Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, à Canal Plus le 1er mars 2006, sur les violences racistes dans les stades, les propos sur la "racaille" des banlieues, le dépistage précoce des troubles du comportement des enfants, la personnalité et la stratégie électorale de M. Sarkozy. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, à Canal Plus le 1er mars 2006, sur les violences racistes dans les stades, les propos sur la "racaille" des banlieues, le dépistage précoce des troubles du comportement des enfants, la personnalité et la stratégie électorale de M. Sarkozy.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

Circonstances : Emission le Grand Journal de Canal Plus, le 1er mars 2006

ti : PREMIERE PARTIE

MICHEL DENISOT
Bonsoir à tous. Ce soir dans Le Grand Journal de CANAL+, mes invités seront Ricky MARTIN, Guillaume DEPARDIEU et Olivia BONAMY et dans un instant, je recevrai le ministre de l'intérieur et président de l'UMP, Nicolas SARKOZY. Pour m'accompagner jusqu'à 20 heures 50, le duo du mercredi : Ariane MASSENET et Frédéric BEIGBEDER, avec toutes les questions que l'on peut de poser aujourd'hui Ariane.

FREDERIC BEIGBEDER
Vous remarquez, on a plus d'applaudissements que SARKOZY. C'est fou, quand même !

MICHEL DENISOT
Les questions ?

ARIANE MASSENET
Les questions, c'est est-ce qu'il y a du Nicolas SARKOZY dans la presse magazine qui sort demain, c'est-à-dire qu'il y a tous les hebdos qui sortent demain. On parlera de sa communication et quels rapports il entretient, bien sûr, avec les médias.

MICHEL DENISOT
Frédéric ? Il y a beaucoup de livres.

FREDERIC BEIGBEDER
Oui. Pourquoi autant de livres sur un seul homme, regardez-moi cela ! Et encore, là je ne les ai pas tous, c'est intéressant. On va aussi lui demander quel bilan il tire des émeutes en banlieue ? c'est peut-être un petit peu à la suite de quelques dérapages de sa part que tout cela a eu lieu.

MICHEL DENISOT
On va voir tout cela avec lui. Nous accueillons maintenant Nicolas SARKOZY dans Le Grand Journal. Merci d'être là.

NICOLAS SARKOZY
Merci de m'avoir invité.

MICHEL DENISOT
C'est la 287ème émission. On a reçu beaucoup d'hommes politiques, certains plusieurs fois, mais même si c'est la première fois que vous venez, on parle de vous au moins un jour sur deux dans cette émission pour des raisons diverses?

NICOLAS SARKOZY
Toujours en bien !

MICHEL DENISOT
Pas toujours, non, non, justement ? vous allez le voir, on y reviendra et vous aurez justement l'occasion d'y répondre. On va revenir tout de suite sur ce que vient de dire Charlotte LE GRIX DE LA SALLE dans le journal, car avec vous il se passe toujours quelque chose tous les jours, vous avez aujourd'hui rédigé, proposé un projet de loi pour la sécurité dans les stades, qui est un sujet qui est vieux quasiment comme le football et pour lequel, jusqu'à maintenant, on n'a jamais trouvé la bonne solution. Est-ce que vous l'avez et, si oui, quelle est-elle ?

NICOLAS SARKOZY
Je ne sais pas si j'ai la bonne solution. Ce que je veux dire, c'est que je veux obtenir des résultats. Et je dis les choses alors très calmement, très sereinement : j'obtiendrai des résultats. J'en ai assez que nos stades aient des tribunes qui fassent honte. Nos stades sont aujourd'hui avec des dizaines d'individus qui n'ont rien à y faire, qui sont des racistes, et qui sont des violents. Mon objectif est très simple : c'est débarrasser les stades de cette clientèle dont nous n'avons pas besoin. J'ai demandé, et je travaille sur un projet de loi, pour dissoudre des associations de supporters qui sont connus pour organiser des rencontres violentes. Je vise tout particulièrement certaines associations ultras du Paris Saint-Germain. Deuxièmement, dans trois semaines le décret qui permet l'interdiction administrative de stade pour les gens qui n'ont rien à y faire ? vous savez, quand il y a un joueur de couleur qui touche la balle et qu'il y a des gens qui poussent des cris de singe?

MICHEL DENISOT
On l'a vu encore ce week-end dernier avec ETO'O.

NICOLAS SARKOZY
Quand il y a des gens qui font des saluts nazis, quand il y a des gens qui viennent uniquement pour se battre, je dis qu'ils doivent laisser la place aux familles et qu'on n'a pas à fréquenter des gens comme cela. Je suis supporter du PSG depuis longtemps, je ne supporte plus cela.

ARIANE MASSENET
Mais est-ce que vous pensez qu'en dissolvant ces associations, finalement il n'y aura plus d'associations mais cela n'empêchera pas les supporters de foot de venir dans les stades.

MICHEL DENISOT
Il y en aura d'autres.

NICOLAS SARKOZY
Mais enfin, écoutez, la semaine dernière lors du déplacement du PSG à Nantes, il y a deux associations de supporters de la même équipe du PSG - c'est une honte ! - qui se sont tapées dessus à coups de haches et de gourdins, dans une station service qu'ils ont saccagée. Je ne vois pas au nom de quoi on doit tolérer des comportements de sauvages, organisés par des associations dont nous connaissons l'adresse, la raison sociale. Si les dirigeants de club n'arrivent pas à s'en sortir ? et je ne mets aucunement en cause ni monsieur THIRIEZ, ni monsieur BLAYAU?

MICHEL DENISOT
Ils n'ont pas vraiment les moyens, franchement.

NICOLAS SARKOZY
Je leur ai proposé quand même quelque chose : c'est que moi, je demande aux présidents de clubs de refuser de vendre des places à des gens qui ne le méritent pas. Et je préfère qu'il y ait des places libres dans les tribunes et dans les gradins, plutôt que de se trouver avec des racistes, parce que vraiment, on n'en a pas besoin dans nos stades.

MICHEL DENISOT
Nicolas SARKOZY, on peut être attaqué pour refus de vente, dans ces cas-là.

NICOLAS SARKOZY
Ecoutez, je préfère être attaqué pour refus de vente?

MICHEL DENISOT
Non, mais le dirigeant du club.

NICOLAS SARKOZY
Plutôt qu'être supporté? que mon équipe de football soit supportée par des gens qui font le salut hitlérien. Franchement, le refus de vente, c'est mieux.

