Déclaration de M. Christian Estrosi, ministre délégué à l'aménagement du territoire, sur le financement des infrastructures de transport, l'intermodalité et les projets d'"autoroutes maritimes et ferroviaires" France - Espagne - Italie, et les pôles de compétitivité, Nantes le 17 novembre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Estrosi, ministre délégué à l'aménagement du territoire, sur le financement des infrastructures de transport, l'intermodalité et les projets d'"autoroutes maritimes et ferroviaires" France - Espagne - Italie, et les pôles de compétitivité, Nantes le 17 novembre 2005.

Personnalité, fonction : ESTROSI Christian.

FRANCE. Ministre délégué à l'aménagement du territoire

Circonstances : 3ème édition de l'Université TLF (Transport et logistique de France) sur le thème "L'avenir de la politique des transports en Europe", à Nantes (Loire-Atlantique) le 17 novembre 2005

ti : Messieurs les co-présidents de Transport et Logistique de France, Mesdames et messieurs les chefs d'entreprise, adhérents de TLF, Mesdames et messieurs.

Je vous remercie de m'avoir invité à Nantes pour ouvrir cette 3ème édition de l'Université TLF.

Je vous remercie à plus d'un titre. D'abord, vous me donnez l'occasion de marquer, par ma présence, tout l'intérêt que je porte et que le Gouvernement porte au secteur économique que vous représentez. Un secteur en pleine croissance. Un secteur créateur d'emplois. Un secteur clé de la compétitivité de notre économie et de l'attractivité de nos territoires. Vous jouez un rôle déterminant en matière d'aménagement du territoire. Je vais revenir, sans perdre de temps, sur quelques dossiers très importants qui vous concernent et qui me tiennent particulièrement à coeur.

Auparavant je tiens solennellement é vous féliciter pour le rôle que TLF joue en tant que force de proposition. Je peux vous dire que TLF est unanimement considérée et reconnue comme un interlocuteur fiable des autorités gouvernementales. Certains dossiers n'auraient pas avancé comme ils ont avancé, et peut-être pas dans la bonne direction, si nous avions été privés de votre réflexion. Je salue aussi votre réactivité. Le monde moderne va vite, Il change constamment. Il faut se mettre à son rythme. Je pense, vous me avez montré, que nous avons celte vision en commun.

C'est pourquoi je tiendrai ce matin un discours qui vous changera peut-être de ceux que vous entendez habituellement, Je n'ai qu'une envie : vous montrer que nous faisons face à des défis communs et que nous devons les affronter et les relever ensemble. Nous sommes nourris de la même ambition de faire avancer notre économie, et de libérer, enfin, les énergies que recèlent notre pays. Depuis que j'ai pris mes fonctions, je ne poursuis qu'un objectif : renforcer la compétitivité de nos territoires.

J'ai besoin de vous. Et si je suis venu vous parler, c'est surtout pour vous dire que je suis à votre écoute.

Ce matin je voudrais juste faire un point sur 3 grands dossiers, aussi importants pour vous que pour moi : le financement de nos grandes infrastructures de transport, le développement de l'inter modalité et enfin les pôles de compétitivité.

? D'abord, quelques mots sur les grandes infrastructures de transport.

J'ai lu avec beaucoup d'attention et d'intérêt, vous vous en doutez, votre plate-forme politique. Les 25 propositions que vous avez formulées pour la mise en place d'une politique logistique forte me paraissent très pertinentes.

Je me suis arrêté plus particulièrement sur certaines d'entre elles. Une de vos revendications essentielles, que je partage, concerne le développement et la régénération de nos infrastructures nationales.

Vous le savez, le Gouvernement avait, lors du CIADT de décembre 2003, lancé une politique ambitieuse en faveur de nos infrastructures de transport. C'est une politique qui s'articule autour de 35 « grands projets », autoroutiers, ferroviaires et fluviaux. Il faut que vous sachiez que le CIACT du 14 octobre dernier a, non seulement confirmé cette politique, mais qu'il l'a amplifiée.

Le Gouvernement a décidé de faire de l'Agence de Financement des Infrastructures de Transport de France - I'AFITF - l'outil majeur de cette relance et de la doter en moyens financiers importants, et surtout immédiats. Ces moyens - 4 milliards d'euros en tout - proviennent de la privatisation des sociétés concessionnaires de réseaux autoroutiers. Vous imaginez bien que des esprits chagrins ont déjà critiqué cette décision du Gouvernement. Quant à moi, comme Nicolas SARKOZY, j'ai milité pour que I'AFITF ait les moyens d'une politique ambitieuse, c'est-à-dire une politique qui n'attendra pas 25 ans pour atteindre ses objectifs. Non ! Ce que je veux, c'est une politique de 2005 qui trouve son terme en 2012. C'est ça ma conception de l'action publique des résultats rapides, des résultats concrets, de l'efficacité dans la décision.

