Interview de M. Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales, à France 2 le 13 mars 2006, sur le contrat première embauche, les relations entre le gouvernement et l'UMP et le projet de recrutement des agents dans la fonction publique territoriale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales, à France 2 le 13 mars 2006, sur le contrat première embauche, les relations entre le gouvernement et l'UMP et le projet de recrutement des agents dans la fonction publique territoriale.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre délégué aux collectivités territoriales;

ti : Q- Vous avez dit récemment que le contrat "première embauche" était une mesure intelligente, mais qu'elle pouvait être enrichie et ajustée. Avez-vous le sentiment que c'est ce qu'a fait le Premier ministre hier soir ?

R- Il ne faut pas que l'arbre cache la forêt. La réalité, c'est que nous sommes confrontés, dans notre pays, au problème du chômage. Le chômage, cela fait trente ans que les Gouvernements, de droite comme de gauche, essayent de lutter contre et c'est vrai que cela ne fonctionne pas. Toutes les politiques ont échoué. Il fallait donc bouger les choses, ce qui a déjà été fait depuis la mise en place du Gouvernement, puisque nous étions à un chômage à deux chiffres, plus de 10 %, et nous sommes désormais à moins de 10 %. Mais cela ne marche pas suffisamment. C'est mieux que dans d'autres pays, c'est mieux qu'en Allemagne, par exemple, mais c'est insuffisant par rapport à d'autres pays. Si j'observe l'Espagne, en dix ans, on est passé d'un taux de chômage de 23 % à 8, 7 %. Au Danemark, on est passé de 12 % à seulement 6 %. Dans ces pays où cela a marché, c'est simplement parce qu'il y a eu de la souplesse, de la flexibilité pour les employeurs, c'est-à- dire plus de facilité pour embaucher, tout en associant la protection du droit des salariés. Il fallait donc que l'on réagisse, et tout particulièrement pour les jeunes, parce que c'est ça le problème : les jeunes ont un taux de chômage de 23 %, c'est plus de deux fois la moyenne nationale des autres, c'est plus de 6 % par rapport aux autres pays de la zone euro. Donc, la question est simple : fallait-il ne rien faire, fallait-il observer, fallait-il simplement se contenter de commenter ? La réponse est "non".

Q- Que les intentions soient bonnes, on n'en doute pas...

R- La réponse est non, parce que sinon, cela aurait été de la lâcheté. Il faut dire la vérité, il faut bouger. C'est ce qui a été proposé, notamment pour les jeunes en situation de précarité.

Q- Je renouvelle ma question : considérez-vous que le contrat "première embauche", qui suscite quand même beaucoup de rejet de la part d'un certain nombre de jeunes et des syndicats, qui doit être amélioré et enrichi, vous l'avez dit vous-même, est-ce que D. de Villepin a pris le bon chemin ?

R- D. de Villepin a, à l'évidence démontrer sa volonté de dialogue et d'écoute. Il n'est pas autiste, il entend ce qui est dit. Il a proposé des pistes, il en a examinées plusieurs, il a tendu la main, il ouvre la porte à la discussion. Les Français sont intelligents, ils verront bien, au bout du compte, quels sont ceux qui tendent la main, quels sont ceux qui veulent discuter, quels sont ceux qui veulent s'ouvrir, quels sont ceux qui sont prêts à entendre des propositions et puis ceux qui se refusent au dialogue et qui préfèrent le blocage pour des raisons, d'ailleurs, que je ne comprends pas, tellement le sujet est important.

Q- N'est-on pas aujourd'hui dans une espèce de rapport de force qui dépasse le cadre du contrat "première embauche" qui fait que les étudiants sont dans la rue, la rue gronde. A un moment, faut-il céder à la rue ou pas ? Parce qu'au fond, c'est une sorte de rapport de force, quoiqu'on en dise, et à un moment donné, le contrat "première embauche" va devenir un enjeu presque secondaire.

R- C'est précisément le cas. Il faut revenir à l'essentiel, donc l'essentiel, c'est aider les jeunes à sortir d'une spirale qui les conduit de CDD en CDD. Ce qui est proposé, même si cela peut être aménagé, comme l'a proposé le Premier ministre, c'est précisément que l'on bouscule ce qui existe jusqu'à maintenant. Savez quel est l'âge moyen d'entrée dans les CDI, ce qui est généralement l'objectif ? C'est 33 ans. Avec des procédures comme celles-ci, encore une fois, ouvertes à la discussion, ouvertes à l'amélioration, ouvertes à des ajustements, on les fera rentrer plus tôt et bénéficier plus tôt d'un CDI parce que le contrat "première embauche" est un CDI. D'ailleurs, la Fédération française des banques l'a reconnu en accordant les mêmes garanties d'accès au crédit à la consommation, au crédit au logement qu'avec les CDI, c'est la meilleure démonstration.

Q- Comment fait-on pour - entre guillemets - "casser un mouvement comme celui-là, parce que c'est quand même l'objectif, quand la colère de rue est partie et que l'on est dans un espèce de nasse ? Ne fallait-il pas dire "faisons un moratoire, rendez-vous demain à Matignon. Je réunis tout le monde et on discute". Puisque l'idée, c'est de sauver la mesure.

R- Oui mais nous ne sommes pas précisément dans cette logique. Vous employez le mot "casser", nous ne voulons rien casser du tout, ce que l'on veut, c'est construire, renforcer le dialogue...

Q- De votre point de vue, il vaut mieux que les jeunes reprennent le chemin de l'université.