MICHEL DENISOT
On est d'accord là-dessus.

NICOLAS SARKOZY
Et je voudrais dire, Michel DENISOT, ici à CANAL+, vous êtes un certain nombre de journalistes à porter haut des valeurs d'humanisme et de droits de l'homme, que ce n'est pas la peine de les défendre sur votre antenne pour avoir une équipe qui vous appartient, qui se trimballe des supporters de cette qualité. J'ajoute, Michel DENISOT, que tous les?

MICHEL DENISOT
Mais enfin, les dirigeants ne sont pas responsables des supporters.

NICOLAS SARKOZY
Non, mais si les dirigeants ne sont pas responsables, je connais bien l'argument : en France personne n'est responsable de rien, comme cela on est tranquille, et on se tape des racistes dans les stades. Moi, je fais la différence entre les supporters du PSG qui supportent leur équipe et, par ailleurs, cette minorité qui se compte quand même par quelques dizaines, voire quelques centaines. Ma question, Michel DENISOT, est simple : est-ce qu'on continue à en parler ou est-ce qu'on fait quelque chose ? Moi, ma conception de la politique, c'est de faire quelque chose, ce n'est pas de parler de quelque chose.

MICHEL DENISOT
On est d'accord. Très bien. Est-ce que vous pensez que la dissolution des associations incriminées est un élément suffisant ?

NICOLAS SARKOZY
C'est un des éléments mais alors, écoutez, c'est extraordinaire. Il y a des associations qui tiennent le virage, le virage Auteuil ou le virage Boulogne.

ARIANE MASSENET
Oui, c'est d'ailleurs souvent là où sont regroupés les supporters.

NICOLAS SARKOZY
Qui organisent des déplacements où on retrouve dans les cars de supporters des barres de fer ou des matraques. Est-ce que, franchement, c'est le rôle d'une association de supporters que d'organiser des véritables commandos ? Maintenant, ils ne se tapent pas dessus entre supporters de deux équipes, Ariane, mais entre supporters de la même équipe !

FREDERIC BEIGBEDER
C'est entre eux, oui.

NICOLAS SARKOZY
Est-ce que l'on doit tolérer cela ? Alors, il y a une association où il n'y a que des Blancs, et une association où il n'y a que des jeunes de banlieue. Si, vous, vous tolérez cela, moi mon rôle de ministre de l'intérieur c'est de ne pas l'accepter. Je dis alors les choses très simplement : ce n'est pas la peine de faire la grande défense des droits de l'homme à longueur de minute sur cette antenne, pour avoir une équipe dont une partie des supporters incarne le contraire.

ARIANE MASSENET
Il n'y a pas qu'au PSG. C'est vrai qu'il y a aussi des supporters?

NICOLAS SARKOZY
Non, l'OGC Nice, l'OGC Nice : une partie des supporters de l'OGC Nice donne une image détestable du football. Je veux dire les choses : moi, j'aime le football et je suis supporter. Michel DENISOT le sait bien parce que nous nous connaissons, malgré tout, depuis quelques années, nous nous connaissons assez bien, et je supportais le PSG. Comment se fait-il qu'on peut réunir 80 000 supporters de rugby au Stade de France sans qu'il n'y ait une seule bagarre et qu'on ne peut pas être tranquille lorsqu'on va voir un match de football ? C'est quand même une question que les gens se posent.

FREDERIC BEIGBEDER
Parce qu'au rugby, la bagarre elle est sur le terrain. C'est pour cela.

NICOLAS SARKOZY
Oui, elle est parfois sur le terrain au football aussi. Mais si vous voulez, moi je suis supporter du football. Je vais au stade, au Parc des Princes, depuis des années et des années. J'y vais avec mes enfants, j'y vais avec des amis et c'est un plaisir. D'autres pays que nous, je pense aux Anglais, ont réglé le problème des hooligans. Mais pourquoi devrions-nous tolérer des racistes dans des stades de football et des violents ? Alors, vous pourriez me dire à juste titre ?Mais c'est vous, le ministre de l'intérieur, c'est à vous d'agir'. C'est vrai. Moi, j'ai essayé tous les moyens légaux qui existent et je n'y suis pas arrivé. Je suis donc obligé de prendre d'autres moyens pour y arriver. Encore une fois, je préfère un stade avec des places vides plutôt qu'être mal accompagné.

MICHEL DENISOT
Donc là, c'est le projet de loi, Nicolas SARKOZY, et le calendrier, c'est quoi ?

NICOLAS SARKOZY
Dans trois semaines, interdiction administrative de stade pour tout acte raciste ou tout acte violent. Cela veut dire que le préfet de police, par exemple à Paris, pourra assigner à résidence un individu qu'on aura pris en photo en train de faire le salut nazi, pour l'interdire de stade. Deuxièmement, je demande aux dirigeants du PSG et d'autres clubs de ne pas vendre de billets à des gens qu'ils connaissent comme violents. Et troisièmement, je mets tout de suite en place un système pour qu'on puisse dissoudre des associations qui ont pignon sur rue, auxquelles les clubs de football donnent des locaux et dont les dirigeants que j'ai rencontrés, parfois se moquent du monde, en disant ?Ah bon ? Il y a eu des bagarres dans mon virage ?'. Il faut voir ce que c'est, par moments, ce que l'on voit. Mais vous savez, moi je prends mes responsabilités, Ariane MASSENET, je n'ai pas peur. Je suis là pour faire un travail, je le ferai. Vous savez, je sais très bien, moi je vais aller vraisemblablement au match PSG / OM dimanche.

MICHEL DENISOT
Qui a été avancé à 17 heures par le préfet de police par mesures de sécurité.

ARIANE MASSENET
Cela risque d'être chaud, quand même.