Par ailleurs, I'AFITF a vu son périmètre d'intervention élargi. Désormais, l'Agence participera à la réalisation des projets d'infrastructures inscrits aux contrats de plan Etat - Régions. Car c'est vrai, nous avons du retard, un peu plus d'un an de retard, dans l'exécution des contrats de plan, et presque deux ans sur le volet ?infrastructures?. C'est pourquoi I'AFITF est mise à contribution : pour 2006, à hauteur de plus d'1 milliard d'euros de crédits de paiement pour alimenter les contrats de plan, soit une augmentation de 130 % par rapport à 2005. Nous sommes en train de nous mettre en ordre de marche pour atteindre un taux d'exécution maximal sur les contrats de plan d'ici à la fin 2008. Et là, ce sont des chantiers qui vous concernent très directement, au jour le jour, car ils touchent la mise à 2 fois 2 voies de certaines routes nationales, la construction de ronds points, le contournement de certaines agglomérations, la mise aux normes des tunnels routiers...

Il y a aussi une de vos propositions à laquelle je veux apporter mon soutien, c'est la création d'un conseil supérieur indépendant d'évaluation des infrastructures. J'ai connu, en tant qu'élu local, trop de projets d'infrastructures dont le coût a été mal évalué, dont l'utilité socio-économique a été mal calculée, J'observe que pour l'actuel contrat de plan, on a fait beaucoup d'affichage, on a inscrit des opérations sans en connaître les coûts précis. Résultat des courses, je viens de le dire : on n'arrive pas à boucler les contrats de plan. Moi, je veux un contrat dans lequel l'Etat tienne parole et respecte ses engagements, Ca aussi, c'est aussi ma conception de l'action politique. Alors, pour l'idée d'avoir recours à une instance indépendante, je vous applaudis des deux mains.

? Sur l'inter modalité, j'ai beaucoup à dire.

Je m'y intéresse depuis longtemps, bien avant de devenir ministre. Je suis élu d'un département qui connaît un trafic transfrontalier énorme entre la France et l'italie. Par ailleurs, je m'étais battu, en son temps, pour le maintien du grand projet de canal Rhin-Rhône, Et enfin, en tant que décideur national, j'ai été conduit à m'intéresser à la répartition du trafic « fret » entre les différents modes de transport dans les 10 - 15 ans qui viennent.

Autant vous dire que je ne découvre pas la matière. Et franchement, je tiens à vous féliciter pour la qualité et l'intelligence de la réflexion que vous avez menée sur le développement des modes de transport alternatifs à la route. Je ne vous cache pas que je vous attendais un peu comme e lobby du « tout routier ». Je constate que ce n'est pas le cas. Tant mieux. Là encore, nous allons pouvoir réfléchir ensemble, et non face à face. Vous savez qu'en matière de transport, c'est un mauvais positionnement, il vaut mieux rouler côté à côte que d'essayer de faire reculer l'autre.

Depuis 1990, la route ne cesse de gagner des parts de marché dans le transport de marchandises en France. Or, la route, nous en sommes tous conscients, ne pourra pas continuer à supporter seul la croissance des échanges induite par l'intégration ? toujours grandissante - des économies européennes. Un rééquilibrage entre les modes de transport s'impose. A défaut, la France risque de se transformer, à terme, en un simple couloir de transit pour poids-lourds de toutes nationalités. Avec toutes les conséquences que nous connaissons, sur le plan environnemental en particulier.

Mais, vous le savez, vous, mieux que quiconque, le transport de marchandises est un secteur marchand, hautement concurrentiel. Il n'est pas question que l'Etat impose un choix entre tel ou tel mode de transport. C'est e marché qui « fait » le transport. Et les mesures de l'Etat ne seront véritablement efficaces que si elles coïncident avec vos attentes. Notre rôle, c'est d'être votre accompagnateur. Sur ce sujet, le Gouvernement est en train de préparer un train de mesures sur le développement d'une offre alternative à la route.

Il y en a deux que je voudrais plus particulièrement évoquer devant vous, parce que je les juge essentielles en matière d'aménagement du territoire.

