Point de presse de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur le projet de loi pour l'égalité des chances et les projets pour le développement de Marseille, Marseille le 7 mars 2006. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur le projet de loi pour l'égalité des chances et les projets pour le développement de Marseille, Marseille le 7 mars 2006.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Lancement de l'année de l'égalité des chances à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 7 mars 2006 : point de presse

ti : 1. Je me réjouis tout particulièrement de vous retrouver aujourd'hui pour l'année de l'égalité des chances et je suis bien sûr très heureux d'être avec Azouz BEGAG, ministre chargé de l'Egalité des chances.

L'égalité des chances, c'est l'un des principes essentiels de notre pacte républicain. C'est une promesse que notre nation fait à chacun de ses enfants.

Mais aujourd'hui, c'est une promesse, nous le savons, qui n'est pas suffisamment tenue pour tous les citoyens : qu'il s'agisse de la réussite à l'école, de l'accès aux formations d'excellence, qu'il s'agisse de trouver un emploi ou un logement, un certain nombre de nos compatriotes sont confrontés à trop de difficultés, encore à trop d'obstacles.

L'égalité des chances, c'est donc pour nous tous un défi de tous les instants. Azouz BEGAG est venu lui-même à Marseille aujourd'hui pour porter ce message et cette volonté.

2. Pour lancer cette année de l'égalité des chances, nous avons choisi Marseille et je remercie notre ami Monsieur le maire de nous accueillir avec autant de chaleur et de générosité. Merci Jean-Claude.

Marseille, c'est d'abord une ville de la diversité. Une ville ouverte, un lieu de rencontres, un lieu de dialogue. Depuis l'Antiquité, la cité phocéenne a toujours été le carrefour de la Méditerranée. Il suffit de se promener dans Marseille, comme nous l'avons fait ce matin, pour ressentir toute la richesse de cet échange entre cultures, entre civilisations.

Mais Marseille, c'est aussi, et on l'a vu ce matin, Jean-Claude, une ville du mouvement.

Sous l'impulsion de Jean-Claude GAUDIN, la cité se transforme.

Grâce à l'engagement de tous les élus, que je salue ici, de toutes les collectivités territoriales et notamment du Conseil général et du Conseil régional, aux côtés de la ville de Marseille, grâce à l'implication personnelle de Renaud MUSELIER, le grand chantier Euro méditerranée donne un nouveau visage au quartier du port : des logements se construisent, l'emploi revient, la qualité de la vie s'améliore pour tous les habitants. C'est un nouveau souffle pour l'activité économique.

Au Canet, grâce à la création de la zone franche urbaine, le quartier va connaître un nouvel essor. J'aurai l'occasion de rencontrer tout à l'heure des chefs d'entreprises, des salariés et des associations qui s'investissent pleinement et qui croient à leur projet. Ils sont la preuve que les zones franches urbaines, que Jean-Claude GAUDIN a mises en place lorsqu'il était ministre de la Ville d'Alain JUPPE, constituent une chance pour les habitants de ces quartiers défavorisés, une chance pour les entreprises qui s'y installent, une chance pour ceux qui cherchent un emploi.

Car Marseille se mobilise pour donner à chacun les moyens de surmonter les handicaps et les difficultés.

J'ai été particulièrement impressionné, je dois le dire, par la visite que nous venons de faire de cette école de la deuxième chance, et par le dialogue que j'ai eu avec des jeunes qui ont traversé des épreuves mais qui s'en sortent, à force de courage, à force de ténacité, à force de volonté. Je voudrais féliciter le directeur de l'école, Monsieur URDY, et le président du conseil d'administration, Monsieur REIFFERS.

A l'invitation de Guy TEISSIER, Maire des 9e et 10e arrondissements, je rencontrerai cet après-midi une association de soutien scolaire qui fait un travail remarquable à Saint Loup.

C'est grâce à de telles initiatives, nombreuses, qu'à Marseille, on sait vivre ensemble. Ici, on comprend tout de suite ce que signifient la convivialité, la chaleur, l'esprit de tolérance et le dialogue.

3. Alors, aujourd'hui plus que jamais, l'égalité des chances constitue un enjeu majeur pour notre société.

Nous l'avons vu notamment lorsque s'est déroulée la crise des banlieues au mois de novembre. Et face à cette situation, le Gouvernement a voulu agir dans un esprit de justice :

En rétablissant l'ordre républicain et en sanctionnant les auteurs de violences inacceptables ;
En prenant en compte les aspirations de tous les Français, et en particulier des habitants de ces quartiers, qui veulent pouvoir disposer des mêmes chances que les autres.

