Discours de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur le bilan du développement de la télévision mobile, sur les étapes à venir en matière de définition d'un cadre juridique national et européen, de choix de normes, Paris le 2 mars 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, sur le bilan du développement de la télévision mobile, sur les étapes à venir en matière de définition d'un cadre juridique national et européen, de choix de normes, Paris le 2 mars 2006.

Personnalité, fonction : LOOS François.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

ti : Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président (du CSA),
Madame la Présidente (du Forum TV mobile),
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directeurs généraux,
Mesdames, Messieurs,


Je suis très heureux de vous accueillir au Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, pour faire avec vous un bilan du développement de la télévision mobile, et je vous remercie pour votre participation à cet événement, au coeur de la convergence entre l'audiovisuel et les télécommunications.

Le 18 octobre dernier, le président de TDF (M. Bruno Chetaille) m'avait invité à inaugurer dans ses murs l'expérimentation de télévision mobile DVB-H menée par TDF. J'avais souhaité à cette occasion que nous prenions rendez-vous tous ensemble avant la fin des expérimentations, pour dresser un premier bilan non seulement de cette expérimentation, mais aussi de toutes les autres, que je n'avais pas eu le loisir de voir démarrer.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel et son président Dominique Baudis, qu'il faut remercier, a délivré les autorisations nécessaires pour que ces expérimentations aient lieu.

Je tiens également à remercier tous les membres du Forum de la télévision mobile, de s'être regroupés au sein d'une association, dont je salue le lancement. Le Forum de la télévision mobile a vocation à coordonner la réflexion des industries de l'audiovisuel et des télécommunications sur les conditions techniques, économiques et réglementaires de l'émergence des services de télévision mobile. Grâce à votre énergie et votre enthousiasme pour le développement de ce secteur, vous avez réussi Madame la Présidente (Mme Janine Langlois-Glandier) à fédérer tous les acteurs. Je souhaite que vous puissiez maintenant exprimer une vision partagée du développement de la télévision mobile.

La France a une longueur d'avance en matière de multimédia mobile. Nous sommes les 3es au monde et les 1ers en Europe avec 10 millions d'utilisateurs réguliers. C'est en France également que se trouvent les deux plus gros éditeurs de jeux pour téléphones portables (Gameloft et In-Fusio). Il nous faut capitaliser sur cette avance rester parmi les premiers à lancer de nouveaux services tels que la télévision mobile.

La télévision mobile est déjà une réalité, qui rencontre aujourd'hui un franc succès en France. C'est une réalité sur les réseaux mobiles haut débit (EDGE/UMTS) des trois opérateurs principaux : la France est l'un des marchés les plus avancés d'Europe, avec plus de 93 % de la population couverte, des dizaines de chaînes déjà diffusées, plus de 2 millions de Français déjà équipés d'un mobile permettant de recevoir la télévision et près de 500 000 clients actifs.

Cependant, il faut préparer dès maintenant l'avenir de la TV mobile, en complétant ce modèle « point à point » par un modèle de « diffusion ».

Le succès des solutions « point à point » doit préparer le succès des solutions de « diffusion », qui semblent nécessaires à moyen terme pour prendre le relais des solutions actuelles, notamment pour certains types de programme à très forte audience.

Quatre expérimentations de diffusion terrestre de télévision mobile sont actuellement en cours à Paris. Nous serons très attentifs au retour d'expérience que vous pourrez nous apporter tant sur la qualité des différentes technologies qui sont utilisées, que sur les usages que vous observez et les modèles économiques que vous développez.

Par ailleurs, dans les prochaines années, des investissements lourds et de nouvelles solutions technologiques seront nécessaires pour compléter la couverture du territoire, mieux pénétrer à l'intérieur des bâtiments et faire face à la pénurie de fréquences. Des travaux de recherche sont en cours. Nous serons également très attentifs aux perspectives de ces technologies.

Mesdames, Messieurs,

1/ Comme vous venez de nous le montrer ce matin, la France est dans le peloton de tête au niveau international.

Mais nous ne sommes pas les seuls. D'abord en Europe :
- l'Italie s'apprête à lancer commercialement la télévision mobile en diffusion terrestre DVB-H en juin 2006 ;
- la Finlande a entamé un processus d'attribution des licences DVB-H (qui s'est clos fin janvier, et pour lequel 4 candidats se sont déclarés, les deux opérateurs mobiles et les deux diffuseurs ¿ filiales respectivement de TDF et de Towercast) ;
- et des expérimentations ont lieu partout en Europe (Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, etc).

Et en Asie, c'est la Corée qui mène la danse, avec déjà 600 000 utilisateurs : 450 000 abonnés (à 11?/mois) sur la solution satellite S-DMB lancée il y a six mois et 150 000 abonnés sur la solution de diffusion terrestre T-DMB (sans frais d'abonnement), lancée en décembre 2005.

Ne perdons pas notre avance. La télévision mobile doit se traduire par des succès industriels.

Souvenons-nous que la norme de téléphonie mobile GSM s'est imposée parce qu'elle s'adressait à tout le marché européen.

Pour aider chacun dans cette tâche, le Forum de la télévision mobile doit devenir un lieu de concertation entre les acteurs, à la croisée des sphères d'intérêts de l'audiovisuel et des télécoms. Le Forum TV mobile doit aider à structurer la réflexion et éclairer les pouvoirs publics dans les décisions que nous aurons à prendre, sur le cadre juridique et le choix des normes par exemple. Il doit jouer un rôle fédérateur.

2/ Avec Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication, nous resterons les interlocuteurs attentifs et privilégiés du Forum de la télévision mobile.