D'abord, sur les autoroutes ferroviaires. Sachez que vous me trouverez toujours à vos côtés pour faire évoluer sur ce sujet les mentalités de la SNCF et de RFF qui d'ailleurs, il faut le reconnaître, ont fait de réels progrès. Il existe, au sein de l'union Européenne élargie, un potentiel extraordinaire pour le développement du transport ferroviaire. En plus, le développement des autoroutes ferroviaires n'impose pas d'investissements lourds. Il n'impose pas la création de nouvelles infrastructures, Il faut juste mettre en place une offre de service nouvelle et adaptée à vos attentes.

Je cite très souvent en exemple le projet d'autoroute ferroviaire entre Perpignan et Bettembourg. Normalement, la mise en service commerciale de cette autoroute devrait se faire au début 2007. Quelques travaux de mise au gabarit de l'itinéraire seront réalisés en 2006 pour un coût total de 30 M? financés d'ailleurs sur le budget de l'AFITF.

Je sais tout le rôle que TLF a joué dans la promotion de cette autoroute au travers de l'association « Route roulante 2006 » dont Alain Bréau assure la présidence. Je sais que c'est un peu votre « bébé ».

Vous pensez qu'il est possible de développer cette nouvelle activité d'autoroute ferroviaire sur quelques-uns uns des principaux axes de transport couvrant la France? Moi aussi. Là encore, je suis prêt à vous suivre, et je vous donne ma garantie que le Gouvernement vous accompagnera. D'abord pour étudier les prolongements de la liaison Perpignan - Bettembourg vers le port de Marseille et la région Nord - Pas - de - Calais. Mais aussi pour lancer l'avant-projet sommaire de la mise au gabarit de l'itinéraire entre le pays basque et le nord de la France, en vue de préparer une 2ème autoroute ferroviaire, l'autoroute Atlantique. Et sur ce dernier sujet, l'association « Route roulante 2006 » sera au coeur du dispositif, avec un soutien financier de l'Etat.

Quelques mots des autoroutes maritimes. J'étais, le 17 octobre dernier, à Barcelone aux côtés de Dominique de VILLEPIN pour un séminaire franco - espagnol. Au cours de ce séminaire, la France et l'Espagne ont décidé de lancer à partir de 2007 une autoroute de la mer en Atlantique - Manche - Mer du Nord, La consultation sur cette autoroute de la mer sera lancée dés 2006. Ce projet devrait permettre de transférer jusqu'à 150 000 poids-lourds par an de la route vers la mer, soit plus de 5 % du trafic routier passant à l'ouest des Pyrénées.

En parallèle, les échanges et les réflexions avec l'Espagne et l'Italie se poursuivent pour le projet d'autoroute de la mer sur la Méditerranée, Là, sur cette liaison Espagne - France - Italie, nous allons devoir être inventifs. Quand je dis « nous », je vous inclus. Sachez que dès à présent, je suis preneur de vos suggestions, et je mettrai toutes vos propositions à l'étude.

J'aimerai même que, sur ces sujets d'autoroutes maritimes et ferroviaires, nous puissions être ensemble les auteurs de « success stories » à la française. Nous avons, en ce moment, un grand besoin de projets exemplaires capables de créer un effet d'entraînement.

? Je terminerai mon propos par les pôles de compétitivité.

TLF représente une puissance économique assez considérable en France : 5000 entreprises adhérentes, 270 000 salariés, Une telle force économique et industrielle a, c'est évident, un rôle éminent à jouer dans la politique des pôles de compétitivité que nous sommes en train de lancer. D'autant que, je ne sais pas si vous le savez, mais je ne cesse de dire que les pôles de compétitivité, c'est d'abord l'affaire des industriels, des chercheurs et des universitaires.

En 4 mois, j'ai visité près de la moitié des pôles de compétitivité dans 17 départements et 13 régions. Ce matin même, je me rends à Saint-Herblain pour animer une réunion des acteurs du pôle de compétitivité ?Atlantic Biothérapies?.

C'est une petite révolution industrielle que nous sommes en train de conduire. Un espoir extraordinaire pour le dynamisme de l'économie française. En tout cas, il y a autour de ce projet, un mouvement, une effervescence et un enthousiasme rarement rencontrés dans notre pays depuis bien des années. Avec Nicolas SARKOZY, dès mon entrée au Gouvernement, j'ai oeuvré pour qu'une chance soit donnée au plus grand nombre tout en étant conscient de la diversité des candidatures. Je tiens surtout à ce que ces pôles ne soient pas comparés entre eux, mais appréhendés exclusivement au regard des enjeux de développement qu'ils représentent pour la France et les territoires où ils se situent, L'important là encore, c'est la motivation, la volonté et la créativité des candidatures.

C'est ça ma conception de l'aménagement du territoire un droit pour tous les territoires à la compétitivité !