NICOLAS SARKOZY
Oui, mais il a eu raison. Pourquoi il l'a avancé à 17 heures ? Pour une raison simple ! Parce qu'un certain nombre d'individus, quand c'est en soirée, vont au café, arrivent passablement éméchés et déclenchent des bagarres. Franchement, est-ce qu'on est en droit en France de pouvoir aller en famille ou avec des amis au stade en se disant ?Tiens, mes enfants qui vont au stade ne vont pas se faire taper dessus parce qu'ils sont Noirs ou parce qu'ils ont une tête qui ne revient pas à une bande ? disons les choses ? de débiles ?'. Parce qu'au fond, disons les choses comme elles sont : il ne faut pas avoir grand chose dans le cerveau pour se comporter comme cela ! Faire des cris de singe quand un joueur de couleur touche le ballon ? Est-ce que franchement? On est gêné, parfois, dans un stade en telle compagnie. Et vous savez, ce que je dis, tout supporter de football qui a été dans un stade pourrait le dire de la même façon. Seulement à un moment donné, il faut que quelqu'un tape du poing sur la table et dise ?C'est fini'. Eh bien, c'est fini.
[applaudissements]

MICHEL DENISOT
Merci. On va se retrouver dans un instant après la pub, et nous parlerons, nous reviendrons sur les évènements de banlieue, les témoignages qu'il y a eus sur ce plateau, et vous pourrez répondre à ceux qui parlent de vous. FIN)

DEUXIEME PARTIE

MICHEL DENISOT
Le Grand Journal avec Nicolas SARKOZY. Nous allons revenir sur les évènements de banlieue dont on avait beaucoup parlé sur ce plateau, avec les témoignages de personnages qui sont emblématiques pour les jeunes, comme Lilian THURAM que vous aviez rencontré, comme Jamel DEBBOUZE ou comme Kool Shen. On a un petit montage à vous faire écouter et, ensuite, vous pourrez leur répondre. évidemment, on va revenir sur les mots ?kärcher' et ?racaille'

[Extraits du ?Grand Journal']

JAMEL DEBBOUZE, INTERVENTION DU 5 DECEMBRE 2005
Il y a des petits enfants qui sont dans des banlieues et qu'on n'écoute pas, et cela ce n'est pas possible. On fait partie intégrante de la France. Il ne faut pas qu'on continue à créer des camps indéfiniment. On a grandi ici, on a vécu ici, on est des ?ici-ciens', quoi.

LILIAN THURAM, INTERVENTION DU 14 NOVEMBRE 2005
Monsieur SARKOZY a un rôle d'éducateur, parce que c'est l'éducateur, c'est-à-dire qu'il représente l'État. Et c'est vrai que, quelque part, il faut être très attentif aux termes qu'on utilise.

ARIANE MASSENET
Qu'est-ce qui vous a le plus choqué ? C'est le mot ?racaille' ou c'est ?nettoyage au kärcher' ?

LILIAN THURAM
En fait ce qui m'a choqué, c'est le fait que ce soit dit par un ministre.

KOOL SHEN, INTERVENTION DU 10 NOVEMBRE 2005
Aujourd'hui il vient dans les banlieues dire ?On va kärcheriser'. Mais qu'est-ce que tu vas kärcheriser ?, j'ai envie de dire. A la finale, ton kärcher, tu va éteindre le feu avec, tu ne vas pas kärcheriser les gens. Va falloir t'en servir pour éteindre le feu, on ne provoque pas les gens comme cela. C'est ? on descend, on appelle les gens ?la racaille'. On mélange tout le monde alors que tu es soi-disant quelqu'un d'intelligent, quand même : c'est toi qui gouvernes, c'est toi qui es au gouvernement, sois un peu plus intelligent que cela.

[retour plateau]

MICHEL DENISOT
Quelle est votre réaction ? Prenons-les dans l'ordre ; on vient d'écouter Kool Shen.

NICOLAS SARKOZY
Bon, d'abord cela dépend. Jamel DEBBOUZE, c'est quelqu'un que j'apprécie, que j'ai rencontré assez longuement plusieurs fois.

MICHEL DENISOT
Récemment ?

NICOLAS SARKOZY
Oui, avec qui on discute, qui a des choses à dire intéressantes, qui a un vrai témoignage.

ARIANE MASSENET
Sur quoi, par exemple, sans indiscrétion ?

NICOLAS SARKOZY
Parce qu'il connaît la banlieue, il y a des amis, il y a de la famille, il y vit. C'est quelqu'un que je respecte. Lilian THURAM, je le respecte comme footballeur. Bon. Quand il vient m'expliquer ce qui se passe dans les banlieues, cela fait dix ans qu'il est en Italie ou à l'étranger ? c'est tout à fait son droit, mais il voit cela avec la jumelle. L'autre monsieur, je ne le connais pas bien, donc je ne peux pas avoir de jugement.

FREDERIC BEIGBEDER
NTM.

NICOLAS SARKOZY
Oui, oui, mais enfin, je ne suis pas un intime honnêtement, et je ne vais pas faire semblant de connaître. Je suis extrêmement sincère quand je vous dis que ce que dit Jamel DEBBOUZE, qui est beaucoup plus modéré d'ailleurs, m'intéresse parce que? Qu'est-ce qui se passe dans les banlieues ? On va revenir sur les expressions. Je pense que la France, à la fois, n'est pas assez ferme et pas assez généreuse. Pas assez ferme en tolérant des choses intolérables de violence, de gangs, de bandes, de trafics, et pas assez généreuse en ne donnant pas assez de chance à ceux qui veulent s'en sortir et qui, il est vrai, sont victimes de discrimination négative, donc de racisme, parce qu'ils n'ont pas le bon nom ou pas la bonne couleur de peau. Un mot peut-être sur le mot ?racaille'.

ARIANE MASSENET
Oui, c'est sur la forme plus, finalement.

FREDERIC BEIGBEDER
Est-ce que c'est un dérapage ou c'est calculé quand vous dites cela ?

NICOLAS SARKOZY
Non, je vais vous expliquer. C'est assez simple. J'arrive à Argenteuil, il est 23 heures, et je suis attendu par 200 voyous qui? Et pourquoi je vais sur cet endroit précis d'Argenteuil ? Parce que c'est un des lieux les plus? ou il y a le plus de délinquance en région parisienne. Pourquoi j'y vais à 23 heures ? Parce que vous y alliez à 9 heures du matin, vous ne voyez rien du tout parce que ces messieurs à cette heure-là ne sont pas réveillés. Bon. Je suis attendu par 200 voyous qui déclenchent une bagarre quand j'arrive et qui pensent que je vais partir. Non, je ne pars pas. On s'installe, je reçois tout un tas de choses sur la tête et puis le calme revient. À minuit, je suis toujours là ; et il y a les grandes tours d'Argenteuil qui? tous les appartements sont allumés et au premier étage, il y a une dame qui ouvre la fenêtre, je lui fais signe ?Descendez madame, je suis là pour parler qui y habitent, pas les gens qui regardent cela de loin, pour les gens y habitent. Parlez, madame, venez me dire'. Elle ouvre la fenêtre, une dame maghrébine, et elle me dit ?Monsieur SARKOZY, on en a marre. Débarrassez-nous de cette racaille. On n'en peut plus'. Je lui réponds, à minuit, à cette dame ? moi je suis sur la petite place, je lui dis ?Madame, vous voulez que je vous débarrasse de cette racaille ? Je suis justement là pour cela'. Et là-dessus, il y a une cinquantaine?

