Salon la viticulture qui souffre énormément ; les arboriculteurs aussi. Et puis, on sait qu'on peut se relever des crises. Le meilleur exemple, c'est la bonne situation actuelle de marché, la bonne situation pour les éleveurs de viande bovine. Donc, moi je fonde beaucoup d'espoir. Soutenons la filière volaille, et je pense que dans quelques mois ce sera un mauvais souvenir.


Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 27 février 2006

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