Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Finance Grandes Ecoles" de février 2006, sur son engagement politique au centre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Finance Grandes Ecoles" de février 2006, sur son engagement politique au centre.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président

ti : L'ambition, la passion de la politique?
Il n'y a pas d'engagement politique sans ambition. On sait peu que le terme ambition, d'origine latine, est lié aux campagnes électorales ? ambition ? « tournée électorale des candidats pour solliciter les suffrages ». Voyez, il suffit de faire appel à l'étymologie? On ne donne pas sa vie à la politique sans l'espoir qu'elle sera utile et que l'on exercera des responsabilités qui changeront les choses. C'est une drôle de passion la politique? extrêmement meurtrière, c'est un monde de violence. Il faut avoir la passion de comprendre, d'aimer et d'être le porte-parole de ses concitoyens.

La religion chrétienne et votre engagement politique ?
être chrétien constitue un choix personnel. Il correspond à la vie de ma famille. Et pour autant, comme citoyen je ne laisse pas interférer la religion dans la vie civique. Je suis pour la laïcité qui impose une séparation entre l'une et l'autre. On peut être croyant et laïc dans ses choix. Je suis très opposé à introduire en France le communautarisme d'imitation nord-américaine et par conséquent, je refuse tout type de discrimination qu'elle soit positive ou négative? recentrons-nous ! Par contre, il faut que la France apprenne à vivre dans la diversité et perde son esprit de caste, car tout se joue très tôt, eu égard à l'origine sociale notamment.

Entre la gauche et la droite, quelle place pour le centre ?
L'histoire qui vient de s'écouler correspond à vingt-cinq ans d'échec des majorités successives de droite et de gauche, bloc contre bloc, il n'existe aucun moyen d'entraîner les Français à assumer les réformes nécessaires pour leur pays. De plus, chacun des blocs se caricature lui-même, la droite en ignorant les attentes sociales, la gauche en refusant les réalités économiques. Par exemple, la remise en cause de la loi sur les retraites au congrès du Mans? Il existe une majorité en France pour l'existence d'un centre qui prenne en compte ces deux vecteurs dans le cadre européen. Ma démarche est de faire en sorte que ce centre corresponde à la majorité des Français. Pour cela, il faut montrer que l'on est libre, raison pour laquelle j'ai décidé de rester séparé de l'UMP? Nous l'avons clairement montré à l'occasion du vote du budget 2006.

La Constitution de 1958 est-elle caduque ?
Oui ! La Ve République est un tel échec qu'il faudra passer à la VIe République, même si pendant longtemps on a pu espérer qu'elle accepterait de se réformer. Il n'en n'est rien. Les gouvernants se sont crispés sur leur conservatisme. Il convient de représenter les citoyens et de les écouter lorsqu'ils s'expriment au Parlement. Le président doit le respecter et, s'il gouverne, qu'il devienne comptable de ses choix politiques, car aujourd'hui, celui qui est élu ne gouverne pas et celui qui gouverne n'est pas élu. Je préconise, par conséquent, un régime présidentiel équilibré.

Etes-vous favorable à une dose de proportionnelle ?
Je suis absolument déterminé à changer la loi électorale en France de façon à ce que la moitié des sièges soient attribués à la proportionnelle. Ce type de scrutin qui est en vigueur dans tous les Etats d'Europe, ne les empêche pas d'être gouvernés. Je trouve normal que toutes les composantes politiques légales, y compris les extrêmes, soient représentées au Parlement. Que Jean-Marie Le Pen, Alain Krivine et Arlette Laguiller siégent au Parlement européen n'a jamais empêché de voter des lois. Au contraire, cela oblige les démocrates à s'entendre, ce qui est un bienfait plutôt qu'un tourment?

Quelles sont vos recettes pour réduire l'endettement de la France et le déficit budgétaire ?
La dette publique qui s'élève à plus de 1200 milliards d'euros écrase les Français. Aujourd'hui, chaque foyer est débiteur de 90 000 euros qu'il devra tôt ou tard rembourser. De plus, la totalité de l'impôt sur le revenu passe au remboursement du service de la dette. Le budget est en déficit permanent. Il faut donc réduire la dépense publique de 20% en utilisant un instrument incontournable : rendre constitutionnel l'obligation de présenter un budget en équilibre pour les dépenses de fonctionnement. Il convient de réformer l'Etat en redéfinissant ses missions et en redéployant les fonctionnaires. Cela nécessite une recherche de productivité de 2% par an environ pendant dix ans? et demande du courage politique. De toute façon, nous serons obligés de le faire.

La proposition économique phare ?
La source de notre malheur national, en matière de chômage et de manque de création d'emplois, est constituée par la concentration de toutes les charges sur le poste de travail créé, de sorte que la destruction d'emploi permet de baisser les charges et inversement, ce qui organise la fuite des emplois. Je préconise donc un changement radical qui correspond à ma priorité économique. C'est ma première urgence en matière économique.


Source http://www.udf.org, le 10 mars 2006

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