FREDERIC BEIGBEDER
Mais vous savez qu'il y a des caméras qui vont garder que la phrase, vous le savez.

NICOLAS SARKZOZY
Enfin, bien sûr qu'il y a des caméras mais dans le feu de l'action, quand vous êtes à minuit à cet endroit-là, avec des gens dans les tours qui m'interpellent avec des grenades lacrymogènes parce que? Mais je ne regrette pas parce que pour moi, monsieur BEIGBEDER, qu'est-ce que c'est les gens qui font du trafic ? Qui est-ce qui s'appelle ?racaille' ? C'est eux-mêmes. La question, c'est est-ce que quand on est ministre?

MICHEL DENISOT
C'est l'amalgame après, l'amalgame.

ARIANE MASSENET
Voilà, la vraie question, c'est cela finalement, Nicolas SARKOZY. C'est est-ce qu'on peut employer, lorsqu'on est ministre d'État, ce mot que les jeunes emploient dans les banlieues ?

NICOLAS SARKOZY
Non, non, il y a deux questions. D'abord l'amalgame, c'est la plus sérieuse. Je pense que l'amalgame, c'est de dire ?C'est des jeunes'. Parce que si vous dites que c'est des jeunes qui font cela, vous amalgamez tous les jeunes. Or, quand on dit l'a racaille' ou ?les voyous', pour moi celui qui tue monsieur IRVOAS en le rouant de coups, c'est un voyou, c'est un assassin, c'est une racaille, c'est tout ce que vous voulez. Ce n'est pas un jeune. Celui qui viole une petite dans une tournante dans une cave, c'est une criminel, c'est un barbare.

ARIANE MASSENET
Monsieur SARKOZY, tout le monde est d'accord là-dessus.

NICOLAS SARKOZY
Non, non, non. Quand on les appelle ?les jeunes', quand j'entends la télévision dire ?des jeunes', je dis ?C'est vous qui faites l'amalgame'. Et quand je parle de racaille, je ne dis pas tous les habitants du quartier ; au contraire, moi je travaille pour les habitants du quartier, pour les débarrasser. Alors un mot sur kärcher.

MICHEL DENISOT
?Kärcher' c'était plus réfléchi ? ?Racaille' c'était en réaction.

NICOLAS SARKOZY
Non, non, non, je vais vous dire pourquoi, mais non, je n'ai aucune raison de ne pas m'expliquer. Je suis quelqu'un d'assez raisonnable et qui a un peu d'expérience. Je vais à la cité des 4 000 au mois de juillet dernier. Pourquoi j'y vais ? J'y vais pour rencontrer la famille de ce petit gamin de 11 ans qui est tué par deux criminels qui tirent à balles réelles et qui tuent d'une balle dans la tête un gamin de 11 ans le jour de la fête des pères, parce qu'il nettoie la voiture de son papa. Je monte dans l'escalier, je vois tout un tas de gens, il y a 500 personnes autour de moi. Il y a beaucoup de tension et les gens me disent ?Il faut nettoyer, il faut nettoyer. On en a marre, il faut nettoyer'. Parce qu'à la cité des 4 000, les braves gens qui se lèvent tôt le matin, ils ont la trouille. Ariane MASSENET, c'est quelque chose que vous ne connaissez pas et que je ne connais pas, mais vivre avec la peur au ventre, ce n'est pas une vie. Parce que quand on rentre dans son immeuble et qu'on est obligé de baisser la tête parce qu'il y a une bande de voyous qui vous terrorise, ce n'est pas une vie. En sortant, moi j'ai dans l'oreille tous ces ?Il faut nettoyer, il faut nettoyer' et je dis ?Oui, on va nettoyer'. Nettoyer de quoi ? Des trafics et des trafiquants. C'est d'ailleurs, Michel DENISOT, ce qu'on est en train de faire. On a démantelé, il y a 15 jours une bande de 16 personnes qui sont des truands notoires. C'est un travail très difficile et très dangereux que nous faisons. Dans mon esprit, il n'y a aucune intention d'amalgame. Dernier point : est-ce qu'un ministre doit parler comme tout le monde ?

ARIANE MASSENET
C'est un peu cela, finalement, le fond de la question.

NICOLAS SARKOZY
Bien sûr, oui, vous avez raison.

FREDERIC BEIGBEDER
C'est que cela fait beaucoup de dérapages les uns après les autres.

NICOLAS SARKOZY
Un ministre ne doit être compris de personne, hein ?

ARIANE MASSENET
Non, mais sans non plus tomber dans l'extrême inverse.

NICOLAS SARKOZY
Monsieur BEIGBEDER, je préfère que l'on dise que je me suis trompé. Si c'est votre avis, vous avez parfaitement le droit de le penser, que de dire que c'est un dérapage. Je suis quelqu'un qui a de l'expérience. Enfin, cela peut m'arriver comme tout le monde de déraper, mais cela fait 30 ans que je fais de la politique. Jamais personne?

FREDERIC BEIGBEDER
Donc, c'est étudié.

NICOLAS SARKOZY
Mais non ! C'est tout à fait spontané, tout à fait naturel, et il n'y a rien de choquant à dire que des voyous sont des voyous, et de la racaille de la racaille. Alors, qu'est-ce que c'est qu'un ministre ? Enfin, Ariane MASSENET, vous vous rendez compte ? Il y a un Français sur deux qui ne vote pas, il y a le Front national au deuxième tour. Et vous êtes quoi ? En train de m'expliquer que monsieur THURAM, qui voit de sa confortable équipe d'Italie, qu'il faut parler pour que personne ne vous comprenne !

ARIANE MASSENET
Vous vous doutez bien que beaucoup de gens ont été choqués, il n'y a pas que Lilian THURAM. Juste savoir si c'était une maladresse.

NICOLAS SARKOZY
Moi, je veux parler pour être compris des gens. Non, mais non.