Votre profession est très impliquée dans e pôle ?Logistique Seine Normandie? dont l'ambition est de positionner la Normandie comme la plate-forme multimodale d'échanges internationaux à l'ouest de l'Europe. Il s'agit d'en faire un offreur de services logistiques à forte valeur ajoutée, Et le projet est exemplaire car il associe les entreprises du secteur ?logistique et transports? mais aussi les ports autonomes de Rouen et du Havre, les laboratoires de recherche - c'est-à-dire prés de 200 chercheurs - et les universités.

Je ferai 2 remarques

La 1ère : je veux que vous sachiez que vous êtes également concernés par d'autres pôles de compétitivité. TLF a aussi une valeur ajoutée à apporter sur d'autres pôles : le pôle « Urban Trucks » à Lyon, dont l'objet est de répondre aux défis soulevés par la croissance des besoins de mobilité des personnes et des marchandises; le pôle « Vestapolis » en Ile de France qui travaille sur la sécurité des transports routiers ; le pôle « Mobilité et transports avancés » en Poitou-Charentes, qui n'est pas loin d'ici, et qui vise à produire des véhicules innovants, notamment des véhicules de manutention et de transport de marchandises.

Tous ces chantiers vous concernent. Et là encore, je compte sur vous. Je vous le dis sans flagornerie : les partenaires de votre envergure ne sont pas monnaie courante. Ne nous trompons pas je suis votre accompagnateur. Ce n'est pas l'inverse.

Nous connaissons tous l'importance du travail en réseau. La France est frileuse sur cette question, pour ne pas dire étriquée. Il faut décloisonner. Il faut parler. Il faut se rencontrer?

D'ailleurs, en 2006, je veux travailler à la fédération des 66 pôles de compétitivité français. Je veux mettre sur pied un réseau des pôles de compétitivité, un pôle « France » en quelque sorte, Un réseau des réseaux. Là aussi, TLF un rôle à jouer. La porte vous est grande ouverte.

2ème remarque : je sais que vous vous dites « Le Havre, c'est bien, mais il faudrait aller plus loin ». En matière logistique, il y a peut être la place pour un autre pôle ailleurs en France. C'est à voir. Nous n'y sommes pas opposés. Mais il faut faire attention. Un foisonnement de pôles, vous le comprenez, ce serait la négation de la force des pôles. Même au niveau européen, les places sont chères. Et de toute façon, l'initiative doit partir du terrain. C'est donc plutôt vous qui avez les cartes en main.

En tout état de cause, je tiens à vous dire, au risque de me répéter, que je suis conscient du rôle économique majeur joué par votre profession. Et surtout du rôle structurant que les implantations logistiques peuvent avoir sur notre territoire. A ce titre, mon ministère peut et veut vous aider dans la concrétisation de vos projets. La prime à l'aménagement du territoire - la PAT - peut vous apporter des aides directes lorsque vous créez un minimum de 15 emplois dans une zone prioritaire d'aménagement du territoire. Notez-le. C'est toujours bon à savoir. Le fonds national d'aménagement du territoire - FNADT- ne peut pas vous aider directement mais peut aider des collectivités territoriales parties prenantes dans l'implantation d'une base logistique. Ca aussi, il n'est pas inutile de le rappeler.

Je vous signale par ailleurs que j'attirerai également l'attention de l'Agence Française pour les investissements Internationaux - l'AFII - dont j'assure la tutelle avec le Ministre de l'Economie sur vos préoccupations. Je lui rappellerai toute l'importance qu'il y a à insister sur la filière logistique en France auprès des investisseurs étrangers intéressés par le site « France ».

Ne l'oublions pas : toute l'énergie que nous déployons est tournée vers une cause commune : la création d'emplois. Là aussi, vous jouez un rôle moteur. La filière « Transport et Logistique » contribue à embaucher des salariés ayant parfois de faibles niveaux de qualification. C'est aussi ça le rôle intégrateur de l'entreprise.

En conclusion, je vous avais promis un propos concret. Je crois, j'espère l'avoir été. Nous partageons un même souci :celui de l'efficacité, un même état d'esprit: :celui des résultats. Les enjeux que nous venons d'évoquer sont très importants, Vous avez placé votre 3ème université sous le thème « L'avenir de la politique des transports en Europe ». Il est temps, en effet, que notre pays valorise enfin sa filière « transport et logistique ». Je vous ai exposé quelques points saillants de ma vision, ma part de vérité. Sachez que vous me trouverez toujours présent à vos côtés pour accompagner vos initiatives. « La joie de l'âme est dans l'action » disait le maréchal Lyautey, Alors agissons !


Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.e-tlf.com, le 9 mars 2006

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