Nous croyons que cette nouvelle industrie est porteuse d'emploi et peut tirer profit de la mondialisation. Les prévisions sont encore difficiles à établir mais on me dit que l'on peut tabler sur plus de 10 000 emplois créés ou maintenus en France grâce à l'introduction de la télévision mobile, et ce tout le long de la chaîne de valeur. S'il ne fallait qu'un argument , ce serait un argument suffissant.

Mais aujourd'hui il y a plusieurs solutions techniques. Il ne faut à ce jour fermer aucune option. Ainsi en Corée, coexistent des solutions terrestres et satellite.

3/ Quelles sont les étapes ?

a/ Il faut poursuivre les expérimentations menées à Paris. Je retiens de vos présentations qu'un appétit certain des consommateurs peut être mis en évidence. Mais il me semble que les modèles économiques ne sont pas encore clairement stabilisés. Aussi pourrait-il être pertinent de laisser les expérimentations se poursuivre le temps que cette question soit réglée.

b/ Il faut accélérer le déploiement de la Télévision numérique terrestre. De la réussite de l'introduction de la TNT dépendra la rapidité de la libération des fréquences aujourd'hui utilisées par la diffusion analogique. Le président de la République a marqué récemment sa volonté que l'extinction de la diffusion analogique ait lieu de manière progressive et d'ici cinq ans. Cette extinction sera d'abord nécessaire aux frontières et nous y travaillons avec mes homologues allemand, belge, hollandais.

La libération du fameux « dividende numérique » constituera alors une formidable opportunité, permettant la diffusion de davantage de chaînes selon différents modes (y compris en haute définition), mais également l'utilisation de nouvelles fréquences pour compléter la couverture du territoire en téléphonie mobile de troisième génération ou en accès Internet haut débit grâce aux technologies de boucle locale radio (WiMax).

c/ Il faut prendre position sur le projet de satellite Alcatel à travers l'Agence pour l'innovation industrielle (AII) qui prendra d'ici mai sa décision concernant le financement du projet de TV mobile par satellite qui pourrait être une des technologies qui s'imposeront dans quelques années : il s'agit d'un projet dénommé « TV mobile sans limite ». Je vous rappelle que l'AII doit soutenir des projets industriels, et pour cela, le projet Alcatel doit encore trouver un partenaire opérateur. Si on soutient, c'est pour que cela se réalise.

d/ La question des normes : le Conseil général des technologies de l'information (CGTI) m'a remis en début de semaine les conclusions de la mission que je lui ai confiée, qui dresse un état de l'art des technologies de compression de la télévision numérique, notamment les normes MPEG-2 et MPEG-4, respectivement utilisées pour la diffusion des chaînes gratuites et des chaînes payantes de la TNT française.

Il en ressort que de la ressource en fréquences peut être progressivement libérée sur les multiplexes de la TNT en MPEG-4. Moyennant une optimisation de la composition des multiplexes, transparente pour l'utilisateur, et qui pourrait être engagée par le CSA rapidement, ce « dividende MPEG-4 » pourrait être exploité pour permettre la diffusion de chaînes haute définition, de chaînes locales ou bien sûr de chaînes de télévision mobile. Ce rapport explore également les possibilités de recourir à une diffusion entièrement en MPEG-4 de la TNT dans les zones qui connaissent une pénurie de fréquences, comme le Nord et l'Est de la France. Je le rendrai public dès aujourd'hui.

e/ Il faut continuer d'accompagner financièrement les efforts de recherche. Le Ministère de l'Industrie le fait à travers les pôles de compétitivité. « Images et réseaux » en Bretagne, et « Cap Digital » (nouveau nom du pôle « Image, multimédia et vie numérique ») en Île-de-France sont les deux pôles concernés par le sujet. Tous deux sont des pôles « à vocation mondiale », dont des premiers projets ont été financés dès la fin de l'année 2005 par le Ministère de l'Industrie. Je remercie Mme Christiane Schwartz et M. Jean-Pierre Cottet pour leur présence et pour la présentation aujourd'hui des pôles qu'ils président.

Le pôle breton a vu son premier projet « Mobim@ges » financé dès 2005 ; le pôle francilien regroupe également des acteurs qui travaillent sur ces sujets, notamment les éditeurs de programmes.

f/ Le cadre législatif de la télévision mobile sera modifié à l'automne 2006, comme le Président de la République l'a demandé, ou plus tôt si le calendrier parlementaire le permet. C'est du domaine de compétence du Ministre de la Culture et de la Communication. La loi de 1986 sera révisée pour permettre l'arrivée de la télévision mobile sur les fréquences de la TNT, et notamment définir les conditions de sélection des programmes. Une voie intéressante consisterait à attribuer les fréquences à des agrégateurs de bouquets, qu'il s'agisse des opérateurs ou des distributeurs, afin de laisser de la souplesse à l'offre. Il me semble qu'il faut donner la priorité aux chaînes qui auront eu du succès lors des expérimentations.

Nous avons en tout cas le devoir d'aller vite, car cette étape ne dépend que de nous et c'est l'étape indispensable pour la suite.

g/ Enfin, au niveau communautaire, la France veille dès aujourd'hui à ce que le dispositif réglementaire qui s'applique aux projets de télévision mobile par satellite soit mis en place sans tarder (je pense au processus « par étape » d'attribution des fréquences, qui doivent être coordonnées au niveau européen).

En Conclusion. Chaque étape ci-dessus est indispensable pour capitaliser sur les expériences, pour les opérateurs, les chaînes de télévision, les diffuseurs ou les industriels.

L'Etat a une part de responsabilité pour faire avancer la loi, proposer son modèle au niveau européen, en soutenant la recherche mais aussi en essayant de faire émerger une vision commune. A vous de jouer.


Je vous remercie

source http://www.industrie.gouv.fr, le 7 mars 2006

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