ARIANE MASSENET
?Kärcher', en tous cas, c'est une marque. Kärcher, c'est une marque.

NICOLAS SARKOZY
Oui, je sais, j'ai même fait de la publicité. Je ne sais pas si beaucoup de gens ont été choqués, mais il faut savoir. Si j'en juge par les sondages, je ne suis pas le plus détesté de tous, mais qu'est-ce qui compte pour moi, Ariane MASSENET ? C'est d'être compris de gens qui se sentent abandonnés par la République, parce qu'ils ont l'impression que tout le monde s'en fout. Ce n'est pas moi qui habite à la cité des 4 000, ce n'est pas moi qui habite dans ce quartier d'Argenteuil, ce n'est pas moi qui habite dans des immeubles où plus personne ne veut habiter. Je veux parler pour des gens qui n'en peuvent plus, qui ont été abandonnés par la République.

ARIANE MASSENET
Tous les gens de gauche comme de droite reconnaissent qu'effectivement, les gouvernements ont laissé un peu tomber les banlieues.

NICOLAS SARKOZY
Oui, et si vous regardez les études d'opinion, c'est très intéressant. Je n'ai pas été compris, c'est vrai monsieur BEIGBEDER, par les CSP+.

FREDERIC BEIGBEDER
Non. Par les jeunes, si.

NICOLAS SARKOZY
Mais j'ai été compris par les gens qui habitent ces quartiers. Quant aux jeunes, j'ai fait 47 déplacements dans les banlieues. 47. J'étais encore à la Butte Rouge au Havre il y a quelques jours. Cela s'est très bien passé pourquoi ? Parce que les gens savent bien qu'en les débarrassant des trafics et des trafiquants, c'est pour eux que je travaille. C'est pour qui d'autre ? Alors, vous voulez qu'il y ait de la sécurité simplement dans le XVIème arrondissement au c?ur de Paris ? Moi, je veux qu'il y ait de la sécurité partout. Je n'accepte pas ce qui s'est passé? La barbarie. Mais qu'a-t-on fait d'une partie de notre jeunesse minoritaire pour qu'on en arrive à la barbarie sur le jeune Ilan ? Est-ce qu'on ne comprend pas qu'il faut changer nos méthodes, qu'il faut réagir ? Je vois qu'on me fait un grand procès parce que je veux qu'on dépiste les troubles du comportement des gosses dès le primaire.

MICHEL DENISOT
Des futurs délinquants, voilà.

FREDERIC BEIGBEDER
Avouez que c'est bizarre, avouez que c'est quand même bizarre de prévoir qu'un type peut être délinquant dès sa naissance quasiment.

NICOLAS SARKOZY
Non, mais ce n'est pas du tout cela. Je ne sais pas si vous avez des enfants mais tout le monde sait que dans un certain nombre d'écoles primaires, on dépiste des comportements violents très tôt. Mais qu'est-ce que vous voulez ? Le FOFANA, vous croyez que vous allez le remettre dans le droit chemin à 25 ans ? Le FOFANA, il fallait voir?

ARIANE MASSENET
Mais de là à ce que ce soit dès la maternelle !

MICHEL DENISOT
Quelle est la méthode ? Quelle est la méthode ?

NICOLAS SARKOZY
La méthode, elle est assez simple. Au lieu que la médecine scolaire se préoccupe de savoir si vous êtes dyslexique, si vous grandissez bien ou si vous grossissez bien, je propose que les enseignants, que les assistantes sociales, que les infirmières scolaires, que les médecins scolaires, identifient les troubles du comportement pour pouvoir les traiter et ne pas laisser un gosse souffrir seul dans son coin. Là où vous avez raison, monsieur BEIGBEDER, ce n'est pas parce qu'on a un trouble du comportement à dix ans qu'on sera un criminel naturellement, mais tous les délinquants ont eu dans leur histoire d'adolescence ou d'enfance des troubles du comportement qui n'ont pas été traités, qui n'ont pas été soignés. Ce sont des gosses qui se retrouvent seuls face à leur souffrance, avec une famille explosée qui ne s'en occupe pas, avec un système scolaire qui ne peut pas s'en occuper. Alors qu'est-ce que vous me proposez ? Que je reste les bras croisés, comme cela, en disant ?Oui, on ne peut rien' ? Je propose d'agir.

ARIANE MASSENET
Moi, je tirais les cheveux de mes copines à l'école.

FREDERIC BEIGBEDER
(désignant Nicolas Sarkozy) Oui, il a redoublé la Sixième au lycée Chaptal.

NICOLAS SARKOZY
C'est vrai.

FREDERIC BEIGBEDER
Avec votre loi, peut-être qu'on vous aurait embêté en classe de Sixième, on vous aurait dit ?Attention'.

NICOLAS SARKOZY
Monsieur BEIGBEDER, redoubler ce n'est pas un truc du comportement. Ne soyez pas si sévère, mon vieux.

FREDERIC BEIGBEDER

Oui, mais enfin !

MICHEL DENISOT
Moi, j'ai triplé !

NICOLAS SARKOZY
Quoi, j'avais peut-être quoi ?

FREDERIC BEIGBEDER
Je n'en sais rien.

NICOLAS SARKOZY
Vous voyez ! Il se trouve que j'avais? Justement, je vais vous dire quelque chose. C'est l'époque où dans ma famille il y avait des problèmes ? enfin, peu importe. Bon. Un gosse qui souffre, un gosse qui est seul, plutôt que des bons sentiments à 3 francs 6 sous le caramel mou, qui font des?

FREDERIC BEIGBEDER
Vous êtes un rappeur, attention !

NICOLAS SARKOZY
Je pourrais peut-être vous étonner ! Sur ce plateau élégant, cela ne manque pas de pain de dire? Bon. Mais laisser un gosse qui souffre aujourd'hui, mais c'est non-assistance à personne en danger. Qu'est-ce que je propose ? Qu'on s'en occupe le plus tôt possible pour lui donner la chance de se rétablir. Quand la famille n'en peut plus, quand l'école n'en peut plus, mais qu'est-ce qu'on doit faire ? Vous savez, monsieur BEIGBEDER, c'est formidable : on voit la politique comme une grande machine à produire de la fatalité. On peut rien sur rien. Moi, je ne dis pas que j'ai raison ; je dis que j'essaye de soulever des montagnes pour résoudre des problèmes.