R- Précisément, une main tendue leur a été offerte. Je pense qu'il faut la saisir, c'est le rôle du Gouvernement tout entier de se mobiliser là-dessus.

Q- Vous pensez vraiment qu'ils vont le faire les jeunes ?

R- En tout cas, je souhaite. Il y a des jours qui viennent pour permettre de convaincre, c'est cela la réalité. Nous, ce que nous voulons, c'est convaincre, mais encore une fois, on est capables d'entendre. Au contraire, on est à l'écoute, le moindre frémissement on le voit, on l'observe. On l'intègre, et c'est ce qu'a fait D. de Villepin en proposant des pistes hier, en proposant trois réformes importantes, notamment une réforme d'évaluation. C'est ce que je souhaitais personnellement, je l'avais dit publiquement. Et je pense que cela va tout à fait dans le bon sens.

Q- On a eu l'impression, à un moment donné, que la solidarité, si ce n'est gouvernementale, du moins dans la majorité, était mise à rude épreuve, avec notamment les propos de H. de Charrette. Vous êtes un proche de N. Sarkozy, et là on voit que la solidarité joue à plein, mais est-ce N. Sarkozy pourrait être affecté en quelque sorte par la faiblesse de D. de Villepin ?

R- Je comprends bien votre question. En réalité, il y a trois caractéristiques, si l'on observe ce qui s'est passé ces derniers jours. Première caractéristique, c'est que gouverner c'est difficile et pour un Premier ministre, c'est toujours difficile. Le dialogue est toujours extrêmement complexe et le dialogue avec les jeunes est encore plus
pointu.

Q- Surtout quand il arrive tard...

R- Mais regardez ce qui s'est passé - on a pas besoin de remonter jusqu'à mais 1968 : il y a les manifestations pour l'école libre, cela concernait les jeunes ; il y a eu les manifestations contre le CIP alors F. Bayrou était ministre de l'Education nationale ; il y a eu les manifestation contre C. Allègre ; il y a eu les manifestations des jeunes sur les raves parties, contre D. Vaillant, le ministre de L. Jospin. Il a d'ailleurs fallu tout le talent, l'habileté, la construction et l'écoute de N. Sarkozy pour que l'on développe ce sujet qui n'est pas l'éducation, qui n'est pas l'emploi, mais qui est partie intégrante de la société des jeunes. C'est extrêmement difficile. La deuxième caractéristique, c'est que c'est l'occasion pour le Gouvernement de démontrer sa solidarité. Et quant à N. Sarkozy, c'est aussi l'opportunité d'affirmer très clairement sa loyauté à l'égard du Gouvernement. C'est ce qu'il fait mais cela ne l'empêche pas de réfléchir. Il est responsable d'une grande formation politique et le rôle d'une formation politique, c'est d'imaginer, de bousculer, c'est de préparer l'avenir, c'est de proposer des solutions. Donc, encore une fois, N. Sarkozy affirme sa loyauté mais en même il peut proposer et imaginer.

Q- Cela veut dire qu'il va le faire dans les prochains jours ?

R- Non, cela veut dire qu'il l'a déjà fait. L'UMP est la seule formation française qui réfléchit et qui ne se préoccupe pas exclusivement de son nombril, c'est-à-dire de l'élection présidentielle. Nous avons des conventions thématiques tous les mois sur tous les sujets : sur les femmes, sur l'économie, sur l'environnement, sur la culture... Donc cela veut dire que nous sommes une formation, qui vit, qui respire, ce qui est sain.

Q- Vous êtes ministre de la Fonction publique territoriale, 1.700.000 personnes en France, et vous allez présenter cette semaine un grand projet de réforme pour le recrutement des agents.

R- Pas simplement le recrutement, la formation. Le recrutement est très simple, aujourd'hui, tout cela est très rigide. La fonction publique territoriale, dans cinq ans, sera peut-être décimée du fait de la pyramide des âges. J'ai proposé d'aller plus vite, d'aller plus loin, d'imaginer des pistes, de sortir des sentiers battus, pas simplement li dogme du sacro-saint concours mais d'imaginer deux pistes. Un exemple très simple : il y a un problème de vieillissement de la population, il faut construire des maisons de retraites pour accueillir ces personnes. Il faut du personnel. Aujourd'hui, quand une infirmière vient au Conseil général avec dix ans d'expérience, on lui dit qu'on ne peut en tenir compte parce que c'est la règle, on ne peut pas la rémunérer en conséquence. Avec ce projet, on prend en compte ce que l'on appelle les acquis de l'expérience. C'est-à-dire que c'est beaucoup plus souple. On peut attirer les salariés du secteur privé, c'est plus dynamique. Parallèlement, on a organisé une avancée formidable, exceptionnelle, jamais atteinte pour l'ensemble des agents de FPT, notamment les agents de catégorie C, c'est-à-dire les agents d'exécution qui bénéficieront d'une formation centrée, efficace et tous bénéficieront d'un droit à la formation tout au long de la vie. C'est à la fois une facilité pour recruter, une facilité d'embauche, et en même temps, on bouscule et on donne plus de formation, c'est-à-dire plus de promotion, et sans doute une meilleure rémunération après la promotion.

Q- Faut-il continuer la décentralisation ou faire une pause ?

R- La décentralisation, c'est de permettre de prendre les décisions au plus proche du terrain et non pas que cela remonte à Paris. A l'évidence, c'est un peu complexe aujourd'hui ; je suis favorable à une pause. La troisième étape de la décentralisation, ce doit être la lisibilité et la simplification.


Source: premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 mars 2006

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