A l'issue de cette crise, j'ai pris un certain nombre d'engagements. Tous ont été tenus. Tous permettront de faire de l'égalité des chances une réalité quotidienne pour chacun.

Les moyens budgétaires qui ont été annoncés ont été débloqués. 100 millions d'euros sont notamment disponibles pour aider les associations, qui sont en première ligne dans les quartiers difficiles. Elles jouent un rôle essentiel pour renforcer le lien social.

Des préfets délégués à l'égalité des chances sont en poste depuis le 1er février, comme Madame Marcelle PIERROT, ici à Marseille. Ils contribueront à renforcer la présence de l'Etat auprès des habitants dans tous les quartiers.

Le projet de loi pour l'égalité des chances, vous le savez, est en cours de discussion au Sénat.

Il comporte trois axes essentiels. Et je souhaiterais très rapidement revenir sur ces trois
grands axes :

D'abord, offrir à chaque jeune la possibilité de construire un projet de vie à la mesure de ses aspirations et de ses talents.

Cela suppose d'apporter une aide à ceux qui en ont le plus besoin. Pour cela, Gilles de ROBIEN a engagé la réforme de l'éducation prioritaire avec la labellisation de 249 collèges Ambition Réussite, dont 23 établissements à Marseille. Nous augmenterons également le nombre de bourses au mérite de 30 000 à 100 000. Enfin, grâce au CIVIS, nous offrons à 145 000 jeunes sans qualification un accompagnement personnalisé pour accéder à un emploi.

Cela suppose aussi de diversifier les voies de réussite, notamment en développant l'apprentissage. Avec l'apprentissage junior, nous permettons aux jeunes qui le souhaitent de s'engager dès 14 ans dans cette filière d'excellence. Ils peuvent ainsi découvrir le monde de l'entreprise tout en continuant à acquérir le socle de base des connaissances et en gardant la possibilité de revenir vers l'enseignement général.

Cela suppose enfin de construire un véritable parcours d'insertion professionnelle. C'est ce que nous allons faire en encadrant les stages et en créant un nouveau contrat à durée indéterminée, le contrat première embauche. Je me réjouis que ce contrat qui avait été adopté à l'Assemblée nationale à l'issue d'un vrai débat ait pu être adopté dans les mêmes conditions au Sénat.

Le deuxième axe du projet de loi pour l'égalité des chances, c'est le développement économique des quartiers, grâce à la création de 15 zones franches urbaines supplémentaires et à l'extension de zones existantes. En accord avec Jean-Louis BORLOO, j'annoncerai les projets retenus lors du prochain comité interministériel des villes, le 9 mars.

Le troisième axe, c'est de lutter contre toutes les formes de discriminations.

Elles sont inacceptables. C'est un véritable fléau.

D'abord, parce que la plus petite des discriminations, surtout lorsqu'elle est répétée, surtout lorsqu'elle est quotidienne, est une blessure profonde pour celui qui la vit.

Ensuite, parce que les discriminations conduisent les individus à se renfermer sur eux-mêmes et ils font le jeu du communautarisme, qui est contraire à l'exigence d'unité de notre pays et à nos grands principes républicains.

Enfin, parce qu'elles constituent justement une atteinte à l'idéal républicain, qui accorde à chacun sa place, avec les mêmes droits mais aussi les mêmes devoirs.

Je veux donc faire de cette lutte une priorité de mon action :

En légalisant les sondages aléatoires qui permettent de vérifier qu'il n'y a pas de discriminations, par exemple à l'entrée des boîtes de nuit, pour la location d'un appartement ou la sélection d'un candidat à un poste dans une entreprise ;
En renforçant aussi les pouvoirs de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (la HALDE), comme l'a souhaité le Président de la République. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur est l'unes des trois premières à bénéficier d'une délégation régionale de la HALDE qui est en place depuis quelques jours.

Mais je crois que la meilleure défense, c'est de faire une place à chacun. C'est l'idée même de l'égalité des chances. C'est pour cela que j'accorde une place si importante à ce projet de loi. Il fait actuellement l'objet d'une discussion, je l'ai dit, approfondie au Sénat. Je souhaite que cette discussion puisse se poursuivre sereinement jusqu'à son terme, pour que chacun puisse s'exprimer sur un sujet essentiel pour notre société.

Au-delà de ce projet de loi, la promotion de l'égalité des chances exige une mobilisation de tous les instants, un engagement au plus près des réalités du terrain. C'est pourquoi nous devons travailler avec tous les élus. Je souhaite en particulier renforcer les pouvoirs des maires, qui mieux que personne connaissent les préoccupations de leurs concitoyens.