FREDERIC BEIGBEDER
Mais les professionnels de l'Éducation sont inquiets. Il y a des professionnels de l'Éducation qui disent que c'est dangereux.

NICOLAS SARKOZY
Très bien. Les professionnels de l'Éducation qui assistent à 60 000 gosses qui sortent sans rien chaque année et qui proposent de faire toujours la même chose, permettez-moi de vous dire que cette machine inégalitaire, ce n'est pas la mienne. J'essaye de trouver des solutions pour résoudre des problèmes et, pour cela, je n'ai pas de sujets tabous et j'essaye d'inventer de nouvelles choses, mais ce n'est pas pour cela que cela marchera, vous avez raison, mais au moins essayons, plutôt que de pousser des cris d'orfraie avant même que d'avoir commencé. Ce qui est extraordinaire, c'est le côté conservateur et immobile de la société française. Tout le monde sait bien que cela ne va pas à l'école, que la violence augmente et le consensus, c'est des bons sentiments, en général au café Flore ou à CANAL+, et sur le terrain, c'est rien du tout. Moi, je veux que ce soit sur le terrain, quelque chose.

ARIANE MASSENET
Pour lui, c'est les deux ; pour lui, c'est café Flore et CANAL+.

NICOLAS SARKOZY
Je n'ai pas voulu être désagréable, parce que je n'ai aucune raison de l'être.

MICHEL DENISOT
Il remplit bien la fiche, parfait.

NICOLAS SARKOZY
Je n'ai rien contre le café Flore. Je ne vais pas faire de la publicité après le Kärcher au café Flore. Je dis simplement, monsieur BEIGBEDER, que le rôle d'un homme politique est de changer le quotidien. C'est d'essayer de trouver des solutions, c'est d'essayer de soulever des montagnes pour apporter des réponses. Les gens espèrent ou croient en nous, on est élu pour cela. On n'est pas élus pour faire la même chose que ceux qui ont fait avant et qui ont échoué.

ARIANE MASSENET
Cela, c'est un petit tacle à Dominique de VILLEPIN peut-être ? Non ?

NICOLAS SARKOZY
Mais qu'est-ce qu'il vient faire là, lui ?

ARIANE MASSENET
Je ne sais pas !
[rires dans le public]

NICOLAS SARKOZY
C'est curieux. Je veux bien.

ARIANE MASSENET
Enfin, je ne sais pas. J'avais envie de parler de lui.

NICOLAS SARKOZY
Ah bon ?

MICHEL DENISOT
Aujourd'hui, vous avez vu les derniers sondages, il a perdu 6 points. Quels conseils vous lui donneriez pour remonter ?

NICOLAS SARKOZY
Dominique de VILLEPIN et moi, on a fait un pari qui n'était pas évident, Michel DENISOT, au mois de mai dernier : c'est de travailler ensemble, d'additionner nos différences pour faire en sorte que cela marche. Le conseil que j'ai à lui donner, si tant est que j'en avais, c'est de rester lui-même. Quant aux sondages?

ARIANE MASSENET
C'est-à-dire, rester lui-même ? De descendre encore dans les sondages ?

NICOLAS SARKOZY
Si vous l'interprétez comme cela, c'est que vous avez trop fréquenté Marc-Olivier FOGIEL !

ARIANE MASSENET
(rires) Ah, le tacle !

MICHEL DENISOT
On va écoutez maintenant? c'est un peu comme?

NICOLAS SARKOZY
Non ? Mais je ne sais pas, je ne sais pas dans votre milieu comment cela se passe, mais dans le nôtre je ne nie pas qu'il y a parfois de la concurrence. Il y a des ambitions et, après tout, elles ne sont pas légitimes, les ambitions. Je dis simplement qu'on ne peut pas se fier à un seul sondage. J'ai moi-même eu beaucoup de hauts et quelques bas retentissants. La vie politique, la carrière politique, c'est être capable de surmonter des épreuves pour démontrer qu'on a le tempérament pour mériter des responsabilités. La vie, ce n'est pas un long fleuve tranquille. Tous ceux qui nous écoutent ont connu des épreuves et il ne faut pas croire que, parce qu'on est un homme politique ou responsable politique, on ne les connaît pas. Justement, si.

MICHEL DENISOT
Nous allons écouter maintenant, si vous le permettez, une question de deux de nos invités d'hier qui sont Nagui et Michel DRUCKER. Ils s'adressent à vous.

NICOLAS SARKOZY
Bien sûr, bien sûr.

[Extrait du ??Grand Journal' du 28.02.06]

MICHEL DRUCKER
Quelle question aimeriez-vous bien poser à Nicolas SARKOZY ? Question? Nicolas, cher Nicolas SARKOZY, quand la prochaine ballade en vélo ? Je n'ai pas roulé avec vous depuis au moins trois mois. Alors, si vous ne continuez pas à vous entraîner, vous allez arriver à court de forme pour la présidentielle, Nicolas.

NAGUI
Moi, j'aurais peut-être une autre question plus? moins personnelle mais plus sérieuse. Je n'ai pas très bien compris la nouvelle loi sur l'immigration, mais je me demande si ses parents comme les miens auraient pu, dans ces conditions, venir en France. J'aimerais qu'il m'explique cela.

[retour plateau]

MICHEL DENISOT
La question de Nagui d'abord, si vous voulez bien.

NICOLAS SARKOZY
Oui, encore que le vélo, c'est une affaire sérieuse.

MICHEL DENISOT
J'entends bien.

NICOLAS SARKOZY
Sur l'immigration, c'est très simple. Je dénie à Jean-Marie LE PEN le droit de présenter l'immigration zéro comme une alternative crédible. Un pays, une civilisation, une société, meurent de la consanguinité de la fermeture et du repliement sur soi. Je suis donc pour une immigration choisie. Pour répondre à Nagui, ses parents comme mon père auraient parfaitement pu venir en France avec le projet qui est le mien. Je souhaite une immigration choisie.

MICHEL DENISOT
Votre père venait de Hongrie.