4. Je voudrais pour terminer évoquer l'avenir de votre ville, Marseille.

L'opération Euro méditerranée, maintenant engagée depuis plus de 10 ans, est un magnifique succès que nous avons obtenu grâce à un partenariat efficace entre l'Etat et les instances locales. Je me félicite de la signature récente d'un nouveau protocole de cinq ans.

L'Etat est prêt à développer ce partenariat et à réfléchir à une extension du périmètre de cette opération. A cet égard, je demande au préfet d'être à l'écoute des demandes des élus locaux.

Dans ce cadre, à condition de respecter un équilibre entre activités et logement, l'Etat pourrait libérer les terrains dont il a la maîtrise.

Pour favoriser le développement économique, les élus marseillais sont pleinement mobilisés en faveur de l'extension du périmètre de la seconde zone franche urbaine au quartier Mal passé.

Le dossier est actuellement à l'étude et la décision finale sera annoncée le 9 mars prochain.

L'investissement des acteurs locaux est bien sûr un atout majeur pour le succès de ce projet.

Le développement des transports collectifs est aussi un grand défi de la métropole de Marseille. Il est indispensable pour le dynamisme économique et pour la qualité de vie des habitants, et j'ai pu constater avec quelle ardeur Jean-Claude GAUDIN s'était engagé. Aujourd'hui, la ville doit poursuivre ses efforts.

Le projet de tramway répond à cet objectif tout en complétant l'opération Euroméditerranée qu'il dessert.

Pour y prendre toute sa part, en accord avec Dominique PERBEN, nous sommes prêts à doubler le soutien de l'Etat à ce projet pour le porter à 30 millions d'euros, par l'intermédiaire de l'Agence de financement des infrastructures de transport.

Le dynamisme de Marseille passe également par la richesse de sa vie culturelle et scientifique.

Le projet du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée jouera à cet égard un rôle essentiel. Il faut donc dès à présent progresser de façon décisive dans la réflexion comme dans la réalisation.

Les travaux de restauration du Fort Saint-Jean qui s'élèvent à 7 millions d'euros, devront être poursuivis pour rendre ce monument aux Marseillais courant 2007.

Le centre des collections, près de la gare Saint-Charles, sera entièrement pris en charge par l'Etat, à hauteur de 11 millions d'euros. Je souhaite qu'on étudie la création de réserves visitables par le public.

Le nouveau bâtiment conçu par Ruddy RICCIOTTI devra être un projet phare pour Marseille. Je souhaite donc qu'en 2007 l'Etat puisse mettre en place tous les crédits nécessaires aux études de programmation et de muséographie.

En accord avec Renaud DONNEDIEU DE VABRES, je souhaite également que dans le cadre du prochain contrat de plan, l'Etat apporte 11 millions supplémentaires pour remplacer les crédits FEDER qui ont fait l'objet d'une autre utilisation.

Marseille propose également d'accueillir l'Institut de Recherche pour le Développement.

Une mission d'expertise, indépendante de l'IRD, va comparer les possibilités d'implantation de l'Institut, en prenant en compte les aspects scientifiques, opérationnels, sociaux, financiers et d'aménagement du territoire.

Je sais que Marseille propose un projet de qualité, à partir d'une implantation sur le site d'euro méditerranée.

La décision finale sera prise avant l'été prochain. La qualité du dossier présenté par Marseille jouera bien sûr en sa faveur.

Enfin, je me réjouis d'annoncer qu'un centre "Défense deuxième chance" ouvrira en avril 2007 après la fermeture de la caserne COLLET. Par ailleurs, les cent policiers que j'avais annoncés lorsque j'étais ministre de l'Intérieur lors de l'inauguration du commissariat de la division centre de Marseille prendront leurs fonctions dès le début du mois d'avril.

Vous le voyez, à Marseille comme sur l'ensemble du territoire national, l'Etat est pleinement mobilisé pour promouvoir l'égalité des chances.

Je veux que chaque enfant de la République, quelle que soit son origine, quel que soit le quartier où il habite, puisse avoir les mêmes chances de réussir à l'école. Je veux que chaque étudiant ait la possibilité d'exprimer ses talents dans la voie qui lui convient et de construire le projet auquel il aspire. Je veux que chaque salarié puisse être à l'abri d'un coup dur, grâce à une formation tout au long de la vie et à un accompagnement personnalisé. L'égalité des chances, c'est la clé de la réconciliation de notre pays. Vous pouvez compter sur ma détermination pour faire vivre ce principe fondamental de notre République.

Azouz Begag va peut-être maintenant brièvement vous présenter les perspectives de cette année de l'égalité des chances.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 10 mars 2006

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