NICOLAS SARKOZY
Mon père venait de Hongrie. Cela veut dire quoi ? Plus d'étudiants étrangers parce que nous devons former les élites étrangères si nous voulons que le Français continue à exister. Deuxièmement, une immigration économique. Ariane MASSENET, il vaut mieux qu'on accueille chez nous des gens pour qui on a un travail et un logement, plutôt que des gens pour qui on n'a ni logement ni travail. Troisièmement, je ne veux plus de détournement de l'asile politique. Tout le monde demande l'asile politique, y compris lorsqu'on vient de pays où il n'y a pas de problèmes de dictature. Quatrièmement, le regroupement familial. Bien sûr que chacun peut faire venir sa famille, c'est un droit. Mais comment peut-on s'intégrer si on n'a pas sa famille ? Mais maintenant, nous allons poser des règles qui sont que, pour faire venir sa famille, il faut qu'on démontre qu'on a un appartement pour l'accueillir et des moyens pour le faire vivre. Parce que faire venir sa famille en France si on n'a pas d'appartement, on crée des ghettos, ou si on n'a pas de moyens, on crée de la pauvreté. La France, Ariane MASSENET, ne peut pas être le seul pays au monde qui ne puisse décider de qui elle veut accueillir et qui elle ne veut pas accueillir. Et puis, enfin, il y a un point ? je voudrais le dire à Michel DENISOT, simplement : j'en ai assez que dès que quelqu'un dit ?immigration', immédiatement on ferme les écoutilles et plus personne n'a le droit de parler. On peut parler de l'immigration sans être accusé de racisme. La barbe ! On ne peut plus parler de rien ! Ne vous étonnez pas que Jean-Marie LE PEN ait des beaux jours devant lui avec cela si on a même plus le droit de parler de l'immigration. En général, ceux qui ne veulent pas qu'on parle de l'immigration, ce n'est pas ceux qui vivent dans les quartiers où il y a de l'immigration. La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? c'est Michel ROCARD qui l'avait dit justement. J'affirme qu'on peut dire cela sans être un raciste, quand même.

ARIANE MASSENET
Quand vous avez, excusez-moi, juste certaines personnes qui vous traitent de ?Le Pen light', entre guillemets, cela vous met hors de vous ?

NICOLAS SARKOZY
Non. Hors de moi, à la place où je suis, il vaut mieux que je reste calme et j'ai de la peine pour eux, parce que je crois être l'homme politique qui a fait le plus de débats avec Jean-Marie LE PEN. Jean-Marie LE PEN, je l'ai toujours combattu et je vais vous dire une chose : si Jean-Marie LE PEN a pu prospérer, c'est parce que les partis républicains de gauche et de droite n'ont pas fait leur travail. Nous sommes responsables de cela et en refusant de parler des problèmes qui préoccupent les gens, et l'immigration est un de ces problèmes, nous avons laissé prospérer les extrémistes de droite, sur l'immigration zéro, et les extrémistes de gauche sur une immigration incontrôlée, parce que nous avons déserté le terrain des idées. Aujourd'hui, en tant que président d'un parti politique, je veux justement donner de la noblesse au débat d'idées. Nous sommes responsables de cela. Quant à ?Le Pen light', qu'est-ce que cela veut dire, ?Le Pen light?? Cela veut dire quoi ? On est Le Pen ou on ne l'est pas, et je ne le suis pas.

MICHEL DENISOT
Un mot sur 2007, parce que cela va être l'heure du zapping. Quel est votre calendrier aujourd'hui ? Quand les militants de l'UMP vont-ils désigner, choisir leur candidat ? Et si c'est vous, est-ce que vous quitterez le gouvernement à ce moment-là ou l'aurez-vous fait déjà ou le ferez-vous après ?

NICOLAS SARKOZY
Le calendrier, c'est janvier 2007. La méthode, c'est tous les adhérents qui choisiront. Est-ce que ce sera moi ? Est-ce que je serai candidat ? Est-ce que ce sera mi ? On verra bien le moment venu.

ARIANE MASSENET
Ah, pour l'instant, vous n'êtes pas sûr d'être candidat ?

MICHEL DENISOT
Vous n'êtes pas sûr d'être candidat ?

NICOLAS SARKOZY
D'abord, je ne suis pas sûr d'avoir le soutien de mon mouvement politique. Moi, j'ai voulu un mouvement politique démocratique.

ARIANE MASSENET
Mais pour être candidat à la candidature, maintenant c'est ce qui se dit.

FREDERIC BEIGBEDER
Il ne se rase plus, c'est pour cela qu'il n'a plus du tout envie de?

NICOLAS SARKOZY
Non, on m'avait posé la question de savoir si j'y pensais en me rasant. J'ai dit que si je n'y pensais qu'en me rasant, je n'y penserais pas beaucoup'. J'ai voulu dire par-là que bien sûr que j'y pense, mais la décision n'est pas prise.

MICHEL DENISOT
Donc d'ici-là, vous restez au gouvernement jusqu'en janvier.

NICOLAS SARKOZY
D'ici-là, j'ai un travail à faire et si, par extraordinaire, les adhérents du mouvement politique que je préside devaient décider que ce serait moi, il est certain que la question de ma présence au gouvernement se poserait à ce moment-là.

MICHEL DENISOT
Mais pas avant.

FREDERIC BEIGBEDER
Pourquoi ? Pour ne pas revivre la même chose qu'Édouard BALLADUR ?

NICOLAS SARKOZY
Non, c'est parce que je pense que, quand on est candidat, on doit être candidat à plein temps et voilà, même si Jacques CHIRAC était candidat en étant Premier ministre, Valéry GISCARD D'ESTAING était candidat en étant ministre des Finances, Lionel JOSPIN était candidat en étant Premier ministre.

FREDERIC BEIGBEDER
Enfin, cela n'a pas marché.

MICHEL DENISOT
Il y a plus d'exemples qui ne marchent pas, que d'exemples qui marchent.

NICOLAS SARKOZY
Je ne vois pas tellement les choses comme cela, mais j'essaye d'être quelqu'un, Michel DENISOT, d'entier. Quand je fais quelque chose, j'essaye de le faire complètement et je ne pense pas qu'on peut faire les choses à moitié. Si je devais être candidat un jour, je serai candidat en étant porteur d'une alternative, d'une volonté de changer profondément les choses. Je crois dans la politique, j'aime mon pays, j'ai envie de réconcilier la France avec la réussite. J'aimerai que les gens considèrent que réussir, ce n'est pas un pêché quand même ; que finalement on n'est pas obligé de partir pour réussir. Je n'aime pas le nivellement, je n'aime pas l'égalitarisme, je n'aime pas l'assistanat. Je crois dans le travail, dans l'effort, dans le mérite. Bon. J'ai envie de défendre ces idées. Je ne dis pas que c'est les seules mais j'ai envie que la France redevienne un pays où on ait envie de réussir. J'ai envie de dire à toutes les familles quelles que soient leurs origines ?La réussite, vous y avez le droit, à condition que vous la méritiez'. La récompense, pour moi cela veut dire quelque chose. S'il y a une opportunité de porter ces idées, je le ferai le moment venu.

[Le zapping de Canal+]

MICHEL DENISOT
On a vu Ségolène ROYAL dans ce zapping. C'est l'adversaire que vous aimeriez avoir en 2007 ?

NICOLAS SARKOZY
Non, non, mais Ségolène ROYAL c'est quelqu'un ? je l'ai dit souvent ? pour qui j'ai du respect. Je trouve que c'est quelqu'un de tout à fait respectable. Par ailleurs, je ne suis pas sûr que j'ai des conseils à donner au parti socialiste. De toute façon, quel que soit le candidat qui sortira, ce sera très difficile.

ARIANE MASSENET
Et entre Ségolène ROYAL et François HOLLANDE, si vous aviez le choix par une opération du Saint Esprit ?

NICOLAS SARKOZY
Non, honnêtement, je ne veux pas être responsable d'un jugement entre les deux. Je pense que, de toute manière, ce sera très difficile, mais la bagarre chez eux est terrifiante et je pense qu'ils s'occupent bien d'eux en ce moment, ce qui me donne quelques semaines de calme. Cela faisait longtemps que je n'avais pas connu cela.

MICHEL DENISOT
Est-ce que vous êtes d'accord avec la campagne de RTL où on vous voit avec Dominique de VILLEPIN et avec le titre ?Vivre ensemble'.

NICOLAS SARKOZY
Oui, bon, honnêtement je trouve la photo assez sympa, la campagne assez sympa. Je trouve qu'il aurait été sympa, je ne sais pas, de nous demander notre avis.

MICHEL DENISOT
ce qui n'a pas été fait.

FREDERIC BEIGBEDER
(montrant un livre avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy en couverture) Celle-là aussi, on aurait pu faire une pub RTL avec celle-là aussi.

ARIANE MASSENET
Ségolène ROYAL était furieuse, elle, de sa pub RTL avec François HOLLANDE.

MICHEL DENISOT
Oui, la plupart des gens concernés ne sont pas contents.

NICOLAS SARKOZY
Parce qu'on est des responsables publics, ce n'est pas anormal qu'on utilise nos images. Mais on aurait eu un petit coup de téléphone pour dire ?Bon, on fait une campagne, on vous demande votre avis', moi j'aurai donné mon accord bien sûr. Simplement, cela s'appelle de la courtoisie.
MICHEL DENISOT
Bonsoir PPD.

PPD
Bonsoir Michel et bonsoir monsieur SARKOZY et bonsoir à tous. C'est bien, monsieur SARKOZY a choisi d'affronter notre bande de hors-la-loi sur notre propre terrain. Il n'est pas encore 23 heures mais c'est le soir, c'est le moment où la violence verbale peut exister alors j'ai envie de vous demander : avez-vous un projet pour changer ce quotidien parfois difficile à vivre pour certain ?

MICHEL DENISOT
Merci Yves LECOQ. Voilà.

NICOLAS SARKOZY
La réponse est oui.

MICHEL DENISOT
La réponse est oui.

MICHEL DENISOT
On avait des bouquins, mais on n'a plus le temps.

FREDERIC BEIGBEDER
Oui, il y a énormément de livres sur vous. En gros ce qui se passe, c'est que j'ai l'impression, quand même, que vous faites peur aux Français pour être élu et je me demande s'ils ne vont pas avoir peur de vous élire.

NICOLAS SARKOZY
Mais écoutez, franchement si c'est un conseil, je le prends bien volontiers. Si c'est un regret, je vous trouve très sympathique.

FREDERIC BEIGBEDER
Vous me foutez un peu les chocottes, c'est cela que j'essayais de dire quand même.

NICOLAS SARKOZY
Je ne pense pas, je ne pense pas.

MICHEL DENISOT
Il y a combien de bouquins sur Nicolas SARKOZY aujourd'hui ?

FREDERIC BEIGBEDER
Là, il y en a 11 mais il paraît qu'il y en a 22 à paraître. Vous êtes souvent au courant des livres avant qu'ils ne paraissent. C'est bizarre.

NICOLAS SARKOZY
Non, parce que je ne les lis pas. Je considère qu'il est tout à fait normal qu'on écrive sur les responsables politiques. Simplement, je ne suis pas au-dessus des lois, monsieur BEIGBEDER, et je ne suis pas en dessous des lois non plus. J'ai le droit pour ma vie comme pour celle de ceux que j'aime, à un minimum de respect, pas plus que les autres mais pas moins que les autres.

FREDERIC BEIGBEDER
Vous faites allusion à un livre sur votre vie privée.

NICOLAS SARKOZY
A rien du tout. A rien du tout. Je pense que c'est un minimum de ce qu'on peut demander, pas tant pour moi d'ailleurs que pour ceux que j'aime, et parce que je crois que, parfois, il y a des limites qui sont franchies. Je n'en dis pas plus, mais s'il y a des tribunaux, s'il y a des règles, elles valent pour ceux qui sont nos ministres comme pour ceux qui ne sont pas ministres, et je pense que c'est important. Puis vous savez, monsieur BEIGBEDER, ce dont vous devriez avoir peur c'est de l'immobilisme, du conservatisme, des habitudes, de la pensée unique, de ceux qui disent qu'ils ne changeront rien parce qu'ils changeront vraiment rien. Avec le tempérament qui est le vôtre, il faut plutôt que vous aidiez ceux qui veulent changer les choses, parce qu'on ne sait jamais : cela peut marcher, et je serai ravi d'en parler avec vous.

FREDERIC BEIGBEDER
Non mais, on n'a pas le temps de dire ce qui me fait peur.

MICHEL DENISOT
Il est 51, on a débordé de quelques secondes. Merci, Nicolas SARKOZY, d'être venu dans ce Grand Journal.

NICOLAS SARKOZY
Merci de m'avoir invité. J'espère que vous n'aurez pas trop d'ennuis à m'avoir invité. Vous avez pris un risque considérable après tout. C'est un acte de courage exceptionnel.


Source http://www.u-m-p.org, le 7 mars 2006

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